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Chapitre 10

Chapitre 10 - Woobin se souvient du passé

27 octobre 2026 ~14 min · 2 716 mots

Ce festin inattendu avait mis les artistes martiaux de l'escorte d'excellente humeur.

Lee Jaseung avait donné à ses subordonnés un ordre pour la journée : suspendre toutes leurs tâches et s'amuser sans retenue.

Les artistes martiaux, toujours tendus et sur le qui-vive pendant les missions, ressentaient une excitation rare.

Par-dessus le marché, Mujin avait ramené une dizaine de femmes venues d'on ne sait où. Dan Woobin s'approcha de lui et chuchota :

« Pourquoi as-tu amené des courtisanes ici ? »

« Ce ne sont pas des courtisanes. »

« Hein ? »

Chose stupéfiante, Mujin avait convaincu des femmes qui passaient dans la rue de venir se joindre à la fête. En les regardant de plus près, Dan Woobin constata que c'étaient toutes des femmes du Jianghu, et que certaines étaient même armées.

« C'est une langue envoyée par le Ciel. »

Mujin parlait en gloussant.

« Si le Ciel était une femme, je parie que j'arriverais à l'embobiner, lui aussi. »

Un instant, Dan Woobin le crut sérieusement capable de le faire.

Dan Woobin reprit en observant les femmes :

« Qu'est-ce qui t'a pris de les amener dans un endroit bourré d'hommes comme celui-ci ? »

« Tu sais bien, juste pour passer du temps avec elles. Ne va pas chercher plus loin. Tout le monde ne vit pas de façon aussi compliquée que toi. »

« Quand même ! Venir ici sans la moindre méfiance, c'est... ! »

« Ah ! Alors voilà l'étendue de ta connaissance des femmes, cher stratège ? Si un jour on doit affronter une secte remplie de femmes, on est fichus. »

Les autres artistes martiaux éclatèrent de rire en entendant la plaisanterie de Mujin. Malgré son esprit acéré, Dan Woobin ne s'y connaissait guère en matière de femmes.

Quoi qu'il en soit, la beuverie s'échauffa encore avec la présence des femmes.

Bien sûr, l'homme le plus populaire était Mujin. Il dispensait généreusement ses conseils à ces femmes.

Se laisser pousser les cheveux, porter des vêtements plus éclatants, changer la couleur du fourreau de leur épée... Il allait jusqu'à critiquer leur apparence dans le moindre détail, mais ces dames ne s'en amusaient que davantage.

L'un des aînés du groupe, Ju Dal, tenta de commenter la tenue d'une femme, mais il fut accueilli par des regards glacials.

Tout le monde le sentait : les hommes populaires pouvaient les critiquer autant qu'ils voulaient, pas les autres.

Aujourd'hui, Dan Woobin faisait partie des hommes populaires.

Malgré ses idées rigides et conservatrices sur les femmes, elles trouvaient mignons son air timide et ses allures de jeune garçon.

Quand elles apprirent qu'il était dévoué à une seule femme, elles l'admirèrent encore plus, disant que les hommes comme lui étaient rares de nos jours.

Mujin fit boire des quantités d'alcool à Dan Woobin, bien décidé à le dévergonder ce soir. Dan Woobin refusa d'abord, mais il se laissa vite emporter par l'ambiance et finit ivre.

Mujin le protégea pourtant quand il perdit connaissance. Une femme voulut entraîner Dan Woobin, à moitié inconscient, et Mujin lui barra le passage.

« Pas lui. Tu n'as pas entendu, tout à l'heure ? Il a quelqu'un qu'il aime. »

La femme protesta, mais Mujin lui murmura quelque chose à l'oreille. Elle pâlit et s'enfuit.

L'un des artistes martiaux à côté d'eux demanda :

« Qu'est-ce que tu lui as dit ? Tu l'as insultée, peut-être ? »

« Hé, je n'insulterais jamais une femme. Je suis né pour les aimer. »

« Alors qu'est-ce que tu lui as dit pour qu'elle s'enfuie comme ça ? »

Mujin répondit avec un sourire :

« Je lui ai dit que la petite amie de Woobin, c'est la Rakshasa noire. »

« Hahaha ! »

La Rakshasa noire était tristement célèbre dans le monde pour sa cruauté et son absence de pitié.

Même les enfants arrêtaient de pleurer quand on leur disait que la Rakshasa noire arrivait. Sa réputation était terrifiante. Rien d'étonnant à ce que la femme se soit enfuie sans se retourner.

« Au fait, où est le Chef ? »

« Il est sorti prendre l'air tout à l'heure. »

Mujin jeta un coup d'œil par la fenêtre. Son regard se fit plus profond tandis qu'il levait les yeux vers la lune brillante.

« C'est parfait pour une promenade nocturne. »

Au même moment, Lee Jaseung marchait au clair de lune.

Un bon chef doit avoir un bon instinct.

Croire que ses subordonnés se sentaient honorés et heureux de rester avec lui jusque tard aurait été une sottise. Partir au bon moment valait mieux pour eux.

C'est alors qu'un esclandre éclata un peu plus loin. Un homme et une femme se criaient dessus, et d'autres autour d'eux regardaient.

Ils étaient en train de rompre.

La femme hurlait, tandis que l'homme l'écoutait en silence.

Il l'avait trompée ?

Lee Jaseung s'arrêta et regarda avec les autres.

Juste à ce moment, une voiture s'arrêta à côté de lui.

Il jeta un regard de biais et aperçut, derrière le rideau baissé, une femme qui portait un voile.

Lee Jaseung se retourna vers l'avant.

Cette fois, ce fut la femme à l'intérieur qui tourna la tête. Après avoir regardé Lee Jaseung un instant, elle se tourna vers l'avant.

Ni l'un ni l'autre ne se reconnurent, mais ils s'étaient déjà rencontrés.

Ce n'était autre que Baek Seolyoung.

La femme qui se disputait cria avec chagrin :

« Comment as-tu pu me faire ça ? »

Lee Jaseung eut un léger rictus en entendant sa question.

C'était une chose bien sotte à dire.

Celui qui doit partir partira, si fort qu'on s'accroche à lui, et celui qui doit rester restera, même si on le repousse.

Comment avait-il pu faire une chose pareille ? Parce qu'elle était tombée sur quelqu'un qui en était capable. La question n'était pas « comment », mais « qui ».

Contrairement à Lee Jaseung, Baek Seolyoung donnait raison à la femme.

Oui, comment pouvait-on faire une chose pareille ?

Une autre pensée suivit naturellement.

C'était la colère qu'elle éprouvait envers tous ceux qui s'étaient détournés d'elle. Ceux qui avaient trahi son père, lequel les traitait comme sa famille et comme des amis. Mais cette colère ne débouchait ni sur le désespoir ni sur le chagrin.

'Très bien, je comprends. Je comprends tout. Mais il faudra que vous compreniez aussi, quand ma vengeance vous arrachera le cœur.'

À cet instant, l'homme à cheval, qui avait attendu en espérant qu'ils s'écarteraient d'eux-mêmes, cria :

« Écartez-vous. »

Le couple qui se disputait et les badauds reculèrent, saisis.

La voiture passa, et Lee Jaseung reprit lui aussi sa marche. Il entendit des gens jurer derrière lui.

Lee Jaseung leva les yeux vers le ciel nocturne.

L'amour ?

Bien sûr, l'amour, c'est bien. Mais être seul, c'est tout aussi bien.

Marcher seul, penser seul.

... Vivre seul.

***

Trois jours plus tard, trois hommes se tenaient devant l'Alliance du Shaanxi. Ce n'étaient autres que Lee Jaseung, Dan Woobin et Mujin. Sans compter Mook Young, invisible aux yeux des autres.

Le reste de leurs subordonnés avait reçu l'ordre de rester en attente à proximité.

C'était une occasion rare de voir Lee Jaseung, Mujin et Mook Young agir ensemble. Comme ils étaient les trois plus hauts rangs de leur Alliance, ils n'avaient rien à craindre.

« D'où venez-vous ? »

Dan Woobin parut décontenancé par la question du vieux serviteur, puis répondit calmement :

« De l'Alliance. »

« Veuillez patienter un instant. Je vais faire prévenir à l'intérieur. »

Dan Woobin secoua la tête en regardant le vieux serviteur rentrer.

« Nous avions pourtant prévenu à l'avance. »

Il était évident qu'ils cherchaient à affirmer leur supériorité en les traitant avec dédain dès le départ.

« Je suis désolé. »

Lee Jaseung balaya les excuses de Dan Woobin.

« Ce n'est pas à toi d'être désolé. »

Contrairement à Woobin, Mujin était de bonne humeur et souriait largement. Cela ne faisait qu'agacer davantage Dan Woobin.

« Qu'est-ce qui te rend si content ? »

« Ça me rappelle le bon vieux temps. »

« Le vieux temps ? »

« Tu ne te souviens pas ? Quand on est allés tous les trois voir Young-gi. »

« Ah ! »

L'expression de Dan Woobin se figea un instant.

Il se remémora le passé. Mujin parlait du Capitaine de la Cavalerie de fer, Ma Young-gi.

Des quatre personnes en qui Lee Jaseung avait le plus confiance, Ma Young-gi avait été le dernier recruté.

À l'époque, ils étaient allés le voir tous les trois ensemble, comme aujourd'hui. Mais ils avaient dû s'y rendre trois fois, car il était toujours absent.

Dan Woobin fit la moue et dit :

« Ça n'a rien de si spécial. »

Dan Woobin n'appréciait guère Ma Young-gi, puisque celui-ci avait obligé Lee Jaseung à lui rendre visite trois fois.

En tant que stratège en chef de l'Alliance de la Voie noire, Dan Woobin estimait que c'est à lui que Lee Jaseung aurait dû rendre trois visites.

Tout comme Liu Bei était allé trois fois voir Zhuge Liang, l'histoire aurait été bien plus belle si Lee Jaseung en avait fait autant pour lui.

Il savait bien que Ma Young-gi ne les avait pas évités exprès, mais au bout du compte, ils lui avaient rendu visite trois fois, et cela agaçait Dan Woobin.

Il en résulta une chose.

Si Mujin était un ami, Ma Young-gi restait strictement un collègue.

Voyant le sourire de Mujin, Dan Woobin cria de nouveau :

« Quoi ? Dis-le ! Dis que je suis encore mesquin ! »

« Je n'ai pas dit un mot. »

Contrairement à Ma Young-gi, sa propre première rencontre avec Lee Jaseung avait été...

'Bon sang !'

Dan Woobin se rappela ce jour-là, neuf ans plus tôt.

« Kwahaha ! Qu'est-ce qu'il fabrique, cet idiot, à vouloir se battre avec moi ? »

Dan Woobin gisait au sol.

« Hé, morveux ! Retourne écrire des poèmes à ton académie ! Comment oses-tu me tacher d'encre ? »

Boum ! Boum ! Boum !

L'homme qui le piétinait sans pitié avait une vingtaine d'années. Des petits yeux, des pommettes saillantes et un sourire mauvais : la parfaite dégaine d'un voyou de ruelle.

Le corps de Dan Woobin était couvert d'ecchymoses et son visage tuméfié, mais il restait agrippé à la jambe de l'homme.

« Non, pas elle ! »

« Espèce de salaud ! T'es son mari ou quoi ? Lâche-moi ! »

« Je vous en prie ! Je vous en supplie, pas elle ! »

Dan Woobin mordit le tibia de l'homme.

« Aïe ! T'es malade ? »

Boum ! Boum !

L'homme frappa Dan Woobin encore plus fort qu'avant.

« Espèce de malade, alors crève ! »

Malgré les coups, Dan Woobin refusait de lâcher prise, pour une seule raison. Une femme gisait tout près. C'était Song-hwa, la femme qu'il aimait.

L'homme avait reçu l'ordre de l'enlever. L'ordre venait d'un chef d'une société noire locale tristement célèbre, qui l'avait remarquée en passant dans la rue.

Dan Woobin finit par s'affaisser sous les coups de l'homme. Après lui avoir craché dessus, l'homme souleva Song-hwa et s'éloigna.

« ... Non, je vous en prie. »

Les larmes ruisselaient des yeux de Dan Woobin. Il s'en voulait. Il aurait dû s'entraîner aux arts martiaux au lieu d'étudier les livres.

Il voulait changer le monde par le savoir, mais il ne pouvait même pas l'emporter sur un simple voyou : à quoi bon lire, dans ce monde ?

Juste à ce moment, quelqu'un passa près de Dan Woobin. À peine conscient, il s'écria :

« ... Aidez-moi, je vous en prie, aidez-moi ! »

Mais l'homme continua son chemin en l'ignorant.

Dan Woobin remarqua une dague à la ceinture de l'homme. Sa poignée, sculptée d'un féroce visage de démon, semblait se moquer de lui.

Il tenta de se relever, mais il ne pouvait même pas bouger un doigt.

Dan Woobin hurla, désespéré :

« ... Aidez-moi, bon sang ! Maudits salauds du Jianghu, arrêtez de porter vos lames comme des décorations stylées et aidez-moi, je vous en prie ! »

Dan Woobin hurla de toutes ses forces. À ce rythme, Song-hwa serait perdue, livrée à ce chef de la société noire. Même au prix de sa vie, Dan Woobin voulait la sauver.

Le ciel était plus clair que d'habitude, ce jour-là.

« Hahaha, qu'est-ce que c'est que ça ? Qu'est-ce que c'est que ce monde !? »

Des larmes de rancœur envers le monde continuaient de couler sur son visage.

Puis quelqu'un se pencha soudain dans son champ de vision.

C'était l'homme qui était passé tout à l'heure. Il se tenait au-dessus de Dan Woobin et le regardait en silence.

Le cœur de Dan Woobin se glaça à l'instant où ses yeux croisèrent ceux de l'homme. Il ressentit une terreur indescriptible.

L'homme avait des yeux qui ne révélaient rien, profonds comme le vide.

C'était une peur bien plus grande que celle que lui avait inspirée le voyou. Cet homme, c'était Lee Jaseung.

Lee Jaseung demanda d'une voix calme :

« Que feras-tu pour moi si je t'aide ? »

« N'importe quoi. »

C'était Mujin qui avait lâché la réponse, dans le présent. C'était l'histoire préférée de Mujin pour taquiner Dan Woobin.

Dan Woobin marmonna tout bas :

« Arrête. Tu as intérêt à ne pas faire ça. »

Mais le clou de cette histoire, c'était ce que Dan Woobin avait dit ensuite. Mujin reprit en imitant sa voix :

« Je vous offrirai même mon âme. »

« Hé ! Je t'ai dit d'arrêter ! »

« Waouh, rien que d'y penser, j'en ai la chair de poule. Vendre ton âme ? Argh ! La honte ! »

« Espèce de salaud ! »

Dan Woobin lança un coup de poing, rouge comme une pivoine, mais il n'y avait aucune chance que Mujin se le prenne.

« Je vous en prie, prenez mon âme ! »

« Arrête ! Espèce d'abruti qui ne sait que manier l'épée ! »

Mujin parla en riant aux éclats.

« Ouh là ! Maintenant, tu manques de respect à notre Chef ? »

Dan Woobin, encore plus troublé, s'écria :

« C'est à toi que je parle, crétin ! Pas à notre Chef ! »

Lee Jaseung souriait en les regardant. Il aimait que Dan Woobin exprime toujours aussi ouvertement ses émotions.

Dan Woobin était quelqu'un de brillant. Il avait l'un des esprits les plus aiguisés du monde.

Quelqu'un comme lui, jouer à des jeux politiques ou cacher ses sentiments ? Il serait devenu épuisant à gérer.

Mais Dan Woobin ne cachait jamais ses sentiments, du moins pas devant Lee Jaseung.

Que ce soit voulu ou non, Lee Jaseung lui en était reconnaissant.

Dan Woobin était un génie, et Mujin jouait un rôle clé pour faire ressortir ses émotions. Leur amitié était le plus grand atout de Lee Jaseung.

C'est alors que plusieurs personnes s'approchèrent. Dan Woobin et Mujin passèrent de la plaisanterie à un sérieux mortel, comme s'ils n'avaient jamais plaisanté.

Un homme d'âge mûr les salua cérémonieusement, les poings joints.

« Bienvenue. Je vous prie d'excuser notre retard, j'espère que vous nous pardonnerez. Je suis Wang Chan, vice-seigneur de l'Alliance du Shaanxi. »

Dan Woobin fut contrarié en apprenant qu'il n'était que le numéro deux.

'Mon Chef a fait tout ce chemin, et c'est le vice-seigneur qui nous accueille ?'

Mais Dan Woobin cacha son irritation derrière un sourire.

« Enchanté de vous rencontrer, vice-seigneur. »

Wang Chan les conduisit jusqu'au jardin de derrière.

Deux hommes les y attendaient. Celui qui se prélassait nonchalamment n'était autre que Hwang Giyoung, l'aîné des Quatre Héros du Shaanxi.

À côté de lui se tenait un homme coiffé d'un chapeau de bambou, tel un garde du corps.

Hwang Giyoung parla sans changer de posture nonchalante :

« Bienvenue. Je n'ai pas pu vous accueillir dehors, car je suis souffrant. J'espère que vous comprendrez. »

C'est à cet instant que Dan Woobin le vit. Un rictus glacial s'était dessiné sur le visage de Lee Jaseung.

'Ça ne sent pas bon, pas bon du tout.'

Le cœur de Dan Woobin battait nerveusement : il craignait que Lee Jaseung ne les extermine ici même.

'Je vous en prie, réglons ça pacifiquement !'

Fin du chapitre 10
Fiche de l'œuvre

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