Dong Fu avait raison, finalement. Les panneaux étaient parfaitement clairs. Il ne restait qu'une poignée de jeunes gens en robe argentée dans le vaste hall d'entrée quand elle y pénétra, et aucun ne lui accorda plus qu'un regard en passant.
Le mur du fond du hall était occupé par un immense panneau d'ébène. Une bannière y était tendue, qui indiquait sans ambiguïté le chemin aux nouveaux disciples. L'intérieur de bois du bâtiment, d'une propreté immaculée, avait franchement quelque chose de dérangeant. Ce n'était pas naturel : le sol était si bien ciré qu'il faisait presque miroir, et elle ne voyait pas la moindre éraflure ni la moindre marque nulle part, sans parler d'un grain de poussière.
Elle ne put toutefois pas s'y attarder, car elle faisait partie des derniers arrivés. En atteignant les portes coulissantes qui marquaient l'entrée de la salle un, elle entendit à l'intérieur le murmure d'un grand nombre de gens qui parlaient à voix basse.
En jetant un œil à l'intérieur, elle vit que la grande salle était aménagée de longs pupitres disposés en gradins descendants, entrecoupés de marches basses qui menaient jusqu'à la fosse où se dressait l'estrade du maître. Les pupitres étaient presque tous occupés, et en entrant, Ling Qi surprit plus d'un regard curieux, dédaigneux ou évaluateur dans la foule d'adolescents de quatorze ans qui bavardaient déjà. Elle en eut le poil hérissé : ce mépris condescendant était une sensation presque physique.
Elle se secoua et se força à l'ignorer pour chercher une place libre.
La plus évidente, la première qui attira son regard, était toute une section vide autour d'une fille pâle. Celle-ci avait des cheveux blancs comme neige qui lui tombaient librement jusqu'au milieu du dos, et elle était tout ce que Ling Qi n'était pas : menue et délicate, avec une peau d'une pâleur presque surnaturelle. Elle chuchotait dans la manche de son uniforme, personnalisé d'une broderie à motif d'écailles. Elle semblait prêter très peu d'attention à ce qui l'entourait, et pourtant elle était assise seule dans une salle par ailleurs bondée.
La fille leva alors la tête et regarda vers Ling Qi. Ling Qi sentit son sang se glacer en voyant ses yeux, dorés, aux pupilles fendues. Un frisson de peur animale lui remonta l'échine. L'instant prit fin quand l'autre fille détourna les yeux pour reporter son attention sur un serpent vert vif qui venait de sortir la tête de sa manche.
Qu'est-ce que c'était que ça ? Elle s'était sentie comme une souris face à un serpent, alors que l'expression de la fille n'avait même pas été hostile ni condescendante. Simplement indifférente.
Ling Qi s'empressa de chercher d'autres places possibles. Une autre fille avait un siège libre à côté d'elle. Elle était mince et musclée, la peau hâlée par le soleil, avec des cheveux d'un rouge éclatant tressés en une seule natte. Cette touche de couleur tranchait sur le reste de la salle.
Curieusement, elle portait en partie l'uniforme des garçons : un pantalon ample au lieu d'une robe, et une chemise de soie sans manches. Ling Qi l'aurait peut-être prise pour un garçon efféminé, n'eût été la façon dont sa chemise était… tendue. Contrairement aux autres, assis avec une posture impeccable, elle avait les pieds posés sur le pupitre devant elle et l'air de s'ennuyer. Son regard glissa brièvement vers Ling Qi, puis la fille nonchalante sembla la juger sans importance.
Plus bas, il y avait une place libre au bord des marches, à côté d'un grand garçon, assez grand pour qu'elle n'ait pas à baisser les yeux sur lui s'ils se tenaient face à face. Il était… bon, un peu beau, Ling Qi pouvait l'admettre, d'une beauté classique, avec des traits nobles et de belles proportions. Mais pas efféminé, comme certains nobles ou fils de riches pouvaient l'être.
Surtout, son attention fut attirée par le petit tigre au pelage doré roulé en boule sur le sommet de son crâne. Elle le fixa un instant, mais personne d'autre ne semblait trouver ça bizarre. Quand il remarqua son regard, le garçon lui adressa un sourire amical et un léger signe de tête, ce qui fit grogner de mécontentement le petit tigre perché sur sa tête.
La dernière place disponible se trouvait dans le coin le plus éloigné de la salle, à côté d'un jeune homme petit aux cheveux bruns en bataille, avec une vilaine cicatrice de brûlure qui s'étendait sur sa joue droite, descendait le long de son cou et disparaissait sous sa chemise. Elle était assez laide, et il fallut un moment à Ling Qi pour en détacher les yeux et regarder le reste de sa personne. Il était de taille moyenne, de carrure trapue. Au premier coup d'œil, elle devina qu'il était l'un des rares dans cette salle à appartenir à la même… classe sociale qu'elle. En tout cas, il avait l'air aussi déplacé et mal à l'aise qu'elle.
Quand il croisa son regard, ses yeux la jaugèrent avec méfiance. Elle détourna aussitôt les siens. Il lui rappelait trop Tonghou, et n'était-elle pas censée laisser tout ça derrière elle ?
Ling Qi passa d'une place libre à l'autre du regard, mais au bout du compte, le choix était évident. Les conseils de Dong Fu résonnaient encore à ses oreilles, et… à être honnête avec elle-même, elle avait envie de les suivre.
Tout se résumait à la solitude, en fin de compte. S'il y avait une chose que ses efforts pour rester libre ne lui avaient pas apportée, c'était des amis. Vu le métier de Mère, le choix avait toujours été limité, et la vie qu'elle avait menée ces quatre dernières années ne lui avait jamais permis de rester longtemps en compagnie de qui que ce soit.
Dans cet esprit, elle choisit l'option qui semblait au moins amicale. Elle se mit à descendre les marches d'un pas posé vers le beau garçon au petit tigre. Même si son amabilité n'était qu'une façade, c'était toujours mieux que l'indifférence ou l'hostilité.
Cela suffit, semblait-il, pour que la plupart de ceux qui la regardaient de travers retournent à leurs conversations. Maintenant qu'elle avait l'occasion de les observer, Ling Qi remarqua qu'il semblait y avoir plusieurs cliques parmi les élèves assis là. Elle n'avait rien d'une mondaine, mais elle voyait bien qu'il n'y avait pas de place pour quelqu'un comme elle dans ces groupes.
En s'arrêtant à côté du pupitre où le garçon était assis, elle fit de son mieux pour mettre de côté ses doutes et ses inquiétudes, mais c'était difficile.
« Ça t'dérange si je m'assois là ? » Les mots lui échappèrent avant qu'elle ait vraiment réfléchi, et elle serra les poings sous ses manches. Elle essayait de penser à parler de façon soutenue, mais cela ne lui venait plus naturellement. Maintenant, il allait la prendre pour une…
« Pas de souci. » Ses mots décontractés coupèrent court à sa panique intérieure. Le garçon remua sur son siège et se décala un peu pour lui laisser plus de place. Le sourire facile qu'il lui adressa ne fit absolument pas accélérer son cœur.
« Tu es arrivée un peu juste, quand même, non ? » Il avait un léger accent qu'elle n'arrivait pas à situer et qui, allié à son attitude détendue, semblait étirer bizarrement ses mots.
Ling Qi s'assit en hâte avant que l'on remarque trop la rougeur de son embarras. Non pas que grand monde risquait de s'en soucier, lui aurait fait remarquer la part plus raisonnable d'elle-même. Elle leva les yeux et le trouva en train de la regarder avec quelque chose comme de l'amusement.
Le petit tigre roulé en boule sur sa tête semblait s'être rendormi, et elle se demanda brièvement comment il n'était pas tombé quand le garçon avait tourné la tête vers elle.
« Ma voiture vient à peine d'arriver », répondit-elle, plus sur la défensive qu'elle ne l'aurait voulu. Elle se souvint soudain qu'elle ne s'était pas encore présentée.
« Je m'appelle Ling Qi, au fait », dit-elle vivement. « Si… euh, tu te demandais, je… » Elle détestait la façon dont sa voix s'éteignait dans une incertitude gênée. Qu'on la lâche dans une rue bondée à faire les poches, ou face à un receleur qui essayait de l'arnaquer, et elle savait être sûre d'elle. Apparemment, une conversation amicale suffisait à faire s'effondrer son aplomb en quelques secondes.
Pire que tout, ses satanés cheveux recommençaient à se défaire. Déjà quelques mèches rebelles flottaient devant ses yeux.
De son côté, le garçon lui jeta un regard étrange du coin de l'œil tandis qu'elle rentrait les épaules, se sentant stupide.
« Han Jian », dit-il après un moment. « Enchanté. Je ne peux pas dire que ton nom me dise quelque chose. Si ta voiture vient d'arriver, c'est que tu es d'ici, donc ça se tient. Mes précepteurs se plaignaient toujours que je ne faisais pas assez attention. » Il avait dit cette dernière phrase avec un sourire d'autodérision.
Cette façon simple de l'accepter apaisa la tension qu'éprouvait Ling Qi et lui permit de se tenir plus droite. Ce faisant, elle remarqua qu'à part Han Jian, elle était peut-être bien la plus grande de la salle. Pour ce qui était de passer inaperçue, c'était raté.
Malgré tout, la question sous-entendue la mettait mal à l'aise. N'était-il poli que parce qu'il la croyait peut-être de naissance noble, comme lui ? Il semblait pourtant presque trop décontracté pour un noble.
« Ma famille n'a pas grande importance », décida-t-elle d'esquiver. « D'où est-ce que tu viens ? Je ne, enfin, je ne connais pas non plus la tienne. » Elle trébucha sur les mots plus qu'elle ne l'aurait voulu, mais estima que la dérobade restait honorable.
Il rit, et Ling Qi sentit les coins de ses lèvres se relever. C'était difficile de rester tendue en sa présence.
« On est deux sacrés tire-au-flanc, alors », répondit-il, amusé. « La famille Han vient de la province des Champs Dorés. » Il paraissait vraiment amusé, mais aussi… presque soulagé ?
Les Champs Dorés… le nom lui disait vaguement quelque chose, comme si elle l'avait entendu une fois, il y a longtemps. Puis ça lui revint. Les Champs Dorés étaient la province la plus orientale de l'empire, et surtout…
« Oh, le Tombeau du Soleil. Je ne pensais pas que quelqu'un viendrait d'aussi loin. » Sa voix s'éteignit en remarquant que le sourire du garçon s'était nettement crispé.
Avait-elle dit quelque chose d'impoli ? L'histoire de Lu Guanxi et de son dernier combat était célèbre. C'était l'un des plus grands héros de l'Empire. Elle ne voyait pas vraiment pourquoi évoquer ce héros aurait pu l'offenser. Peut-être que sa famille l'avait envoyé loin d'elle et qu'il n'aimait pas qu'on lui rappelle à quelle distance il se trouvait ?
Il eut un rire un peu forcé. « Ouais, c'est bien ça. J'imagine que de nos jours, la plupart des gens ne se souviennent de nous que pour cette vieille histoire. »
Ling Qi détourna les yeux, gênée, les lèvres pincées. Qu'avait-elle dit ? Elle chercha un autre sujet pour mettre fin, si possible, à ce silence pesant. Finalement, son regard revint sur l'animal, qui avait maintenant ouvert les yeux et la toisait avec ce dédain impérieux dont seul un félin est capable.
« Alors… où est-ce que tu as trouvé ton animal ? Je n'en ai jamais vu de pareil. » Vraiment, elle était une virtuose de la conversation, et ça n'avait rien d'emprunté.
Pourquoi avait-elle l'impression que le petit tigre la fusillait du regard ?
Il cligna des yeux, mais accepta le changement de sujet. « C'est ma grand-mère qui m'a présenté Heijin il y a quelques années, quand j'ai réussi à éveiller mon qi. Mais ce n'est pas vraiment un animal de compagnie. Plutôt un petit cousin. »
Qu'est-ce que ça voulait dire ? Ling Qi avait entendu parler de gens qui traitaient leurs bêtes comme des membres de la famille ; peut-être qu'il en faisait partie. Elle allait lui demander des précisions quand une détonation étouffée coupa net le bourdonnement des conversations.
Comme tous les autres, son attention se porta vers l'origine du bruit. Il venait d'en bas, où un homme grand et maigre était apparu à l'estrade du maître. Il était encore en train de laisser retomber ses mains le long de son corps, comme s'il avait simplement tapé dans ses mains pour réclamer leur attention.
Ling Qi fronça les sourcils en l'examinant. Quelque chose chez lui la mettait sur les nerfs. Peut-être ses traits d'une fadeur et d'une finesse presque surnaturelles, rasés jusqu'aux sourcils, ou le teint légèrement grisâtre de sa peau. Si elle ne l'avait pas su, elle l'aurait cru malade.
… Ou peut-être était-ce le rose et le lilas criards, à brûler les yeux, dont il était vêtu. C'était bizarre de voir ce qui ressemblait à la robe d'un haut ministre dans une teinte aussi peu digne. Comment quelqu'un vêtu de couleurs aussi voyantes avait-il pu passer à côté d'elle sans qu'elle le remarque ? Il n'y avait pas de porte en bas, il avait donc dû entrer par le même accès qu'elle.
Elle jeta un coup d'œil à Han Jian, mais il ne semblait pas particulièrement surpris. Elle se força à se détendre un peu. C'était une forme de magie, évidemment, et personne d'autre ne semblait s'en inquiéter, même si quelques élèves avaient sursauté sur leur siège.
« Bienvenue à la Secte du Pic d'Argent, les enfants », dit l'étrange homme chauve en croisant les mains dans le dos. Son expression était d'une neutralité soigneusement étudiée, mais elle crut voir l'amusement pétiller dans ses yeux gris… non, verts, non… dans ses yeux, qui semblaient changer rapidement de couleur.
« Je suis l'Ancien de la secte Sima Jiao, chef du Département des Talismans, et il semble que ce soit mon tour d'accueillir les nouveaux venus. » C'était donc cet homme qui était chargé de fabriquer les talismans, comme les totems répulsifs contre les esprits qu'on plaçait autour des villages et des villes ? Il devait être incroyablement riche. Pas étonnant qu'il puisse se permettre de s'habiller de façon aussi excentrique.
Puis elle se rappela le chapeau ridicule que portait son cocher. Peut-être que devenir Immortel poussait à s'habiller bizarrement ? Pendant que Ling Qi méditait sur le sens de la mode des cultivateurs, l'Ancien Jiao, les mains croisées dans le dos, posait sur elle et sur les autres élèves un regard évaluateur.
« Je suis terriblement occupé, même les bons jours, je ne vais donc pas m'étendre. Pour être franc, la plupart d'entre vous n'iront sans doute jamais plus loin que la secte extérieure où vous vous trouvez maintenant, et ne méritent donc… pas particulièrement que je leur consacre mon temps. » Ce rejet désinvolte tira un grognement aux élèves rassemblés, Ling Qi comprise. L'expression sereine de Han Jian, elle, ne changea pas. Peut-être était-il tout simplement sûr de lui à ce point. En le voyant, Ling Qi expira et ravala son irritation.
« Ce n'est que la réalité. Il n'y a pas de honte à avoir », poursuivit l'Ancien, sans méchanceté. « Quoi qu'il en soit, vos premières années ici serviront à séparer ceux qui n'ont qu'un potentiel modeste de ceux qui ont un vrai talent. C'est pourquoi personne ne sera autorisé à quitter l'enceinte de la secte durant la première année, et aucune correspondance ne sera permise, ni à l'entrée ni à la sortie, durant les trois premiers mois. »
Cela sembla surprendre certains disciples et déclencha une vague de chuchotements, même si personne n'osa contester ouvertement l'Ancien. Ling Qi, elle, n'en était pas dérangée. Qu'avait-elle en dehors de cet endroit ? Peut-être aurait-elle plaisir à se promener dans son ancien quartier une fois qu'elle serait devenue quelqu'un, mais d'ici là, à quoi bon ?
« Silence », dit alors l'Ancien Jiao, ramenant l'attention de Ling Qi sur lui. « Vous aurez bien le temps de vous soucier des affaires des mortels plus tard. Aujourd'hui et à l'avenir, vous êtes des disciples du Pic d'Argent. Les fondations que vous poserez lors des premiers pas sur votre voie façonneront le reste de votre vie. Nul besoin des distractions du monde extérieur. » Ses étranges yeux changeants balayèrent la salle, et son expression sévère se radoucit pour retrouver l'amusement tranquille qu'il affichait au début de son discours.
« La seule autre règle, c'est que vous n'avez pas le droit de tuer ni de mutiler à vie vos condisciples, pas plus que d'endommager ou de voler les biens de la secte. De plus, toute violence entre vous, nouveaux venus, est strictement interdite durant les trois premiers mois. Le conflit est important pour votre croissance, mais il ne faudrait pas qu'un potentiel soit tranché avant même d'avoir pu commencer à éclore. »
Ces mots, prononcés d'un ton léger, firent tout de même courir un frisson le long de l'échine de Ling Qi. Les choses ne seraient donc pas si différentes de chez elle, finalement. Elle se surprit à regarder ses condisciples d'un œil nouveau, comme d'éventuels ennemis et obstacles.
Ling Qi ne se ressaisit qu'en voyant Han Jian lui adresser un sourire rassurant. Alors seulement, elle remarqua que ses mains posées sur le pupitre s'étaient crispées nerveusement. Elle fit de son mieux pour rendre son sourire à son compagnon du moment, mais le sien était un peu pâle.
Il était peu probable qu'elle puisse compter sur quelqu'un avec qui elle n'avait échangé que quelques mots. Elle parvint à se calmer au bout de quelques instants ; s'inquiéter pour sa sécurité n'avait rien de nouveau. Et puis l'Ancien reprenait la parole, et elle devait être attentive.
« Chacun de vous recevra une allocation de cinq pierres spirituelles rouges par mois, ainsi que l'accès à l'Art de l'Âme d'Argent », poursuivit-il, ce qui la laissa perplexe. Elle n'avait aucune idée de ce qu'étaient l'une et l'autre de ces choses.
« Pour ceux d'entre vous qui l'ignorent, ajouta-t-il, les pierres spirituelles sont la monnaie des Immortels, plus précieuses que l'or ou l'argent. » Ling Qi eut soudain parfaitement conscience que son regard troublant s'était posé sur elle avant de passer à une poignée d'autres élèves de la salle.
« La cultivation exige de consommer l'énergie contenue dans ces pierres, du moins jusqu'à ce que l'on maîtrise certains autres arts. Je vous conseille la frugalité. Quant à l'Art de l'Âme d'Argent, c'est la forme pour débutants de l'art de cultivation de la Secte. Il est exceptionnel pour la croissance des débuts, bien qu'un peu moins efficace pour les cultivateurs aguerris. » L'homme roula des épaules et jeta un coup d'œil vers la porte.
« Tous vos besoins de mortels vous seront fournis au sein de la Secte, sans frais supplémentaires. Derrière ce bâtiment, deux chemins mènent aux quartiers d'habitation. Vous serez séparés selon votre sexe, bien entendu. » Il sourit, comme amusé par une plaisanterie connue de lui seul. « Je vous déconseille de vous aventurer dans la mauvaise zone. La répartition des chambres sera à votre discrétion, mais attendez-vous à partager la vôtre avec au moins un autre disciple. Durant les trois premiers mois, deux Anciens seront présents sur la montagne pour vous dispenser un enseignement de débutant, l'un sur l'aspect physique, l'autre sur l'aspect spirituel de nos arts. Je vous suggère d'aller les trouver, car par la suite, il vous faudra mériter une telle attention de la part d'un Ancien.
Tout le reste dépendra de vous, de votre habileté et de votre talent. » Il décroisa les mains et les ramena sur l'estrade, mais elles n'étaient plus vides. Il tenait à présent un grand coffret à bijoux en jade vert sombre. « Et maintenant, si vous voulez bien vous mettre en file dans l'ordre, je vais vous remettre l'allocation de votre premier mois. »
Alors qu'elle se levait pour rejoindre la file qui se formait en contrebas, Han Jian prit la parole à voix basse à côté d'elle. Il était debout lui aussi, et Ling Qi constata qu'elle avait vu juste : il était un peu plus grand qu'elle. C'était étrange de lever les yeux vers quelqu'un de son âge. Heijin, son petit tigre, avait migré de sa tête à son épaule et s'accrochait au tissu avec ses… petites griffes de chaton ? Le petit tigre donnait toujours l'impression de la fusiller du regard.
« Tu veux quelques conseils pour démarrer ? » demanda-t-il, l'air un peu gêné. « Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que tu n'es pas encore éveillée. Et tu avais l'air un peu à cran, tu vois ? » Il suivit Ling Qi quand elle s'engagea dans l'allée pour rejoindre la file.
« Merci », répondit Ling Qi après un instant. Il avait l'air assez sympathique, et ce n'était pas comme si elle possédait quoi que ce soit qu'il puisse vouloir.
« Mais comment je fais pour te retrouver ? » demanda Ling Qi.
Il émit un murmure pensif tandis que la file avançait. « Hm, je t'attendrai sur la place, devant, vers midi demain. Ça te va ? Je préfère ne pas me retrouver avec les dernières chambres aujourd'hui. »
Elle se dit qu'elle n'avait pas vraiment le choix. Elle acquiesça d'un signe de tête et se tut. Faire la conversation était plus épuisant qu'elle ne l'aurait cru.
Elle reçut bientôt son allocation de pierres spirituelles et un étui à parchemin contenant son nouvel « art de cultivation ». Personne ne l'avait dit clairement, mais elle jugeait probable qu'il soit nécessaire à « l'éveil », puisqu'on le distribuait à tout le monde. Il lui faudrait le lire plus tard, et s'exercer. Peut-être pourrait-elle surprendre Han Jian dès demain ? L'idée lui plaisait étrangement.
Pour l'heure, songea Ling Qi tandis que la file avançait, elle devait s'assurer de pouvoir garder ces « cadeaux ». La première étape consistait à s'occuper de son logement.
