« Eh, le morveux, on fait moins le malin maintenant, hein ? » À demi conscient, Pete entendit une voix vaguement familière ; au prix d'un gros effort, il tourna la tête vers la porte et distingua confusément une silhouette connue.
« … Grand frère nul. »
« Pff, tu me traites encore de nul ? Le vrai nul, c'est toi, un petit morveux qui n'arrive même plus à sortir de son lit. » Winnie s'approcha du lit, bras croisés, et le toisa d'un air moqueur.
« Grr… »
« Quoi, t'es pas d'accord ? Si t'es pas d'accord, lève-toi et frappe-moi », le provoqua Winnie en haussant un sourcil.
« Petit morveux, tu ne manges même pas, d'où tu tirerais la force de me frapper ? »
« Hmph… »
« Tu m'en veux ? Si tu m'en veux, alors écoute sagement le directeur et mange correctement, sinon tu resteras couché là pour toujours », railla Winnie. « Je viendrai tous les jours à ton chevet pour me moquer de toi. »
« Toi ! » Piqué au vif, Pete sentit un regain de force, puis il renonça et se recroquevilla.
« À quoi bon ? »
« J'ai l'impression que je ne guérirai jamais… »
« Jamais guérir, mon œil », lâcha Winnie avec dédain.
« Moi, je trouve que tu vas très bien, tu fais semblant d'être malade pour sécher les leçons. »
« Espèce d'idiot !… »
« Quoi, tu supportes pas ? Je peux facilement trouver quelqu'un pour démasquer ton mensonge minable », ricana Winnie.
« Hmph ! » Pete ignora Winnie.
« Directeur, justement, j'ai une amie qui s'y connaît un peu en magie de soin, elle pourrait peut-être guérir ce gamin », dit Winnie au directeur, sans se soucier de la réaction de Pete.
« Vraiment ? Ce serait trop aimable de votre part », dit le directeur avec reconnaissance.
Il ne savait pas si cela marcherait, mais il était touché par la proposition.
« Je vous préviens tout de suite : ça peut ne pas marcher, et il y a une condition, on ne peut pas le faire ici. Si vous me faites confiance, emmenez ce gamin chez moi, mon amie le soignera. Je le ramènerai demain. »
« C'est que… » Le directeur hésita et regarda Pete pour avoir son avis.
« On y va. » Pete n'hésita guère, les yeux rivés sur Winnie.
« Eh, gamin, tu réponds drôlement vite, t'as pas peur que je te vende au kilo ? » le taquina Winnie.
« Hmph, j'ai pas peur ! »
« D'accord, tu n'as pas peur », dit Winnie, puis il se tourna vers le directeur.
« Alors, directeur, c'est d'accord ? »
« Dans ce cas, je vous le confie, à vous et à votre amie. » Après un instant d'hésitation, le directeur dut accepter.
Après tout, l'état de Pete risquait d'empirer si l'on tardait.
Il fallait maintenant tout essayer, et l'intuition du vieux directeur lui avait toujours dit que Winnie avait bon cœur.
« Bien, alors ne perdons pas de temps, j'emmène le gamin ? »
« Pete, écoute bien ton grand frère, d'accord ? » dit le directeur à Pete.
Pete ne dit rien et hocha faiblement la tête.
Arrivé au manoir des Varelis, après avoir installé Pete dans son lit, Winnie approcha un tabouret, s'assit à côté de lui et ferma les yeux, comme s'il attendait l'amie dont il avait parlé.
Bizarrement, couché dans une chambre inconnue, Pete n'avait pas très peur.
« On frappe à la porte, elle est arrivée », dit Winnie à Pete en se levant.
« Hein ?… » Pete était perplexe : était-il trop malade pour entendre frapper ?
« Toi, le gamin, reste bien allongé. » Winnie n'expliqua rien et se dirigea vers la porte en faisant signe.
« Par ici, par ici, pourquoi tu arrives si tard ? » Tout en parlant, Winnie franchit la porte.
Pris de vertige, Pete perçut derrière la porte une faible lueur couleur de fleur de cerisier, puis une voix apaisante, envoûtante, qui semblait soigner rien que par son timbre.
« Pardon, Messire Winnie, je vous ai fait attendre~ »
Pete écarquilla les yeux ; cette voix mélodieuse, pareille à celle d'une alouette, lui fit tendre le cou vers la porte malgré sa faiblesse.
Un parfum rappelant la lavande séchée et la fleur de thé blanc lui parvint aux narines.
Pete eut l'impression que cette éblouissante couleur cerise lui brûlait les yeux ; il resta longtemps sans voix, incapable de réagir.
Sa robe blanche ressemblait à un lotus des neiges éclos dans une neige immaculée, ses cheveux cerise pâle aux fleurs de cerisier qui tombent en avril, et ses pupilles pêche en forme de cœur à l'eau miroitante d'un lac d'automne : tout racontait le charme unique de cette sainte beauté.
« Un, un ange ? » Les lèvres de Pete tremblaient ; il ne savait comment décrire cette jeune fille d'une beauté excessive et ne put s'empêcher de chercher, dans ce qu'il avait appris, l'espèce qui lui ressemblait le plus.
Ses cheveux cerise pâle ondulaient au vent, noués en deux longues couettes par des ornements blancs en forme d'ailes.
Il ne plaisantait pas : il avait vraiment l'impression d'avoir vu un ange aujourd'hui.
Une jeune fille aussi irréelle, d'une pureté aussi immaculée, existait-elle vraiment en ce monde ?
À part « ange », Pete ne trouvait vraiment aucun autre mot pour la décrire.
« Chut~ Les petits malades doivent éviter de parler, allonge-toi. » Avant qu'il ait pu réagir, la jeune fille aux cheveux cerise se tenait près du lit, un œil fermé, posant légèrement sur ses lèvres un doigt de jade ganté de blanc.
« Oh, oh. » Pete fixait la jeune fille, hébété, incapable de détacher son regard.
Ses paroles semblaient dotées d'une sorte de magie : il obéissait sans même réfléchir.
« C'est bien. » La jeune fille s'assit sur le tabouret qu'occupait Winnie un peu plus tôt et apaisa Pete.
Sa voix était comme des cerises trempées dans du vin rouge, douce, délicieuse, enivrante.
Pete sentit sa main douce comme le jade glisser sur son front, et en un instant, elle sembla guérir son âme abattue.
« C'est dur, hein ? Ce n'est rien, dors bien, et demain à ton réveil, tu seras aussi plein d'énergie qu'avant~ » Ses paroles rayonnaient d'une tendresse toute maternelle.
La douce lumière dessinait l'ombre de ses cils, fins comme des ailes de cigale, calmant l'agitation de Pete et lui apportant un profond sentiment de sécurité.
Pete n'avait jamais vu sa mère depuis sa naissance, mais à cet instant, il sentit que s'il avait eu une mère, c'est ce qu'elle lui aurait fait ressentir.
Les joues de Pete s'empourprèrent, était-ce la maladie ou autre chose ?
Puis il vit la main de jade qui l'avait réconforté émettre une douce lumière couleur cerise.
Sa conscience se brouilla, et il ne sut plus rien.
« Fais de beaux rêves, Pete. » Voyant Pete paisiblement endormi, Vanessa eut un sourire doux et maternel et ferma les yeux.
[Vertu +10]
[Vertu actuelle : 64]
Le lendemain.
Pete eut l'impression d'avoir dormi merveilleusement bien, si bien qu'il dormit toute la journée et n'ouvrit les yeux qu'à grand-peine l'après-midi suivant.
« Hein ? » À son réveil, il se sentit léger de partout, comme entièrement renouvelé.
La douleur et la maladie avaient complètement disparu.
« Eh, enfin réveillé ? Le soleil est levé depuis longtemps et tu dors encore. »
« Hein ? » Cette voix moqueuse fit lever les yeux à Pete.
Le garçon aux cheveux bleu lune était adossé à la porte, son beau visage baigné par le soleil tiède, la boucle d'oreille de cristal de glace scintillant à son oreille, les lèvres retroussées dans une moquerie familière.
« Plein d'énergie, à ce que je vois. Je te l'avais bien dit, tu faisais semblant d'être malade. »
