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Chapitre 9

Chapitre 9 - La lettre de recommandation pour l'Académie

25 octobre 2026 ~13 min · 2 478 mots

Radel se leva d'un bond.

Ce n'était pas le moment de traîner.

Il devait profiter de ce délai pour s'entraîner, ne serait-ce qu'un peu plus.

Ce qu'Ivan lui avait remis, c'était une lettre de recommandation pour l'admission à l'Académie impériale de magie.

Un établissement d'enseignement de premier ordre, qui n'avait pas seulement formé les talents bâtisseurs de l'Empire actuel : en faisant progresser la magie, il avait aussi largement contribué à la civilisation du continent.

Fondée sous le règne de l'Empereur fondateur, l'Académie était une vénérable institution où s'inscrivaient non seulement des ressortissants étrangers, mais aussi les membres de la famille impériale.

Elle était pourtant tout aussi célèbre pour sa méritocratie rigoureuse : princes et roturiers y recevaient le même enseignement impitoyable, sans la moindre distinction.

Quand Ivan disait qu'on survivait à tout si l'on tenait le coup là-bas, il fallait le prendre au pied de la lettre. L'Académie formait ses élèves avec une telle intensité qu'en sortir diplômé sain et sauf passait déjà pour un miracle.

De plus, l'examen d'entrée était d'une difficulté et d'une exigence extrêmes : si noble que soit sa naissance, celui qui échouait n'avait même pas l'occasion de poser le pied à l'Académie.

Bien sûr, de toute l'histoire de l'Empire, aucun membre de la famille impériale doté d'une Capacité n'avait jamais échoué à l'examen d'entrée.

« Il a dit que l'examen avait lieu dans deux mois. »

Bien qu'il s'agisse de l'Académie impériale de magie, les aspirants chevaliers capables de percevoir le mana y étaient eux aussi admis sans discrimination.

À condition, bien sûr, de réussir l'examen d'entrée.

Le thème de l'examen d'entrée changeait chaque année.

Il y avait parfois des épreuves écrites, d'autres fois des duels de magie, mais une épreuve figurait toujours au programme, sans exception.

L'entretien pratique.

Les examinateurs de l'Académie y évaluaient eux-mêmes les candidats : ils les faisaient asseoir et les interrogeaient, et dans les cas les plus sévères, ils allaient jusqu'à jauger leur niveau au cours d'un combat d'entraînement.

« Il faut que j'arrive à quelque chose d'ici là pour être admis. »

Il n'avait aucune envie d'être le premier membre de la famille impériale à échouer à l'examen d'entrée.

Certains princes ne fréquentaient pas l'Académie impériale de magie, mais Radel, lui, devait absolument y entrer.

« Mais pourquoi mon bras refuse de se lever... ? »

Évidemment, la priorité restait de se forger une condition physique de base.

***

C'était le petit matin.

L'heure où commençait la routine quotidienne du Palais du 8e prince.

Avant le lever du soleil, les domestiques soignaient les chevaux à l'écurie, nettoyaient les chambres, arrachaient les mauvaises herbes du jardin : chacun se mettait à la tâche qui lui était assignée.

Parmi tous ces lieux, le plus affairé était sans conteste la cuisine.

On s'y démenait pour préparer les repas de tout le Palais du 8e prince.

Dans un coin de la cuisine, les domestiques chargés de préparer les ingrédients bavardaient en épluchant des oignons.

« Tu n'es pas tombé sur le 8e prince l'autre jour ? »

« Ne m'en parle pas. J'ai failli y passer, mes genoux tremblaient tellement. »

« Et comment tu t'en es tiré ? »

« Je l'ai supplié de me pardonner et je m'en suis sorti de justesse. Si j'avais réagi une seconde plus tard, qui sait ce qui me serait arrivé... »

« Tss, tss. Tu vois ? Pourquoi tu as été aussi imprudent ? Son Altesse est partout. »

Les têtes des domestiques hochèrent à l'unisson.

Et sans même s'en rendre compte, ils scrutèrent le visage de leurs collègues. Le souvenir de ce jour-là était encore vif.

L'un d'eux, qui pelait des oignons, changea de sujet comme si une idée venait de lui traverser l'esprit.

C'était un domestique détaché par le temple.

« L'autre jour, je suis allé au Temple impérial, et j'ai entendu un sermon sur le 8e prince. »

« Hein ? Quel Prêtre ? »

« Un célèbre... Ah, Kirio Tites ! »

« Ce ne serait pas le Prêtre de 1re classe qui passe souvent à la Salle de soins ? »

« Si. D'après lui, il aurait été très touché : le 8e prince se serait montré d'une grande bonté, même dans les affres de l'agonie. »

Les expressions des domestiques se firent étranges.

Même celui qui avait abordé le sujet semblait douter de ses propres paroles.

Ils décidèrent de ne plus jamais en reparler.

Car en ce monde, certaines choses gagnent à rester ignorées.

« ... Mais vous ne trouvez pas que c'est un peu sinistre, ces derniers temps ? »

« C'est pas juste qu'il fait froid ? »

« Non, c'est comme si, quand je me promène dans le château, j'entendais sans arrêt des pas, comme si quelqu'un me suivait. »

« C'est pas le 8e prince ? »

« Non ! Quand je me retourne, il n'y a personne, je te jure. »

Toutes sortes d'histoires de fantômes circulaient parmi les domestiques, mais les plus populaires concernaient, bien sûr, les créatures maléfiques qui hantaient le vieux château.

« J'en connais une, d'histoire comme ça. C'est un fantôme. »

« Un fantôme ? ! »

« Oui. Quand tu te retournes, il n'y a personne, pas vrai ? Si à ce moment-là tu fermes les yeux de peur et que tu cours, les pas accélèrent... et ils font "tatatatac" en te poursuivant... »

Les domestiques échangèrent un regard et déglutirent avec peine.

Comme il fallait jeter les pelures d'oignons dehors, quelqu'un devait porter le sac et longer seul le couloir obscur.

« Je ne peux pas y aller tout seul. »

« Moi non plus. »

« ... Et si on y allait à deux ? »

Finalement, deux d'entre eux furent désignés et s'engagèrent dans le couloir obscur, chargés du sac de pelures.

Les deux domestiques avancèrent dans ce couloir un brin inquiétant en jouant les braves sans raison.

« Il fait un peu froid. C'est juste parce que le soleil n'est pas encore levé. »

« C'est ça. Et puis, où ils seraient, les fantômes ? Les fantômes, ça n'existe pas. »

Tap, tap-tap.

C'est alors que cela se produisit.

Des pas étouffés résonnèrent au loin.

Les domestiques serrèrent le sac de pelures contre eux et se retournèrent.

Le couloir désert s'étirait, noir comme de l'encre.

« C-c'est pas possible, hein ? »

« Pas possible. Quoi que ce soit, certainement pas ! Absolument pas. »

Tout en disant cela, les deux hommes pressèrent le pas plus qu'avant.

Tap, tap, tap-tap.

Mais dès qu'ils accélérèrent, les pas qui résonnaient au loin se firent eux aussi de plus en plus rapides.

À présent, les deux domestiques étaient blancs comme des linges.

Le couloir, lui, restait d'un noir absolu.

« Wa-wa-waaaaah ! »

« Waaaaah ! »

Pour finir, incapables de surmonter leur peur, les deux hommes détalèrent comme des fous dans le couloir, agrippés au sac de pelures.

Tatatatac !

Et de fait, quelque chose les poursuivait dans le couloir à une vitesse folle.

Les deux domestiques coururent, presque en larmes. Une minute de terreur qui leur parut durer une heure.

Ce fut le moment où une nouvelle rumeur funeste sur le Palais du 8e prince parvint jusqu'au temple.

« C'était quoi, ça ? »

Radel s'arrêta en pleine course dans le passage secret.

Il avait cru entendre un hurlement terrible venu de l'extérieur.

« Il s'est passé quelque chose dehors ? »

Lui qui n'imaginait pas une seconde en être la cause se gratta la tête.

Il faisait froid pour courir dehors, si bien que ces derniers temps, il empruntait chaque matin à l'aube les passages secrets pour son footing.

Des torches magiques étaient commodément accrochées aux murs, et comme personne ne s'y trouvait, l'endroit était idéal pour s'exercer seul. L'air n'y était pas confiné, comme si l'aération était bien conçue.

Il prenait aussi plaisir à découvrir des passages inconnus en faisant le tour du château.

De plus, il se sentait mieux : il n'était plus aussi essoufflé qu'au début.

« Comme quoi, l'endurance de base, ça vient du cardio. »

Malgré son corps chétif, Radel sentait son endurance s'améliorer peu à peu après quelques jours de course.

Depuis quelque temps, il s'entraînait en courant dans les passages secrets au petit matin et tard le soir, et passait le reste de son temps à manier une épée de bois dans la Salle d'entraînement secrète.

S'il continuait ainsi, ses Statistiques finiraient sans doute par changer.

« Bien. C'est reparti. »

Radel s'assouplit brièvement les chevilles et se remit à courir.

De nouveau, des bruits de pas résonnèrent dans tous les couloirs voisins des passages secrets qu'il traversait.

Les rumeurs selon lesquelles un fantôme hantait le Palais du 8e prince se répandaient elles aussi.

Pour l'heure, ces rumeurs n'avaient aucun moyen de parvenir aux oreilles de Radel.

Radel courait avec application dans les passages, changeant de direction chaque fois qu'un chemin inconnu se présentait.

C'est en s'arrêtant pour reprendre son souffle qu'il s'en aperçut.

Un étage entièrement nouveau s'étendait devant lui.

L'atmosphère n'avait rien à voir avec celle des chemins qu'il avait parcourus jusque-là.

'Ne me dites pas que... je me suis perdu ?'

Une sueur froide coula dans le dos de Radel.

Du calme.

Ça arrive à tout le monde de se perdre.

Radel fit de son mieux pour ne pas se sentir comme un idiot égaré dans sa propre maison.

Ça pouvait arriver, sa maison était si grande qu'il s'agissait pratiquement d'un château.

Voilà ce que c'est, d'être vraiment né avec une cuillère en platine dans la bouche !

Vu sous cet angle, c'était presque une expérience appréciable.

« Bon, cherchons le chemin du retour. »

Il n'avait pas d'horloge et ignorait depuis combien de temps il courait.

Il avait l'impression que cela faisait un peu plus d'une heure, mais il n'en était pas certain, puisqu'il s'agissait d'un passage créé par la magie.

Sans hésiter davantage, Radel posa la main droite sur le mur.

En marchant ainsi, une main contre la paroi, on pouvait sortir de n'importe quel labyrinthe. Dans sa vie antérieure, parmi les Portes qu'il avait attaquées, les donjons en forme de labyrinthe n'étaient pas rares.

À l'époque, il lui fallait longtemps pour en sortir, car il devait combattre des monstres, mais ici, ce n'était qu'un passage vide : il trouverait son chemin plus vite.

« Ce n'est pas un labyrinthe, je devrais en sortir rapidement. »

Combien de temps s'écoula ainsi ?

Le ventre de Radel gargouilla.

D'ordinaire, après son footing du petit matin, il avait pour habitude d'aller chaparder quelque chose au réfectoire, et c'était justement l'heure.

« Si j'avais su, j'aurais piqué plus de viande séchée. »

C'était une remarque peu digne d'un prince impérial, mais il s'en moquait.

Il se dit simplement qu'à l'avenir, il devrait toujours avoir de la viande séchée sur lui, car on ne savait jamais ce qui pouvait arriver.

C'est alors que les yeux affamés de Radel repérèrent une inscription bienvenue.

Réserve à provisions.

Le mot était gravé dans la paroi de pierre, comme avec un objet pointu.

À la connaissance de Radel, une seule personne avait pu l'écrire.

L'Archimage qui avait créé ce passage secret.

Hayden Reinhard Credian.

« Cet ancêtre-là, c'était vraiment un personnage hors du commun. »

Que diable avait-il bien pu fabriquer à errer dans ces passages secrets ?

La curiosité de Radel s'éveilla.

Et il se demanda aussi s'il s'agissait réellement d'une réserve à provisions.

Lorsque Radel s'approcha et posa la main sur la paroi gravée, une lumière en jaillit.

Il en avait fait l'essai plusieurs fois dans le Palais du 8e prince : cette lumière magique ne semblait pas visible pour les autres.

Le fonctionnement des passages et des portes secrètes était simple.

Il suffisait d'y poser la main en pensant à sortir pour que la porte ou le passage devienne transparent. C'était une magie qui montrait à l'avance qui se trouvait de l'autre côté.

Grâce à elle, Radel pouvait vérifier où se trouvaient les domestiques et se déplacer en secret.

L'ancêtre Hayden... il était vraiment stupéfiant à bien des égards.

Même s'il avait embrassé une carrière d'assassin plutôt que celle d'Archimage, il aurait sûrement réussi.

« Oh... ça marche. »

La paroi de pierre devenait peu à peu transparente.

Des étagères chargées jusqu'en haut, des caisses de vivres soigneusement alignées au sol et des sacs de farine apparurent à travers le mur.

Radel salivait devant les saucisses suspendues au plafond.

Il ignorait de quelle réserve il s'agissait, mais il comptait bien se servir avec reconnaissance avant de filer.

« Grand frère. »

« ? ! »

Au même instant, une voix se fit entendre.

Radel sentit son cœur chavirer, comme un voleur pris la main dans le sac.

Mais il se reprit vite.

Comme il n'avait pas encore traversé le mur, il y avait peu de chances que quelqu'un le découvre.

« Grand frère, tu es là ? »

Quel grand frère ?

Tandis que Radel retenait son souffle sans comprendre la situation, quelqu'un se redressa devant lui.

« Oui, Théa. »

C'était un visage que Radel connaissait.

Bien qu'il ne l'ait plus vu depuis l'enfance, il s'agissait bel et bien du 2e prince.

Le prince qui menait aussi la faction qui avait tenté de tuer Radel.

« Pourquoi m'as-tu demandé de venir ici ? »

« C'est plus facile de parler là où il n'y a personne. »

Et la sœur qui appelait le 2e prince « grand frère » devait être la 3e princesse.

Ils étaient frère et sœur de même sang, nés de la même mère.

« Il y avait quelque chose que tu ne pouvais pas me dire tranquillement ? »

« Oui. »

La réponse fut tranchante.

Son ton glacial, à faire pleurer la glace elle-même, laissait croire qu'elle était venue chercher querelle.

« Tu me déçois. Je ne souhaite que ta réussite. »

« C'est bien ça, le problème. Pourquoi tu ne comprends pas que le trône ne m'intéresse pas ? »

« Théa. »

« Ou alors tu fais semblant de ne pas m'entendre ? »

« Tu dis des choses étranges. Tu es pourtant la seule de cet Empire qui portera la couronne d'Empereur. »

Radel savait qu'il écoutait aux portes la conversation de ce frère et de cette sœur, mais il ne pouvait pas s'arrêter.

Ainsi, le 2e prince voulait que sa sœur devienne Empereur.

« Si tu aimes tant le trône, grand frère, prends-le donc tout entier. J'ai juré de manier l'épée toute ma vie. »

« Théa, tu pourras toujours manier l'épée, même en devenant Empereur. »

« Ce n'est pas ce que je veux dire ! »

Le 2e prince posa sur la 3e princesse le regard qu'on réserve à une enfant naïve qui ignore tout du monde.

« Tu n'as qu'à continuer comme tu es. Ton grand frère s'occupera du reste. »

Fin du chapitre 9
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