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Chapitre 5

Chapitre 5 — L'Épreuve de Dieu (2)

26 octobre 2026 ~10 min · 1 875 mots

« Hein ? Où est-ce que… Ngh !? Ç-ça fait mal… »

À peine avais-je entendu cette voix inexpressive que je me suis retrouvé étendu par terre, dans la salle de départ.

On avait dû me téléporter : après une brève sensation de flottement, je m'étais retrouvé ici.

L'épée avait été téléportée à côté de moi.

Mais surtout, mon bras gauche me faisait atrocement mal, à m'en tirer les larmes.

« Toi ! Ça va ?! »

Monsieur Tanaka et une femme ont accouru vers moi.

« Sale blessure. Midori, je te le confie.

— Oui. Ça va faire un peu mal. Hop !

— Aaaaargh !!! »

La femme qu'il avait appelée Midori, une belle grande sœur aux cheveux noirs coupés court, l'air pas commode, m'a saisi le bras gauche cassé et l'a tiré de force pour remettre l'os en place.

Sous la douleur fulgurante, j'ai hurlé, les larmes aux yeux.

« Tiens bon ! T'es un homme, non ?

— Snif, snif. Oui, merci beaucoup… »

Puis madame Midori a posé ses deux mains sur mon bras gauche.

Une douce lumière verte l'a soudain enveloppé.

De la magie de soin. Il existe, rarement, des gens capables de guérir les blessures grâce au mana ; elle devait en faire partie.

Mais ressouder un os à cette vitesse… Ce devait être une soigneuse de très haut niveau.

« Voilà, c'est ressoudé. Si tu en ressors vivant, va à l'hôpital comme il faut. Je l'ai remis de force, alors il est mal aligné. J'ai aussi soigné tes autres blessures.

— Incroyable… M-merci beaucoup ! »

J'ai ouvert et fermé la main gauche.

J'avais encore mal, mais elle bougeait suffisamment.

Voilà donc ce qu'était la guérison par le mana… un vrai pouvoir de fantasy.

« Hi hi, aujourd'hui, c'est cadeau, mais dans le monde extérieur, ça t'aurait coûté un million. »

Madame Midori a eu un petit rire et m'a fait un clin d'œil.

La magie de soin est très rare, et donc très chère.

Ce n'était pas une plaisanterie : même un soin comme celui-là devait vraiment coûter dans ces eaux-là.

« A-alors, merci infiniment. »

Je me suis relevé et je l'ai remerciée de mon mieux.

Monsieur Tanaka s'est alors accroupi devant moi et m'a tendu la main.

« Bravo d'avoir survécu. Tu me connais sans doute déjà : Tanaka Issei. Et voici la soigneuse de notre guilde, Tendo Midori.

— Ah, moi, c'est Amachi Kai. Je suis Hors-rang… mais j'ai réussi à survivre. »

J'ai serré sa main.

À y regarder de plus près, monsieur Tanaka avait dû être blessé lui aussi : ses vêtements étaient couverts de sang.

« Je vois. Hors-rang… Kai. Tu t'es bien battu. … Tu n'es que le cinquième à être revenu.

— Hein ? »

J'ai regardé autour de moi.

En comptant monsieur Tanaka et moi, il n'y avait encore que cinq conquérants dans la salle.

« Kai. Contre quoi t'es-tu battu ?

— Un hobgobelin. C'est faible… mais pour moi, c'était un adversaire redoutable. »

Je l'ai dit avec un peu de honte.

Un hobgobelin, monsieur Tanaka l'aurait sûrement tué d'une seule main ; j'avais un peu honte d'en avoir bavé autant.

« Un hobgobelin… Non, il n'y a pas de quoi avoir honte. Pour toi, en solo, c'était vraiment un adversaire à la limite. Tu as bien fait de le vaincre. Alors c'est bien ça… »

Monsieur Tanaka a regardé madame Midori.

Elle a hoché la tête à son tour.

« Kai. Moi, j'ai affronté un ogre supérieur, une espèce évoluée d'ogre. Un monstre qui se situe entre le bas du rang A et le haut du rang B. Pour être franc, à la moindre erreur, j'y passais. J'ai arraché la victoire de justesse, au terme d'un combat serré. Midori, ici présente, aussi. Un combat vraiment serré. Et pour toi aussi, j'imagine.

— Hein ? Alors, ça veut dire que…

— Oui. Je pense qu'on a préparé à chacun un adversaire tout juste à sa mesure, qu'il peut battre ou non. Je pensais que c'était impossible, mais ce donjon est manifestement bien trop différent de tous ceux qu'on a connus jusqu'ici. Et puis… cette voix presque mécanique, la Cérémonie de sélection des Chevaliers de Dieu, le sens des mots "Épreuve de la Force". Hm, je suis athée, voyez-vous, mais je finirais presque par croire en Dieu. Un Dieu passablement retors, cela dit. »

Sur ces mots, le visage de monsieur Tanaka s'est un peu assombri.

Je ne pouvais pas prendre les paroles de monsieur Tanaka pour argent comptant, mais mon cœur, lui aussi, admettait l'existence d'une sorte de dieu.

Pas forcément un dieu omniscient et tout-puissant, mais au moins un être doté d'un pouvoir qui dépasse l'entendement humain.

« Hm ? Excuse-moi, Kai. À tout à l'heure. »

Monsieur Tanaka et madame Midori se sont alors dirigés vers le conquérant qui venait d'apparaître.

J'ai fixé un moment la porte devant moi.

Le motif d'un œil dans une pyramide triangulaire.

Si c'était ça, l'Épreuve de Dieu, jusqu'à quand est-ce que ça allait durer ?

Tandis que je fixais vaguement la porte, cette voix inexpressive a retenti.

« Épreuve de la Force : tous les participants ont terminé. 15 participants sur 60 ont réussi l'épreuve. Prochaine épreuve dans 1 000 secondes, 999, 998… »

« Hein ? »

Je n'arrivais pas à croire ce que cette voix venait de dire.

Morts ? Sur cinquante, soixante en comptant les militaires, quarante-cinq étaient morts ?

J'ai regardé autour de moi : de tous ces conquérants si nombreux, il en restait si peu qu'on pouvait les compter d'un coup d'œil.

Et tous étaient couverts de blessures.

« Tout le monde, rassemblez-vous ici !! »

Juste après l'annonce, monsieur Tanaka nous a ordonné de nous réunir au centre.

J'ai obéi et je me suis dirigé vers le centre.

« Comme vous venez tous de l'entendre, la prochaine épreuve va commencer. Je ne sais absolument pas si nous serons de nouveau séparés, ni ce qui va se passer, alors on ne peut pas vraiment s'y préparer, mais…

— Vous vous foutez de nous ?! C'est vous le responsable, non ?! »

C'est alors que j'ai entendu une voix familière.

Je me suis tourné dans cette direction : c'était Sato.

Ses vêtements aussi étaient en lambeaux ; il avait dû l'emporter au terme d'un combat à mort.

Chance insolente ou vrai talent, je n'en savais rien, mais il avait au moins le sens du combat.

« O-ouais ! C'est n'importe quoi ! On nous avait dit que c'était sans danger !

— Renvoyez-nous chez nous !

— Assumez vos responsabilités !! Vous savez combien sont morts ?! »

Les insultes ont fusé de toutes parts.

Tout le monde devait ressentir la même chose.

Même moi, qui étais venu prêt à mourir, j'avais subi une injustice telle que j'aurais pu me plaindre à mon tour, mais s'en prendre à monsieur Tanaka, c'était se tromper de cible.

Peu à peu, ces insultes ont commencé à m'énerver.

Le vacarme montait autour de nous, mais…

« Silence !!! »

La voix tonnante de monsieur Tanaka a fait taire tout le monde d'un coup.

« Vous pourrez vous plaindre autant que vous voudrez si vous survivez. J'irai moi-même négocier avec le gouvernement et l'Association les meilleures indemnités possibles. Mais seulement si vous survivez. Ce que nous devons faire maintenant, ce n'est pas nous déchirer entre nous, c'est tout faire pour survivre. Si vous avez compris, écoutez-moi en silence ! »

Devant l'autorité de monsieur Tanaka, qui avait pourtant l'air si doux, tout le monde s'est tu, Sato compris.

« Bien. Par chance, il nous reste une dizaine de minutes. J'ignore quelle sera la prochaine épreuve, mais buvez et mangez quelque chose au plus vite. Servez-vous librement de tout ce qu'il y a ici. Certains d'entre vous ont dû perdre beaucoup de sang. Allez ! Vite ! Le temps presse !! Les blessés les plus graves, par ici, dans l'ordre ! Nous soignerons tout ce que nous pourrons ! »

Comme nous l'avait dit monsieur Tanaka, nous nous sommes jetés sur les vivres.

Nous avions perdu trop de sang : il fallait boire beaucoup.

Moi aussi, j'avais la tête qui tournait, l'anémie ou la déshydratation, je ne savais pas, alors ça m'a fait un bien fou.

« Un instant, Mister Tanaka ?

— Oui, lieutenant-colonel Alfred. »

En buvant mon eau, j'ai vu monsieur Tanaka parler avec un militaire américain.

Je ne comprends l'anglais que vaguement, mais monsieur Tanaka avait l'air de le parler couramment.

J'avais cru l'entendre prononcer un nom : ce militaire à l'air redoutable s'appelait donc Alfred ?

Il portait sa casquette enfoncée sur la tête, et son regard était très perçant.

Il avait une carrure si impressionnante que, même à cent, des gars comme moi n'auraient eu aucune chance contre lui.

« Confiez-moi le commandement des Japonais. Je suis de rang S, vous comprenez ? Cinq de mes neuf hommes sont morts. Et ils étaient tous de rang A. Il faut s'attendre à des épreuves encore plus dures. Un homme aussi intelligent que vous le comprendra : à ce moment-là, il nous faudra des pions à sacrifier.

— … C'est moi qui commande les Japonais. C'est ce dont nos deux pays sont convenus, il me semble. Et je ne sacrifie personne comme un pion.

— … Hmpf. C'est vrai que vous n'êtes pas militaire, mais civil. Libre à vous de parler d'idéaux, mais regardez la réalité en face. Quand nous serons au pied du mur, je n'hésiterai pas. Au pire, j'emploierai la force. Tenez-vous-le pour dit.

— … Je ne peux qu'espérer que nous n'en arriverons pas là. »

L'homme appelé lieutenant-colonel Alfred est retourné auprès des militaires.

Des dix militaires, il n'en restait plus que la moitié, cinq.

Tous couverts de blessures.

Nous avions traversé une épreuve où nos vies étaient en jeu, et nous étions épuisés.

Une fatigue que dix petites minutes ne suffiraient pas à dissiper. Mais même sans que nous fassions quoi que ce soit, le compte à rebours continuait d'avancer.

Certains tremblaient de peur, d'autres pleuraient un ami perdu, d'autres encore laissaient éclater leur colère.

Tous avaient l'esprit fixé sur le compte à rebours.

« L'heure est venue. Début de l'Épreuve du Savoir : Vénère Dieu. Participants : 15… Début dans 10, 9… »

« 8, 7… »

« USA ! USA !

— Hourra ! Hourra ! »

Les militaires américains se sont mis en cercle et ont poussé de grands cris pour se donner du courage.

« 6, 5… »

« L'Épreuve du Savoir. Qu'est-ce qu'on va bien devoir faire… »

Madame Midori a murmuré cela, pensive.

« 4, 3… »

« Merde, merde !! Je vais survivre. Je ne crèverai pas ! Je ne suis pas un perdant ! »

Sato a poussé un grand cri, comme pour se donner du courage.

« 2, 1… »

« Ouf… Bon. Je suis prêt. Je peux me battre, maintenant. N'abandonne pas jusqu'au bout. »

Pour ne pas répéter mon erreur de tout à l'heure, je me suis parlé à voix haute pour m'en convaincre.

« 0 »

« Bonne chance à tous ! »

« L'heure est venue. Téléportation en cours. »

Et notre vue a basculé dans le noir.

Fin du chapitre 5
Fiche de l'œuvre

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