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Chapitre 3

Chapitre 3 - Celui qui m'a tuée

3 octobre 2026 ~6 min · 1 119 mots

« Ouah... »

Un homme d'une beauté inouïe se tenait là.

Un nez droit et fin, des lèvres minces à l'air cruel. Une silhouette élancée mais ferme, dont on devinait, même à travers ses vêtements, la musculature harmonieuse.

Ses cheveux, d'un noir presque d'ébène, lui effleuraient à peine les oreilles et la nuque ; leurs pointes rebiquaient et semblaient douces au toucher.

Tout en lui était parfaitement dessiné, mais ce qui frappait le plus, c'étaient ses yeux bleus.

Son regard, en amande et d'une froideur sereine, brillait d'un éclat acéré comme une lame.

Limpides et magnifiques, ses yeux avaient pourtant une teinte glaciale.

Ses longs cils, qui y posaient leur ombre, rehaussaient encore la perfection de ses traits.

On aurait dit une œuvre d'art.

C'était un homme si beau qu'on en avait le vertige rien qu'à le regarder.

'... Ah.'

Mais soudain, Rishe comprit.

L'homme aux cheveux noirs, lui, baissa sur elle un regard froid et renifla avec dédain.

« Vous m'avez foncé dessus avec un sacré élan. J'ai cru qu'un sanglier s'était échappé. »

Des paroles bien impolies envers quelqu'un qu'on rencontre pour la première fois, mais Rishe avait d'autres soucis en tête. D'ailleurs, pour elle, ce n'était pas leur première rencontre.

« Que faites-vous ici ? Dans la grande salle, la soirée... »

« Aaaaaaaaaaah !!! »

« ?! »

Au cri soudain de Rishe, l'homme eut un mouvement de recul.

Son corps avait dû réagir d'instinct : sa main droite s'était posée sur la poignée de l'épée qu'il portait à la ceinture.

« ... Qui êtes-vous donc ? Vous avez tout l'air d'une simple demoiselle, et pourtant cette étrange intention meurtrière... »

« L'empereur Arnold Hein !! »

Au nom crié par Rishe, l'homme aux cheveux noirs, Arnold, écarquilla les yeux.

Pas étonnant qu'elle dégage une étrange intention meurtrière. Car tout récemment, Rishe avait croisé le fer avec cet homme.

Et c'était lui, et nul autre, qui l'avait tuée, mettant fin à sa sixième vie.

'Lui aussi était donc invité à la soirée de ce soir...'

À bien y réfléchir, c'était logique.

Arnold était membre de la famille impériale d'un État militaire situé non loin d'ici. Ce pays avait jadis été en guerre avec le leur ; aujourd'hui, ils avaient conclu une paix de façade et entretenaient des échanges de temps à autre.

Le prince héritier, ex-fiancé de Rishe, allait sans doute annoncer tout à l'heure ses fiançailles avec Marie, dont il s'était épris.

Comme Marie était une fille du peuple, il avait dû prendre ses dispositions à l'avance pour la présenter aussi aux pays voisins.

Arnold contemplait Rishe avec intérêt.

« Vous me connaissez ? C'est pourtant la première fois que je viens dans ce pays. »

'C'est fâcheux...'

Paniquée intérieurement, elle donna le change avec un sourire.

La patrie d'Arnold, l'Empire de Galkhein, obéissait à une devise : « Sans force, point de sang impérial ». Les faibles y étaient éliminés, même s'ils avaient des droits de succession au trône.

Et dans cette grande puissance militaire, l'Arnold qui se tenait devant elle allait, cinq ans plus tard, envahir un pays après l'autre.

Il en avait été ainsi dans sa première vie, dans sa deuxième, dans sa troisième et dans sa quatrième. Dans la cinquième aussi, et dans la sixième, Rishe s'était elle-même retrouvée sur le champ de bataille.

'Mais j'aurais préféré ne jamais l'avoir pour ennemi.'

Arnold était empereur, et c'était aussi la meilleure lame de tout son pays.

Et ce qui le rendait redoutable, c'est qu'il excellait non seulement à l'épée, mais aussi en stratégie militaire.

Face à lui, elle avait l'impression qu'il lisait en elle comme dans un livre ouvert. D'ailleurs, quand ils avaient croisé le fer sur le champ de bataille, ce regard qui croisait le sien par-dessus les lames l'avait déjà gênée.

'Il faut que je trouve une excuse plausible.'

Rishe recula souplement le pied droit, pinça sa robe et fléchit lentement les genoux en une révérence.

« Je me nomme Rishe Irmgard Weitzner. C'est la première fois que j'ai l'honneur de vous rencontrer, mais j'ai beaucoup entendu parler de vous. »

Arnold releva alors un coin de la bouche, comme s'il s'amusait de quelque chose.

« Vous avez le jeu de jambes d'une épéiste de premier ordre. Votre axe ne vacille pas le moins du monde. »

« Vous me flattez. J'ai simplement fait de mon mieux pour saluer Votre Altesse, notre hôte de marque, sans manquer à la politesse. »

« Vous m'avez appelé "empereur". »

À ces mots, Rishe comprit sa bévue.

« Mon père est toujours en vie, et je ne suis encore que prince héritier. Pourquoi cette méprise ? »

« Euh... eh bien... »

C'était fâcheux.

Terriblement fâcheux. Se doutait-il qu'elle connaissait l'avenir ? Non, tout de même, c'était aller trop loin.

Tandis qu'elle réfléchissait à tout cela, Rishe se rendit compte de son erreur.

'... Au fond, ai-je vraiment besoin de me justifier ?'

Peu importait ce que pensait d'elle Arnold, qu'elle ne reverrait sans doute jamais.

Elle avait bien des choses à redire sur le fait qu'il l'ait tuée, mais cela ne servait à rien de s'en plaindre à l'Arnold qui se trouvait ici.

L'appeler empereur était impoli, certes, mais Rishe serait exilée avant la fin de la nuit. Ce lapsus n'aurait aucune incidence sur les relations entre leurs pays.

Une fois cette idée en tête, il n'y avait plus qu'une chose à faire.

Rishe prit une profonde inspiration, puis s'inclina de nouveau devant Arnold. Non pas avec la révérence d'une jeune noble, mais avec la courbette d'une femme de chambre qui présente ses excuses à son maître.

« Je vous prie de m'excuser, Votre Altesse. Dans ma précipitation, j'ai commis un lapsus fort impoli. »

Puis elle releva la tête.

« Mais voyez-vous, mon ex-fiancé vient de rompre nos fiançailles, et je suis extrêmement occupée. Veuillez me pardonner, je dois vous laisser ! »

« ... Rompre vos fiançailles ? »

Rishe fit voler le bas de sa robe et reprit sa course.

Elle avait perdu du temps là où elle ne s'y attendait pas ; il fallait se dépêcher. Rishe poussa la porte du balcon et retroussa sa robe.

Ses chaussures à la main, elle s'apprêtait à passer sur un arbre voisin, mais le sol était étonnamment proche.

'Hein ?! Mais ça peut marcher, non ? Je comptais sauter sur l'arbre... mais à la hauteur d'un premier étage, je peux sauter directement dans le jardin !!'

La décision et le mouvement furent presque simultanés.

Au moment où elle enjamba la balustrade, Arnold, qui l'observait en silence depuis tout à l'heure, écarquilla les yeux.

« Hé, attendez... »

Rishe, sa robe couleur de lune flottant doucement autour d'elle, sauta du balcon.

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