Je rêve.
Si on me demande comment je sais que c'est un rêve, eh bien...
'Parce que je me regarde moi-même ?'
Exactement. Je m'observe. Plus précisément, je regarde le Jin Tae-kyung du monde du jeu, pas le vrai moi.
« Haa, haa. »
Jin Tae-kyung haletait. Ses vêtements étaient en lambeaux, son visage et son corps couverts de bleus et d'enflures.
Pendant ce temps.
'Ce salaud-là n'a pas une égratignure.'
Hyuk Moo-jin était indemne. Il avait même le loisir de se moquer de son adversaire.
« Tu te débrouilles mieux que je ne le pensais... mais à quoi bon se battre comme une brute ? Un pratiquant d'arts martiaux doit se servir de ses arts martiaux. »
Bon sang, ce salaud exaspérant. J'avais envie de foncer lui taper l'arrière du crâne sur-le-champ, mais comme c'était un rêve, je ne pouvais ni bouger ni parler.
'Le revoir comme ça me met encore plus en rogne.'
C'est ça. Ce rêve me montrait mon combat contre Hyuk Moo-jin à la troisième personne.
« Espèce de fils de chienne ! »
Jin Tae-kyung chargea, fou de rage, mais c'était peine perdue. Je le savais, puisque je l'avais vécu.
'À ce moment-là, j'étais déjà épuisé.'
Mes membres étaient lourds, mon souffle saccadé. Plus les mouvements étaient amples, plus ils ouvraient de brèches.
Comme prévu, Hyuk Moo-jin esquiva simplement le coup de poing et faucha la jambe de Jin Tae-kyung, lui faisant perdre l'équilibre.
Le geste était souple et fluide comme l'eau, vif et précis. Tout notre combat n'avait été qu'une répétition de scènes comme celle-là.
'Il sait se battre, ce salaud, je le lui accorde.'
Je devais l'admettre. Hyuk Moo-jin était plus fort que moi. Il maniait son énergie interne avec efficacité et me neutralisait chaque fois avec des techniques martiales mystérieuses.
Bref, c'était un vrai pratiquant du Murim.
'Ça m'a fait un choc.'
Juste après avoir écrasé les Bandits de Cheonryeok, j'étais ivre d'arrogance. Une vague assurance que je pouvais gérer une menace de ce niveau. Avec mon expérience du combat de Chasseur et la puissance du système, je pensais que la déconnexion n'était qu'une question de temps.
'C'était suicidaire.'
Les Bandits de Cheonryeok et leurs voyous n'étaient que des monstres de tutoriel.
J'avais fait la fête comme si je venais de chasser des lapins de niveau un dans une zone pour débutants. Chasseur depuis sept ans ? Mon expérience était d'une superficialité risible.
'Il faut que j'apprenne les arts martiaux.'
Ce n'est pas un simple jeu. Ma vie est en jeu.
Pour survivre, je ferai tout ce qu'il faudra. Monter de niveau, les arts martiaux : je suis prêt à tout apprendre et à me battre contre tout.
Prêt à devenir un pratiquant du Murim, et non plus un Chasseur de rang F.
Boum. Boum. Boum.
« Bon sang. Ce salaud a une constitution invraisemblable. Lâche-moi ! Je ne lâcherai pas ! »
« Argh ! »
Mis à terre, projeté en arrière, Jin Tae-kyung se relevait pourtant toujours. Non : c'était moi qui me relevais toujours.
'Au bout du compte, j'ai encaissé un dernier coup.'
Crac !
Oui, c'est comme ça qu'on fait. Comme pendant ces sept dernières années. Comme je l'ai toujours fait.
'Mais il est de quel niveau, ce salaud de Hyuk Moo-jin ?'
À cet instant, comme pour me répondre, une fenêtre système se matérialisa au-dessus de la tête de Hyuk Moo-jin.
[Niv.20 Hyuk Moo-jin]
... Je ferais peut-être mieux de la fermer et de monter de niveau d'abord ?
***
[Le mode veille a pris fin.]
J'ouvris les yeux au son de la voix du système. L'espace d'un instant, je m'imaginai me réveiller dans ma chambre du gosiwon, mais c'était un fantasme vain.
« Vous avez repris connaissance ? »
À ces mots de l'homme en robe blanche, j'inspectai les alentours. La pièce, soigneusement rangée, dégageait une odeur inconnue.
Où suis-je ?
L'homme répondit, comme s'il avait senti mon trouble.
« Vous êtes au pavillon du Roi des Remèdes. Vous avez repris connaissance à peine un demi-shichen après l'avoir perdue, monsieur. »
Une clinique de médecine traditionnelle, donc. Ce PNJ était un médecin.
'Un demi-shichen, ça veut dire... que je suis resté inconscient une heure ?'
Ce salaud de Hyuk Moo-jin savait vraiment cogner.
« Vos contusions risquent de vous faire beaucoup souffrir. Je vous prie de ne pas bouger et de vous reposer pour l'instant. »
Sur ces mots, le médecin quitta la pièce. Une fois certain que ses pas s'étaient éloignés, je murmurai à voix basse.
« Ouvrir la fenêtre de statut. »
Ding.
[Fenêtre de statut]
[Niv.11 Jin Tae-kyung]
[Profession : pratiquant d'arts martiaux de second ordre]
[Renommée : 10]
[Titres : Rejeton d'une illustre maison / Honte de la famille (effets des titres actifs)]
[Force : 40]
[Endurance : 40]
[Agilité : 50]
[Intelligence : 10]
[Charme : 10]
[Énergie interne : 10 ans]
[Points restants : 10]
[Répartissez vos points restants.]
Les 10 points gagnés en capturant les Bandits de Cheonryeok étaient restés intacts. J'avais repoussé leur répartition pour parer aux imprévus, mais je n'avais jamais envisagé d'affronter Hyuk Moo-jin.
'Ni de me faire tabasser comme ça, d'ailleurs.'
Après un instant de réflexion, je mis les 10 points en Endurance.
Le souvenir de moi-même à bout de souffle, épuisé par le combat contre Hyuk Moo-jin, était encore frais dans ma mémoire.
'J'aurais eu une chance si j'avais réparti les points avant ?'
L'idée me traversa l'esprit, mais je secouai vite la tête.
'Le résultat n'aurait pas changé.'
Un combat entre un adulte et un enfant. L'écart entre Hyuk Moo-jin et moi était aussi immense que ça.
Et à mon sens, cette disparité ne tenait ni aux niveaux ni aux statistiques, mais à la maîtrise ou non des arts martiaux.
'Comment de telles réactions, de tels mouvements sont-ils seulement possibles ?'
Les arts martiaux existent aussi dans la réalité. La boxe, le krav-maga, le jiu-jitsu brésilien, et ainsi de suite : ce que l'époque moderne appelle des techniques de combat pratiques.
Mais ici, les arts martiaux jouent dans une tout autre catégorie.
Chaque mouvement est à la fois pratique et raffiné. Ils évoquent des engrenages qui tournent autour d'un axe de force intérieure.
'Il faut que j'apprenne les arts martiaux.'
Et si, au tutoriel, je n'étais pas tombé sur les Bandits de Cheonryeok, mais sur Hyuk Moo-jin ?
Les mots « défaite » et « mort » me vinrent naturellement à l'esprit.
Je devais apprendre les arts martiaux. Les apprendre pour survivre.
« Bon sang... »
Je crachais un juron qui me montait du fond de la poitrine.
Quand un bruit se fit entendre derrière la porte.
« C'est cette chambre. »
« Je vous en suis obligé. »
Clic.
La porte s'ouvrit avant que j'aie pu répondre. Et là...
« Joli spectacle. »
Un homme d'âge mûr se tenait sur le seuil, le regard froid et perçant.
***
« Comment va-t-il ? »
« Il a quelques contusions, mais rien de grave. »
« Dommage. Une jambe cassée, au moins, aurait été de circonstance. »
« ... »
L'homme d'âge mûr me dévisageait d'un œil sinistre.
« Espèce d'inconscient ! »
Je gardai les yeux baissés, en silence. C'était un PNJ que je n'avais jamais vu, mais quelque chose me disait que c'était la bonne attitude.
Non : c'était absolument indispensable.
[Niv.???]
Trois points d'interrogation. Un niveau si élevé que même ma compétence Perception ne parvenait pas à le discerner.
'Au moins niveau 30, voire plus.'
À côté, Hyuk Moo-jin paraissait presque attendrissant. Surtout, à en juger par l'attitude du médecin et par les mots qu'il m'adressait, ce n'était pas un PNJ ordinaire.
Il semblait avoir au minimum assez d'autorité pour envoyer valser d'un seul coup de paume le troisième jeune maître de la famille Jin de Taewon.
'Si je prenais un coup de ça...'
Glups.
À la vue de cette paume, large comme un couvercle de chaudron, je déglutis malgré moi.
Niveau ou pas, tout chez lui criait danger.
Presque deux mètres, des muscles qui roulaient sur tout son corps comme un gilet pare-balles, et ces yeux froids et perçants à vous glacer sur place.
À cet instant, je me surpris à m'interroger sur l'identité de cet homme d'âge mûr, dont le meurtre semblait être à la fois le passe-temps et la spécialité.
'Mais son visage a quelque chose d'étrangement familier.'
Où avais-je déjà vu cet homme ? Je me creusai la cervelle jusqu'à ce que le déclic se fasse.
'Jin Tae-kyung ?'
L'homme d'âge mûr ressemblait à Jin Tae-kyung. Ou plutôt, c'était Jin Tae-kyung qui lui ressemblait.
Ce niveau inaccessible, sa façon d'écraser le troisième jeune maître de la famille Jin de Taewon en paroles comme en actes. Et enfin, son visage.
Il n'y avait qu'une conclusion possible. Ce devait être le... de Jin Tae-kyung.
« Père ? »
À l'instant où ces mots m'échappèrent malgré moi, les yeux de l'homme d'âge mûr s'écarquillèrent.
« P-Père ? »
Même ses poings tremblaient. À le voir, on aurait cru que je venais d'insulter sa mère. Je surveillai prudemment ses poings en parlant.
« Euh, attendez. Calmez-vous juste un instant, je vous en prie... »
« Me calmer ? Tu oses sortir de pareilles inepties ? Même maintenant, tu fais le pitre ! »
« Si ce n'est pas le cas, je suis sincèrement désolé. J'ai été impoli. »
« Ferme-la. »
D'un regard glacial, il me réduisit au silence, puis tourna la tête vers le médecin qui attendait toujours.
« Merci de m'avoir montré le chemin. Je prends le relais. »
J'envoyai des signaux de détresse désespérés avec les yeux, mais le médecin tourna les talons et s'enfuit à une vitesse impressionnante.
'Non mais, bon sang... un médecin qui abandonne son patient ?'
Bam. Le bruit de la porte qui se refermait résonna comme les portes de l'enfer qui claquent.
Désormais seul avec moi dans la pièce, il leva sa paume grande comme un couvercle de chaudron et s'avança vers moi.
« Il y a des limites aux bêtises que tu peux faire ! Jusqu'à quand comptes-tu vivre comme ça ! »
Sans m'en rendre compte, j'avais bondi sur mes pieds et je reculais à petits pas précipités.
Les bleus ? La douleur ? Je ne sentais plus rien de tout ça. Mon corps avait peut-être déjà dépassé la capacité de ressentir la douleur.
« S-S'il vous plaît, donnez-moi juste dix minutes. Non, juste un instant, et je peux tout expliquer ! Qu'est-ce qui vous met dans une telle colère ? C'est parce que je vous ai appelé Père ? Vous seriez ma mère, peut-être ? »
« Petit salopard ! »
À ce rugissement de tonnerre, mon corps se raidit. Je sentis mon dos heurter le mur.
[Vous êtes en état de [Confusion]. Vous ne pouvez plus bouger pendant 3 secondes !]
Je n'avais jamais vu une situation aussi pourrie...
'C'est fini.'
Mes vingt-sept ans de vie défilèrent devant mes yeux comme une lanterne magique. Avec un brin d'exagération, je me rappelai même la course acharnée à la conception, du temps où j'étais spermatozoïde. Ça, c'était vraiment épuisant.
'Maman, papa, Ha-yeon...'
Au moment où je fermai les yeux en pensant à ma famille.
« Dès que tu en as l'occasion, tu cours après les femmes ! »
Tap, tap.
« Tu traînes dans les tripots ! »
Tâte, tâte.
« Voilà pourquoi la famille te méprise ! »
Frotte, frotte.
... Qu'est-ce qu'il est en train de faire, cet homme ?
Sa bouche déversait colère et reproches, mais ses mains parcouraient doucement mon corps, avec une tendresse caressante. Un frisson me parcourut l'échine.
'Quand même pas...'
Ding.
[Vous êtes [Terrifié]. Vous ne pouvez plus bouger pendant 5 secondes !]
« Tu es la honte de cette famille, la honte ! »
Une honte écrasante m'envahit. Me faire tripoter par une intelligence artificielle, et par un PNJ sous les traits d'un homme d'âge mûr, en plus.
'Maman...'
Ce n'est qu'un instant plus tard que je compris mon erreur.
Ses mains bougeaient avec méthode. Elles ressemblaient à celles d'un médecin qui examine un patient.
Il me retroussa les paupières, prit mon pouls et inspecta avec soin les endroits contusionnés. À chaque contact, la douleur fondait comme sous un massage, ne laissant que du soulagement.
« Espèce d'inconscient ! Si tu continues comme ça, hein ? Oui ! Je vais te passer un sacré savon. C'est compris ? »
« ... »
Enfin, il cessa son examen et murmura doucement.
« Heureusement, c'est moins grave que je ne le craignais. Pourquoi t'es-tu battu, d'ailleurs ? Tu n'as jamais pratiqué les arts martiaux. »
J'ouvris la bouche en toute sincérité. Un seul mot, lourd de sens multiples.
« Qui êtes-vous ? »
À cet instant, le visage sévère, solennel et grave se mua en celui d'un faon blessé.
« Pourquoi est-ce que tu me vouvoies tout d'un coup ? Ce que j'ai dit sur la honte de la famille, c'était seulement pour les autres... Ça t'a blessé ? »
« Pardon ? »
« Ton grand frère est triste. Quand tu étais petit, je changeais tes couches sales tous les jours, je te portais quand tu pleurais et je te berçais pour t'endormir. Tu sais avec quel amour je t'ai élevé. »
« Pardon ? Grand frère ? »
Le silence tomba entre nous.
'Ce n'était pas mon père, c'était mon grand frère ?'
J'étais sidéré que cet homme d'âge mûr soit mon grand frère.
« Mon Dieu, notre benjamin a dû se cogner la tête. Écoutez-moi ! Médecin ! Médecin ! »
L'homme d'âge mûr se précipita dehors en appelant le médecin. En regardant sa silhouette s'éloigner, une pièce du puzzle se mit soudain en place.
'Maintenant, je comprends pourquoi Jin Tae-kyung a si mal tourné.'
Un cas d'école d'éducation familiale ratée.
