Au moment où elle crut qu'elle allait étouffer, Lin Muyu fut brusquement relâchée ; le petit visage écarlate, elle chercha son souffle.
La fée semblait avoir retrouvé un peu de lucidité.
« Fée, vous êtes enfin réveillée ! »
Lin Muyu en pleurait de joie : elle avait bien cru perdre sa vertu ici même.
« Qui es-tu ? » demanda une voix rauque.
« Je suis… »
Lin Muyu n'avait pas fini de répondre que des mains fines et froides comme le jade lui enserraient déjà le cou.
La suffocation monta en elle comme un serpent noir s'enroulant autour de son cerveau ; elle ne put que fixer la femme devant elle en griffant l'air.
« Pardon, je ne veux pas… » Le visage de la fée n'exprimait que des excuses, et ses yeux étaient pleins d'une douleur déchirée.
Lin Muyu comprit d'un coup : on la prenait pour un homme, et la fée, refusant de perdre sa vertu, avait décidé de l'étrangler !
Mais moi, je voulais juste la sauver…
Lin Muyu éprouva un regret. Elle n'aurait pas dû se laisser attendrir et sauver la première venue. Dans cette vie, elle allait encore mourir ici, aussi bêtement que dans la précédente…
À cette pensée, deux ruisseaux de larmes brûlantes coulèrent sur ses joues. L'étouffement la faisait se débattre sans répit ; sa tête tournait de plus en plus, ses poumons se desséchaient de plus en plus.
« J'ai tellement sommeil… Je vais mourir ? »
Ayant épuisé ses dernières forces, Lin Muyu laissa retomber mollement ses mains et se résigna. Peut-être qu'abandonner ferait moins mal.
Son arrière-grand-mère semblait lui faire signe…
Des souvenirs défilaient devant ses yeux, de plus en plus vite. Était-ce sa vie qui défilait ?
Alors qu'elle allait perdre connaissance, l'étau sur son cou se desserra soudain, et de grandes goulées d'air vinrent par ses narines abreuver ses poumons desséchés.
« Kof, kof, vous ne vouliez pas… » Son souffle repris, Lin Muyu s'apprêtait à interroger vertement la femme devant elle quand…
La fée murmurait encore : « J'ai si chaud~ »
Oh non !
Lin Muyu tenta de nouveau de s'enfuir, mais à peine eut-elle bougé les jambes qu'elle fut tirée en arrière. L'écart de force était tel qu'elle ne put opposer aucune résistance.
Cette fois, la chance ne lui sourit pas : la fée ne reprit pas ses esprits.
[Contenu omis]
……(Tout est censuré !)
Lin Muyu, encore engourdie, venait à peine de se réveiller qu'elle se découvrit le corps tout entier atrocement courbatu.
Elle ouvrit les yeux à grand-peine et croisa un regard froid et tourmenté.
Une lame glacée était posée en travers de son cou, y faisant perler un peu de sang.
Comptait-elle la tuer pour la faire taire ?
Les Cultivateurs tenaient vraiment à leur réputation. Même si elle était une fille elle aussi, la fée n'avait pas l'intention de l'épargner.
Une lueur de solitude passa dans les yeux de Lin Muyu, et une pointe de tristesse lui monta au cœur.
Elle n'aurait vraiment pas dû se mêler des affaires des autres…
La femme devant elle avait le regard tourmenté ; ses lèvres rouges s'entrouvrirent : « Merci. Pardon. »
Deux mots tout à fait contraires sortirent de sa bouche.
Elle la remerciait de l'avoir sauvée, mais refusait pourtant de l'épargner ?
Quel cœur cruel…
Lin Muyu ne sut pas d'où lui vint ce courage. Elle eut un rire amer, bougea péniblement le cou et lança d'une voix éraillée : « Vas-y, alors. »
Puis elle ferma doucement les yeux ; un filet de larmes salées et amères suinta au coin de ses paupières tandis qu'elle attendait la mort en silence.
Elle avait beau avoir tout abandonné pour venir vivre dans un village perdu, le destin ne comptait pas l'épargner.
Peut-être le destin la punissait-il de ne pas suivre le scénario et de ne pas servir de marchepied au héros et à l'héroïne. Mais la chair à canon n'avait-elle pas droit à sa propre vie, elle aussi ?
Quelle tragédie, vraiment…
« Hélas. »
Un profond soupir parvint à ses oreilles. Lin Muyu sentit la lame froide quitter son cou et rouvrit les yeux, un peu perdue.
La fée avait déjà remis ses vêtements. Elle défaisait les bandes de tissu de son bras, et, à la grande surprise de Lin Muyu, l'énorme plaie avait entièrement guéri, sans laisser la moindre cicatrice.
« Tu ne vas pas me tuer ? »
Lin Muyu essuya péniblement de la main les larmes au coin de ses yeux, un peu perplexe. Ne tenait-elle pas à sa vertu ? N'avait-elle pas l'intention de la tuer ?
« Je suis désolée, c'est ma faute. Je n'aurais pas dû t'en vouloir. J'en assumerai la responsabilité. »
Avec gravité, la fée nettoya d'un sort les taches de sang des bandes de tissu et les rendit à Lin Muyu.
« En assumer la responsabilité ? »
Elle avait encore un peu de conscience, celle-là !
Lin Muyu ne voulait pas mourir non plus, et la vertu n'était pas un si grand problème pour elle, puisqu'elle ne pourrait jamais se marier de toute façon.
Si elle avait voulu se marier, belle comme elle était, elle aurait parfaitement pu faire fortune.
Après tout, on la disait le meilleur matériau de cultivation que la Secte Hehuan ait vu depuis près de cent ans… Qui aurait envie de devenir un matériau de cultivation !
Mais ça, elle ne le ferait sûrement pas.
À bien y réfléchir, elle y avait même plutôt gagné.
Après tout, la fée devant elle était trop belle, tout à fait son genre. Lin Muyu était prête à donner à sa beauté un parfait 10 !
Sauf qu'elle avait voulu la tuer à l'instant : moins 1 point !
Et puis pourquoi était-elle aussi brutale…
Pas douce du tout.
Encore un point de moins.
Lin Muyu tendit la main pour prendre les bandes de tissu, mais son corps entier était si courbatu et si faible qu'elle ne pouvait plus bouger.
C'était comme avoir couru le 1 000 mètres cent fois d'affilée.
Elle avait l'impression qu'elle allait mourir…
Combien de temps s'était-il écoulé ? Pourquoi avait-elle mal partout ?
À voir les étoiles scintiller derrière la fenêtre, il faisait déjà nuit. Tant de temps avait-il passé ?
Remarquant apparemment l'embarras de Lin Muyu, la fée lança un petit sort. Une lumière verte jaillit du bout de ses doigts, et Lin Muyu se sentit aussitôt bien plus légère.
« Alors c'est ça, un sort ? C'est génial. »
Soupirant d'admiration, Lin Muyu parvint enfin à s'asseoir. Ce n'est qu'alors qu'elle s'aperçut qu'elle était encore entièrement nue, le corps couvert de marques rouges d'origine inconnue.
Il y avait aussi quelques gouttes de sang vermeil sur le drap.
« Ah ! Espèce de perverse ! »
Le visage de Lin Muyu vira aussitôt au rouge ; elle s'enveloppa en hâte dans le drap, telle une petite demoiselle qu'on aurait maltraitée.
La fée inclina la tête, perplexe, sans paraître comprendre sa réaction : « Mais nous sommes deux filles… »
À ces mots, la fée réalisa soudain quelque chose : la veille, elle avait fait ce genre de choses.
Son visage blanc comme la porcelaine s'empourpra aussitôt, et elle se retourna précipitamment.
Mi-honteuse, mi-furieuse, Lin Muyu ramassa ses vêtements pour les enfiler, et découvrit qu'ils étaient complètement en lambeaux.
…Une femme si belle, pourquoi fallait-il qu'elle soit aussi brutale !
« Ah, ah, ah, tu me dois des vêtements ! »
« Des vêtements ? »
La fée pencha légèrement la tête et lança un sort. Lin Muyu se retrouva aussitôt vêtue d'une robe simple, du même style que la sienne.
Lin Muyu ne s'était plainte qu'en passant, et voilà que la femme devant elle lui offrait vraiment une robe et la lui passait directement sur le dos. Une robe en soie comme celle-là devait valoir une petite fortune.
Mm, pourquoi cette robe avait-elle un parfum si agréable, si proche de celui que la fée lui avait donné la veille ? La fée l'aurait-elle déjà portée ?
C'était plutôt agréable, en fait.
Lin Muyu se leva péniblement, d'un pas chancelant. Se rappelant soudain qu'elle ne connaissait toujours pas le nom de la fée, elle demanda : « Euh, je m'appelle Lin Muyu. Et toi, comment tu t'appelles ? »
« Su Wanqing. »
« Quoi ?! »
Lin Muyu n'en crut pas ses oreilles. N'était-ce pas le nom de l'héroïne qu'elle évitait depuis le début ?!
Pas étonnant qu'elle soit si belle.
Elle était fichue… Le héros allait la livrer à la Secte Hehuan pour qu'elle serve de matériau de cultivation…
