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Friedrich's BattlefieldChapitre 7 · 7/8

Chapitre 7

Chapitre 7 : L'aveu

16 octobre 2026 ~8 min · 1 421 mots

« N'abandonnez pas ! »

C'était sans doute le cri le plus puissant qu'il eût jamais poussé. Surpris par le son de sa propre voix, il sentit son visage se crisper. Tandis qu'il se tenait là, Yurika sauta à son tour sur l'estrade et vint se placer à ses côtés.

Grâce à cet éclat, il avait au moins réussi à attirer l'attention des habitants. Tous les regards étaient désormais braqués sur lui.

Le poids de ces regards faillit l'écraser, mais il tint bon et se força à reprendre la parole.

« ... Si nous abandonnons maintenant, nous perdrons tout. C'est vraiment ce que vous voulez ? Nos maisons incendiées, nos femmes et nos filles violées, nos parents et nos enfants massacrés, et pour finir les hommes tués. Nous mourrons rongés de regrets. Personne de sensé ne voudrait accepter une chose pareille ! »

Il avait bondi sur l'estrade sur un coup de tête ; à présent, il forçait son esprit à travailler et choisissait ses mots avec soin.

S'il ne parvenait pas à les convaincre, Yurika et lui mourraient. C'était précisément pour cela que Friedrich parlait de toutes ses forces.

« Si vous n'en voulez pas, alors battez-vous ! Tous ensemble ! »

« Mais... comment on est censés se battre ? »

« Qui va trouver un plan ? »

Les habitants lui lançaient des questions raisonnables.

« C'est moi qui trouverai le plan. C'est moi qui vous mènerai. Je m'y connais en combat, grâce aux livres... »

« Te prends pas pour quelqu'un d'exceptionnel ! »

« Ça marchera jamais ! »

« Ouais ! Pour qui tu te prends, t'es qu'un orphelin ! »

Des cris de protestation coupèrent Friedrich au milieu de sa phrase.

Qu'importait d'où il venait ? Et alors, s'il était un ancien orphelin ? Eux n'avaient rien fait d'autre que paniquer et trembler, et ils avaient encore le culot de se moquer de lui. L'envie de les rembarrer monta en lui, mais il la ravala et se retint.

Il s'attendait à ce genre de réaction. À leur place, il aurait peut-être dit la même chose. Leur crier dessus ne servirait à rien. Cela ne changerait rien. Ce qu'il lui fallait, c'était les persuader.

Des centaines de visages sceptiques et inquiets étaient tournés vers lui.

Devant l'église, le prêtre et Alma observaient la scène avec inquiétude. Au bord de la place, Bruno et sa bande, mêlés à la foule, l'invectivaient : « Pour qui tu te prends, à jouer les grands seigneurs alors que t'es qu'un orphelin ? » Ce salaud.

'Réfléchis. Réfléchis. Réfléchis.' Trouver une façon de parler qui pousserait les gens devant lui à vraiment l'écouter.

Il ferma les yeux de toutes ses forces et obligea son esprit à tourner à plein régime.

« Ça va aller. Je suis avec toi, Friedrich. »

Yurika avait parlé dans un murmure, juste assez fort pour qu'il l'entende.

L'instant d'après, Friedrich rouvrit les yeux.

C'était sans doute sa seule chance. Sur cette pensée, il redressa le dos et se tint bien droit, la poitrine gonflée d'assurance.

« Je suis noble ! »

Friedrich avait crié plus fort encore que la première fois.

Personne ne s'attendait à ces mots : le silence tomba sur la place.

« Je suis le fils illégitime d'un noble de la capitale royale. Comme je ne suis pas né de l'épouse légitime, on m'a envoyé dans cette église, dans la lointaine Volga, et j'ai été élevé comme un orphelin aux yeux de tous. Mais c'est la vérité. Je suis le fils d'un noble. Du sang noble coule dans mes veines. »

« ... Le fils de qui ? Qui c'est, ton père, d'après toi ? »

« Le comte Matthias Hosenfeld. »

Friedrich répondit sans la moindre hésitation. Il savait qu'il ne pouvait pas se permettre de laisser paraître le moindre doute. Parmi les nobles célèbres dont les noms lui venaient à l'esprit, il avait choisi celui qui servirait le mieux dans cette situation : le nom d'un héros dont il avait lu l'histoire dans un livre quelques semaines plus tôt.

À peine le nom eut-il franchi ses lèvres qu'un murmure parcourut la foule. Dans ce pays, il n'existait personne qui n'eût entendu le nom du héros Matthias.

« Réfléchissez. Pourquoi, alors que je suis un ancien orphelin, est-ce que je sais si bien lire, écrire et compter ? Pourquoi est-ce que je comprends des livres difficiles ? Pourquoi suis-je assez vif pour que l'intendant me demande de l'aider dans son travail ? Parce que j'ai du sang noble. Et pourquoi croyez-vous que je me rende de temps en temps au chef-lieu du domaine ? Ce n'était pas pour m'amuser. Je rencontrais des émissaires de la maison Hosenfeld pour leur rendre compte de ma situation. Parfois, le comte Matthias Hosenfeld venait me voir en personne. »

Dans ce pays gouverné par une royauté et une noblesse héréditaires, le sang avait un grand pouvoir de persuasion. Beaucoup de roturiers croyaient tout bonnement que si les nobles et les membres de la famille royale les gouvernaient, s'ils possédaient une si haute instruction, c'était parce qu'ils étaient issus de lignées « intelligentes ». Moins une personne était instruite, plus elle avait tendance à penser ainsi.

Les questions que soulevait Friedrich, la façon dont il avait répondu sans hésiter quand on lui avait demandé le nom de son père, ses visites répétées au chef-lieu du domaine alors qu'on lui disait sans cesse « Qu'est-ce qu'un type comme toi irait faire là-bas ? ». Et par-dessus tout, l'assurance de sa voix : tout cela captiva les habitants de Volga.

« C'est une vérité que seuls connaissent le prêtre et sœur Alma, à l'église. Officiellement, on raconte que j'ai été trouvé abandonné au bord de la route quand j'étais bébé et amené à l'église, mais c'est un mensonge. En réalité, j'ai été confié à cette église de Volga par des marchands itinérants agissant sur ordre secret de la maison Hosenfeld. Dans le panier où l'on m'avait déposé se trouvait une lettre qui prouvait ma lignée. Une lettre scellée aux armes de la maison Hosenfeld. »

Friedrich parlait avec aisance et pleine assurance, et les habitants de Volga commençaient à trouver ses paroles convaincantes. En voyant leurs expressions changer peu à peu, il le sentait : ses mots portaient.

« On m'a ordonné de ne jamais révéler ma véritable identité, mais si c'est pour sauver le peuple de ce royaume, mon père me pardonnera, j'en suis certain. Je suis le fils du héros Matthias Hosenfeld. J'ai hérité de son sang et de son génie. En tant que noble, je trouverai un moyen de surmonter le danger qui menace Volga. Si vous me suivez, nous pouvons survivre. Même face à cent bandits. Vous n'aurez rien à sacrifier. Vous pourrez protéger vos biens, vos maisons et vos familles. Alors... battez-vous avec moi ! »

Friedrich avait dit tout ce qu'il avait à dire.

Après quelques instants de silence, l'un des habitants prit enfin la parole.

« Et puis merde ! Pour ma famille... j'en suis ! »

Ce fut l'étincelle. Tout comme le désespoir s'était répandu dans la foule un peu plus tôt, c'était maintenant un incendie qui se propageait.

« Au diable tout ça, on n'a rien à perdre ! Battons-nous ! »

« Pas question que j'abandonne comme ça ! »

« Il a raison, il faut se battre ! »

« Si c'est le fils d'un héros qui fait le plan, ça ira ! »

« Pas question de perdre contre une bande de bandits ! On va les écraser ! »

« Friedrich ! Non, messire Friedrich ! Menez-nous à la victoire, je vous en prie ! »

Une foule emportée par l'émotion suit la moindre étincelle. Il suffit d'une poussée pour qu'elle se rue tout entière dans la même direction. En un instant, l'exaltation envahit la place et se rassembla autour de Friedrich, qui se tenait en son centre.

Tous montraient désormais la volonté de se battre, la volonté de suivre Friedrich.

D'innombrables voix retentissaient sur la place, puissantes et farouches, toutes tournées vers lui. Et au milieu de tout cela, Friedrich comprit qu'ils croyaient ses paroles.

Peut-être n'était-ce que la fièvre du moment. Mais tout de même, ils croyaient que l'orphelin Friedrich était le fils illégitime du héros Matthias Hosenfeld.

Friedrich échangea un sourire avec Yurika, à ses côtés. Puis il leva les yeux vers le ciel et laissa échapper un souffle.

Ah...

Il venait de proférer le mensonge le plus énorme de sa vie.

Fin du chapitre 7
Fiche de l'œuvre

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