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Chapitre 10

Chapitre 10 : Signes de guerre civile (5)

28 octobre 2026 ~9 min · 1 701 mots

Ivan, ancien chevalier, se considérait toujours comme tel, tout en sachant qu'il ne méritait plus ce nom. Un chevalier était un homme qui défendait l'honneur et la fierté. Ivan avait peut-être perdu son honneur, mais il avait gardé sa fierté, et s'il avait perdu un œil, il voyait encore de l'autre. Ainsi restait-il, en partie, un chevalier, capable de percevoir la lumière avec l'œil qui lui restait.

« Sale gamin... »

Ivan avait vu l'éclat qu'avait produit Najin et en comprenait la portée : un potentiel immense. C'était une lumière qui n'aurait pas dû rester enterrée dans une ville pareille, une flamme que ceux d'en haut ne manqueraient pas d'étouffer s'ils la remarquaient.

Le potentiel et l'éclat de Najin n'auraient jamais dû surgir d'une ville tombée sous la malédiction de Camlann.

Déchiré, Ivan repensa à la conversation qu'il avait eue avec Offen la veille au soir : tuer Najin, ou le former. À vrai dire, le tuer était le bon choix ; le former était un pari. Si les choses tournaient mal, la vie de Najin comme celle d'Ivan seraient en jeu. Ce serait franchir une limite qu'Ivan s'était lui-même fixée.

Un élancement dans son œil droit perdu lui rappela une dure vérité : chacun doit vivre selon sa condition. Franchir les limites ne mène qu'au malheur, et Ivan le savait mieux que personne.

« Arrachez-lui l'œil. »

« Confisquez le chef-d'œuvre et chassez-le. »

« Tu n'es plus un chevalier d'Atanga, Ivan. »

« Rien qu'un sale hérétique qui a osé tendre la main vers les étoiles. »

Pour avoir voulu atteindre l'inaccessible, il avait tout perdu, relégué dans un monde sans lumière et sans étoiles.

« Je devrais le tuer. »

Chacun doit vivre selon ses moyens.

Il serait donc juste de tuer ou d'estropier Najin, qui représentait un risque évident.

Voilà ce que pensait Ivan, le maître de la Ville Souterraine.

Mais le chevalier, lui, pensait autrement.

Chevalier qui avait jadis rêvé du sommet, qui avait voulu accrocher son étoile au ciel nocturne, Ivan connaissait le prix d'un rêve. Le chevalier en lui lui demandait s'il allait piétiner le rêve qu'il avait sous les yeux.

En silence, Ivan expira profondément.

« Je deviens fou, vraiment. »

... Ivan était un chevalier.

Et parce qu'il aspirait encore à l'être, il prit sa décision.

***

« Je deviens fou, vraiment. »

Ivan eut un petit rire amer, et l'atmosphère oppressante se dissipa. Najin sentit le changement et comprit qu'il n'était plus en danger immédiat.

« Pourquoi est-ce qu'il a fallu que tu me montres ça... pourquoi est-ce qu'il a fallu que tu l'aies... »

Ivan se passa la main sur le visage et soupira longuement en regardant Najin. Il y avait de l'hésitation dans ses yeux. Au bout d'un moment, il parla d'un ton résolu.

« Najin. »

« ... Quoi ? »

À bout de souffle, Najin peinait à répondre, encore effrayé d'avoir frôlé la mort et intrigué par la lumière apparue sur son épée.

Un mélange de curiosité et de peur.

Face à ce regard, Ivan prit la parole.

« Aujourd'hui, je pars sur le territoire d'Horace avec Offen. Je serai absent deux ou trois jours... »

Ivan défit sa ceinture et retira l'une des deux épées qu'il portait en permanence : l'une venait du Monde d'en haut, l'autre était un chef-d'œuvre du forgeron Hogel.

Il tendit le chef-d'œuvre de Hogel à Najin, qui le prit, déconcerté.

« Garde la maison pendant mon absence. Si quelqu'un fait des histoires, tranche-le avec cette épée. C'est la preuve que tu agis en mon nom. »

Sur ces mots, il lui remit l'épée.

« Et puis. »

Ivan eut un sourire en coin.

« À mon retour, je t'apprendrai à manier l'aura d'épée. »

Devant cette promesse si longtemps repoussée, Najin cligna des yeux, surpris. Ivan haussa les épaules.

« Tu as l'air de ne pas me croire. »

« Tu as failli me tuer à l'instant. J'ai peur que tu t'en serves comme prétexte pour m'achever. »

« Hé, j'ai vraiment l'air d'un tel salaud ? »

Najin hocha la tête.

Ivan rit, amer. Ma foi, il ne pouvait pas le nier.

« Je n'avais aucune intention de te tuer. Si tu n'avais pas réagi, je t'aurais peut-être juste ajouté une cicatrice à l'épaule. »

« Tu es vraiment horrible. »

« Tout ça a une raison, sale gamin. »

Ivan expira longuement, face au regard toujours méfiant de Najin.

« Bon, je vais te faire un serment digne de confiance. »

« Quoi ? »

« Ce que j'ai de plus lourd à mettre en jeu. »

Posant la main sur l'épée qui lui restait, Ivan changea d'attitude.

« Sur ma fierté de chevalier d'Atanga, je le jure. »

Ce n'était plus le maître borgne de la Ville Souterraine qui parlait, mais Ivan le chevalier.

« C'est un marché, Najin. »

Une proposition et un marché, qui reconnaissaient Najin comme son égal.

« À partir de maintenant, j'investis en toi. Je t'apprendrai tout, pas seulement à faire naître l'aura d'épée. »

Cet éclat que tu m'as montré.

Je mise tout sur cette lumière.

« Alors tu devras monter plus haut que moi. »

Au-delà du Maître de l'Épée.

Atteins le niveau suivant.

Atteins les sommets que je n'ai pas pu atteindre.

« Monte, et va reprendre ce que j'ai laissé dans le Monde d'en haut. Deviens assez fort pour traiter d'égal à égal avec ceux d'en haut. »

« ... Qu'est-ce que tu as laissé là-haut ? »

« Mon honneur. »

Le titre et l'honneur de chevalier d'Atanga.

Ivan tendit la main.

Sans un mot de plus, son geste valait offre.

Najin hésita un bref instant.

Puis, d'un geste décidé, il saisit la main d'Ivan. D'une traction vigoureuse, Ivan le remit debout et sourit.

« À partir d'aujourd'hui, tu es mon protégé. »

Un protégé, l'écuyer d'un chevalier.

« Le protégé d'Ivan, chevalier d'Atanga. »

***

Dans le bureau d'Ivan, Najin, qui le remplaçait pendant son absence, s'était assis dans le fauteuil qu'occupait d'ordinaire son maître. Tapotant la table du doigt, il marmonna, perplexe :

« C'était quoi, tout ça ? »

Il n'arrivait pas à comprendre ce qui venait de se passer : Ivan qui lui demandait un duel, l'usage anormal d'une épée d'acier au lieu d'une épée de bois, Ivan qui renforçait son corps avec du mana et finissait par faire naître une aura d'épée. Najin avait sincèrement craint pour sa vie quand Ivan avait abattu sa lame imprégnée d'aura.

« Et ensuite... »

Son corps avait bougé tout seul, par instinct, et une lueur avait jailli sur la lame de son épée. Même avec ses maigres connaissances sur le mana et l'aura d'épée, Najin savait ce qui s'était manifesté un bref instant sur sa lame.

« De la lumière. Du mana. Un fragment d'aura d'épée. »

La marque d'un guerrier de niveau Maître. En était-il arrivé là ? Cela semblait peu probable. Najin empoigna l'épée posée sur la table et tenta de faire naître à nouveau l'aura d'épée, en vain. En se remémorant l'instant, il se rappela la sensation d'être poussé par-derrière, et l'épuisement qui avait suivi l'apparition de la lumière.

« On dirait un rêve. »

Mais la douleur qui persistait dans sa paume et dans son corps prouvait que ce n'en était pas un.

'J'ai vraiment fait naître une aura d'épée ?'

Comment aurait-il pu, sans avoir jamais appris de technique de mana ? Les seuls qui pouvaient lui répondre, Ivan et Offen, venaient de partir pour le territoire d'Horace.

« Je leur demanderai à leur retour. »

Bientôt, il pourrait poser ses questions. Ivan avait promis de tout lui apprendre de l'aura d'épée et du mana à son retour. C'était un savoir que Najin désirait depuis longtemps, sans jamais l'obtenir d'Ivan, qui éludait toujours le sujet et le mettait en garde chaque fois qu'il creusait trop.

« Ivan va m'apprendre. L'aura d'épée, la vraie escrime. »

C'étaient des choses à part, impossibles à obtenir dans la Ville Souterraine, des choses au-delà de la limite tracée par Ivan.

Et c'étaient...

Des choses qui figuraient dans le livre de contes que Najin portait toujours sur lui. La « brillante aura d'épée » du roi Arthur et de ses chevaliers était indissociable de leur portrait. Souriant à cette pensée, Najin se sentit un peu plus proche des étoiles.

« L'écuyer d'Ivan, chevalier d'Atanga. »

Non plus le chien de chasse d'Ivan, mais son écuyer.

Najin savoura la résonance de ce mot et la trouva plutôt agréable.

***

« Ivan a mordu à l'hameçon. »

Dans une salle profonde reliée aux galeries de la mine, Horace l'Araignée terrestre prit la parole. Il n'était pas seul : quelqu'un l'écoutait attentivement.

« Donne-moi ce que tu m'as promis. »

« Ne sois pas si impatient, je vais te le donner. »

Une femme assise sur le bureau d'Horace lui lança un sachet de drogue. Les mains tremblantes, il déchira le sachet et en avala le contenu ; ses tremblements finirent par se calmer.

Horace leva vers la femme un regard indéchiffrable. Elle était imprévisible et folle. Les yeux fixés sur elle, il demanda :

« Et maintenant, quel est ton plan ? »

« Pourquoi te donner la peine de demander ? Tu n'as qu'à faire ce qu'on te dit. »

Elle sourit de toutes ses dents, le menton appuyé sur la main.

« Au fait, ta première patte, Arnold, s'est enfui. Tu y es pour quelque chose ? »

« Je n'y suis pour rien. »

« Bah, peu importe. Ivan est tombé dans le piège. »

« Qu'est-ce que tu vas faire d'Arnold ? »

« À ton avis ? Il a enfreint les règles... »

Elle désigna un coin du bureau. Là, les hommes d'Horace étaient entassés dans une cage, apathiques et abattus.

« Il finira comme eux. »

D'un geste de la main, elle fit retentir un bruit sec. L'un des hommes se mit à enfler de façon anormale.

Horace ferma les yeux, incapable de regarder.

Des éclaboussures de sang et de chair, de faibles gémissements qui résonnaient dans le bureau.

Au milieu de ces bruits, Horace serra les dents, de rage et d'impuissance.

Fin du chapitre 10
Fiche de l'œuvre

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