Le lendemain, nous décidâmes d'emporter un panier-repas et de partir en promenade jusqu'à la prairie de l'ouest.
Seul Lyell ne put venir avec nous, à cause de sa ronde.
Ce matin-là, Lyell avait pleuré à chaudes larmes, la morve au nez, en geignant tout haut, ce qui était franchement répugnant.
« Nicole, je suis désolé, Papa ne peut pas venir.
— Alors ne viens pas !
— Ooh… elle fait sa grande. »
Se méprenant sur mon attitude, Maria souriait comme à son habitude.
À ses yeux, j'avais envie de sortir jouer avec mon père, et je boudais.
En réalité, je boudais parce que je ne pouvais pas faire mon entraînement quotidien.
Cela dit, à la réflexion, il était vrai que la fatigue s'était accumulée avec mes derniers entraînements.
Il serait peut-être bon de me reposer aujourd'hui et de me détendre.
Maria était mon ancienne compagne d'armes, et Finia une jolie fille.
Si l'on oubliait que Maria était une femme mariée, j'étais en ce moment au centre d'un harem, encadré de deux beautés.
Bien sûr, je suis moi aussi une femme, mais ceci est une chose et cela en est une autre.
« Regarde, Nicole, c'est la fleur que j'ai mise dans mon sachet. »
Finia cueillit une petite fleur violette et l'approcha de mon nez.
Le parfum de la veille me parvint alors, plus fort encore que la veille.
« Quand on la fait sécher et qu'on en met plusieurs ensemble dans un petit sac, ça fait un sachet parfumé.
— Ooh~ »
Le pot-pourri ne m'intéressait pas vraiment, si bien que je répondis distraitement aux explications de Finia.
Mais rien qu'à voir son air heureux, je me sentais heureux moi aussi.
Hélas, ce moment de bonheur prit vite fin, à cause de l'irruption d'intrus à la voix stridente.
« Ah, Dame Maria ! Bonjour !
— Maria, bonjour ! »
Plusieurs enfants accoururent vers Maria depuis le village.
En un clin d'œil, Maria fut encerclée ; on la tira par la main, on la fit tourner sur elle-même.
Finia, elle aussi, fut victime des enfants.
« Oh, c'est qui, cette petite ?
— C'est la petite sœur de la grande sœur ?
— Elle a de beaux cheveux. Et des bras tout maiiigres.
— Ooh~ ouah !? »
Cette fois, les enfants se ruèrent sur moi.
Je fus englouti en un clin d'œil, et mes cheveux furent ébouriffés.
Mes cheveux me descendaient jusqu'au milieu du dos. Personnellement, je les aurais voulus plus courts, mais Maria et Finia s'y étaient fermement opposées.
Devant leurs mines au bord des larmes, je n'avais pas pu m'obstiner à réclamer une coupe.
Ma chevelure d'un bleu argenté, héritée de Maria, brillait à la lumière.
Et mes yeux tenaient à la fois du rouge de Maria et du bleu de Lyell : leur couleur différait à gauche et à droite.
De quoi piquer la curiosité des enfants.
« Ses yeux sont pas pareiiils.
— C'est bizarrrre.
— Lâchez-moiii ! »
Je fis de mon mieux pour résister en dégageant mes joues, mais cela ne servit finalement à rien.
Je repoussai leurs mains, me faufilai entre eux et allai me cacher derrière Finia.
« Allons, soyez sages. Cette petite, c'est ma fille Nicole. Soyez gentils avec elle, d'accord ?
— Hein, c'est qui, Nicole ?
— Une copine.
— Viens jouer avec nous !
— Oh, ouah… Ne me tirez pas la main ! »
Ces enfants impossibles m'arrachèrent à Finia.
Je fus traîné sans pitié ni relâche. Il ne fallait pas sous-estimer la force physique des enfants, bien que j'en sois un moi aussi.
« C'est de la lavande, ça. Vous faites des sachets parfumés, hein ?
— Ehh, c'est nul, ça. Allons plutôt cueillir des framboises là-bas ! On pourra les grignoter après.
— Pff, les garçons, ça ne pense qu'à manger. Nicole, elle détesterait ce genre de truc.
— Pourquoi t'es comme ça ? Vous aussi, vous aimez les trucs sucrés !
— Ça, c'est pas pareil. »
Mon avis ne comptait plus.
C'est ainsi que je fus emmené de force et traîné d'un bout à l'autre du champ.
