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Chapitre 7

Chapitre 7

17 octobre 2026 ~7 min · 1 249 mots

Ah, il pleure. Le bébé pleure.

« Elle pleure, hein ! »

Ces mots tombèrent au moment où j'essayais de soulever mon corps lourd, et je sentis la moutarde me monter au nez.

Nous étions dans la même pièce, évidemment que je l'entendais.

Mon mari tapotait sur son ordinateur sans même lever les yeux.

« Le bain est prêt. »

La voix du chauffe-eau résonna en même temps que les pleurs du bébé.

Pour moi, à cet instant, cette voix-là était bien plus utile.

Quel intérêt de me dire une chose que j'entends très bien ?

J'éteignis le fer à repasser que j'avais en main et poussai un long soupir.

C'est pour le travail. Je sais. J'aimerais le laisser travailler, mais bon.

C'est bien beau, de pouvoir se concentrer.

Le stress de ne jamais pouvoir finir une seule tâche jusqu'au bout. Interrompue, encore interrompue...

Au moins à cette heure-ci, le soir, non, ne serait-ce que pour une seule chose, ne pourrait-on pas me laisser me concentrer sur le ménage ?

« Dis, Yû. Je suis fatiguée. »

À ces mots, mon mari s'arrêta enfin de taper.

« Tu ne pourrais pas prendre Ai dans tes bras le temps que je finisse le repassage ? »

Cinq minutes à peine, sans doute.

Mon mari n'était pas méchant, loin de là.

Seulement voilà.

« Oh non », avait-il répondu avec un grand sourire.

« Elle ne m'aime pas, tu sais. Je ne pense pas que ça lui fasse plaisir que ce soit moi qui la porte. »

« Et tu te dis son père !? »

Hein ?

Mon propre cri m'avait réveillée.

Un vieux souvenir.

De ma vie d'avant, quand j'avais eu ma fille aînée.

Je soufflai, puis remarquai que j'étais en chemise de nuit, dans mon lit, tout ce qu'il y a de plus normal.

Pourtant, je m'étais endormie sur le canapé, il me semblait.

Je fis tinter la sonnette et Meia arriva aussitôt.

« Madame, vous êtes réveillée ? »

« Je dormais, n'est-ce pas ? »

« Dormir, vous dites ? Vous étiez plutôt évanouie. Vous avez abusé de votre magie. Vous qui n'avez déjà pas de forces, on vous a en plus fait monter à cheval. »

Je vois. Ce malaise à en avoir la tête qui tourne, c'était donc ça, l'épuisement de mana.

« Où en sommes-nous ? »

« Vous avez dormi une journée entière. »

« Et Aidan ? »

« Le jeune maître est sain et sauf. »

« Des blessés ? Ne me dis pas que quelqu'un est mort... »

« Plus ou moins gravement atteints, mais la vie de personne n'est en danger. Il paraît que les assaillants ont commencé à se replier dès que vous êtes partie. »

« Et mon mari ? »

« Il a croisé Sire Orencia, a fait demi-tour sur-le-champ et s'est aperçu de l'attaque. Ensuite, il vous a ramenée au manoir et... »

Ce qu'il fabriquait maintenant qu'une nuit avait passé, voilà la vraie question.

« Il est au manoir ? »

« Ah, c'est que... »

Il n'est pas là, donc.

Il a laissé un enfant victime d'une attaque et une épouse évanouie.

« On m'a dit qu'il avait fait transférer les prisonniers au château royal et qu'il les interrogeait lui-même. »

Le teint blême, Meia me prit doucement la main.

« Comment vous sentez-vous ? »

« Ça va, maintenant. »

J'essayai de me lever. Oui, aucun problème, comme d'habitude.

« Je vais m'habiller et aller voir Aidan. Ensuite, envoie un messager à mon mari. Dis-lui que je suis réveillée. »

J'avais beaucoup réfléchi.

Attendre quelqu'un qui n'est pas là ne le fera pas venir pour autant.

S'il ne vient pas, je n'ai qu'à le faire appeler.

« Dis-lui que je souhaite le voir. »

« Oh... »

Meia laissa échapper un cri de surprise.

Évidemment. Vu le passé, elle devait trouver ça étrange.

Que je fasse un pas vers ce mari que j'avais tant détesté.

Il n'y avait pas à dire : pour le bien d'Aidan aussi, un père dans cet état, ça n'allait pas. Et si la cause en était les insultes que l'ancienne moi lui avait lancées...

Il fallait que je mette les choses au clair.

Il me trouvait peut-être insupportable, mais j'aimerais qu'il prenne sur lui, pour Aidan.

De toute façon, même si Aidan le détestait, même s'il devait en ressortir couvert de griffures, c'était son père : j'aurais voulu qu'il continue de venir sans se laisser abattre.

Je repensai à la conversation surprise au temple. Et à Rias, qui était reparti si vite et n'était pas là au moment crucial de l'attaque.

On ne pouvait pas continuer comme ça.

Aidan faisait la sieste.

Après avoir bien joué toute la matinée, il s'était endormi d'un coup, comme une pile à plat.

Aujourd'hui, il dormait les bras en l'air, un jouet dans chaque main. Un cheval et une trompette.

« Hi hi. Vous partez en campagne, messire chevalier ? »

Allongée à côté de lui, à écouter sa respiration paisible, je me remis à avoir sommeil.

Tant mieux.

Il était sain et sauf, tant mieux.

Voir mon enfant exposé à un tel danger...

Il fallait que je redouble de vigilance.

« Maman va te protéger, Aidanou. »

Je posai doucement la main sur sa poitrine qui se soulevait et retombait. Même à travers ses vêtements, je sentais sa chaleur.

Je fus réveillée par la sensation de quelque chose qu'on étendait doucement sur moi.

Une cape d'un rouge éclatant avait été posée sur mon corps.

Je m'étais encore endormie. Avec Aidan, je m'endors tout de suite.

Je me redressai : Rias se tenait devant moi.

« Ah. »

Mon mari avait le visage sombre.

Il avait toujours les sourcils froncés, cet homme-là.

« Dormez-vous toujours par terre ? »

Après tout ce temps sans se parler, c'est ça, sa première phrase ?

Je le pensai, mais le montrer n'aurait rien arrangé. Je lui adressai un sourire.

« Quand je suis avec Aidan, je finis toujours par m'endormir avec lui. »

« Pas même dans un lit... »

C'est vrai qu'au lieu du lit à barreaux, on couchait Aidan sur un matelas posé à même le sol.

Depuis qu'il s'était habitué à passer du temps avec moi, il se mettait à hurler en s'agrippant aux barreaux dès qu'on le mettait dans son petit lit.

Sans doute parce qu'il ne pouvait pas se lever et partir en courant dès son réveil.

« Bon retour parmi nous. »

J'avais bien des choses à lui dire, mais je commençai par ça, et Rias lui-même parut surpris.

« Je... suis rentré. »

« Votre travail ne vous retient pas ? »

On n'en était même pas au déjeuner. Je pensais que, s'il rentrait, ce serait le soir.

« On m'a dit que vous m'aviez fait appeler. »

Il suffit donc de le demander pour qu'il vienne.

Aurais-je dû lui dire de rentrer avec nous, au retour du temple ?

Il me traitait avec une politesse sans faille, comme on s'adresse à un supérieur.

Non, celle qui l'avait poussé à agir ainsi, à force de l'accabler d'injures, c'était moi.

« Euh... Pourrions-nous parler un instant ? »

« Oui, je vous écoute. »

Rias semblait un peu tendu. Je lui tendis la main exprès. Après une brève hésitation, il la prit et m'aida à me relever.

Une main grande et robuste.

J'appelai la nourrice pour lui confier Aidan, et nous allâmes, Rias et moi, poursuivre ailleurs.

Fin du chapitre 7
Fiche de l'œuvre

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