Un jeune garçon blond, qui semblait avoir à peu près l'âge d'Adam, s'avança lentement vers la clairière. Il portait de somptueux vêtements de soie et des ornements raffinés, et affichait un sourire arrogant.
« C'est bien lui, le guerrier paysan. »
« Haha, regardez-moi son épée toute rouillée. J'ai peur qu'elle se brise au moindre coup de vent. »
Les deux garçons qui marchaient derrière le jeune blond renchérirent en se moquant d'Adam.
Depuis le début du voyage, ces trois-là n'avaient cessé de s'en prendre à lui. Après tout, il était le seul roturier du convoi. Ils ne supportaient pas qu'un simple roturier prétende devenir mage !
Il faut savoir que la chance de devenir mage revenait presque toujours aux enfants de naissance noble. Adam avait eu beaucoup de chance de recevoir, quelques années plus tôt, la faveur d'un mage itinérant. Celui-ci avait ensuite confirmé qu'Adam avait des aptitudes pour lancer des sorts.
Ainsi, il était extrêmement rare qu'un roturier ose seulement s'engager sur la voie des mages. Non seulement le talent était un facteur crucial, mais surtout, il fallait d'énormes ressources.
Adam regarda le jeune blond s'avancer vers lui et serra les dents. Ce garçon, Jeffrey Palmer, était le fils d'un duc du royaume de Cormier. Noble de haute naissance, il regardait naturellement tout le monde de haut, et plus encore les roturiers comme lui.
Jusqu'ici, Adam avait toujours encaissé en silence toutes les insultes de cette bande, parce qu'il ne voulait pas d'ennuis inutiles.
Mais après avoir vu le mage à l'armure noire repousser à lui seul des milliers de mages, Adam sentait son sang s'échauffer un peu. Pour une fois, il décida de se défendre.
D'ailleurs, ils étaient loin du royaume de Cormier. Adam était certain que l'influence de Jeffrey ne portait pas aussi loin. Il le regarda donc droit dans les yeux et demanda : « Qu'est-ce que tu veux ? »
Jeffrey fut pris de court. « Oh ? Tu sais donc parler. »
« Hé, c'est quoi, ce regard ? »
« Tu oses répondre à Jeffrey ? »
Les deux larbins fusillaient Adam du regard. De toute évidence, ils cherchaient à se faire bien voir de Jeffrey. Adam les ignora et fixa Jeffrey avec intensité. « Si tu n'as rien à dire, alors dégage. Et ne m'embête plus à partir de maintenant. Je te préviens. »
Jeffrey resta stupéfait, se demandant ce qui avait bien pu prendre à ce paysan pour qu'il trouve soudain un peu de cran. Mais il fut vite furieux et gronda : « Espèce de moins que rien, comment oses-tu me parler sur ce ton ? »
« Jeffrey, laisse-nous ce salaud. On va lui apprendre où est sa place. » Les deux larbins s'approchèrent d'Adam avec des intentions peu amicales. L'un d'eux se rua soudain sur lui et lança le poing.
Adam fit calmement un pas de côté, esquivant le coup sans peine. Puis il leva le poing et frappa le garçon au visage. Son geste prit le garçon complètement au dépourvu. Jamais, même dans ses rêves les plus fous, il n'aurait imaginé qu'Adam aurait le cran de riposter.
Le poing atterrit en plein sur son nez, et le garçon s'effondra en hurlant de douleur. « Aaargh !! Mon nez... il est cassé ! »
Il leva sur Adam un regard haineux. « Espèce de fils de... »
BAM !
Adam lui écrasa le visage du pied et l'assomma. L'autre garçon, qui s'approchait, se figea net, le choc gravé sur tout le visage. Même Jeffrey en resta sans voix.
« Alors, tu attends quoi ? » Adam regardait l'autre garçon avec un sourire satisfait. Ça faisait vraiment du bien de cogner cette brute.
« Hein ? Euh... euh... Aaaah ! » Le garçon faillit se faire dessus et peinait même à répondre. Finalement, il tourna simplement les talons et regagna le campement en courant, la queue entre les jambes.
« Espèce de lâche, reviens ici ! » rugit Jeffrey, mais le garçon n'en fila que plus vite.
« Fils de chienne ! » Jeffrey ne put retenir un juron. Il se retourna et vit Adam accroupi, en train de ramasser une bourse sur le garçon inconscient étendu au sol. « Voleur ! Arrête ça tout de suite ! »
Adam s'empara de la bourse et regarda à l'intérieur. En voyant autant de pièces d'or, il siffla de surprise. C'était plus que tout ce qu'il avait réussi à économiser dans son village natal du royaume de Cormier.
Il se tourna ensuite vers Jeffrey et exigea : « Donne-moi ta bourse. »
« Toi ! » Jeffrey resta interdit. Ce paysan osait le racketter, lui, le noble fils d'un duc ? Quel culot !
Submergé par la colère, Jeffrey se jeta sur Adam en hurlant : « Salaud, je vais me battre avec toi ! Comment oses-tu... »
BAM !
D'un coup de poing au visage, Adam l'assomma sans peine. Il s'accroupit et prit la bourse de Jeffrey. Celle-ci était faite d'une soie fine et pesait deux fois plus lourd que la première.
En sentant son poids, Adam sourit, satisfait. « Considère ça comme l'amende pour m'avoir harcelé. »
Il se releva et repartit vers le feu de camp en riant de bon cœur. Les soucis d'argent qui le tracassaient depuis si longtemps venaient de s'envoler aussi facilement. Naturellement, il était de bonne humeur.
Bien sûr, il ne craignait aucune représaille de la part de Jeffrey. Après tout, le royaume de Cormier était loin d'ici. De plus, les mercenaires qui escortaient le convoi n'interviendraient pas dans une bagarre entre gamins.
Adam se rendit là où l'un des mercenaires distribuait la nourriture. Il prit place dans la file et attendit patiemment. Quelques minutes plus tard, il récupéra son dîner, du pain et un ragoût de viande, et s'assit sur un carré d'herbe un peu à l'écart du campement.
Tout en mangeant, il repensa à la grande bataille dont il avait été témoin plus tôt, ainsi qu'à ce mystérieux endroit blanc où il s'était rendu. Il ne put s'empêcher de se frotter machinalement le front, là où s'était caché l'insigne du lotus.
'Qu'est-ce que c'était que cet endroit...' songea Adam en se remémorant les innombrables particules de lumière vive de cet espace mystérieux. Il se demandait comment y retourner.
Il finit son dîner d'un air absent, puis s'allongea dans l'herbe pour contempler la myriade d'étoiles du ciel. Il revit le mage à l'armure noire en plein combat, et une lueur d'envie passa dans ses yeux.
'Je me demande si je pourrai un jour être comme ce mage...'
La scène de la bataille repassait en boucle dans sa tête, et peu à peu, Adam sombra dans un profond sommeil.
Dans l'une des voitures près du feu de camp, un homme vêtu d'une cape vert olive, assis près de la fenêtre, lisait un livre d'aspect ancien. Soudain, il leva la tête, et ses yeux d'un bleu vif se posèrent sur Adam endormi.
Le regard de l'homme glissa ensuite sur les quelques bourses rebondies que portait le jeune homme. Un instant plus tard, il balaya la clairière et s'arrêta sur les deux garçons inconscients.
L'homme plissa les yeux, mais finalement, il se contenta de soupirer et de secouer très légèrement la tête.
