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Chapitre 11

Chapitre 11

31 octobre 2026 ~7 min · 1 283 mots

Quand je me réveillai, les ombres avaient tourné et le soleil tombait sur la couverture.

Pourtant, je n'étais pas éblouie. Levant les yeux, je vis que Rias me faisait de l'ombre avec sa main.

« Vous êtes réveillée ? »

« Ah... pardon. »

J'avais dormi comme une souche. Divinement bien.

« Il n'y a pas lieu de vous excuser. »

Je me redressai et me déplaçai à l'ombre.

Aidan, lui aussi, commençait à remuer.

Nous décidâmes de déjeuner, et je fis préparer le repas.

Une fois le repas terminé, Aidan repartit jouer.

En buvant le thé d'après le repas, Rias et moi décidâmes de prendre un peu notre temps.

C'était au tour de la nourrice et de Sire Orencia. Quand il y a plein d'adultes pour un seul enfant, c'est d'une facilité incroyable.

« Quel moment paisible. »

« Oui. »

« Nous dînons ensemble tous les soirs, mais... votre travail, ça va ? »

« Aucun problème. »

Je vois. Donc, avant aussi, il aurait pu rentrer, mais il ne rentrait pas.

« Rias. »

« Oui. »

« Votre façon de parler... ne pourriez-vous pas l'assouplir un peu, à présent ? »

Rias écarquilla légèrement les yeux.

« Que voulez-vous dire ? »

« Toutes ces formules cérémonieuses. Nous ne sommes pas un subordonné et sa supérieure. »

« Vous êtes Son Altesse la princesse et... »

« Non, je ne fais plus partie de la famille royale. Je suis votre femme. »

À sa réaction, il n'y avait jamais pensé.

« Voyons. Essayez par exemple de me parler comme vous parlez à Sire Orencia. »

« Vous plaisantez. »

« Je suis on ne peut plus sérieuse. »

C'est tellement guindé que j'ai l'impression de devoir me tenir droite, moi aussi.

Comment le faire céder ?

Je baissai un peu les yeux, pour voir.

« Ça me rend triste. Que vous vous adressiez à moi avec tant de distance, comme à une étrangère. »

« Que... »

Un silence, un moment.

« Je croyais... que vous me haïssiez. »

« La façon de parler. »

« Je, je pensais que... vous ne m'aimiez pas, voilà. »

« Je ne vous déteste pas. »

Ça donnait une phrase bizarre, mais je n'allais pas relever.

« D'ailleurs, c'est vrai, je vous avais dit que je ne savais pas trop. »

Depuis que nous passions nos journées ainsi, tous les jours.

Il est maladroit, c'est un père débutant, et comme mari aussi, j'aurais plein de choses à lui dire.

Mais ce n'est pas quelqu'un de mauvais.

Et puis il est beau.

« Je ne vous déteste pas. Pas du tout. »

Il est toujours aux petits soins pour moi.

Et avec Aidan aussi, il essaie de s'y prendre sincèrement.

« Je me sens rassurée quand je suis avec vous. »

Comme tout à l'heure : même à côté de lui, j'arrive maintenant à me laisser aller.

« Ce genre de moment, je trouve que c'est du bonheur. »

C'est pour ça que j'aimerais qu'il passe encore un peu plus de temps avec nous.

Rias s'était figé.

Je me demandais ce que je pourrais ajouter quand il finit par desserrer les lèvres.

« Tout à l'heure aussi, vous vous êtes endormie en murmurant... "heureuse". »

Ah, oui. J'étais terriblement heureuse. Le luxe de dormir dehors, par ce temps si doux.

« Moi aussi, je suis on ne peut plus heureux... Cynthia. »

Rias se redressa.

Moi aussi, tout naturellement, je reposai ma tasse et me tins droite.

« Je vous ai toujours aimée. »

« Hein. »

Oh non, ça m'avait échappé avec une drôle de voix.

« Je vous admirais. La joie de servir celle qu'on appelait la Princesse de lumière, je l'avais changée en loyauté : je voulais vous protéger toute ma vie. Et voilà que... je vous ai prise pour épouse. »

Non, non. Ce n'est pas possible. Ce regard, lors de notre première rencontre, ce n'était pas le regard qu'on pose sur la personne qu'on aime.

« Vous me haïssiez, alors j'étais certain de ne jamais vous avouer ce que je ressentais. »

Si c'est vrai, quelle force mentale, et quels muscles faciaux.

« Si vous ne me détestez pas, puis-je cesser de le cacher ? »

Euh... ça, je ne sais pas trop.

Je suis un peu perdue.

« Pouvoir vous dire que je vous aime. Il n'y a pas de plus grande joie. »

Rias posa la main sur son cœur et sourit, l'air heureux.

Ouah, quand il sourit, il ressemble encore plus à Aidan.

Son air froid s'adoucit d'un coup, et voilà, c'est dangereux. C'est une beauté dangereuse.

« Je n'aurai pas l'insolence de vous demander de m'aimer. Si vous m'autorisez seulement à vous dire mon amour, cela me suffit. »

« Atten... attendez un peu. »

Je ne pouvais pas en écouter davantage.

À force de me le servir sans relâche, c'est moi qui devenais toute rouge.

« C'est tellement soudain, je... »

« Vous n'avez qu'à écouter en souriant... Ah, il ne faut pas faire ce visage. »

Rias prit une mèche de mes cheveux blancs et y posa doucement les lèvres.

« Votre visage, quand vos joues s'empourprent, est trop beau. Je n'arrive plus à respirer. »

« Hiii. »

Ah, je n'ai pas l'habitude, alors une drôle de voix m'a échappé.

Rias eut un petit rire.

« Je vous aime, Cynthia. »

Je vais être détruite.

Mon cœur. Il ne tiendra pas.

Je me levai avec des gestes raides de robot rouillé et appelai Aidan à l'aide.

Aidan. Joue avec moi. Guéris-moi...

À partir de ce jour-là, Rias changea.

Il changea... ou bien il se détraqua ?

« Cynthia. Bonjour. »

« Ah, bonjour. Euh... et votre travail ? »

« J'ai revu mes horaires. Sans voir votre visage, ma journée ne peut pas commencer. »

« Ah... je vois... »

Sur ces mots, il prenait désormais tous les jours le petit déjeuner avec nous avant de partir pour le château royal.

Le soir, après le dîner, une fois la nourrice sortie après avoir couché Aidan, il m'invitait toujours à prendre le thé.

Et depuis que j'avais répondu « Je vous en prie » à son « Vous permettez ? », en croyant qu'il me demandait la permission de boire son thé...

Alors que le canapé d'en face était bien assez large, il était venu s'asseoir, entre toutes les places, juste à côté de moi.

« Rien que de penser que je suis à vos côtés... je suis nerveux. »

Oui, moi aussi. Vous ne voudriez pas retourner en face ?

« Euh... vous ne trouvez pas qu'on est un peu près ? »

« Si, c'est mauvais pour le cœur. »

Pfiou, souffla Rias.

« Ah, je ne vous toucherai jamais sans votre permission. »

Rassurez-vous, dit-il, l'air grave. Non, ce n'est pas ça.

Ce n'est pas ça, le problème. Vous êtes trop près, je vous dis.

C'était donc ce genre d'homme.

« Vous souvenez-vous de la première fois que je suis venu voir Aidan ? »

Il parle de la fois où je lui ai mis de force Aidan en pleurs dans les bras ?

« Ah, oui. »

« Vous m'avez regardé droit dans les yeux... »

Rias porta la main à sa bouche.

« Et vous m'avez dit : "Dans vos bras." »

Il poussa un soupir langoureux.

« Ce jour-là, j'ai cru que mon cœur allait s'arrêter. »

Mais qu'est-ce qu'il raconte, cet homme ?

Il s'est détraqué ?

Je l'ai trop poussé à bout ?

En attendant, je concentrai toute mon attention, respiration de concentration totale, sur la tasse de thé que j'avais entre les mains.

Fin du chapitre 11
Fiche de l'œuvre

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