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Chapitre 5

Chapitre 5

12 octobre 2026 ~13 min · 2 429 mots

En tout cas, il est bien plus beau que sur l'illustration.

[Mon premier messager, qui est cet enfant ? Il n'est pas aussi beau que moi, mais il est fort joli.]

Hein ? Ah… Vous avez raison. Je me demande qui c'est.

Certes, comme l'avait dit Kairos, il n'atteignait pas le niveau du Dieu de la Beauté, mais Terdian n'en restait pas moins d'une beauté remarquable.

Terdian déambulait en scrutant attentivement les alentours, comme s'il cherchait quelque chose.

Sentant que nos regards risquaient de se croiser, je détournai aussitôt la tête.

Au fait, qu'est-ce qu'il fait ici, celui-là ?

Ce n'est pas encore l'heure où commence l'histoire originale… Ah, bon sang.

À bien y penser, je n'avais pas compté le temps passé à gémir au fond de mon lit.

C'était à peu près l'époque où il devait entrer sur le territoire des Holden. Ce qui voulait dire…

Que cet événement-là allait bientôt se produire.

Je finirais inévitablement par croiser sa route en avançant dans la quête principale, mais c'était trop tôt pour l'instant.

En plus, à ce stade, impossible de savoir à quel camp Terdian appartenait.

J'aurais voulu le deviner à ses vêtements, mais comme moi, il portait une robe : impossible d'en déduire quoi que ce soit.

Alors, si je pars du principe qu'il est de l'Ordre de Diego…

Si je m'emmêle avec lui de la mauvaise manière, je suis foutu à cent pour cent.

Je partis donc dans la direction opposée à Terdian.

Par chance, les chevaliers qui m'escortaient étaient en civil et ne se faisaient pas remarquer.

Je marchai quelques minutes dans les rues, plongé dans ces pensées.

Pourquoi j'ai l'impression que tout le monde me jette des coups d'œil ?

[N'est-ce pas évident ?]

Pardon ?

[Je suis le Dieu de la Beauté, et tu es mon premier fidèle ! Comment les gens ne seraient-ils pas enivrés par ta beauté ?]

Le rire enjoué de Kairos suivit.

Ah, oui. Bon… je suppose.

Je le constatais chaque jour en me regardant dans le miroir : mon apparence s'améliorait de jour en jour. Tout ça grâce à la compétence Amélioration de la Beauté, mais quand même.

Ma foi en Kairos était-elle si grande ?

Ou bien, puisque je connais l'existence même de Kairos, est-ce que ça compte comme de la foi ?

En tout cas, je savais que j'avais un physique assez remarquable, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il fasse de l'effet jusque dans une rue pleine d'inconnus.

Peut-être que les choses iraient bien plus facilement que je ne le pensais.

C'était le moment. Cela faisait déjà une heure que nous étions arrivés à Ellyn. Il fallait que je me débarrasse des gardes.

Je ne pouvais pas aller acheter le remède avec eux. Un rapport serait forcément remonté. Et si ma famille découvrait la nature du remède, elle s'y opposerait de toutes ses forces.

Comme j'avais de toute façon le Gourdin, ma Relique sacrée, ce n'était pas si dangereux, même sans chevaliers d'escorte.

Bien sûr, mon corps actuel était plus faible qu'une feuille morte roulant dans la rue.

Mais il existe une chose qu'on appelle la puissance des objets.

Mon état actuel n'était pas différent de celui d'un débutant de niveau 1 armé d'une arme de niveau maximum.

Donc, ça devrait aller.

Il fallait juste choisir le bon moment.

À cet instant, nous entrâmes dans une rue calme, et j'aperçus un banc idéal pour se reposer.

Je m'y dirigeai aussitôt avec les chevaliers. Adossé au banc, je montrai de façon flagrante que j'étais épuisé.

« C'est très pénible pour vous ? Voulez-vous que nous rentrions ? »

Comme je cherchais mon souffle, un chevalier s'inquiéta. Je secouai la tête.

« Ça va. J'ai juste besoin de me reposer un moment.

— Oui, bien compris. »

À ces mots, les deux chevaliers se postèrent aussitôt de part et d'autre du banc comme pour le garder. Ils ne se rendent pas compte que ça attire encore plus l'attention… ? Visiblement non.

« Hum. J'ai un service à vous demander. »

Je leur souris à tous les deux. Il n'y avait apparemment aucun domestique du manoir qui fût immunisé contre mon sourire.

« Vous pourriez m'acheter de l'eau et un petit en-cas ?

— Oui. Bien compris. Jack, vas-y et reviens.

— Ce ne serait pas plus rapide si vous y alliez tous les deux ?

— Pardon ? Mais… le jeune maître resterait seul. Et si vous vous effondriez entre-temps ?

— Allons, ça ne prendra même pas cinq minutes. J'ai besoin d'un moment de liberté, moi aussi. »

Les chevaliers prirent un air embarrassé. Oh, encore un petit effort de persuasion, et ça devrait passer ?

« J'ai passé toute ma vie enfermé dans le manoir. C'est pour ça que j'ai envie d'essayer d'être seul, même un instant. Je ne bougerai pas d'ici. Hein ? S'il vous plaît. »

Je convoquai tous mes talents d'acteur, ceux de mes anciens petits boulots dans les services, et me fis aussi pitoyable que possible.

Pourvu que ma beauté fasse son œuvre…… !

« … Bien compris. Si ce n'est que pour un instant.

— Mais vous restez bien ici ! Nous revenons tout de suite ! »

Ça a marché !

« Oui ! Ne vous inquiétez pas. »

Désolé. C'est un mensonge.

Les chevaliers disparurent dans la foule en un instant. Profitant de l'occasion, je sortis les lunettes de mon inventaire et les chaussai.

Puis je me mis à courir à toutes jambes.

« Haa, haa ! »

Mais combien de secondes ai-je couru pour être déjà à bout de souffle ?

Ce fichu corps.

[Mon enfant, est-ce vraiment raisonnable d'agir seul ainsi ?]

Bien sûr. J'ai le gourdin que Kairos-nim m'a donné.

[Mais……]

J'étais désolé pour les chevaliers, mais je n'avais pas le choix. Je devais d'abord m'occuper de mon corps.

Je courus ainsi de toute la vitesse dont j'étais capable. Bien plus lentement que des enfants en train de jouer, certes…

Mais j'arrivai à destination.

La ruelle derrière le centre-ville d'Ellyn. Une arrière-ruelle désolée, sombre malgré le plein jour.

Ça n'avait pas d'importance.

À gauche ici, puis encore à droite.

La carte que j'avais vue dans le jeu était déjà gravée dans ma tête.

D'un pas rapide, je me dirigeai vers une petite taverne à l'enseigne vide, sans nom.

Il n'y avait pas un seul client dans ce vieux bouge délabré qui semblait sur le point de s'écrouler.

À la place, un vieil homme qui essuyait des verres au comptoir m'accueillit.

« Bienvenue. Qu'est-ce que vous buvez ? »

J'en eus un léger frisson.

La réplique était exactement la même que dans le jeu.

Je répondis calmement en me frottant le bras gauche du plat de la main.

« Je suis venu chercher la Fleur de Reviole. »

À ces mots, le regard du vieil homme se fit un instant profond. Il me détailla comme pour me jauger et finit par parler.

« Suivez-moi. »

Je suivis le vieil homme au sous-sol ; un air glacé m'assaillit. Nous empruntâmes un couloir sombre et arrivâmes bientôt devant une porte, tout au bout.

Toc, toc-toc, toc.

La porte s'ouvrit quand le vieil homme frappa selon un rythme précis.

« Entrez. Ce que vous voulez se trouve là-dedans. »

Sur ces derniers mots, le vieil homme rebroussa chemin et disparut. J'entrai aussitôt.

Dans le sous-sol à l'air âcre, il n'y avait qu'une table recouverte d'un tapis rouge et un homme assis derrière.

Et derrière lui se dressait une solide porte de fer.

« Hum, ce n'est pas un endroit pour un délicat jeune maître, si ? »

Comme je regardais autour de moi, le marchand eut un sourire narquois et me détailla.

Cheveux verts, yeux marron : un jeune homme plutôt beau.

Lui aussi a meilleure allure que sur l'illustration.

Bref, il essaie de me faire une guerre des nerfs, là ?

Je rendis son sourire au marchand, sortis une bourse de mon sein et la lançai.

Bam.

Lorsque le lourd sac tomba sur la table, le marchand l'ouvrit aussitôt.

« Oh ! »

En découvrant les pièces d'or qui remplissaient la bourse, il écarquilla les yeux.

C'était une partie de l'argent que Paul m'avait généreusement remis avant ma sortie.

Sevenus lui avait dit, paraît-il, de bien prendre soin de moi puisque c'était ma première sortie.

« En quoi puis-je vous être utile, cher client ? »

Ayant vérifié la somme, le marchand arborait un sourire commercial d'une oreille à l'autre et parlait poliment.

Lui qui était avachi jusque-là se tenait maintenant bien droit.

Qui oserait dire que ce n'est pas un rapace ?

Je baissai les yeux sur lui et répondis brièvement.

« Une bouteille de "Poison de Fasrel".

— Du Poison de Fasrel ? »

Ses yeux s'écarquillèrent, puis il fronça bientôt les sourcils, l'air embarrassé.

« Quoi, ça ne suffit pas ? »

Je sortis une autre bourse de mon sein et la lançai.

Bam.

Aussitôt, son visage s'illumina.

« Un petit instant, je vous prie ! »

Avec un large sourire, il attrapa la bourse et se leva.

Puis il s'engouffra par la porte de fer derrière lui.

Avec n'importe qui d'autre, je ne sais pas, mais lui, comme l'argent règle tout, on peut lui faire confiance.

Le plus important pour faire tourner une boutique clandestine comme celle-ci, c'est la confiance, après tout.

En plus, c'est un type pour qui l'argent est la solution ultime : il n'y avait aucun risque.

Peu après, il revint avec une gourde en forme de calebasse, bleu marine.

« Voici ! Du Poison de Fasrel de première qualité. »

Je pris aussitôt la gourde et vérifiai l'objet. Elle dégageait un mélange d'odeur sucrée, d'odeur de beurre et même de bière, exactement comme dans la description de l'œuvre originale : c'était bien du Poison de Fasrel. Je glissai l'objet dans mon sein et fis demi-tour.

« Revenez quand vous voulez, cher client ! N'oubliez pas ce "Zain" et demandez-moi la prochaine fois aussi ! »

Hah ? Regardez-moi ce type.

Dans l'œuvre originale, le marchand Zain ne révèle pas facilement son nom.

Il n'y avait qu'une seule situation où il le faisait.

Quand il sentait l'argent.

Peut-être que les choses seraient plus faciles que je ne le pensais.

Dès que je fus sorti de la taverne, je rangeai le Poison de Fasrel dans mon inventaire.

[Mon petit agneau, pourquoi as-tu acheté du poison ?]

Tout ça a son utilité.

[Je vois. Mais ce chemin… ce n'est pas celui du retour ?]

Ah, non. J'ai quelque chose à vérifier.

Comme l'avait dit Kairos, je ne me dirigeais pas vers Ellyn.

Je m'enfonçais au contraire dans la ruelle.

La ruelle n'était qu'un passage reliant Ellyn à cet endroit.

Arrivé au bout, un autre village se dévoila.

C'est pire que ce que je pensais.

Cet endroit, c'est « Robel ».

Un bidonville à l'atmosphère opposée à celle d'Ellyn.

Le village était plein de vieilles bâtisses qui semblaient prêtes à s'écrouler à tout moment, et plusieurs personnes gisaient dans les rues.

De temps à autre, des gens passaient en marchant comme des zombies, les épaules tombantes.

Robel était un bidonville dès l'origine, mais on disait que ça n'avait jamais été à ce point.

Je balayai du regard le panorama de Robel comme pour le graver dans mes yeux. Je m'attardai surtout sur l'apparence des gens.

Des taches bleues marbraient leur peau exposée.

Comme prévu…

Il ne restait plus beaucoup de temps.

Avant que le « Deuxième Désastre » ne frappe le territoire des Holden.

Mais comme moi non plus, je n'avais plus beaucoup de temps, mieux valait rentrer pour l'instant.

Je comptais cependant revenir tôt ou tard.

Avant que le véritable « Désastre » n'apparaisse.

***

« Ah, je suis épuisé. »

Mon repas à peine terminé, je me jetai sur le lit. Abandonné à sa douceur, j'avais l'impression que j'allais m'endormir d'une seconde à l'autre.

Mais je me redressai aussitôt. Il me restait du travail.

[Mon petit agneau, si tu évitais d'agir seul, la prochaine fois ?]

Mmm, j'essaierai, si c'est possible.

Quand j'étais revenu à Ellyn après être allé seul à Robel…

Les chevaliers qui m'avaient retrouvé étaient pâles comme la mort. Ils disaient qu'un peu plus tard, ils seraient rentrés au manoir chercher l'ordre de chevalerie…

Si je ne réglais pas ça tout de suite, ça risquait de devenir plus compliqué par la suite.

Je m'étais confondu en excuses auprès des deux chevaliers, en leur disant que j'avais agi ainsi parce que j'étais trop excité par ma première sortie.

Et je les avais suppliés de garder le secret, en promettant que ça ne se reproduirait pas ; par chance, les chevaliers, pris de pitié, avaient accédé à ma demande.

C'est une liberté que j'ai obtenue de justesse ; pas question qu'on me la retire.

Je dénouai mon corps raide par quelques étirements et me rendis dans la salle de bains attenante à la chambre.

Puis je sortis de mon inventaire le Poison de Fasrel acheté aujourd'hui. À peine eus-je ouvert le bouchon et avalé une gorgée que la réaction commença.

« Keuk ! »

[M-mon enfant ! Pourquoi as-tu bu ça ?!]

Une douleur atroce me parcourut tout le corps. Je tressautais de partout comme si j'avais été électrocuté, et mon cœur s'emballa.

[H-heuk, non ! Mon précieux premier enfant ! Tu ne peux pas mourir comme ça !]

« Keuheuk ! »

Splash…

Après la douleur, je finis par vomir du sang. Heureusement, la douleur atroce s'apaisa peu à peu, même si ma tête continuait d'élancer.

Je vais bien, Kairos-nim.

[Comment ça, tu vas bien ! Tu saignes tellement !]

Ah, c'est le remède. Le remède à la maladie que j'ai.

[Keuheung, non, comment un poison pourrait-il être un remède ! Snif, si seulement j'étais un peu plus fort, je t'aurais rendu la santé par ma puissance sacrée. Snif, tout ça parce que je suis incapable.]

Ce n'est pas ça, alors ne pleurez pas, s'il vous plaît. Je vais vraiment bien. Ça fait partie du traitement.

Après avoir consolé Kairos, je me mis à asperger d'eau chaude le sol de la salle de bains.

[Snif, bon, si toi, mon fidèle, tu le dis, ce doit être vrai, mais… qu'est-ce que tu fais, là ?]

Le ménage. Heureusement que j'ai vomi du sang ici, au moins. C'est facile à nettoyer.

Comme je répondais en nettoyant avec application, Kairos poussa un cri.

[Comment peux-tu dire des choses pareilles aussi légèrement !]

Et les sermons de Kairos ne cessèrent pas, même quand j'eus fini de nettoyer la salle de bains.

… Au secours.

Fin du chapitre 5
Fiche de l'œuvre

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