« Grand frère, qu'est-ce que c'est ? » Petite Yan avait regardé en silence Lu Qing s'affairer, et quand il eut fini de fabriquer la canne à pêche, elle ne put s'empêcher de demander, curieuse.
« Ça s'appelle une canne à pêche, ça sert à attraper des poissons. Si on mange quelque chose aujourd'hui, ce sera entièrement grâce à elle. » Lu Qing agita la tige de bambou pour en éprouver la prise en main, plutôt satisfait.
Dans sa vie précédente, il était passionné de pêche à la ligne et s'amusait parfois à fabriquer de petites cannes.
Il ne s'attendait pas à ce que ce talent lui serve un jour ici.
Les yeux de la petite se mirent soudain à briller. « Grand frère, tu sais attraper des poissons ? »
« Je ne sais pas encore si j'en attraperai, on va essayer pour voir. Si on en attrape vraiment, on aura de la soupe de poisson à boire. »
« De la soupe de poisson... » À ces mots, Petite Yan s'était déjà perdue dans ses rêveries, la salive au bord des lèvres.
« Grand frère, allons vite pêcher ! »
La petite s'impatientait.
La dernière fois qu'elle avait mangé du poisson remontait à très, très longtemps, au Nouvel An, quand leur père avait acheté un gros poisson au marché.
Dans son souvenir, le poisson était incroyablement délicieux.
« Pas si vite, il faut encore préparer des appâts. »
Les appâts n'étaient pas difficiles à trouver. Lu Qing se rendit dans un coin de la cour, sur un carré de terre fraîche et grasse, et en quelques coups de bêche, il trouva ce qu'il lui fallait.
« Ver de terre rouge : précieux auxiliaire pour ameublir la terre, semble aussi pouvoir servir de remède. »
Sans s'attarder sur l'étrange fiche qui s'était affichée à propos du ver, Lu Qing le glissa dans un tube de bambou.
S'il déterrait cette bestiole, ce n'était pas pour en faire un remède : il ne connaissait rien à la médecine.
Après avoir bouché le tube de bambou en ne laissant qu'un petit trou pour l'air, Lu Qing mit la canne à l'épaule et prit à la main un vieux seau en bois. Le frère et la sœur se mirent en route, marchant fièrement vers l'extérieur.
À peine sortis de la petite cour, et avant même d'avoir fait beaucoup de chemin dans le village, ils furent arrêtés par une femme.
« Lu Qing, tu vas mieux ? Tu peux marcher ? »
La femme tenait contre elle un panier de linge : de toute évidence, elle revenait de la lessive.
Sa voix trahissait une vive surprise.
Ne disait-on pas que le garçon des Lu était gravement malade, qu'il ne lui restait qu'un souffle, et que même le vieux docteur Chen, après l'avoir examiné, s'en était remis au destin ?
Comment se faisait-il qu'en une seule journée, il gambade et puisse sortir ?
Pas plus tard qu'hier soir, les villageois discutaient du moment où il faudrait aller chercher son corps.
« Oui, tante Wang. Je ne sais pas comment, mais après avoir dormi deux jours, ma maladie s'est peu à peu améliorée, et ce matin j'ai pu me lever », répondit Lu Qing du ton qu'employait d'ordinaire l'ancien propriétaire du corps.
Par chance, celui-ci était de nature plutôt réservée et pas difficile à imiter.
« Grand frère a guéri après avoir bu le remède de Grand-père Chen ! » intervint Petite Yan.
Tante Wang ne remarqua aucun changement dans le caractère de Lu Qing. Voyant qu'il semblait vraiment aller mieux, elle sourit à son tour.
Elle répéta plusieurs fois : « C'est bien que tu ailles mieux, vraiment bien. »
Au même moment, elle poussa un soupir de soulagement.
Ces deux derniers jours, quelques anciens du village étaient allés voir Lu Qing, et en ressortant, ils avaient dit qu'il ne passerait sans doute pas l'épreuve.
Tout le monde se demandait ce qu'il adviendrait de Lu Xiaoyan si le garçon des Lu ne s'en sortait vraiment pas.
Les anciens s'accordaient à dire qu'une famille du village devrait recueillir Petite Yan, les autres mettant un peu d'argent au pot pour sa subsistance.
À son grand désarroi, son propre homme était rentré en déclarant qu'il voulait adopter Petite Yan : lors d'une ancienne famine, quand tout le village avait fui ensemble, le chef de la famille Lu s'était montré bon envers lui, et il ne supportait pas de voir sa dernière descendante laissée sans personne.
Naturellement, tante Wang n'était guère ravie à l'idée de ce fardeau imprévu.
Mais elle n'osait pas contredire son homme ouvertement ; tout ce qu'elle pouvait faire, c'était prier pour que Lu Qing s'en sorte.
À présent qu'elle voyait qu'il s'était bel et bien rétabli, elle s'en réjouissait sincèrement.
Sur cette pensée, tante Wang dit à Lu Qing avec sérieux : « Ah, Lu Qing, à l'avenir, il faut que tu prennes bien soin de toi. Petite Yan n'a plus que toi sur qui compter. Si tu n'étais plus là non plus, que deviendrait-elle, toute seule ? »
Lu Qing fut un peu surpris.
Dans les souvenirs de l'ancien propriétaire du corps, cette tante Wang ne semblait pas si chaleureuse.
Il répondit tout de même poliment : « Je comprends. Merci de vous inquiéter pour nous, tante Wang, je prendrai bien soin de Petite Yan. »
« Bien, voilà un garçon raisonnable », fit tante Wang, satisfaite.
Tant que Lu Qing serait là, son homme n'aurait pas l'idée d'adopter Petite Yan, et elle n'aurait plus à s'en faire.
Le cœur plus léger, tante Wang remarqua enfin les objets que le frère et la sœur tenaient à la main.
« Vous avez un seau et une perche de bambou ; qu'est-ce que vous comptez faire avec ça ? »
« Tante Wang, mon grand frère et moi, on va attraper des poissons ! » s'exclama joyeusement Petite Yan.
« Attraper des poissons ? » demanda tante Wang, perplexe.
Avec une simple perche de bambou et un seau cassé, quel poisson pourraient-ils bien attraper ?
Elle songea à la situation actuelle de la famille Lu et comprit soudain.
Se pouvait-il que ces deux-là aient si faim qu'ils veuillent descendre dans la rivière pour attraper du poisson à manger ?
Tante Wang s'empressa de dire : « Vous devez avoir faim. Allez, venez chez moi, il me reste un peu à manger. Lu Qing, tu commences à peine à aller mieux, qu'est-ce que tu vas faire dans la rivière ? Tu vas prendre froid et retomber malade. »
« Ne vous inquiétez pas, tante Wang, on ne va pas entrer dans la rivière. On veut juste essayer de pêcher depuis la berge », déclina Lu Qing avec un sourire.
Un repas offert aurait bien sûr été le bienvenu, mais sa sœur et lui ne pouvaient pas dépendre éternellement des villageois.
Sinon, même les liens les plus chaleureux finiraient un jour par s'épuiser.
« Pêcher ? Lu Qing, tu connais ça, toi ? » s'étonna tante Wang.
Elle savait bien sûr ce qu'était la pêche, mais personne au village ne semblait particulièrement doué pour ça ; Lu Qing s'y connaissait-il ?
« Je n'en sais qu'un peu. Mon père m'en avait parlé, et j'avais envie d'essayer », répondit Lu Qing.
Tante Wang se rappela alors que le père de Lu Qing savait un peu lire et quittait souvent le village : son expérience était sûrement bien plus vaste que celle des autres villageois.
Peut-être connaissait-il une méthode particulière.
Tante Wang restait tout de même un peu inquiète. « Rien ne presse pour l'instant. Ta santé commence tout juste à s'améliorer, tu as besoin de te reposer. Tu crois que la pêche, c'est si facile ? Ne va pas prendre froid à force de rester trop longtemps au bord de l'eau sans rien attraper. »
Si Lu Qing retombait malade, frêle comme il l'était, rien ne garantissait qu'il survivrait à une nouvelle crise.
Lu Qing perçut l'inquiétude dans sa voix et en fut touché.
« Ne vous en faites pas, tante Wang, je serai prudent et je n'en ferai pas trop. »
Tante Wang tenta encore de le raisonner, mais voyant que c'était peine perdue, elle ne put que dire : « Alors promets-moi une chose : surtout, n'entre pas dans la rivière. »
« D'accord, on n'entrera surtout pas dans la rivière. Au revoir, tante Wang. »
Tante Wang regarda Lu Qing et sa sœur s'éloigner vers la sortie du village, quand soudain une idée lui vint.
« C'est vrai, il faut que je me dépêche d'aller dire à ma tête de mule de mari que le garçon des Lu est guéri, qu'il laisse tomber cette idée d'adopter la petite. »
Tante Wang se hâta de rentrer chez elle, tandis que le frère et la sœur Lu, en sortant du village, croisèrent encore quelques villageois.
Tous ceux qui voyaient Lu Qing étaient stupéfaits et lui demandaient comment il avait guéri.
Chaque fois, Petite Yan leur racontait joyeusement que son grand frère allait mieux après avoir pris le remède de Grand-père Chen.
Les villageois en étaient surpris, et leur respect pour le vieux docteur Chen n'en grandit que davantage.
L'art médical du vieux docteur avait vraiment atteint des sommets : il avait même pu sauver quelqu'un comme Lu Qing, qui était aux portes de la mort. C'était incroyable.
Une fois leur stupeur exprimée, tous se réjouirent aussi pour la famille Lu : avec Lu Qing en vie, la lignée était préservée.
Quand ils apprirent que Lu Qing allait au bord de la rivière pour attraper du poisson, tous le pressèrent de n'en rien faire : ce n'était pas le moment d'aller dans l'eau froide juste après une grave maladie.
Ce n'est qu'après que Lu Qing eut promis à plusieurs reprises de ne pas entrer dans la rivière qu'ils cessèrent de l'en dissuader.
D'ailleurs, quand ils entendirent qu'il allait pêcher à la ligne, ils perdirent tout intérêt.
Qui ne savait pas pêcher ?
Certains villageois avaient même essayé eux-mêmes.
Après tout, les poissons de rivière étaient dodus et savoureux, et ne coûtaient rien : qui n'aurait pas été tenté ?
Mais au bout du compte, tous ceux qui avaient essayé avaient abandonné.
Ils trouvaient la pêche à la ligne bien trop difficile.
Il leur arrivait souvent d'attendre une demi-journée pour n'attraper qu'un ou deux petits poissons.
Même quand ils en prenaient un plus gros, ça ne valait pas la peine.
Chacun n'avait-il pas des tas de travaux des champs à faire ? Passer autant de temps pour un poisson ou deux, c'était du gaspillage ; il fallait bien vivre.
Si Lu Qing pensait à pêcher de quoi manger, c'était sans doute parce que les champs de sa famille étaient en friche, qu'il n'y avait aucun travail agricole à faire et plus un seul grain de réserve.
Une fois qu'ils eurent compris ses intentions, les gens cessèrent de vouloir l'arrêter et, après quelques dernières recommandations, se dispersèrent.
En revanche, quelques enfants plus âgés s'intéressèrent vivement aux paroles de Lu Qing.
Ils suivirent le frère et la sœur jusqu'au bord de la rivière, impatients de voir comment il allait pêcher.
