Depuis, un peu de temps s'était encore écoulé.
Je m'étais enfin remis du choc d'avoir appris que j'étais née fille.
Je suis bel et bien une fille. Ma poitrine pousse bel et bien un petit peu, mais elle ne va pas grossir tant que ça, hein ?
M'obligeant à moitié à accepter les faits, je repris mon entraînement quotidien.
Je bougeais mes membres pour développer ma force musculaire, puis je m'exerçais à contrôler ma puissance magique avant de m'endormir.
Côté puissance magique, toujours aucune réaction, mais Maxwell m'avait un jour prévenu : « Ça ne se fait pas en un jour. »
De toute façon, même dans mon état actuel, j'étais déjà bien en avance sur ma vie précédente, puisqu'à l'époque je ne sentais même pas ma puissance magique.
« Ouuu~ Daou~ »
« Enfin, Nicole, tu as encore l'œil bien vif aujourd'hui. Si tu ne t'endors pas vite, tu vas avoir sommeil plus tard. »
Le soir, je m'exerçais à manipuler la magie avant de dormir.
Je ne sais pourquoi, je me sentais motivé ce jour-là, et je voulais continuer encore.
Mais Maria, croyant que j'avais du mal à m'endormir, me prit dans ses bras.
« C'est vrai. Si elle ne s'endort pas vite, ça va être un peu gênant. »
« Oh, mon chéri. Je m'occupais de Nicole, tu sais. »
« Pour si peu, elle ne s'en souciera sans doute pas, non ? »
Tandis que Maria me portait vers le grand lit double près du berceau, Lyell laissa échapper ces mots d'amoureux.
Vous deux… Vous comptez faire ça ici, dans ce lit ?
Si les choses tournaient ainsi, je ne m'endormirais pas, par pure obstination. Mort aux couples, pas de pitié.
J'étais vraiment déterminé… et, avant même de m'en rendre compte, c'était déjà le matin.
J'en conclus ce jour-là qu'un corps de bébé ne pouvait pas veiller tard dans la nuit.
Avant ma mort, Maria menait une œuvre missionnaire dans une église d'une région reculée.
Les trois pays avaient été si complètement dévastés par le dragon maléfique qu'il n'était plus possible de les rétablir en tant que nations.
Nous avions donc décidé de réunir les trois pays en un seul, que nous gouvernerions à cinq, Maxwell excepté.
Bien sûr, aucun de nous ne s'y connaissait en affaires d'État.
Par chance, nous avions trouvé un survivant, un garçon qui portait le sang royal de l'un des trois pays. À ce titre, on l'avait poussé à devenir roi ; les nobles qui avaient pu survivre s'étaient joints à lui comme conseillers, et la reconstruction de la nation avait repris.
Mais nous n'étions pas assez froids pour faire comme si de rien n'était.
Quand on nous appelait au secours, nous prêtions aussitôt nos forces.
Même si Maxwell s'était séparé de nous pour vivre dans son propre pays, nous pouvions faire face à presque toutes les situations rien qu'à cinq.
À vrai dire, on pouvait même dire que les problèmes les plus insolubles se réglaient facilement rien qu'en invoquant nos noms.
L'inspection de l'orphelinat qui avait causé ma mort était la seule mission qui s'était terminée de cette étrange façon.
Mais aujourd'hui, c'était différent.
Sous le choc de ma mort, Cortina avait quitté ce territoire, Maria avait accouché, et le groupe des héros s'était presque dissous.
Par ailleurs, le jeune roi avait tout juste réussi à réorganiser la nation à la fin de l'année, si bien que Lyell et Maria avaient pu prendre leur retraite l'esprit tranquille.
Ils profitaient désormais pleinement d'une retraite simple et ordinaire, sans même se douter de ce que je ressentais.
Courage. Si je ne me décide pas ici et maintenant, quand le ferai-je !?
À cet instant, j'étais agrippé au rebord de mon berceau, essayant désespérément de me lever sur mes jambes tremblantes.
Sautant même l'étape de la station debout assistée, j'allais leur montrer les résultats de mon entraînement spartiate.
Maria n'était pas tout le temps là à me surveiller.
À cet instant, elle était sortie acheter de quoi manger.
Bien sûr, pour s'assurer qu'il ne m'arrive rien pendant ce temps-là, elle s'était allégé la tâche en engageant une servante.
C'était une belle jeune elfe d'environ quinze ans qui travaillait comme domestique, chose étrange qu'on ne s'attendait pas à croiser dans une région aussi reculée.
Quand Maria devait me quitter des yeux, c'est elle qui avait pour consigne de s'occuper de moi.
Mais même cette fille était en train de laver mes couches, si bien que j'étais tout seul.
Comme nounou, elle avait encore bien des défauts, mais pour l'heure, je lui en étais reconnaissant.
Je ne voulais pas que quiconque sache que je pouvais désormais me tenir debout.
« Aouaa… nouaa… ! »
Porté par mon esprit combatif, je me dressai, droit et ferme sur mes propres pieds.
Cela faisait presque un an que j'étais revenu au monde.
Jusque-là, je n'avais rien su faire d'autre que ramper ; j'étais un peu en retard sur un bébé ordinaire, et c'est pourquoi je ne tenais pas encore debout.
J'avais pourtant commencé à m'entraîner pour gagner en force bien plus tôt qu'un bébé normal, mais tout cela n'avait servi à rien.
Tout ça à cause de ma décision de m'alimenter n'importe comment.
Depuis ma renaissance, je refusais obstinément de boire le lait de Maria ; mon corps était donc devenu très frêle, et ma croissance avait été freinée.
À force de fièvres à répétition, mes deux parents s'étaient beaucoup inquiétés.
Ce salaud de Lyell, je m'en fichais, mais j'avais peur de blesser le cœur de Maria.
Quand ma santé s'était enfin stabilisée, ils avaient aussi jugé qu'on pouvait me confier à quelqu'un d'autre, d'où, en fin de compte, l'embauche d'une servante.
Quoi qu'il en soit, je n'avais aucun doute : personne ne me surveillait en ce moment.
Même en titubant, j'avais réussi à me lever. Je levai donc mon petit bras au-dessus de ma tête et poussai un cri de victoire !
« Dah ! »
Mais ce n'était que mon premier pas, au sens propre.
À partir de là, diverses missions m'attendaient.
D'abord, il fallait que j'aille dans la chambre de Maria lire ses grimoires et sa bible ; j'avais besoin d'accumuler des connaissances sur la magie.
Six mois après avoir senti ma puissance magique, je n'avais toujours pas réussi à la manipuler.
Peut-être y avait-il une erreur dans ma méthode d'entraînement.
Peut-être y avait-il un problème avec mon aptitude à la magie.
Il me fallait un moyen de le vérifier.
Je continuai à marcher en me tenant au bord de mon berceau, et je commençai aussi à m'exercer à tenir debout sans appui.
