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Hero’s DaughterChapitre 8 · 8/8

Chapitre 8

Chapitre 8 - Les bénédictions divines

22 octobre 2026 ~10 min · 1 839 mots

Deux années de plus s'étaient écoulées depuis que j'avais commencé à parler.

Pendant ce temps, j'avais appris bien des choses, à commencer par mon apparence.

Bébé, je n'avais pas vraiment pu juger de mon physique, puisque je ne pouvais même pas tourner la tête ; mes cheveux étaient d'un argent bleuté, avec la texture d'un fin fil d'argent.

Ce que le miroir m'avait révélé en plus, c'était une peau si blanche qu'on aurait pu la dire d'une pâleur mortelle, et des yeux de deux couleurs différentes, ce qui me donnait un trait plutôt singulier.

Mon œil droit était rouge, et mon œil gauche bleu. Il semblait que j'avais hérité à la fois des yeux bleus de Lyell et des yeux rouges de Maria.

En réunissant tous ces traits, on pouvait dire que j'avais une apparence qui ne passait pas inaperçue. Mon visage seul était déjà fort adorable, et je lui voyais un avenir prometteur, si jeune que je fusse.

Bien sûr, mon corps aussi avait grandi. Pourtant, malgré tous mes efforts pour entraîner ma magie et mon corps, les résultats n'étaient pas fameux.

La magie résidait toujours en moi, mais dès que je tentais de la maîtriser, elle s'emballait, et je ne parvenais pas à la manier consciemment comme je le voulais.

Quant à ce corps, j'avais beau m'être astreinte à des exercices de musculation depuis la petite enfance, ma constitution ressemblait beaucoup à celle de Maria, et j'étais un peu plus faible que la plupart des enfants de mon âge.

Remarquez, Maria était en réalité une personne assez robuste, qui avait surmonté nos rudes aventures. Elle avait plus d'endurance que la moyenne des gens. Comparée à elle, à expérience égale, j'étais plus frêle et plus faible. Alors que je visais à ressembler au héros Lyell, il semblait que j'avais plutôt hérité des traits de Maria.

Ce jour-là, après une journée d'entraînement, ma famille s'était réunie devant la cheminée pour passer un moment ensemble.

J'allais bientôt avoir trois ans, et comme mes jambes s'étaient bien affermies, je pouvais désormais circuler librement dans la maison.

Mais ce soir-là, je m'étais simplement assise par terre pour faire quelques étirements légers.

Mes forces étaient déjà épuisées, mais de simples étirements légers ne les entameraient guère.

« Hnnn... »

Lyell, assis sur le canapé derrière moi, me regardait faire mes étirements avec un sourire.

Près de la cheminée se trouvait Maria, qui tricotait, et Finia, assise à côté d'elle.

J'étais assise par terre, les genoux joints, les talons ramenés de part et d'autre des fesses.

Dans un corps d'homme, cette posture aurait été difficile, mais ce corps-ci n'avait aucun mal à la tenir, grâce à la différence de structure entre les deux sexes.

Visiblement, ce corps souffrait d'un sérieux handicap en matière de force et d'endurance, mais il semblait doté d'une adresse et d'une souplesse remarquables.

En douce, j'écartai le pied gauche et donnai une petite poussée du pied droit.

Je me déplaçai ainsi de quelques centimètres, puis je glissai vers la gauche.

Je répétai le mouvement plusieurs fois, allant de droite à gauche un bon moment.

Mais Lyell me souleva par-derrière et m'installa sur ses genoux.

« Nan, lâss-moi ! »

« Ne me déteste pas, Nicole... Tu ne veux pas jouer avec papa, de temps en temps ? »

« Mmh... »

Je me tortillai et sautai à bas de ses genoux.

Je voulais articuler clairement « Arrête, lâche-moi », mais mes cordes vocales encore immatures me condamnaient à le dire en langage de bébé.

Une fois échappée, je repérai aussitôt mon refuge.

Maria m'avait vue sauter et s'apprêtait à me recevoir à bras ouverts.

Mais enfin, me jeter contre la poitrine de mon ancienne compagne d'armes aurait été bien trop gênant. Je décidai donc de me réfugier plutôt contre Finia, qui se tenait à côté de Maria.

Comme elle était petite et menue, je pouvais facilement bondir jusqu'à sa poitrine. Finia me rattrapa en hâte, surprise par mon saut soudain.

Comme les elfes en général, elle avait un corps fin, une taille mince et une poitrine douce et moelleuse qui ne laissait aucun doute sur le fait qu'elle était une femme. Un léger parfum de fleurs flottait autour d'elle, très agréable.

Je suivis l'odeur jusqu'à sa source : elle s'échappait d'un petit sachet pendu à sa taille.

Sans doute un pot-pourri d'herbes sauvages.

Un parfum aussi simple valait bien mieux que celui dont s'aspergeaient les enfants de nobles.

Je tendis la main vers sa taille et pris le petit sachet pour voir ce qu'il contenait. Je n'avais aucune arrière-pensée. Je voulais seulement découvrir d'où venait ce parfum fleuri.

Mais en me voyant faire, Maria ne put s'empêcher de sourire d'un air amusé et de pouffer.

« Nicole reste une fille, après tout. Le pot-pourri a l'air de l'intriguer. »

« Ce n'est pourtant pas bien rare. »

« Mais tu sais, avant, elle ne s'intéressait pas à ce genre de petites choses. Non seulement elle refusait de porter des jupes, mais elle a même demandé à Lyell de lui apprendre l'escrime, comme un garçon. »

« Mademoiselle Nicole est très mignonne, n'est-ce pas ? On pourrait même dire qu'elle est la plus mignonne du village ! »

Finia appuya ses paroles en me serrant contre elle.

Il est vrai que je ressemblais à Maria, ce qui me valait une très jolie apparence, soignée et posée.

De plus, comme j'étais nettement plus petite et plus frêle qu'un enfant ordinaire, j'avais l'air d'une adorable petite fille de la noblesse.

Mais ce que je visais, c'était le style de ce détestable Lyell. La silhouette d'un Héros capable de manier librement une épée aussi longue que son corps. Une allure que j'avais toujours visée sans jamais l'atteindre. Et avec mon corps actuel, il semblait impossible de l'atteindre, maintenant encore.

« Au fait, Finia, tu ne veux pas faire des pots-pourris avec tout le monde demain ? »

« Tout le monde ? »

« Oui. Je crois que la prairie à l'ouest du village a repris ses couleurs. Il va bientôt faire plus chaud, les fleurs vont s'épanouir. »

« Maintenant que vous le dites, c'est bien la saison... Ce ne sera pas dangereux de sortir du village ? »

« Tu ne seras pas la seule à venir. »

« Mais n'est-ce pas plutôt moi qui serai protégée par vous, madame Maria ? »

« Eh bien, je ne suis pas si mauvaise que ça au corps à corps. »

« Je comprends. »

Maria n'était pas une prêtresse guerrière, mais une combattante de l'arrière-garde pure et simple. En matière de combat, on aurait même pu la considérer comme la plus faible des combattants de l'arrière, aux côtés de Cortina la femme-bête et de Maxwell l'elfe. Elle surpassait tout de même de loin les gens ordinaires. Et la moi d'aujourd'hui lui était bien inférieure.

« Alors c'est décidé ? Eh bien, préparons des paniers-repas pour demain avant d'aller à la prairie. »

« Oui, entendu. »

« Et puisque le baptême va bientôt avoir lieu, profitons-en pour souffler un peu d'ici là. »

Le baptême était une cérémonie que recevait l'enfant trois ans après sa naissance, et qui servait aussi à examiner ses aptitudes. En ce monde, certains enfants recevaient un pouvoir appelé bénédiction, un don dont les bienfaits conféraient à son détenteur des effets écrasants.

Il y avait par exemple des pouvoirs de rang mythique, comme un espace dimensionnel capable de stocker des objets sans limite, la jeunesse éternelle qui portait bien son nom, ou un charme capable de séduire autrui d'un simple regard. Il existait aussi des bénédictions utiles au combat, comme celles de Lyell et de Maria, les arts martiaux ou l'incantation rapide, entre autres. D'autres encore étaient d'une utilité discutable, si bien que c'était plutôt un coup de dés. Mais posséder un don suffisait à apprendre en quelques années ce qui demandait des décennies aux gens ordinaires.

Bien sûr, on pouvait apprendre ces choses-là sans de tels pouvoirs, mais ceux qui les possédaient éclipsaient de loin les autres. En escrime, par exemple, le détenteur d'un tel don voyait ses capacités décuplées par rapport à quelqu'un qui en était dépourvu.

Selon qu'on possédait ou non ce genre de pouvoir, les progrès obtenus par l'entraînement différaient énormément. Comme le baptême déterminait tout cela, les habitants de ce monde le prenaient toujours très au sérieux.

Au passage, les dons de Lyell étaient Tactique de combat et Ténacité.

Ils amélioraient considérablement ses capacités au combat et lui conféraient une grande endurance. Grâce à eux, il pouvait continuer à se battre avec une force presque inépuisable.

Ceux de Gadius étaient Art du bouclier et Robustesse.

Le premier lui permettait de recevoir les attaques ennemies sur son bouclier, mais aussi de frapper avec pour repousser l'adversaire. La Robustesse, elle, était la capacité d'encaisser les coups ennemis. Grâce à ces deux dons, Gadius faisait preuve d'une puissance défensive qu'on pouvait qualifier de bouée de sauvetage du groupe.

Maria possédait Miracle divin et Incantation rapide. C'étaient des talents axés avant tout sur l'usage de la magie sacrée et la capacité de la déclencher instantanément.

Ils lui permettaient de lancer très vite ses sorts de magie sacrée.

Dans un combat où quelques secondes d'écart pouvaient signifier la mort, sa magie était une autre bouée de sauvetage, au même titre que Gadius.

Les dons de Maxwell étaient Affinité avec tous les éléments et Amplification de la puissance magique. La capacité de maîtriser toutes les sortes de magie, et celle d'en renforcer les effets. Maxwell, qui déchaînait des attaques de zone à coups de sorts puissants, était l'attaquant principal du groupe, à l'opposé de Gadius.

Cortina possédait Stratégie ingénieuse et Calcul rapide. Stratégie ingénieuse était la capacité de percer à jour la stratégie ennemie et d'en déduire la stratégie et la tactique optimales ; Calcul rapide, comme son nom l'indiquait, celle de calculer instantanément. En combinant ces deux dons, elle pouvait traiter sur-le-champ la situation qui se présentait à nous et nous indiquer la meilleure conduite à tenir.

C'est pour cela qu'à l'époque, avant ma mort, elle avait compris plus tôt que quiconque pourquoi il fallait de l'aide.

Et je ne pouvais pas pardonner à Gadius de nous avoir apporté une telle requête, mais plus encore, je ne pouvais pas me pardonner à moi-même de n'avoir pas su prendre les mesures nécessaires pour me protéger, moi plus que quiconque ; c'est ainsi que j'avais fini ici.

Comparé aux leurs, mon don était bien terne. Ce que j'avais, c'était Manipulation de fils et Tactique furtive.

Des techniques d'assassinat, purement et simplement : se déplacer sans être remarqué de personne et entraver les mouvements de l'ennemi avec des fils d'acier.

C'est pourquoi j'étais fort désavantagée face à un ennemi de front. On pouvait même dire que j'avais eu de la chance de parvenir à abattre ce Diable.

J'ignorais encore ce qu'il était advenu de ces dons après ma réincarnation, mais, à voir l'adresse de mes doigts et le fait que Finia n'avait pas découvert mon entraînement, il semblait que j'en avais hérité.

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