« Qu'est-ce qu'il vous faut, cette fois ? »
Sans doute avait-il apprécié la puissance financière que j'avais étalée lors de notre précédente rencontre : Zain souriait jusqu'aux oreilles.
Je tirai une bourse de mon sein, la lui lançai et parlai brièvement.
« De l'herbe Tête-de-Mandragore. Autant que vous pourrez en trouver. »
Je n'avais aucune raison particulière de me montrer aimable avec ce type.
À ces mots, le sourire disparut du visage du salaud qui vérifiait le contenu de la bourse.
« Veuillez patienter un instant. »
Une fois la bourse en sécurité, Zain franchit aussitôt la porte de fer. Peu après, il en ressortit avec un sac qu'il me tendit.
J'en vérifiai le contenu sur-le-champ. L'aspect, proche de celui de l'aloès, était exactement tel que je l'avais vu dans l'œuvre originale.
« Client. »
Au moment où je finissais mon inspection, Zain m'interpella. Il ne souriait toujours pas.
« Par hasard... vous allez à Robel ? Pour leur venir en aide ? »
Je ne répondis pas. De toute façon, je ne savais pas quoi dire.
Prenant mon silence pour un oui, Zain laissa échapper un petit soupir.
« Si c'est le cas, soyez prudent. Je vous le dis justement parce que vous êtes un client. Je n'ai aucune envie de perdre un client comme vous. »
Tu m'étonnes. Il ne devait pas y avoir beaucoup d'autres clients de choix qui lâchaient une somme considérable en pièces d'or à chaque visite, comme moi.
En guise de réponse, je me contentai d'un léger hochement de tête et quittai la boutique.
La nuit était longue, et j'envisageai de prendre mon temps, mais si je ne dormais pas assez ce soir, j'allais forcément le payer demain.
Ce fichu corps fragile.
« Mon enfant. »
Alors que je marchais d'un pas pressé vers Robel, Kairos m'appela.
Oui.
« Sais-tu de quoi cet homme te conseillait de te méfier ? »
Eh bien...
Je le savais, mais je ne pouvais pas le dire à Kairos.
À force de marcher d'un bon pas, j'arrivai à Robel en un rien de temps.
Le nombre de gens affalés dans les rues avait nettement diminué par rapport à la journée, mais il en restait.
Je m'approchai d'abord de la personne la plus proche.
Je m'accroupis et sortis l'herbe Tête-de-Mandragore. J'arrachai une feuille, l'émiettai entre mes doigts et la fourrai dans la bouche de l'homme au regard vide.
Je fis de même pour les autres alentour. Certains se débattirent contre le goût amer de l'herbe, mais elle était déjà dans leur bouche.
Un court instant plus tard, le teint des gens s'améliora rapidement. La vie revint peu à peu dans leurs yeux troubles, et certains s'endormirent.
« Ouf. »
Leur esprit s'éclaircirait sans doute une fois qu'ils se seraient tous réveillés.
Les principaux symptômes du « Happy » étaient l'apparition de taches bleues sur le corps, la léthargie et un dérèglement des capacités de raisonnement.
Autrement dit, il plongeait les gens dans l'état idéal pour se laisser envoûter par une secte ou une arnaque pyramidale.
Les « salauds » qui en tiraient profit se trouvaient à Robel. Et j'avais bien l'intention de les chasser du territoire des Holden.
« Excusez-moi... »
Tandis que j'examinais les gens.
Un vieillard décharné aux cheveux blancs tendit la main vers moi.
C'était celui à qui je venais de faire avaler de l'herbe Tête-de-Mandragore. Me demandant s'il avait quelque chose à me dire, je m'approchai et m'accroupis.
« Qu-Qui êtes-vous ? Pourquoi nous aidez-vous... ? »
La désintoxication semblait rapide : il avait compris que je leur venais en aide. C'était un soulagement.
« Je... suis seulement venu parce que je voulais vous aider. »
J'allais dire que je venais du kairosisme, mais je me retins.
Les salauds qui avaient mis Robel dans cet état étaient eux aussi une secte.
Dans cette situation, révéler qu'une autre religion était intervenue risquait de donner une mauvaise image du kairosisme.
Les gens pourraient croire, par exemple, qu'une autre secte cherchait à les contrôler sous couvert de les aider.
« Vous n'êtes sans doute pas encore entièrement rétabli. Je vous laisse ceci, alors distribuez-le aux gens du village, je vous prie. Il devrait y en avoir assez. »
Je posai le sac contenant l'herbe Tête-de-Mandragore devant le vieil homme.
« C'est de l'herbe Tête-de-Mandragore. Si vous en prenez régulièrement, les effets de la drogue quitteront complètement votre corps. »
« M-Merci... »
Le vieillard s'endormit bien vite, le sac que je lui avais remis serré contre lui.
Autour de moi s'élevaient les souffles et les ronflements des dormeurs. Toujours accroupi, je les parcourus une dernière fois du regard avant de tourner les yeux.
Vers la fenêtre système apparue devant moi.
[Quête secondaire <Sauver des vies> accomplie !]
[La récompense de la Quête secondaire est en cours de distribution.]
[Vous avez obtenu la compétence « Soin ».]
À vrai dire, elle flottait là depuis un moment, mais c'était la première fois que je la lisais vraiment.
Quoi qu'il en soit, je ne m'attendais pas à recevoir une compétence en récompense d'une Quête secondaire.
Je souris et ouvris la fenêtre des compétences.
[Soin (Active) NV.1
Rang : Légendaire
Description : Permet de soigner les êtres vivants de NV.1.
NV.2 ??? (Verrouillé)
NV.3 ??? (Verrouillé)
NV.4 ??? (Verrouillé)
NV.5 ??? (Verrouillé)
Expérience : 0/10]
Ça, c'est...
« Mon enfant, tu as bien travaillé. Je n'en attendais pas moins de mon premier croyant. Il aurait mieux valu que tu fasses connaître mon existence, mais il ne sera pas trop tard pour le faire une fois qu'ils auront entièrement recouvré la santé, ho ho. »
Kairos, fou d'excitation, ne cessait de jacasser, mais je n'avais pas le loisir d'y prêter attention.
Recevoir une compétence m'avait surpris, bien sûr, mais j'étais encore plus stupéfait de n'avoir jamais vu cette compétence dans l'œuvre originale.
Enfin, est-ce qu'il n'est pas un peu tard pour s'émouvoir de ce genre de chose ?
Après tout, ni le gourdin ni les lunettes n'existaient dans l'œuvre originale.
Même sans tenir compte de ça, c'était surprenant, car ce type de compétence n'existait tout simplement pas dans H.S.W.
Pouvoir faire monter de niveau une compétence. C'est dingue.
Dieu Kairos, merci infiniment pour...
Shing.
Je voulus aussitôt exprimer ma gratitude à Kairos, mais je ne pus achever ma phrase.
Une sensation froide effleura ma nuque, et la chair de poule me couvrit le corps en un instant.
Qu'est-ce que c'est ? Depuis quand...
Est-il apparu derrière moi ?
Une ombre massive, dont j'ignorais depuis combien de temps elle se tenait là, semblait sur le point de m'engloutir.
« Qui es-tu. »
La voix qui montait dans mon dos était basse et lourde. Au même moment, je ressentis pour la première fois de ma vie une intention meurtrière.
Une sueur froide ruissela de mes mains, et mon instinct m'avertit.
Si je bougeais inconsidérément, j'allais mourir.
Restons calme. Du calme.
« Q-Que se passe-t-il donc ! Comment ose-t-il toucher à mon croyant ! »
Dieu Kairos, calmez-vous, je vous en prie. Si vous réagissez comme ça, je ne peux plus réfléchir rationnellement. C'est dans ce genre de moment qu'il faut garder son sang-froid.
« B-Bien. Entendu. »
À cette heure, en ce lieu, une silhouette qui dégageait une telle aura.
Je savais de qui il s'agissait sans même avoir besoin de vérifier.
Terdian Astin.
À cet instant, la lame plaquée contre ma nuque recula légèrement. Ne laissant pas passer l'ouverture, je tournai la tête et, comme prévu, je le vis.
Des yeux rouges, qui luisaient étrangement au clair de lune, me fixaient d'un regard perçant.
Par chance, son intensité s'était un peu adoucie. Sans doute parce qu'il avait observé les alentours.
M'efforçant de dissimuler ma tension, j'ouvris péniblement la bouche.
« Je suis... un homme de foi. »
Je n'avais aucune raison de révéler que j'étais un enfant de la famille Holden, et je ne voulais pas non plus mentir.
Ne pas répondre dans cette situation aurait été la pire chose à faire, alors j'avais écarté cette option.
« Appartenance ? »
Terdian, après m'avoir jaugé du regard, me renvoya la question.
« Je crois au Dieu Kairos. »
« ... Jamais entendu parler. »
Évidemment.
Je forçai les coins de ma bouche, qui refusaient de se relever, à former un sourire.
« C'est le kairosisme, fondé il y a peu. »
Me remémorant l'époque où je faisais des petits boulots au service client, j'affichai un sourire inoffensif.
Dans le même temps, j'examinai Terdian.
Il portait une robe comme moi, mais son col dépassait légèrement.
Un motif de serpent argenté était brodé sur le col noir.
Bon sang, j'espérais que ce ne soit pas vrai.
C'était confirmé.
Le protagoniste de l'œuvre originale, Terdian, appartenait à l'Ordre de Diego, le Dieu Maléfique.
... Je m'en doutais à peu près, mais maintenant c'était certain.
Voilà pourquoi il ne m'avait fait aucun mal.
Diego, le dieu de l'Ordre de Diego, était, en un mot, un dictateur.
Il opprimait les religions qui avaient atteint une certaine taille, allant jusqu'à les déclarer hérétiques pour les exécuter.
En revanche, il laissait les petites religions tranquilles. Il n'y avait aucun bénéfice particulier à s'en prendre à elles, et elles étaient de toute façon vouées à disparaître d'elles-mêmes, même sans intervention.
Enfin, même ça, ce n'est guère qu'un caprice du Dieu Maléfique.
Quoi qu'il en soit, grâce à ça, il était clair qu'on m'avait laissé la vie sauve. Du reste, s'il avait voulu me faire du mal, ce serait déjà fait.
Swish.
J'avais vu juste. Terdian finit par retirer l'épée qu'il pointait sur moi.
Puis, me regardant comme un insecte, il lança froidement :
« Si tu ne veux pas mourir, dégage. »
Non mais regardez-moi ce salaud mal élevé.
La colère monta, mais un seul coup de pied de ce type pouvait m'envoyer dans l'au-delà, alors...
« Oui. »
Je me relevai sans quitter mon sourire.
La vie est précieuse, après tout. Absolument.
Ce n'est absolument pas parce que j'ai peur.
« Mon pauvre bébé, tu as eu peur. C'est parce que je suis incapable. Pardon... Snif. »
Ce n'est pas ça.
Je passai à côté de Terdian et repris directement le chemin par lequel j'étais venu.
De toute façon, je n'avais l'intention que d'évaluer la situation aujourd'hui.
Au fait...
Ça devenait enfin concret.
La difficulté avait doublé par rapport à l'œuvre originale.
Pour définir le Terdian Astin de H.S.W en une phrase, c'était un « héros débordant de justice ».
Mais à présent, c'était différent.
Le Terdian de l'Ordre de Diego avait beaucoup changé.
Il est grossier, il a le cœur froid et, surtout...
Ses yeux sont morts.
Dans H.S.W, c'était un être lumineux qui ne perdait jamais le sourire et donnait de l'espoir à tout le monde.
Que diable était-il arrivé à Terdian ?
Même moi, un vétéran de H.S.W, j'ignorais tout de cette partie, et c'était frustrant.
Enfin, il me suffira de le découvrir petit à petit.
Ce n'est qu'une fois complètement sorti de Robel que ma tension retomba un peu.
« Ouf. »
J'avais failli mourir.
Mes jambes manquèrent de se dérober, mais je parvins tant bien que mal à continuer de marcher en rassemblant mes forces.
J'entendis alors la voix de Kairos, qui avait cessé de pleurer.
« Bébé, tu vas bien ? »
Oui. Ça va.
« Comment peut-il exister un salaud aussi mal élevé ! Il croit qu'un joli minois suffit à tout ? Pff ! »
Qu'est-ce qu'on y peut ? Il est de l'Ordre de Diego.
« Pas étonnant. L'énergie de ce sale Serpent débordait de lui ! »
Ha, ha ha.
« Quoi qu'il en soit, on dirait que mon petit agneau sait lui aussi parfaitement quel genre de type est ce sale Serpent. Les humains de ce monde, eux, ne semblent pas le savoir. »
Parce que le monde est conçu ainsi. Mais pour Kairos, je glissai une remarque destinée à lui faire plaisir.
Hmm. Je m'en suis rendu compte en rencontrant le Dieu Kairos.
« Oh ho, vraiment ? Voilà qui me soulage énormément ! »
Oui. Les croyants qui embrasseront le kairosisme à partir de maintenant ressentiront la même chose.
Sur ces mots, j'entrai dans la ruelle d'Ellyn.
Retrouver le chemin que j'avais mémorisé à l'avance ne fut pas bien difficile.
Le passage s'ouvrit dès que je posai la main sur le sol. Après avoir sauté légèrement dans la grotte, je sortis une lanterne de mon Inventaire.
Je devrais dormir dès que je serai rentré.
Je n'avais pas fait grand-chose, mais j'étais épuisé, de corps comme d'esprit.
Ce devait être le contrecoup de ma rencontre avec Terdian.
« Hmm, mon enfant. »
Oui.
« Je suis trop inquiet, ça ne peut pas continuer ainsi. »
Hein ? Qu'est-ce qui ne peut pas continuer ?
« Vu le type que nous avons croisé aujourd'hui, je ne sais pas quand mon petit agneau risque de venir me rejoindre. »
Ça veut dire qu'il ne sait pas quand je risque de mourir... ?
« Alors je vais rassembler mes dernières forces pour te donner un coup de main ! »
P-Pardon ?
« Nnngh ! »
Accompagnée d'un son fort désagréable, celui de Kairos qui forçait, une fenêtre système apparut devant mes yeux.
[Vous avez obtenu 2 Tickets d'invocation unique d'officier.]
... Hein ?
