« Veuillez sortir et entrer dans l'ordre où nous appellerons vos noms. »
Enfin, une fois les cent candidates réunies dans la salle d'attente, une jeune femme qui avait tout l'air de faire partie de l'équipe de tournage s'avança et commença à expliquer le déroulement.
« D'abord, en entrant, vous trouverez une scène. Passez-la et allez vous asseoir dans les gradins situés derrière. »
« Comment on choisit les places ? »
Une des candidates avait levé la main pour poser la question ; la membre du staff répondit aussitôt, comme si elle s'y attendait.
« Vous pouvez vous asseoir librement, dans l'ordre d'entrée. »
À l'idée que les premières entrées pourraient choisir leur place à leur guise, une tension subtile se diffusa parmi les candidates.
Je ne faisais pas exception.
'Il faut que je me trouve un coin qui attire le moins possible l'attention…'
Si je me retrouvais en plein milieu du premier rang, ce serait un vrai problème.
À l'armée, je m'étais un jour assise tout devant pendant la conférence d'éducation morale du général de division : incapable de résister à deux heures d'assaut moralisateur, je m'étais endormie.
Résultat : un entretien en tête-à-tête avec le commandant de bataillon. « Auriez-vous, par hasard, des griefs contre la vie militaire ? »
En règle générale, quand un groupe se rassemble, la meilleure place est discrètement dans un coin, comme si l'on était là sans y être.
« Bien, nous allons commencer par la stagiaire Park Jiyeon. »
Les explications terminées, apparemment, la membre du staff appela le nom de la première stagiaire.
L'appelée, le visage crispé par le trac, se dirigea prudemment vers la sortie de la salle d'attente.
« Bonjour… »
« Ah, bonjour. »
Tandis que toute l'attention se portait sur la première entrante, quelqu'un m'adressa timidement la parole.
Je ne pensais pas que quiconque ici ferait comme s'il me connaissait ; je sursautai malgré moi, mais en tournant la tête vers la voix, je découvris une candidate qui avait un petit air d'écureuil.
« Pardon… de vous parler comme ça, d'un coup… »
« Non, euh… ce n'est rien. »
En vérité, ce n'était pas rien.
Mais je ne pouvais pas lâcher un sec « En effet » à quelqu'un qui venait vers moi.
Et puis, à la voir les deux mains croisées sur le ventre, à se tortiller et à gigoter, je ne pus m'empêcher de m'adoucir un peu.
Petite, l'air fragile : le genre à réveiller l'instinct protecteur.
« C'est juste que… toutes les autres ont une agence… mais sur le vôtre, c'est écrit "stagiaire indépendante", alors j'avais envie de vous parler. Moi non plus… je n'ai pas d'agence. »
À bien y penser, parmi les candidates que j'avais observées jusque-là, les stagiaires indépendantes étaient vraiment rares.
Célèbres ou non, toutes avaient une agence inscrite sur leur badge.
'Kim Suyeon, numéro 42… stagiaire indépendante.'
Quand je vérifiai le badge numéroté de la candidate qui m'avait abordée, c'était bien écrit : stagiaire indépendante.
« C'est rare, les stagiaires sans agence ? »
« Pardon… ? Enfin, évidemment, non ? »
« Pourquoi ? »
« On ne peut progresser que jusqu'à un certain point toute seule… et surtout, on ne peut pas débuter seule. Tout le monde essaie d'entrer dans une agence, d'une manière ou d'une autre. »
À l'entendre, c'était vrai.
Même moi, qui ne connaissais pas grand-chose aux idoles, je savais au moins qu'on ne pouvait pas y arriver seule.
« Alors pourquoi vous n'avez pas d'agence ? »
« Hein ? »
« Non ! Je veux dire… dans votre cas, Sion, vous êtes tellement jolie… ça n'aurait rien d'étrange que vous soyez dans une grande agence, mais vous êtes indépendante… »
L'écureuil… non, la candidate numéro 42, Kim Suyeon, venait soudain de me faire un compliment.
Je n'ai pas beaucoup d'immunité contre ce genre de compliments ; j'hésitai un instant, un peu gênée, cherchant quoi répondre.
'Franchement, les idoles, je m'en fiche ! Ma seule passion, c'est le Bitcoin, et je suis là parce que Tata m'a promis de l'argent de poche !'
Impossible de dire ça. Pendant que j'hésitais…
« Pardon ! Vous avez sûrement vos raisons… je n'aurais pas dû poser une question aussi inutile… »
« Ce n'est rien. Et vous, pourquoi êtes-vous indépendante ? »
« Moi ? »
J'acquiesçai.
À mes yeux, comparée aux stagiaires des agences, Kim Suyeon n'avait rien à leur envier.
Au contraire, rien qu'à son physique, c'était étrange qu'elle n'ait pas d'agence.
« Je… j'ai quitté l'agence où j'étais. »
« Pourquoi ? »
« Je n'ai pas été prise dans l'équipe de début… »
Son ancienne agence avait enfin formé une équipe de début, me raconta-t-elle ; n'ayant pas été retenue, elle était partie et errait sans but quand elle avait entendu parler d'Idol Ground 100 par hasard et décidé de s'inscrire.
« Alors j'avais un peu peur. Si j'enlève l'étiquette "j'ai une agence"… j'avais l'impression qu'il ne me resterait plus rien… »
« Tss, tss. Tu es encore jeune. »
« Pardon ? »
« Quel âge as-tu ? »
« Moi ? »
« Qui d'autre ? »
Prise de court, Kim Suyeon bafouilla une réponse à ma question soudaine.
« … Dix-sept ans. »
« Quoi, tu as deux ans de moins que moi. Alors je te tutoie. »
« O-oui ! »
« Dis donc, tu n'as que dix-sept ans : qu'est-ce que c'est que ces histoires de "il ne me resterait plus rien" ? »
C'était ridicule.
À dix-sept ans, on a encore le sang pas sec sur le crâne, non ?
Même les bleus qui arrivaient dans mon unité avaient au moins vingt ans passés.
À entendre une gamine d'à peine dix-sept ans parler comme si sa vie était finie, mon instinct d'encadrement de capitaine se ralluma malgré moi.
« C'est parce que… vous êtes jolie, unni. Je suis stagiaire depuis mes quatorze ans ; mes parents ne disent rien, mais je vois bien qu'ils s'inquiètent… et mes amis du lycée me demandent quand je débute… »
« Ni tes parents ni tes amis ne vivent ta vie à ta place. »
« … Ça, c'est facile à dire. Comment on peut s'en ficher complètement ? »
Évidemment, à cet âge-là, à commencer par les parents, le regard des autres est on ne peut plus pesant.
« Je connais quelqu'un qui a raté le bac. »
« Le bac ? »
« Ouais. Bien en dessous de ses notes habituelles. »
« Et ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Ses parents lui ont seriné "Tu vois, fallait travailler", et son professeur y est allé de sa petite phrase, comme quoi son attitude en classe avait toujours été lamentable. »
Je me souvenais des sermons de mes parents et de mon professeur après l'examen d'entrée à l'université, dans ma vie précédente.
Aujourd'hui, ce ne sont plus que des souvenirs, mais à l'époque, c'était franchement étouffant.
« Au début, elle comptait redoubler. Mais ses parents et son prof n'arrêtaient pas de lui tomber dessus, sans fin, à ce qu'elle dit. »
« Je veux bien le croire… »
Suyeon hocha la tête, comme devant une scène qu'elle aurait vécue.
Mais la suite, elle ne s'y attendait sûrement pas du tout.
« Alors, à bout, elle leur a dit ça. »
Je ne redoublerai pas, alors arrêtez de crier.
Suyeon écarquilla les yeux.
L'histoire devait la choquer.
« Évidemment, ses parents et son prof se sont fâchés et lui ont dit de faire comme elle voulait. En échange, plus question d'espérer le moindre soutien : elle devait se débrouiller seule. »
« Et… qu'est-ce qu'on fait, dans ce cas… ? »
« Alors elle est entrée à l'Académie militaire de Corée. »
« L'Académie militaire de Corée ? »
« Ouais. Scolarité gratuite, internat gratuit, et à la sortie, l'armée t'embauche officiellement. »
Quand mes parents et mon professeur avaient découvert, trop tard, que j'avais vraiment postulé à l'Académie militaire de Corée, ils avaient tenté de m'en empêcher, me suppliant d'annuler même à ce stade, mais j'avais balayé leurs objections et je m'étais inscrite.
'Quand j'y pense, si j'avais écouté mes parents à l'époque… je ne serais pas morte d'une balle.'
Mais je ne regrette pas ce choix.
« Bref, la morale de l'histoire est simple. Même si tu te fiches de ce que pensent les autres et que tu vis comme tu l'entends, la vie roule étonnamment bien. »
« C'est… vrai ? »
« Bien sûr. »
J'ignorais à quel point j'avais été convaincante, mais l'expression de Suyeon parut un peu plus détendue.
'On dirait un entretien d'accueil avec une nouvelle recrue.'
Je n'ai sans doute pas encore totalement perdu mes réflexes de commandante de compagnie.
Enfin, plutôt que de regarder une gamine encore si jeune piquer du nez en jetant des regards anxieux autour d'elle, mieux valait que ce soit moi qui me donne un peu de mal.
« Ensuite, la candidate numéro 42, Kim Suyeon. Vous pouvez entrer. »
« Oui ! »
Pendant que je discutais avec Suyeon, son tour était déjà arrivé, semblait-il.
À l'appel de son nom, Suyeon leva la main et se dirigea vers la sortie.
« Sion unni ! Je vais garder des places ! Quand vous entrerez, on s'assoira ensemble ! »
« D'accord ! »
Juste avant de franchir la porte, Suyeon se retourna et me lança ça d'une voix enjouée.
Quel petit écureuil méritant.
Proposer de passer devant pour garder des places : décidément, le bel esprit confucéen de la Corée est toujours vivant.
Alors qu'on allait se revoir dans quelques instants, je répondis à ses grands signes de la main par les miens, comme si l'on se quittait pour toujours.
'Mais pourquoi ils ne m'appellent pas ?'
Après le départ de Suyeon, sans que je m'en rende compte, la salle d'attente s'était vidée de moitié.
Entrer trop tard, c'est attirer tous les regards, et c'est gênant ; pourtant, la membre du staff qui gérait les candidates ne semblait toujours pas près d'appeler mon numéro.
***
« Madame la réalisatrice, c'est bien Ryu Ayeon qui passe en dernier, finalement ? »
« Oui. Qui d'autre pourrait faire la tête d'affiche du premier épisode ? »
La réalisatrice principale d'Idol Ground 100, Kim Miyoung.
À ces mots, son assistant réalisateur, Park Hyeongsu, acquiesça.
« Côté buzz, Ryu Ayeon écrase tout. »
De fait, qu'une stagiaire du niveau de Ryu Ayeon participe à Idol Ground 100 tenait presque du miracle.
C'était un « trésor » choyé même par TSP, la première agence du pays.
« Pas seulement le buzz. Son niveau est déjà celui d'une pro. »
« Elle va sans doute prendre la première place sans mal, non ? »
À ces mots de Hyeongsu, Miyoung inclina légèrement la tête.
« Ça, on ne peut pas le savoir. »
« Pardon ? Alors qu'elle est au sommet en physique, en notoriété et en niveau ? »
« Les idoles, c'est comme ça. Le physique, le niveau, ce sont des éléments importants. Mais… ça ne suffit pas. »
« Alors… il faut quoi d'autre ? »
« Si je le savais, je serais réalisatrice ? J'aurais monté une agence et je formerais des idoles. »
« Ha, franchement… c'est quoi, cette réponse. »
Pendant que Hyeongsu laissait échapper un rire incrédule, Miyoung réfléchissait à la question.
À ses yeux, ceux qui réussissent comme idoles ont quelque chose qui attire en tant que personne, un charme inexplicable, qui ne tient ni au physique ni au niveau.
Et à cet instant, une personne traversa l'esprit de Miyoung.
'… Sion ?'
Mais…
'Ce n'est pas du charme, ça !'
Sion lui était bien venue à l'esprit, mais cette gamine n'avait rien qui attirait ; elle avait plutôt quelque chose qui donnait envie de lui mettre une claque derrière la tête.
Sa grande sœur, la mère de Sion, Sukja, lui avait dit un jour :
« Si tu vivais avec Sion, tu la mettrais dehors au bout d'une semaine. »
Sur le moment, elle avait ricané.
Elle avait balayé la remarque : elle n'allait tout de même pas être incapable de gérer une seule nièce.
Mais récemment, après avoir hébergé pendant une semaine Sion, chassée de chez elle, Miyoung lui donnait raison à cent pour cent.
'C'est comme si elle étudiait la meilleure façon de taper sur les nerfs des gens…'
La nièce qui dormait vautrée sur le canapé quand elle partait au travail était toujours vautrée sur le canapé quand elle rentrait.
La seule différence : les os de poulet éparpillés sur la table, vestiges du déjeuner commandé avec l'argent de poche que Miyoung lui avait donné.
Bien sûr, même ça, elle aurait pu le balayer d'un « C'est juste une nièce un peu paresseuse, mais mignonne ».
'Sous le pêcher, ils jurèrent d'être frères~♬'
À l'heure du coucher, du chinois résonnait à plein volume dans le salon.
Quand elle sortit voir ce que ça pouvait bien être, elle trouva sa nièce Sion devant une série historique chinoise, les joues ruisselantes de larmes.
Et ce n'était pas tout.
Quand elle ne la voyait pas au salon et s'en étonnait, elle la trouvait dans la chambre, sur l'ordinateur portable de Miyoung, en train de jouer à un jeu quelconque.
« Là ! Celui-là !! Tue-le !!! »
Elle marmonnait toute seule en martelant la souris et le clavier.
Après ça, Miyoung décida en silence de ne jamais se marier.
Autrefois, quand Sion était petite, elle trouvait sa nièce si adorable qu'elle s'était dit qu'elle aussi voulait se marier et avoir une enfant comme sa sœur.
La Sion adulte était une fabrique à célibataires endurcies.
Miyoung secoua la tête pour chasser les pensées de sa nièce.
Il était temps de se reconcentrer et de vérifier à l'écran les images des candidates qui entraient.
'Il me faut des moments exploitables, là…'
Comme ces scènes serviraient au premier épisode diffusé, elle ne pouvait qu'espérer qu'une des candidates crève l'écran.
À ce moment précis, la seule chose qu'une réalisatrice pouvait faire, c'était prier.
