Aller au contenu principal

Chapitre 3

Chapitre 3 — Le dernier travail (garde forestière)

13 octobre 2026 ~4 min · 765 mots

Haaa…

J'ai l'impression que toutes les missions nominatives que la guilde des aventuriers m'envoie sont plus abusives les unes que les autres.

La patrouille sous-sous-traitée pour la garde forestière en fait partie. Au début, je travaillais avec le sous-traitant et le sous-sous-traitant ; aujourd'hui, ils ne mettent même plus les pieds sur le terrain.

Je marche sur un sentier de la forêt, alors que la nuit est complètement tombée.

« Ça fait donc cinq ans que je fais ce travail. Quand j'y repense, entre "tue tous les monstres que tu croises", "ne ramasse pas les noyaux de mana, ce serait du travail au noir" et, pour finir, "fais tout tout seul", les tâches en trop n'ont pas arrêté de s'accumuler et le boulot est devenu de plus en plus pénible. »

Un roi orc surgit !

Comme je fouillais les alentours, j'ai réagi plus vite que le monstre : l'attaque surprise réussit.

La boule de feu de base que j'ai lancée par réflexe s'envole en dessinant un arc mollasson dans l'obscurité.

« Boule de feu. Hop. »

Floc. La flamme se colle à son visage.

Il ne l'a sans doute pas prise pour une menace : en ne l'esquivant pas de toutes ses forces, le roi orc a commis une erreur fatale.

Il pousse un rugissement de douleur et se griffe la face, mais c'est trop tard.

« Mes flammes ne s'éteignent pas. Monstre éliminé. »

Hé hé, je suis devenu fort, moi aussi, me dis-je, tout content de moi.

C'était une erreur de me reposer sur mes lauriers : une douleur fulgurante me traverse soudain la cuisse gauche.

« Aïe ! J'ai baissé ma garde ! Lâche-moi ! Paralysie ! »

Sous mes yeux, un loup des ombres, qui s'était approché sans que je m'en aperçoive, me mord la cuisse.

Une attaque surprise !

Quel lâche !

Les larmes aux yeux, je riposte d'une décharge électrique à portée zéro.

« Kaïï ! »

« Gwaaaaah ! »

Raté, c'était une erreur !

Le cri du loup des ombres se mêle au mien.

La décharge a bien blessé le loup, mais elle a aussi contracté ses muscles, si bien que ses mâchoires se sont refermées encore plus fort et que ses crocs se sont enfoncés jusqu'à l'os.

La foudre touche toujours sa cible, mais j'avais oublié qu'elle a ce genre d'effet secondaire.

Un instant plus tard, la morsure se relâche.

Je regarde le loup des ombres détaler à toutes pattes pour échapper à une nouvelle attaque.

« Loup. On n'échappe pas à ma foudre. »

Enveloppé d'électricité, crépitant de lumière, le loup s'enfonce en boitant dans la forêt nocturne, comme un feu follet, mais ma foudre, elle, ne s'éteint jamais.

« Kaïïn ! »

Ce n'est qu'en entendant son râle d'agonie que la faible lueur disparaît enfin.

Couvert de sueur froide, je verse la potion fournie sur la blessure : de la fumée s'élève et la chair se reforme, comme si elle gonflait.

En supportant les démangeaisons de la guérison, je repasse le combat contre le loup dans ma tête.

« Qu'est-ce que j'aurais dû faire, tout à l'heure ? J'ai cru que je m'étais planté, mais le sort que j'ai utilisé était peut-être quand même le meilleur choix. Alors il ne reste qu'à empêcher les attaques surprises. Allez, concentration, concentration. »

Je relève mon niveau de vigilance.

Tout seul, c'est vraiment trop pour moi.

Après ça, je ne me suis plus fait surprendre.

Quand les oiseaux se mettent à gazouiller et que le soleil du matin scintille sur la verdure, l'arrivée est enfin en vue.

Le ventre ballonnant de potions de mana, prix de mes innombrables sorts, je me rends au poste de garde pour faire mon rapport de fin de mission.

« Je viens faire le rapport de la patrouille. Un roi orc, huit loups des ombres, quinze orcs, deux gobelins. Consommation : une potion de soin, sept potions de mana. »

« Hum. Beau travail. Un roi orc, hein ? Mais se faire mordre alors qu'on est en arrière-garde, c'est pitoyable. Une potion de soin coûte plus cher que votre salaire, tu sais ? La prochaine fois, fais plus attention. »

J'ai droit à un sermon.

Je suis en arrière-garde, mais aussi en première ligne.

« Non, c'est mon dernier travail aujourd'hui. »

« Ha ! Donc tu n'étais qu'un trouillard qui se fait protéger. La garde de la grande forêt, c'est dangereux, on n'a pas besoin de trouillards ! Va-t'en. Tu es encore là ? Allez, dégage. »

Le prochain sera le dernier.

Aujourd'hui, je dormirai dans un lit, c'est décidé.

Fin du chapitre 3
Fiche de l'œuvre

Commentaires

Code anti-spam :······
0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.