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Chapitre 10

Chapitre 10

29 octobre 2026 ~13 min · 2 578 mots

En Corée, l'âge légal pour utiliser une Visite d'honneur était de 17 ans.

Après la Collision, dans ce secteur...

Pendant plusieurs décennies, il n'y avait eu aucune limite d'âge légale pour les joueurs.

Pourtant, posséder une Visite d'honneur, c'était faire fi de toutes les lois de la physique, de tous les stéréotypes, du bon sens et de la logique.

Une tâche bien lourde pour un esprit et un corps encore en pleine croissance.

Des incidents, petits et grands, avaient été causés par des joueurs mineurs dotés d'une Visite d'honneur.

On avait bien proposé des lois pour encadrer les porteurs de Visite d'honneur, mais les législateurs étaient restés passifs.

Et puis, il y avait environ 30 ans.

L'école primaire Segu, aujourd'hui abandonnée, dans la province de Gangwon.

Trois classes avaient été prises dans le déchaînement incontrôlé de la Visite d'honneur d'un élève.

La presse s'était déchaînée, et le gouvernement comme l'Assemblée nationale avaient été vivement critiqués pour n'avoir pris aucune mesure.

Il en était résulté l'adoption d'une réglementation sur les Visites d'honneur des mineurs.

Surnommée « la loi Segu ».

Cette loi interdisait aux moins de 17 ans d'utiliser une Visite d'honneur.

Dès lors, il était devenu légal d'implanter aux joueurs de moins de 17 ans, dès qu'on leur découvrait une Visite d'honneur, une puce mise au point par l'Association des joueurs, qui servait à « sceller » cette capacité.

Et à présent.

Le 1er janvier.

Le moi de ce monde avait 17 ans, et j'étais autorisé à utiliser ma Visite d'honneur.

'Le sceau a disparu.'

Ce 1er janvier, le sceau que je portais au poignet gauche, un demi-cercle rouge de la taille de l'ongle du pouce, avait disparu. Dès qu'il s'effaça, je sentis aussitôt la présence de la Visite d'honneur dans mon corps.

<Un miracle prend la forme de la lumière et descend sur le corps.>

'C'est exactement la description que donnait le texte du jeu pour le Tigre Blanc... !'

Je sentais d'instinct ce qu'était ma Visite d'honneur.

Et je compris aussi comment l'utiliser.

<Visite d'honneur : « Accès à l'Historique du joueur ».>

Dès que j'utilisai la Visite d'honneur, des centaines, des milliers de cartes multicolores jaillirent de mon corps.

En voyant ces cartes, je n'en crus pas mes yeux.

'Mes personnages jouables... !'

Sur les cartes figuraient les personnages que j'avais fait progresser dans le jeu pendant ces dix dernières années.

Le spectacle de l'écran où l'on choisissait un personnage pour une histoire ou une quête.

Tous les personnages de cet écran étaient là, devant mes yeux.

Le héros et l'héroïne, vedettes du jeu.

Les nombreux personnages qui n'existaient qu'en seconds rôles.

Les figurants qui apparaissaient une ou deux fois avant de mourir.

Le Tigre Blanc, que j'avais manié jusqu'au tout dernier moment.

Après avoir fait défiler les cartes, j'ouvris la notice de la Visite d'honneur pour en lire les conditions.

<Visite d'honneur : détail de l'« Historique du joueur ».>

[Historique du joueur]

Le jeu se présente sous la forme d'un autre monde où son avenir, son déroulement et ses rêves sont rejoués.

L'explication détaillée de la Visite d'honneur le prouvait : il ne s'agissait pas seulement des attributs physiques aboutis du personnage tel qu'il avait fini le dernier niveau.

Même pour un seul personnage, sa progression et son évolution étaient consignées dans les cartes.

Le Tigre Blanc, par exemple, avait des dizaines de cartes.

Et...

'Ça, c'est la carte de Sanghee...'

Elle la montrait sous sa forme de pourfendeuse du mal, après son pacte avec la déesse de la vengeance.

'Tout ce qui est montré ici, c'est mon historique de joueur.'

L'avenir où Sanghee devenait un esprit vengeur avait disparu.

Dans ce monde, la carte de Sanghee en guerrière la plus maléfique que je possédais était considérée comme la possibilité et la trace d'un autre monde.

Carte après carte.

Toutes sortes d'émotions me traversèrent tandis que je passais en revue les cartes de personnages.

'Cette carte, je l'utilisais juste après le bac, celle-là pendant mon service militaire, celle-ci quand je préparais ma recherche d'emploi...'

Ma vie de joueur avait duré une dizaine d'années.

Des moments heureux, des moments difficiles, tous partagés avec ces personnages.

Souvent, la progression de mes personnages m'avait consolé et m'avait donné l'envie d'en faire autant.

Tout mon historique de jeu, tous mes records.

Ils brillaient comme des étoiles devant mes yeux.

Longtemps, je contemplai les cartes.

Dans la fin du jeu, tous les personnages jouables étaient morts.

Bien sûr, tous les personnages de ces cartes étaient morts eux aussi.

'J'avais même continué à développer le potentiel des personnages morts.'

Nostalgique d'un personnage mort en cours de route, je l'utilisais dans des combats libres ou des quêtes libres pour le faire progresser.

J'avais peut-être espéré le grand classique : « Le personnage qu'on croyait mort était en fait vivant. »

Côté scénario, il était impossible d'utiliser les personnages morts en mode histoire, mais on pouvait toujours les faire progresser.

Moi, le loser de PMH, j'avais utilisé chaque personnage et je les avais tous fait progresser sans en abandonner un seul.

'Espérons une fin heureuse, cette fois.'

Comme en réponse, les cartes de personnages brillèrent vivement.

'Allons-y.'

Bien entendu, le premier personnage que je choisis fut le Tigre Blanc.

Parmi les nombreuses cartes du Tigre Blanc, je choisis la version du dernier niveau, libérée des contraintes du « courroux céleste ».

Mais avant d'utiliser la carte...

Je remarquai la mention inscrite en bas.

[Utilisable pendant 3 secondes]

« Qu'est-ce que je suis censé faire en trois secondes ! »

Les cartes d'une puissance excessive avaient une durée d'utilisation limitée.

***

1er janvier, 0 h 09.

Je sortis de chez moi.

Le vent était si fort qu'il semblait vouloir me transpercer.

'Je vais mourir de froid.'

J'eus aussitôt envie de rentrer, mais j'avais des choses à faire aujourd'hui.

À l'instant où j'avais obtenu ma Visite d'honneur, je m'étais promis de m'en servir à de multiples reprises.

'J'avais même envisagé à un moment d'emprunter la force du Tigre Jaune ou de Hong Gyubin. Je suis content de ne pas avoir à les déranger.'

L'« Historique du joueur » était un coup imprévu, au-delà de toute attente, une pièce qui dépassait mes prévisions.

Il était temps de déplacer cette pièce pour jouer le coup suivant.

'C'est comme se porter volontaire pour sauter en enfer.'

Rien que de repenser à mes affrontements passés avec les Ennemis, j'en avais la chair de poule.

Rien à voir avec tapoter sur un smartphone, de l'autre côté de l'écran.

'Le loser planqué derrière son écran peut-il vraiment s'en sortir ?'

Pfff...

Je soupirai, et je vis la buée se dissiper dans le ciel nocturne.

Ding dong.

Mon appareil connecté sonna.

Namwook, Sanghoon et moi.

La notification de notre conversation de groupe.

Des messages non lus s'étaient accumulés pendant que j'obtenais ma Visite d'honneur.

[Namwook] Euishin, Sanghoon. Bonne année. Même si je vais dans un autre lycée, on reste en contact et on se voit souvent. Vivement une autre bonne année.

[Sanghoon] BA

[Namwook] Sanghoon, si t'as la flemme de taper, envoie un message vocal ou un sticker.

[Sanghoon] K

[Namwook] ... laisse tomber. Bon. Il fait froid aujourd'hui, attrapez pas froid.

[Sanghoon] K

Je m'arrêtai et fixai l'écran des messages.

Puis je bougeai les doigts et tapai un message.

[Moi] BA

J'envoyai le message et ris.

Je savais que Namwook allait râler et que Sanghoon répondrait d'un seul mot, du genre « MDR ».

Ce n'était pas grand-chose, mais le contenu de cette conversation sembla réchauffer un peu l'air.

Je coupai les notifications et le GPS de mon appareil et me mis à courir.

<Visite d'honneur : détail de l'« Historique du joueur ».>

La carte de personnage que j'avais choisie cette fois était un personnage jouable de la classe avancée de terminale du lycée Eungwang : « la lumière dans les ténèbres », Oh Hyeji.

<La Visite d'honneur de grande envergure « La lune au firmament » est en cours d'utilisation.>

La Visite d'honneur « La lune au firmament » décuplait les capacités de saut, à condition qu'il fasse nuit et que la lune soit visible.

Dans le jeu, elle avait été dédaignée comme une Visite d'honneur pourrie, jugée déséquilibrée par rapport aux autres personnages.

Pourtant, une fois les conditions réunies, vu ses capacités de déplacement, le personnage de « La lune au firmament » était extrêmement utile.

'Il me faut une carte de personnage utile pour économiser mes forces et mon temps.'

Par chance, une super lune brillait haut dans le ciel.

En un clin d'œil, mon corps fut englouti par le ciel nocturne.

***

Une fête du Nouvel An dans l'un des centres de congrès de Yeouido.

Avec le ciel nocturne et le fleuve Han en toile de fond, les éclairages soulignaient l'architecture du bâtiment.

Chaque étage couvrait une immense surface.

Il y avait environ 1 000 invités.

Et plus de 100 agents de sécurité.

J'examinai les abords du centre de congrès.

Les agents de sécurité postés se déplaçaient par équipes de trois et faisaient leur rapport toutes les 10 minutes par oreillette.

'La sécurité est serrée. Ce sera difficile de s'infiltrer.'

J'avais bien un bon personnage pour l'infiltration, mais il était peu rentable.

Le problème, c'était de savoir s'il me resterait assez d'énergie pour m'échapper.

'C'est pour ça que j'ai préparé une autre option.'

Je me dirigeai droit vers l'entrée principale.

« Bonsoir, excusez-moi. Puis-je voir votre invitation ? »

Je m'arrêtai net.

J'étais en smoking, mais on voyait bien que je n'étais qu'un gamin.

Pourtant, l'agent de sécurité s'adressait à moi avec respect.

'Les fils et filles de quelques gros bonnets doivent être là.'

Je le toisai effrontément et levai le menton vers lui.

« Une invitation ? »

« Oui, c'est une soirée sur invitation... »

« Attends ! »

L'agent qui se tenait à côté de lui sembla me reconnaître et intervint.

« Ce lycéen, c'est le célèbre... ! »

Il avait l'air de vouloir me demander un autographe.

« C'est le petit Dragon Rouge, Yeom Junyeol, le fils du célèbre... ! »

Je souris à l'agent qui m'avait reconnu.

Mon visage était désormais celui d'un des personnages jouables, le Dragon Rouge Yeom Junyeol.

Le Lion Rouge, une équipe qu'on pouvait compter parmi les cinq meilleures.

Yeom Junyeol était le fils unique du maître de l'équipe du Lion Rouge, le roi des têtes d'affiche.

Yeom, en première au lycée Eungwang, avait l'allure d'un jeune noble et était réputé pour sa grandiose Visite d'honneur.

Auréolé du prestige de son père, Yeom était devenu une star des classes de joueurs dès ses débuts.

L'« Historique du joueur » reproduisait parfaitement son apparence.

Yeom Junyeol détestait l'adjectif « petit » que Player SAT-K avait accolé à son surnom de petit Dragon Rouge.

Le mot « petit », c'était sa corde sensible.

L'appeler petit Dragon Rouge, c'était lui chercher la bagarre.

C'était le moment de se montrer agressif.

J'imitai la mauvaise humeur de Yeom telle que je l'avais vue dans le jeu.

« Petit Dragon Rouge ? »

« ... Ah ! Pa-pardon. Monsieur le Dragon Rouge ! Vous faites bien plus mûr qu'à la télé ! »

C'était vrai.

Yeom avait actuellement 18 ans.

La Visite d'honneur que j'avais choisie datait de ses 19 ans.

Plus exactement, c'était celle du Yeom mort à 19 ans dans le scénario, dont j'avais continué à développer la puissance.

Je décidai de continuer à jouer les effrontés.

« Vous voulez vérifier mon invitation après avoir vu ma tête ? »

L'agent parut décontenancé par mon attitude agressive.

« Excusez mon... mon impolitesse. Monsieur le Dragon Rouge ! Pourrais-je au moins vérifier votre carte de joueur ou votre carte d'étudiant... voyez-vous, certains joueurs imitent les plus célèbres. »

<La Visite d'honneur de grande envergure « Dragon Rouge » est en cours d'utilisation.>

Au lieu de répondre, j'écartai les mains en l'air et invoquai la force du dragon de feu.

Fwaaah !

Une tête de dragon apparut dans l'espace entre mes mains.

Impossible de posséder une Visite d'honneur semblable ou identique : les Visites d'honneur ne se reproduisaient pas.

La présence du dragon de feu devait suffire à prouver que j'étais Yeom.

« C'est le genre de chose que d'autres peuvent imiter... ? »

« Je vous présente mes excuses. »

L'agent de sécurité appuya d'une main sur son oreillette et rendit compte de la situation.

« ... Oui, ici la porte principale. Le Dragon Rouge Yeom Junyeol est là... Ah, seul... Oui... Oui... »

Son apparition soudaine allait éveiller les soupçons.

Mais Yeom ouvrait la porte d'un vaste réseau : la tentation était trop forte.

Difficile de refuser.

'Ils vont tenter de saisir l'occasion.'

Si Yeom était seul, ils pourraient même le neutraliser.

Ils envisageraient peut-être de s'en servir comme otage,

ou d'utiliser sa présence à « cet événement » contre lui.

J'étais sûr que l'organisateur laisserait entrer Yeom.

« Désolé de vous avoir fait attendre, entrez, je vous prie ! »

Comme prévu, ils s'écartèrent.

Puisque j'avais emprunté le nom du petit Dragon Rouge Yeom, le responsable de l'événement m'escorta à l'intérieur.

Un couloir tapissé de moquette, puis une salle de réception sur deux niveaux.

La salle était remplie d'invités en smoking et en robe de soirée.

Les lustres étincelants et les rideaux de velours doré qui couvraient les fenêtres me faisaient mal aux yeux.

'Le code vestimentaire devait être « or Vegas »...'

Çà et là, je voyais des robes, des ornements de coiffure, des boutons de manchette et des pochettes couleur or Vegas.

'Ils n'ont pas lésiné.'

Certaines célébrités de premier plan avaient sans doute passé le Nouvel An dans des endroits bien plus chers, comme les hôtels suspendus dans le ciel.

Mais ceux qui attendaient ici le compte à rebours du Nouvel An comptaient parmi les gagnants de la société.

Après tout, l'organisateur était le propriétaire de ce centre de congrès.

« Au cours de cette soirée, tout moyen de communication autre que ceux approuvés et utilisés sur l'intranet de l'équipe de sécurité est interdit. Nous vous remercions de votre compréhension. »

Le responsable de l'événement me donna ensuite d'autres consignes, puis me tendit une boîte dorée contenant une pièce d'argent.

« Passez une bonne soirée. »

Le responsable s'inclina et disparut.

Je baissai les yeux sur la pièce d'argent.

<Mise à jour des informations de l'objet>

[Nom de l'objet] Copie de la pièce du serment de silence

[Type] Accessoire

[Rareté] SR+++

[Effet] Sert aux serments de silence

[Description]

Copie de la pièce d'argent utilisée par Sidelentium, roi maléfique du spectacle et du silence.

Le côté face porte le sceau de Sidelentium, le côté pile un corbeau.

Si vous utilisez cet objet pour jurer de garder le silence sur un sujet, vous ne pourrez plus transmettre aucun contenu similaire ou lié.

Cet objet de serment de silence, de rareté SR+++, est indestructible à moins que sa malédiction ne soit levée ou que la langue ne soit tranchée.

Cet objet a été fabriqué par la déesse ourse de la tristesse, l'une des 8 divinités, issue de la tribu des ours dans la grande mythologie.

Comme je m'y attendais, cette soirée était liée à la tribu des ours que je cherchais : la déesse ourse de la tristesse, l'une des 8 divinités, était impliquée.

'Si je ne la trouve pas ici, ça va se compliquer.'

Mais pour l'instant, il y avait plus urgent.

Je penserais à la déesse ourse de la tristesse une autre fois.

Je quittai discrètement la salle de réception et me dirigeai vers l'endroit visé.

Fin du chapitre 10
Fiche de l'œuvre

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