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Chapitre 6

Chapitre 6 - L'épreuve des dieux (3)

2 novembre 2026 ~9 min · 1 698 mots

« On est où, là... La même pièce ? Non, il n'y a pas de plafond ? Et tout le monde est là ? »

Cette fois, après le transfert, on ne s'est pas retrouvés dans des pièces séparées : on avait tous été réunis dans la même.

Les quinze, tous dans la même pièce, de nouveau une salle carrée d'une cinquantaine de mètres de côté.

La différence avec tout à l'heure, c'est qu'il n'y avait aucun plafond, seulement une obscurité d'un noir d'encre qui s'étendait au-dessus de nous comme un ciel.

Et autre chose encore.

Tanaka a regardé le dessin tracé sur le sol à ses pieds et a murmuré :

« C'est... un œil ? Et là-bas, une main, un pied... un corps... non, ça... c'est un torse ? »

Le sol de la salle carrée était lui-même divisé en quatre zones carrées.

Dans chacune de ces zones étaient dessinés un œil, un pied, une main et un torse.

Nous nous trouvions tous dans la zone où était dessinée la main.

Juste à gauche, il y avait le pied, au fond à gauche le torse, et au fond à droite l'œil.

« Qu'est-ce que... Hm ? »

Tanaka murmurait comme s'il réfléchissait quand, au même moment, il a remarqué quelque chose et a brusquement levé la tête.

Entraînés par son geste, nous avons tous regardé dans la même direction.

« C'est quoi, ça ? »

J'ai fixé la chose qui brillait là-haut.

Elle descendait lentement, peu à peu. Qu'est-ce que ça pouvait bien être ?

Elle diffusait un éclat doré, avait des ailes d'un blanc immaculé, et tenait une épée à la main.

Son visage était factice, comme celui d'un mannequin.

« Un ange ? »

Ma première pensée en voyant descendre cette chose, ça a été : un ange.

Pour un ange, elle avait quand même un aspect un peu dérangeant.

Mais l'éclat doré et les deux ailes blanches, divines, étaient bien celles d'un ange.

« Tout le monde, en alerte ! »

« Tout le monde, position d'interception ! »

Tanaka et le lieutenant-colonel Alfred ont crié presque en même temps en voyant l'ange.

À ces mots, chacun a levé son arme.

C'est à ce moment-là.

Clang !

« Hein ? »

J'ai lâché mon poignard.

Et pas seulement moi : tout le monde a laissé tomber sur place ce qu'il avait en main, épée, bouclier, hache.

Comme si leurs mains avaient soudain cessé de bouger.

« Mes bras... »

J'avais perdu toute sensation dans les bras.

Aucune douleur, mes bras étaient toujours là, mais ils ne bougeaient plus du tout, comme si mon cerveau en avait été complètement coupé.

« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ! Qu'est-ce qui se passe ! »

Sato paniquait.

« Mon colonel ! Qu'est-ce que c'est que ça ! »

« Pas de panique, tenez la formation ! »

C'était pareil pour tout le monde ; tous se débattaient tant bien que mal, mais personne n'arrivait à lever les mains.

Tous laissaient pendre leurs bras, mollement, incapables de résister à la gravité.

Et l'ange s'est posé devant l'un des conquérants.

Un conquérant de grande carrure, avec l'allure d'un guerrier aguerri par d'innombrables combats.

Mais pour l'heure, ses bras épais ne lui servaient à rien ; ils n'étaient plus qu'un poids mort.

« Ah, aah... »

L'ange était plus petit que le conquérant.

Et pourtant, la pression qui émanait de lui ne laissait aucun espoir de victoire.

Nous étions incapables de bouger.

L'ange a lentement levé son épée et l'a posée sur l'épaule du conquérant.

Aussitôt, son visage de mannequin s'est incliné sur le côté.

« Ar... arrête... ARRÊTE ! »

Le conquérant tremblait, mais le mannequin a incliné la tête un peu plus et, au même instant...

Schlak.

La tête du conquérant a été tranchée.

Elle a volé jusque devant moi et a roulé par terre.

Mon regard a croisé ses yeux, qui pleuraient des larmes de sang, les dents serrées.

« AAAAH ! »

En même temps que mon cri, le sang rouge a éclaboussé tout autour.

À cet instant, les conquérants, comme libérés d'une paralysie, se sont mis à hurler les uns après les autres.

« Tout le monde, fuyez ! »

« Repli ! Prenez vos distances ! »

Au cri de Tanaka, tout le monde s'est éloigné de la créature.

Les conquérants fuyaient l'ange en s'éparpillant comme une nuée d'araignées.

J'ai fui moi aussi, de toutes mes forces.

Je ne comprenais pas ce qui se passait, mais je n'avais aucune chance de battre cet ange.

Je me sentais tellement incapable de le battre que l'idée même de lui faire face ne m'a pas effleuré.

Ça devait être pareil pour tout le monde : même Tanaka, un rang A, quasiment un monstre, n'avait rien choisi d'autre que la fuite.

Tout comme le lieutenant-colonel Alfred, de l'armée américaine, qui avait l'air d'être le plus fort de tous ici.

J'ai fui dans la direction opposée à l'ange.

C'est-à-dire à gauche, vers la zone marquée du pied.

Et l'instant d'après, je me suis étalé de tout mon long.

« Ugh ! »

J'avais trébuché sur quelque chose ? Mais il n'y avait rien.

Non, ce n'était pas ça, parce qu'en regardant autour de moi, j'ai vu que tout le monde était tombé de la même façon.

« Mes, mes jambes ! »

J'ai compris que quelque chose clochait.

Mes deux jambes ne bougeaient plus.

À l'inverse, mes bras bougeaient de nouveau normalement.

C'est pour ça que je m'étais étalé aussi lourdement.

« ... Mais qu'est-ce qui... Le pied ? »

J'ai regardé le sol sur lequel j'étais tombé.

Il y était dessiné une sorte de fresque représentant un pied.

Ce n'était qu'une intuition, mais à en juger par la situation...

« Quand on se trouve sur un de ces dessins, la partie du corps correspondante ne bouge plus !? »

Ayant compris la règle, je me suis retourné, toujours au sol, et j'ai vu l'ange se placer lentement devant le conquérant resté le plus en arrière, qui se débattait, les jambes inertes.

Puis, de nouveau, il a posé son épée sur son épaule, a incliné la tête, et lui a tranché le cou comme si de rien n'était.

Alors un conquérant est retourné dans la zone de la main et s'est relevé.

D'une voix tremblante, il a hurlé à l'adresse de l'ange :

« En-enfoiré ! Comment t'as osé tuer mon frère ! Je, je suis un rang A, moi ! Tu te fous de moi ! »

Ce conquérant, les bras toujours inertes et sans arme, voulait défier l'ange au combat.

Il a pris appui si fort que le sol de pierre, pourtant solide, s'est enfoncé sous ses pieds, puis il a foncé sur l'ange à une vitesse invisible à l'œil nu.

Un rang A, après tout : un de ces êtres qu'on qualifie de monstres, qu'on considère comme une force militaire nationale.

Un coup de genou de toutes ses forces, lancé comme un missile.

J'ai cru que son genou allait percuter l'ange, mais ils se sont croisés comme si de rien n'était.

Non, l'espace d'un très bref instant, j'ai eu l'impression que l'ange avait bougé à une vitesse impossible.

Mais à mon niveau actuel, je ne voyais pas bien ce qui s'était passé.

« Hein ? »

Pendant que je regardais, le conquérant, emporté par son élan, est allé s'écraser contre le mur.

Il a heurté la paroi dans un bruit écœurant et s'est effondré.

« C'est pas vrai... Il l'a tranché ? »

Le conquérant n'avait plus de tête.

Projetée haut dans les airs, elle est retombée en répandant du sang rouge tout autour.

Un rang A, un être du plus haut niveau de l'humanité, avait été tué sans pouvoir résister, la tête tranchée à une vitesse invisible.

En voyant ça, Tanaka a ouvert la bouche, l'air incrédule.

« C'est d'une injustice... C'est quoi, cette épreuve ? »

Tanaka et Midori, rampant par terre, étaient livides eux aussi.

Il fallait vaincre un ange déjà impossible à battre, avec en prime le handicap d'une partie du corps paralysée.

Si on ne pouvait bouger ni les bras ni les jambes, même un conquérant de haut niveau était incapable de se battre.

« Une chose pareille, même le lieutenant-colonel Alfred, un rang S... Kai !? »

J'ai rampé de toutes mes forces jusqu'à Tanaka et Midori, qui se trouvaient tout devant.

« Tanaka, Midori ! Je crois que quand on est dans la zone d'un dessin, la partie correspondante ne bouge plus ! »

« Quoi !? ... Je vois, c'est donc ça. Ici, c'était le dessin de la main. Bien vu, dans une situation pareille. »

« Alors je vais entrer dans la zone du torse. Si ça empêche mon cœur de battre, je suis quasiment mort, mais pour l'instant, on n'a pas d'autre choix que d'essayer ! »

« Kai !? C'est, c'est beaucoup trop dangereux ! »

« Mais si on reste comme ça, on va juste mourir. Moi... moi, je n'abandonnerai jamais ! Tanaka ! S'il se passe quelque chose, vous pourrez me tirer pour me ramener ici ? »

« ... D'accord ! Compte sur moi. »

Tanaka a réfléchi un bref instant, puis il a aussitôt hoché la tête et accepté.

Dans ce genre de moment, sa rapidité de décision était remarquable ; ses yeux, plantés droit dans les miens, étaient d'un sérieux absolu.

« Hé ! Qu'est-ce que tu comptes faire !? »

Devant mon geste, le lieutenant-colonel Alfred m'a interpellé, lui aussi affolé.

Mais je n'avais ni le temps de répondre ni les connaissances en anglais pour le faire.

Tanaka, Midori et moi avons progressé à la seule force des bras jusque devant le dessin du torse.

Derrière nous, au milieu des hurlements, l'ange tranchait lentement la tête d'un autre conquérant, de la même façon, avant de se diriger vers sa cible suivante.

« ... Bon, j'y vais ! »

« Compte sur moi ! Au moindre problème, je te tire ! »

Et je me suis jeté dans la zone du torse en roulant.

« Gah !? »

Aussitôt, je me suis pris la poitrine à deux mains.

Fin du chapitre 6
Fiche de l'œuvre

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