Les loups affamés ouvraient grand la gueule et montraient leurs crocs acérés en fonçant sur le convoi. Quand ils ne furent plus qu'à trente mètres, le chef des mercenaires, un homme chauve, rugit : « TIREZ ! »
Les mercenaires décochèrent des dizaines de flèches sur la meute qui arrivait. Les loups de tête, blessés par les flèches, trébuchèrent aussitôt. Ils moururent peu après, piétinés par leurs congénères qui suivaient.
Quand les loups ne furent plus qu'à quinze mètres, une nouvelle volée de flèches partit, et une douzaine de loups de plus périrent.
« Battez-vous avec moi ! » cria héroïquement le chef des mercenaires en brandissant sa lance.
Derrière lui, les mercenaires apprêtèrent leurs armes et attendirent patiemment l'arrivée des loups. L'instant d'après, les loups percutèrent les chariots de bois. Les mercenaires postés entre les chariots ou juchés dessus passèrent à l'attaque.
Un bain de sang brutal s'ensuivit.
De temps à autre, des hurlements de loups retentissaient tandis qu'ils tombaient sous les coups. Quelques loups se séparèrent du gros de la meute pour encercler le camp, mais ils furent arrêtés par les mercenaires qui montaient la garde derrière les chariots.
Les jurons, les cris et les hurlements des loups, mêlés à ce spectacle sanglant, glaçaient le dos des enfants rassemblés au centre du camp.
Adam lui-même ne pouvait empêcher ses mains de trembler. Il n'avait jamais assisté à une scène aussi sanglante. Même dans son village natal, il n'avait jamais rien vu d'aussi brutal. Le plus qu'il ait jamais fait, c'était tuer un sanglier aux abords du village.
Mais cette meute de loups le submergeait complètement !
Il ferma les yeux, respira profondément et tenta d'apaiser le tumulte de ses émotions. Quelques instants plus tard, il rouvrit les yeux, qui brillaient de détermination.
'Je tuerai tout ce qui passera le barrage !' hurla-t-il intérieurement. Il n'avait pas le sang assez chaud ni l'esprit assez embrouillé pour aller directement se joindre aux mercenaires. Non, il attendrait simplement à l'abri et attaquerait si des loups venaient sur lui.
Et la formation des mercenaires ne tarda pas à céder. À peine quelques minutes après le début du combat, un jeune mercenaire avait déjà été dévoré vivant par les loups. Un loup grièvement blessé parvint à percer le barrage et se rua vers les enfants au centre.
Devant cette scène, la plupart des enfants se figèrent d'horreur, surtout ceux qui entouraient Adam. Car le loup fonçait dans leur direction !
Au moment crucial, Adam, d'instinct, se précipita vers le loup au lieu de reculer. Son cœur battait à tout rompre tandis qu'il se rapprochait de la bête féroce.
En un clin d'œil, il leva son épée et frappa d'un coup horizontal en passant à côté du loup. Le loup s'arrêta net et, l'instant d'après, le sang jaillit de son flanc. L'épée d'Adam l'avait tranché du cou jusqu'à la taille !
Le loup s'effondra mollement. Il se débattit quelques secondes, puis mourut enfin.
« Je... je l'ai fait ! » marmonna Adam, incrédule, en avalant de grandes goulées d'air. L'adrénaline lui courait dans les veines ; il se sentait au sommet du monde. Il se sentait invincible.
L'espace d'un instant, il eut l'envie de rejoindre les mercenaires pour se battre avec eux. Mais il secoua vite la tête et chassa ces pensées présomptueuses. Il se replia en hâte vers le centre du camp et reprit sa position de combat.
Ce n'est qu'à ce moment que les enfants autour de lui réagirent à ce qui venait de se passer.
« Ciel ! »
« Vous avez vu ça ?! »
« Il... il... il l'a vraiment tué ! »
Les enfants s'écriaient, totalement incrédules. Certains le regardaient avec admiration, mais la plupart n'éprouvaient que du ressentiment. Ils se trouvaient ridicules de s'être fait surpasser par un simple roturier.
Pourtant, en tuant ce loup, Adam avait remonté le moral des enfants, et la plupart d'entre eux se préparèrent à affronter les prochains assauts des loups. Ces enfants avaient le talent nécessaire pour devenir mages et étaient fiers de nature. Comment auraient-ils pu laisser quelqu'un d'autre leur voler la vedette ?
Jeffrey, qui avait tout vu, était encore figé de stupeur. Il ne put s'empêcher de se demander : à la place d'Adam, s'en serait-il sorti vivant ? Aurait-il réussi à vaincre sa peur aussi facilement pour courir vers le loup ?
La réponse était claire pour lui.
Un instant, il hésita à s'en prendre à Adam. Mais l'arrogance et l'orgueil profondément ancrés en lui l'emportèrent sur la raison. Son expression se fit hideuse.
'Ce salaud mérite la mort pour ce qu'il m'a fait ! Non seulement il m'a volé mon argent, mais en plus il m'a rossé devant tout le monde. Même mon propre père n'a jamais levé la main sur moi !'
Dire que ce paysan avait eu ce culot !
Impardonnable !
Jeffrey résolut en son for intérieur de tuer Adam pendant cette attaque de bêtes. Et s'il n'y parvenait pas, il devait au moins le blesser gravement, pour qu'il ne puisse jamais devenir mage de sa vie.
Au barrage, de plus en plus de mercenaires tombaient, attaqués et tués par les loups voraces. Du coup, de nombreux loups s'étaient faufilés à travers le barrage de fortune formé par les chariots et s'en prenaient aux enfants.
On comptait même deux morts parmi les enfants, et pourtant, les mages n'étaient toujours pas intervenus. Les enfants comme les mercenaires étaient de plus en plus angoissés.
Adam abattait son épée sur chaque loup qui se présentait. Taille verticale, taille horizontale, estoc, coup de pointe : il attaquait avec tout ce qu'il avait dans son arsenal.
Il était couvert de sang de la tête aux pieds. Un peu de son propre sang, mais surtout de celui des loups. Il s'était complètement perdu dans l'instant et continuait de frapper de son épée comme un forcené.
Jeffrey, qui maniait son arbalète pour épauler les enfants depuis une position relativement plus sûre, jeta soudain un coup d'œil du côté d'Adam, et ses yeux s'illuminèrent. 'L'occasion !'
Il encocha un carreau dans l'arbalète et visa Adam. En même temps, il n'oublia pas de crier, l'air plein de bonnes intentions :
« Adam, je vais t'aider ! »
FIOU !
Jeffrey finit par tirer le carreau, et ses lèvres s'étirèrent en un sourire mauvais.
