« Pourquoi l'Ordre de la Divinité Suprême m'enverrait-il une invitation ? »
Je mis de côté, pour l'instant, l'invitation de l'Ordre de la Divinité Suprême. Je venais en effet de trouver le guide d'admission de l'Académie impériale de magie.
Le guide indiquait l'emplacement du bureau des inscriptions de l'Académie dans la Capitale impériale, avec un plan pour s'y rendre.
Après avoir vérifié les pièces à fournir, je décidai d'aller m'inscrire sur-le-champ.
Le bureau des inscriptions le plus proche du Palais du 8e prince, où je me trouvais, était situé à l'intérieur du Château impérial.
À en juger par la distance, le passage secret serait le chemin le plus rapide. Je pris donc la lettre de recommandation et le guide, et m'engageai dans le passage secret.
« Je devrais pouvoir passer par ici. »
En suivant le flux du mana à travers les galeries qui reliaient les palais, je trouvai une sortie qui donnait sur l'extérieur.
C'était la première fois que j'utilisais le passage secret de cette manière, mais le simple fait de pouvoir traverser le Château impérial était incroyablement pratique.
L'endroit où je débouchai était le jardin d'un palais quelconque.
« ... Où suis-je ? »
Pour être précis, cela ressemblait à un jardin.
Il y avait de l'herbe au sol et des pierres d'ornement disposées avec soin, de toute évidence l'endroit était entretenu par quelqu'un, mais on n'y voyait ni les fleurs ni les arbres qu'un jardin aurait naturellement dû avoir.
Même le jardin du Palais du 8e prince n'était pas aussi vide.
'Comment peut-il n'y avoir pas un seul arbre ?'
J'étais désemparé.
Aux yeux des autres, j'étais un individu suspect qui venait de surgir dans le palais de quelqu'un d'autre : il me fallait un endroit où me cacher. Et surtout, planté seul au milieu d'un jardin désolé, je me faisais bien trop remarquer.
Sortons d'ici d'abord.
Mieux valait bouger, quitte à être vu, que rester là sans rien faire.
Si quelqu'un me posait la question, je dirais simplement que je m'étais trompé de chemin !
Je marchai vers ce qui me semblait être l'entrée.
« Inette ! Qu'est-ce que tu racontes ? »
Mais à peine avais-je trouvé quelque chose qui ressemblait à une entrée que je tombai sur des gens.
« Tu ne vas pas à l'Académie ? C'est là que vont tous les membres de la famille royale de l'Empire. »
« J'ai dit que je n'irai pas. Si tu as tellement envie d'y aller, vas-y toi-même, Maman ! »
C'étaient une mère et sa fille en pleine dispute, n'importe qui l'aurait compris au premier coup d'œil.
Une jeune fille aux cheveux d'un roux de feu, et une femme aux cheveux tout aussi roux.
À ce stade, impossible de ne pas les reconnaître.
C'étaient la 7e princesse, Inette Dastion Cretian, et la 3e Épouse impériale, Celiana Dastion Cretian.
L'endroit où j'avais débouché était le Palais de la 7e princesse.
Celiana avait fait préparer une calèche et tentait de convaincre sa fille unique.
« Le bureau des inscriptions est juste à côté, allons-y et revenons vite. D'accord ? »
« Ah, mais vraiment ! Arrête ! »
En voyant Inette, inchangée depuis son enfance, je portai une main à mon front.
Elle avait beau être princesse impériale, non seulement elle appelait l'Épouse impériale « Maman », mais elle se mettait aussi grossièrement en colère devant les serviteurs.
« C'est quoi, ça ? Tu avais dit qu'on allait faire les boutiques aujourd'hui ! Je ne te crois plus, Maman. »
Inette s'emporta et tourna les talons.
« Inette, attends un instant. »
Celiana saisit précipitamment le bras d'Inette.
Alors, Inette repoussa brusquement Celiana avec une force terrible.
« Ne me touche pas ! »
Comme Celiana tombait au sol, incapable de résister à une telle poussée, les serviteurs se précipitèrent pour l'aider à se relever.
Inette, comme surprise par son propre geste, resta figée sur place.
« Ce n'est rien, Inette. Je vais bien. »
Et ce fut Celiana, relevée avec l'aide des serviteurs, qui rassura Inette, comme si elle en avait l'habitude.
« Il ne s'est rien passé. Tu vois, ce n'est pas grave. »
J'avais l'impression de comprendre pourquoi elle se comportait ainsi.
Je me rappelai ce qui était écrit au sujet de la 7e princesse dans le carnet d'Armandy.
'11 août. La 7e princesse a brûlé le jardin avec sa Capacité. Use de sa Capacité à sa guise, selon son humeur. Manque de prudence.'
Et si ce n'était pas un manque de prudence, mais une incapacité à contrôler sa Capacité ?
La Capacité de la 7e princesse était la Flamme écarlate.
Une flamme qui brûlait tout.
C'est alors seulement que je remarquai les gants noirs qu'Inette portait. On aurait dit des artefacts destinés à contenir les flammes.
Je crus aussi comprendre pourquoi il n'y avait ni fleurs ni arbres dans le jardin du Palais de la 7e princesse.
Ce n'était pas qu'on n'en avait pas planté, c'était qu'ils avaient brûlé. On avait dû les replanter et déblayer encore et encore, chaque fois qu'elle n'avait pas réussi à contrôler sa Capacité.
« Tu vois ? Maman n'a rien du tout, n'est-ce pas ? ... Oh, tiens ? »
Tandis que je m'approchais de la vérité, Celiana m'aperçut.
« Ne serais-tu pas Radel ? »
Sa voix douce me ramena à moi. Tous les regards étaient fixés sur moi, planté au beau milieu de ce jardin désolé.
Je compris qu'il n'était plus question de m'éclipser discrètement du jardin.
***
« Merci, Radel. Prends bien soin de notre Inette, je t'en prie. »
« Que dites-vous là ? Vous me prêtez même votre calèche, c'est moi qui devrais vous être reconnaissant. »
Celiana sourit chaleureusement à mes paroles courtoises.
« Mon Dieu, comme c'est rassurant. Faites bonne route, tous les deux ! »
Je n'oubliai pas les règles de la bienséance jusqu'au bout et inclinai la tête.
Et dès que la calèche se fut éloignée du Palais de la 7e princesse, je m'adossai confortablement à mon siège.
« C'est agréable, et moelleux. »
À ce mot échappé malgré moi, Inette, assise en face, renifla avec mépris.
« T'es quoi, un mendiant ? Tu n'as pas de calèche ? »
« Non, je n'en ai pas. »
Inette en fut décontenancée sans s'en rendre compte.
En voyant Radel répondre avec autant de désinvolture à sa remarque méchante, un esprit de rivalité s'éveilla en elle.
« Ça se comprend, remarque. J'ai entendu dire que ta Capacité s'était manifestée récemment. Tu auras peut-être une calèche bientôt. »
« Oui. Merci pour les encouragements. »
Elle l'avait dit avec sarcasme, mais Radel ne semblait pas s'en soucier le moins du monde.
Ce n'était plus le Radel timide et renfermé qu'elle avait connu.
'C'est quoi, cette drôle d'assurance ?'
Inette me foudroya du regard.
Depuis la manifestation de sa Capacité, il semblait être devenu quelqu'un d'autre.
'À cause de qui est-ce que je me retrouve traînée ici contre mon gré !'
C'était à cause de l'apparition soudaine de Radel qu'Inette se faisait emmener sans ménagement au bureau des inscriptions de l'Académie de magie.
Celiana, comme pour ne pas laisser passer l'occasion, les avait poussés tous les deux dans la calèche en déclarant qu'ils devaient aller s'inscrire à l'Académie l'un comme l'autre.
C'était là que le plan d'Inette avait commencé à déraper.
« Mais tu as seulement de quoi payer l'Académie ? C'est quoi, ce culot, pour quelqu'un qui n'a même pas de calèche ? »
« Je n'ai jamais dit que je n'avais pas d'argent. »
J'aurais pu l'ignorer, mais je décidai d'entrer dans le jeu d'Inette.
Pour moi, qui avais l'esprit d'un homme de trente ans, les intentions d'Inette, dix-sept ans désormais, étaient transparentes.
À la voir chercher ainsi la bagarre, elle devait être profondément contrariée d'être forcée de s'inscrire à l'Académie.
'Et il y a ce que j'ai reçu de la 3e Épouse impériale.'
Tout à l'heure, au moment où je montais dans la calèche, Celiana m'avait glissé quelque chose à l'insu d'Inette.
C'était une bourse plutôt lourde, et il était impensable que Celiana, Épouse impériale issue de la famille ducale Dastion, l'ait préparée à la légère.
L'intention de Celiana, qui m'avait adressé un clin d'œil devant ma surprise, était évidente. C'était clairement une demande : faire inscrire Inette à l'Académie, coûte que coûte.
Puisque je me rendais de toute façon au bureau des inscriptions de l'Académie, j'avais hoché la tête en me disant que les choses tournaient bien ; il semblait que l'heure était venue de commencer à m'acquitter de ma dette.
« Tu as de l'argent et une calèche, alors pourquoi est-ce que tu ne veux pas aller à l'Académie ? »
demandai-je à Inette.
Inette resta sans voix.
« Qu-quoi ? »
« Tu as dit que tu ne voulais pas aller à l'Académie. Ce n'est pas pour ça que tu étais en colère contre l'Épouse impériale ? »
« Qu'est-ce que tu en sais ? »
Inette s'échauffa aussitôt et se mit à fulminer.
« J'aurais pu m'enfuir, mais maintenant tout est fichu. C'est quoi, ça, par ta faute ! »
« Tu essayais de t'enfuir ? »
« Parce qu'ils n'arrêtent pas de me dire d'y aller alors que je ne veux pas. »
Je laissai échapper un petit rire.
Ce rire mit Inette encore plus en colère.
« C'est drôle ? »
« Ah, pardon. »
Je haussai les épaules.
« Honnêtement, c'est un peu drôle. Ta façon de parler comme si tu pouvais entrer à l'Académie tout naturellement. »
« Quoi ? »
À voir le visage fermé d'Inette, c'était encore une gamine.
Mes mots avaient de toute évidence blessé son orgueil.
« Ce n'est pas comme si l'Académie acceptait tout le monde sous prétexte qu'on a envie d'y aller. Ce serait différent si tu disais ne pas vouloir y aller après avoir déjà été admise... »
« ! »
« Mais tu ne t'es même pas encore inscrite, alors admise, n'en parlons pas. Je me demandais juste si tu t'enfuyais parce que tu avais peur d'échouer. »
Inette serra les poings.
Elle aurait voulu réduire ce type en cendres sur-le-champ, mais elle s'y refusait, car cela aurait revenu à admettre que ses paroles l'avaient touchée.
« Enfin, moi aussi, je vais m'inscrire. Je suis sûr que tu n'es pas lâche à ce point. »
C'était une provocation puérile.
Mais Inette y tomba aussitôt.
« Certainement pas ! C'est juste que je déteste que ma mère me dicte ce que je dois faire, c'est tout. »
« Oui, j'en suis sûr. »
« C'est vrai ! C'est vrai ! »
Des étincelles jaillirent des yeux d'Inette.
Puisque c'est comme ça, je vais être admise, c'est certain. J'entrerai à l'Académie avec une meilleure note que ce type !
Et ensuite, je démissionnerai, juste pour lui montrer !
Ainsi commença le combat solitaire d'Inette, un combat auquel Radel ne participait même pas.
***
La calèche qui transportait Inette et Radel arriva au bureau des inscriptions.
Peut-être parce qu'il se trouvait à l'intérieur du Château impérial, le bureau des inscriptions de l'Académie était plutôt désert.
Dès l'arrivée, Inette descendit prestement et courut au bureau des inscriptions plus vite que Radel. Elle n'avait plus rien à voir avec celle qu'elle était avant de monter en calèche.
Inette, qui m'avait attendu pour entrer dans le bureau des inscriptions, croisa les bras et prit un air triomphant.
« Je suis arrivée la première. Qu'est-ce que tu vas faire ? »
« Oh, oui. C'est formidable. »
Je répondis sans conviction et m'approchai du guichet derrière Inette pour commencer à remplir le formulaire d'inscription.
En voyant cela, Inette remplit elle aussi un formulaire au guichet voisin. Elle le remplit à une vitesse incroyable et parvint à le remettre avant moi.
L'air triomphant de celle qui a une longueur d'avance était en prime.
L'employé qui vérifia le formulaire d'Inette apposa son tampon sur le document.
« À présent, veuillez remettre votre lettre de recommandation. »
L'Académie impériale de magie n'autorisait pas l'inscription sur simple dépôt d'un formulaire, et il en allait de même pour les membres de la famille royale.
En principe, elle filtrait une première fois les candidats par une lettre de recommandation, car elle traitait de nombreuses magies secrètes et dangereuses.
Il était donc difficile pour les roturiers sans relations d'être admis, même avec du talent, faute de pouvoir obtenir une lettre de recommandation. Mais l'Académie s'en était tenue à ce principe, considérant que cela aussi relevait de la capacité.
Bien entendu, Inette avait des relations à revendre.
Non seulement elle était elle-même princesse impériale, mais sa mère, Celiana, était la fille unique du duc de Dastion.
Quant à la famille ducale Dastion, c'était l'une des familles fondatrices qui avaient accompagné l'Empereur Fondateur depuis la naissance de l'Empire.
« La voici. »
Inette présenta une lettre de recommandation frappée bien nettement du sceau de la famille ducale Dastion. Cela valait la lettre de recommandation la plus fiable de tout l'Empire.
'Qu'est-ce qu'il va faire, lui ? Il ne doit connaître aucun noble.'
À bien y réfléchir, la mère de Radel était morte tôt. Depuis, il avait été pour ainsi dire abandonné par la Famille impériale pendant de longues années ; il n'avait donc aucune chance de connaître des nobles, et sa famille maternelle ne s'occupait pas de lui non plus.
'Il ne va pas échouer parce qu'il ne peut pas fournir les documents ?'
Mais contrairement aux attentes d'Inette, ce qui sortit de ma poche fut une lettre de recommandation portant un sceau bien net.
L'épée qui protège le cœur de l'Empire.
Une famille noble qui, parmi les familles fondatrices, restait nimbée de mystère, car elle ne prenait part à aucune vie mondaine.
'Le comté de Chartrion ?'
Comment Radel, qui n'avait aucune relation, était-il entré en contact avec le comte de Chartrion ?
C'était incroyable.
