La plupart des personnages jouables de Legend of Heroes 2 étaient de beaux garçons et de belles femmes.
Même Keynes, le seul personnage âgé, était un vieillard très digne, charmant et beau : un minonyeon, comme on dit en coréen.
'Minonyeon… ça sonne comme une insulte.'
Parmi ces personnages jouables figuraient les Quatre Grands Rois de la Beauté, dont le garçon d'une beauté absolue, Jude, et la fille d'une beauté sans égale, Cordelia. Il y avait aussi le héros, Maximilian, né non seulement avec un beau visage, mais aussi avec du caractère, des capacités, du talent, des relations et une cuillère en or dans la bouche.
Et enfin, la beauté transcendante, Adélaïde, qui portait toujours un masque parce qu'il était impossible de rendre sa beauté démesurée par une illustration.
'Lucas, c'est un peu le niveau minimum pour entrer dans la catégorie des beaux gosses.'
On pouvait aussi dire que Lucas représentait la limite basse pour être invité par les fées.
C'était un homme viril, beau et séduisant, mais il ne correspondait pas tout à fait aux goûts des fées.
Or voilà que deux des Quatre Grands Rois de la Beauté, que les fées ne pouvaient s'empêcher d'adorer, se trouvaient réunis ici : il était naturel qu'une réaction enthousiaste éclate parmi elles.
« Il est vraiment trop beau. »
« Je crois que je ne me lasserais pas de te regarder toute la journée. »
« Trop jolie. Jolie. Ses yeux sont comme des joyaux. »
Le souffle des fées de l'hiver qui entouraient Jude et Cordelia se faisait de plus en plus fébrile, tandis qu'elles continuaient à exprimer leurs pensées.
Contrairement aux fées que Jude et Cordelia avaient rencontrées auparavant, qui jouaient avec eux comme avec des poupées, les fées de l'hiver semblaient plutôt s'intéresser à la contemplation de la beauté.
'C'est vraiment gênant.'
Cordelia avait passé sa vie à s'entendre dire qu'elle était la plus jolie, mais maintenant qu'elle était entourée de dizaines de fées qui la couvraient de compliments, son embarras croissant semblait pouvoir percer le ciel.
« Regardez comme elle est timide. »
« Mignonne. »
« J'ai envie de la croquer. »
L'admiration des fées de l'hiver ne faisait qu'accroître l'embarras de Cordelia, qui ne pouvait plus que fixer le sol, désemparée.
Mais Jude, c'était une tout autre histoire.
« C'est grisant, c'est toujours nouveau, et être beau, c'est ce qu'il y a de mieux. »
« Kyaa ! »
« Dis celle-là aussi, celle-là aussi ! »
« Pas les leurs, la mienne ! Lis la mienne ! »
Les fées de l'hiver sautillaient en agitant de grands morceaux de papier, de la taille d'une carte de visite pour un humain.
Chaque papier était couvert de répliques mièvres et sucrées, et l'espace et le temps semblaient se contracter au moment où les fées entendaient Jude les prononcer.
« Allons, faites la queue, en rang. Bon, lisons celle-ci, cette fois. »
Jude avait répondu tranquillement en choisissant un papier, et les fées se remirent à hurler frénétiquement.
« Kyaa ! C'est ça, c'est ça ! »
« Il a parfaitement lu cette réplique culte. »
'Mais qu'est-ce qu'il fabrique ?'
Quand Cordelia tourna la tête, intriguée, Jude la vit et, à cet instant, eut un sourire sournois… non, un sourire charmeur.
'Cordelia, aide-moi.'
'Hein ?'
'Qu'est-ce que tu veux ? Non, qu'est-ce que tu veux que je fasse ?'
'J'ai besoin de quelqu'un pour me donner la réplique.'
'Te donner la réplique ?'
'Ne bouge pas, c'est tout.'
Après cette conversation quasi télépathique, Jude s'approcha de Cordelia, qui sursauta un instant avant de se figer. Au même moment, des dizaines de fées de l'hiver se turent. Pour se plonger dans ce qui allait se passer.
'Ne bouge pas.'
Jude avait de nouveau parlé des yeux en tendant lentement la main pour caresser doucement les beaux cheveux de Cordelia. Puis il approcha son visage du sien.
'Qu-qu'est-ce qu'il fabrique, ce malade ?!'
Mais Jude ne s'arrêta pas. Il approcha son visage jusqu'à ce qu'elle sente son souffle et, les yeux plongés dans les yeux bleus de Cordelia, il dit :
« Je ne peux pas. Parce que je… »
'Qu'est-ce que tu… !'
« Toi… »
Les yeux de Jude s'embuèrent, et Cordelia déglutit malgré elle.
Tout comme les fées de l'hiver.
Jude caressa la joue de Cordelia. Il parla comme dans un murmure, avec un visage qui semblait sur le point de verser des larmes.
« Parce que je t'aime. »
« Kyaaa ! »
« Oh mon dieu ! Oh mon dieu ! »
Les fées de l'hiver hurlèrent comme des folles et perdirent la tête.
C'était une scène de l'histoire « La Romance de la Reine des Fées et de l'Archimage du 9e Cercle ». Par une erreur décisive, la Reine des Fées avait anéanti le vœu de toute une vie de l'Archimage ; elle lui demandait donc de la tuer. Mais l'Archimage éclatait en sanglots, la suppliant et lui disant qu'il ne pouvait pas la tuer, par amour. Et Jude venait de jouer les répliques que l'Archimage adressait à la Reine des Fées.
« Tu as enregistré ? Tu as enregistré ? »
« J'ai même pris une vidéo ! »
Tandis que les fées de l'hiver étaient en pleine frénésie, Cordelia décocha un coup de pied dans le tibia de Jude.
« Aïe ! »
« Qu'est-ce qu'il fabrique, ce malade ! »
'Mon cœur battait à tout rompre ! Non, pas ça…'
Cordelia lui donna encore quelques coups de pied pour ravaler son embarras, puis prit une profonde inspiration. Et les fées de l'hiver s'empressèrent de prendre une nouvelle vidéo, en disant que c'était bien aussi, dans son genre.
'Haa… franchement. Il était acteur, ou quoi ?'
Sa façon d'exprimer des émotions par le regard n'était pas normale.
À bien y réfléchir, l'intonation de son jeu, quand il lisait les répliques proposées par les fées, était un peu différente à chaque fois.
'Qu'est-ce que tu faisais, vraiment ?'
Tandis que Cordelia s'absorbait dans ses questions sur le vrai métier de Jude, les fées de l'hiver, qui les suppliaient de lire encore leurs répliques, se turent soudain.
Ce n'était pas parce que Jude commençait une nouvelle représentation.
« Faites place ! »
Contrairement aux autres fées, vêtues de mini-robes proches du maillot de bain une pièce, une fée en armure et casquée avait crié très fort, et toute la salle du banquet fit silence d'un coup, comme si toute l'agitation d'avant n'avait été qu'un mensonge.
'Une chevalière des fées.'
La fée la plus puissante, qui protégeait la Reine des Fées.
La seule force de combat qui existait chez les fées, qui ne se battaient que rarement.
« Jude Bayer et Cordelia Chase. La Reine vous fait appeler tous les deux. »
À la déclaration de la chevalière des fées, la plupart des fées baissèrent le visage et les épaules.
C'était l'annonce que le banquet était pour ainsi dire terminé.
« Suivez-moi. »
Quand la chevalière des fées eut parlé avec dignité et se fut retournée, les fées de l'hiver s'écartèrent pour ouvrir la voie à Jude et Cordelia.
« C'était amusant. »
« Merci. »
« On rejouera plus tard. »
Jude répondit avec un sourire aux fées, qui ne prononcèrent que quelques mots, et lança un regard à Cordelia.
'Les choses sérieuses commencent maintenant.'
La seule à pouvoir accorder la protection de l'hiver était la Reine des Fées, la souveraine des fées de l'hiver.
Mais Jude et Cordelia visaient plus que ça.
« Par ici. »
Tandis qu'ils marchaient en suivant la chevalière des fées, les arbres s'alignèrent étroitement, formant une sorte de couloir.
C'était presque la même structure que la demeure des fées qu'ils avaient visitée auparavant.
Et au bout de quelques pas, la même chose se produisit cette fois encore.
Leur vision sembla se brouiller un instant, et soudain, Jude et Cordelia se retrouvèrent dans la salle de la Reine.
« Je salue la Reine des Fées. »
« Je salue la Reine des Fées. »
Quand Jude s'inclina pour la saluer, Cordelia s'empressa de l'imiter et s'inclina à son tour.
« Vous êtes des enfants polis. »
Sur un trône de glace siégeait la Reine des Fées, vêtue d'une robe blanche aux reflets bleutés.
Si la Reine des Fées qu'ils avaient rencontrée auparavant était blonde, celle-ci avait les cheveux platine, presque argentés. Elle donnait aussi une impression bien plus froide, peut-être à cause de la couleur de sa robe.
'Mais la Reine des Fées reste une fée.'
Jude prit une profonde inspiration et se redressa, avant de regarder la Reine des Fées droit dans les yeux.
« Tu es beau, en effet. »
La Reine des Fées eut une réaction bien digne d'une fée, les joues légèrement rosies, en souriant. Elle se tourna un instant vers Cordelia, avant de reporter son regard sur Jude.
Elle avait vu la bague d'argent à l'annulaire de la main droite de Jude, qu'il avait délibérément levée à hauteur de sa poitrine.
« Les Pas de Fée ? »
'Comme prévu.'
Elle l'avait reconnue.
Ou plutôt, elle ne pouvait pas ne pas la reconnaître.
Les Pas de Fée n'étaient pas un objet courant.
De plus, les Pas de Fée que portait Jude appartenaient aux « fées de l'automne ».
'Les fées aussi ont leurs catégories.'
Le printemps, l'été, l'automne et l'hiver.
Les fées symbolisaient les quatre saisons.
Dans les grandes lignes, c'étaient toutes des fées, mais il existait certaines différences, tout comme les humains se classaient par race et par pays.
Les fées que Jude et Cordelia avaient rencontrées auparavant étaient des fées de l'automne, et les fées de l'hiver, ou plus exactement la Reine des Fées de l'hiver, accordaient à leur existence une importance considérable.
« C'est Lorelei qui vous a donné ça ? »
La Reine des Fées de l'automne avait dit qu'elle préférait un bel homme à une jolie femme.
« Oui. Elle nous l'a donnée pour nous remercier d'avoir bien participé au banquet. »
Il l'avait reçue en récompense pour avoir vaincu la Bicorne, mais Jude cacha délibérément ce fait.
'Parce qu'ici, on n'a rien fait de spécial, à part jouer.'
Bien sûr, ils n'oublièrent pas de mentionner Clair de Lune.
« Ce bâton sacré aussi, c'est Lorelei qui nous l'a donné. »
Quand Jude parla doucement en faisant signe à Cordelia, elle s'empressa de lever Clair de Lune, qu'elle avait sorti à l'avance.
« Clair de Lune ? »
« Elle a bien dit que c'était son hospitalité envers ses invités… Nous avons trouvé que c'était un objet bien trop précieux pour être donné, mais nous lui en avons été reconnaissants. »
En entendant la réponse de Jude, Gerd, la Reine des Fées de l'hiver, prit une expression compliquée.
Elle pensait qu'elle devait au moins faire autant que Lorelei.
Sinon, elle aurait l'impression d'avoir perdu face à Lorelei, d'une certaine façon.
'Une fée reste une fée.'
C'était une race décrite comme mignonne, adorable et espiègle, qui se lisait aussi facilement qu'un enfant.
« Hummm… hummmmmm. »
La Reine des Fées Gerd grogna un moment, avant de serrer les poings comme si elle avait pris une décision.
« Les fées de l'hiver ne peuvent pas être en reste face aux fées de l'automne. »
« Vous avez tout à fait raison. À vous voir ainsi en personne… vraiment… ah, non. Ce ne serait poli ni envers Lorelei ni envers Gerd. »
Les yeux bleus de Gerd s'emplirent d'émotions diverses quand Jude parla ainsi à dessein.
« Qu'y a-t-il ? Qu'est-ce que tu allais dire ? »
« C'est que… »
« C'est que ? »
« Comme vous semblez plus belle que Lorelei… je suis sûr que votre cœur est plus beau aussi. »
Devant ces répliques effrontées de Jude, Cordelia baissa vivement la tête pour dissimuler son expression.
'Comment il fait pour ne pas avoir honte ?! Je veux dire… ses arrière-pensées se voient comme le nez au milieu de la figure !'
Mais les paroles de Jude firent leur effet.
La Reine des Fées restait une fée. Ces compliments francs lui firent légèrement rosir les joues, puis elle sourit.
« C'est vrai, hein ? Je suis un peu plus jolie que ma sœur Lorelei, hein ? Hihihi. »
Les mains de Gerd s'agitaient de joie, mais elle se redressa bientôt et s'éclaircit la gorge avant de dire :
« Hum, hum. J'ai vu que vous aviez fait plaisir à mes enfants. Je vais donc vous récompenser, comme Lorelei. »
« Merci infiniment. »
« Merci. »
Jude et Cordelia s'empressèrent d'exprimer leur gratitude pour cette faveur, et Gerd, ravie, frappa dans ses mains.
« Apportez les Liens des Fées. »
À cet instant, Jude et Cordelia se regardèrent, et tous deux eurent la même pensée.
'Bingo !'
'Sérieux ?!'
Ils s'étaient exclamés en même temps.
Les Liens des Fées étaient un objet précieux.
Ce n'était pas un objet du niveau d'un rang S. Et contrairement aux Pas de Fée, il n'avait pas d'effet direct sur son porteur.
Pourtant, si l'on considérait son potentiel, c'était en réalité l'un des trois meilleurs objets « de fin de jeu » que l'on pouvait obtenir auprès des fées.
'C'est un bracelet qui peut accueillir les protections des fées des quatre saisons.'
À l'origine, la protection accordée par les fées ne durait pas longtemps.
C'était comme un tatouage autocollant éphémère.
Mais tout changeait si la protection était placée sur les Liens des Fées.
Non seulement l'effet de la protection devenait bien plus puissant, mais sa durée et son nombre d'utilisations augmentaient aussi considérablement.
'Mais le vrai jackpot, c'est quand on a réuni toutes les protections.'
En obtenant toutes les protections des fées des quatre saisons, on pouvait activer une protection spéciale appelée « Grande Protection des Quatre Saisons ». Et si l'on fusionnait toutes les protections des fées des quatre saisons en une seule, on obtenait la « Protection du Roi des Fées », l'une des protections les plus puissantes de Legend of Heroes 2.
'C'est complètement cheaté, si on réunit tout.'
Rien que l'effet de la Grande Protection des Quatre Saisons était extrêmement puissant.
Ceux qui la recevaient pouvaient non seulement user librement du pouvoir des fées des quatre saisons, mais ils étaient aussi reconnus par le monde comme des fées et jouissaient de divers privilèges.
'Le hic, c'est que sans protection, ce n'est qu'un bracelet en argent, alors il va falloir toutes les réunir.'
La vraie question était plutôt de savoir qui, de Jude ou de Cordelia, obtiendrait les Liens des Fées.
C'était un objet très utile pour l'un comme pour l'autre.
Mais heureusement, Gerd dissipa ces inquiétudes.
« Vous vous entendez bien, tous les deux, comme un couple. Alors ce serait bien que vous portiez quelque chose ensemble. »
Ce qu'elle leur présenta alors, c'étaient des bracelets de couple.
En regardant la paire de bracelets d'argent magnifiquement ouvragés, Jude et Cordelia eurent un sourire éclatant, comme si une fleur s'épanouissait sur leur visage.
« Hahaha. »
« Hohoho. »
Car leur bonheur était vraiment sincère.
À la vue des deux jeunes gens, Gerd leva fièrement le menton et demanda prudemment, comme si elle se parlait à elle-même :
« Lorelei ne m'arrive pas à la cheville, hein ? »
« Bien sûr. »
« Nous vous en sommes vraiment reconnaissants. »
À cet instant, Jude et Cordelia avaient repris leurs grands airs pour répondre.
Rassérénée, Gerd dit alors :
« Je vais vous accorder la protection de l'hiver, alors tendez le bras qui porte le bracelet. »
Jude et Cordelia obéirent aussitôt.
La protection de l'hiver, accordée par la Reine des Fées de l'hiver.
Grâce à cette protection incorporée aux Liens des Fées, tous deux sentirent qu'ils avaient acquis une résistance au froid.
« Eh bien, racontez-nous donc votre histoire. Comment êtes-vous arrivés jusqu'ici, en ce lieu si reculé ? »
Tout comme la Reine des Fées de l'automne, la Reine des Fées de l'hiver était très curieuse des étrangers.
Jude répondit qu'ils étaient en route pour l'Enclume de Givre, à cause du Tournesol.
« Ah… je vois. J'espère que tu trouveras le Tournesol. Pour pouvoir prendre ta fiancée dans tes bras, te faire draguer par elle… attends, qu'est-ce que tu as dit, déjà ? »
« Sauter le mur. »
« Oui, c'est ça. Courage, jolie enfant. Ton bien-aimé obtiendra le Tournesol, c'est certain, et il prendra soin de toi. »
« Euh… oui. J'ai… hâte. Hoho. »
Cordelia était sceptique quant aux déclarations de Jude, mais elle répondit tout de même avec le sourire à la Reine des Fées.
« Hmm… voilà. Si vous allez à l'Enclume de Givre, je crois que je peux vous aider un peu plus. »
Gerd hocha une fois la tête, comme si elle avait pris sa décision, puis s'adressa à la chevalière des fées, qui écoutait elle aussi leur conversation.
« Ada, va chercher les Plumes de Fée. »
« Oui, Votre Majesté. »
Tandis que la chevalière s'inclinait poliment et sortait, Gerd reporta son regard sur Jude et Cordelia et dit :
« Connaissez-vous les Plumes de Fée ? »
'Oui, bien sûr que je connais.'
Mais, contrairement à ce qu'il pensait au fond de lui, Jude afficha un air ignorant, et Gerd expliqua avec un sourire :
« Les Plumes de Fée sont un objet mystérieux qui permet de traverser l'espace. Elles vous mèneront d'un coup à l'Enclume de Givre. »
« Waouh, vraiment ? »
Gerd acquiesça quand Cordelia se mêla à leur conversation.
« C'est vrai. Les nains de l'Antiquité, qui ont bâti l'Enclume de Givre, et nous, les fées de l'hiver, étions autrefois très proches. Les nains de l'Antiquité nous ont donné les coordonnées magiques pour que nous puissions entrer d'un coup dans l'Enclume de Givre et venir jouer avec eux à tout moment. »
En réalité, les nains de l'Antiquité les leur avaient données pour contrôler les fées, dont on ne savait jamais quand ni où elles allaient surgir : c'était le moyen le plus simple de satisfaire à la fois les nains, agacés par ces apparitions soudaines, et les fées, qui ne voulaient que jouer.
Jude décida de garder cette vérité pour lui plutôt que de la faire inutilement remarquer aux fées.
Mais il y avait un problème.
« Votre Majesté, il ne reste qu'une seule plume. »
Aux mots de la chevalière des fées, Gerd fronça légèrement les sourcils.
Les Plumes de Fée étaient à usage unique, et une plume ne pouvait servir qu'à une seule personne.
« Hum… bon, ça devrait aller quand même. Il suffit d'utiliser l'astuce. »
« L'astuce ? »
Cordelia avait posé la question avec curiosité. Il fallait une plume par personne : elle se demandait de quelle astuce parlait la Reine des Fées.
« C'est simple. Vous n'avez qu'à vous serrer très fort dans les bras l'un de l'autre, puis l'utiliser. »
« Hein ? »
« Comme ça, vous pourrez vous déplacer ensemble. »
Gerd souriait en trouvant la solution vraiment simple. Cordelia se tourna vers Jude, qui dit :
« Hum… bon, on n'y peut rien. »
« Alors pourquoi tu as ce sourire sournois ? »
« Non, pas du tout ? Moi aussi, j'aurais voulu une plume chacun, d'accord ? »
Tandis qu'il chuchotait tout bas, Gerd les regarda avec bonheur avant de se tourner vers la chevalière des fées et de dire :
« Dis aux enfants de se rassembler. Nous allons raccompagner nos invités. »
« Oui, Votre Majesté. »
Peu après la réponse de la chevalière, l'espace sembla onduler, et Jude et Cordelia se retrouvèrent soudain debout au centre de la salle du banquet, entourés de dizaines de fées.
« Câlin, câlin. »
« Câlins gratuits ? »
« Câlin d'ours. »
« C'est qui, la gamine qui dit "câlin, câlin" ? Il faut dire "câlin d'amour". »
Les fées de l'hiver bavardaient entre elles, et certaines brandirent même résolument leur matériel d'enregistrement vidéo. Gerd dit alors avec un sourire :
« Enfants des hommes, je vous souhaite de trouver ce que vous cherchez à l'Enclume de Givre. Soyez heureux. »
« Heureux ! »
« Vivez bien ! »
'Quel rapport entre une téléportation à l'Enclume de Givre et le bonheur ?'
Au milieu des encouragements incessants des fées de l'hiver, le visage de Cordelia se décomposa, et elle dit à Jude :
« Partons vite. »
« D'accord. »
Jude commençait lui aussi à se sentir gêné.
« Moi ? Ou toi ? »
« Moi. »
Cordelia comprit aussitôt ce qu'il voulait dire. Elle prit une profonde inspiration avant de croiser les bras en X devant sa poitrine et de se tenir bien droite. Puis Jude serra Cordelia dans ses bras, très maladroitement.
« Waouh ! »
« Un bisou ! Un bisou ! »
« Un bisou ! »
Il ne put en supporter davantage.
Jude activa précipitamment la Plume de Fée, et tous deux traversèrent l'espace.
***
L'Enclume de Givre était l'une des sept cités du grand royaume fondé par les nains de l'Antiquité.
« Haah… haa… haa… »
« Huuhh… huuhh… »
Tous deux arrivèrent sains et saufs dans une pièce obscure ; ils restèrent un moment à haleter avant de lever la tête et de se regarder.
« Les fées. »
Tombés au sol, ils soupirèrent, puis prirent une profonde inspiration avant de se mettre rapidement en mouvement.
Cordelia éclaira les ténèbres d'une lumière magique, et Jude sortit la carte de l'Enclume de Givre qu'il avait dessinée à l'avance.
« L'Enclume de Givre ? »
« On dirait qu'on est à l'intérieur. Cordelia, tu peux éclairer par là ? »
« Ici ? »
« Oui, là. »
Quand elle éclaira l'endroit que Jude indiquait, de grands caractères apparurent, gravés dans la paroi.
« C'est de l'écriture naine ancienne. Traducteur JuGgle, qu'est-ce que ça dit ? »
« Traducteur JuGgle ? »
« Tu préfères Traducteur GooDe ? »
« … JuGgle, c'est mieux. Bref, attends. Laisse-moi d'abord tâter ma mémoire. »
« Dit comme ça, "tâter", ça fait pervers. »
« … Laisse-moi plutôt consulter ma mémoire, alors. »
Jude corrigea vite sa formule et ferma les yeux pour ouvrir son Palais de la Mémoire.
Même avec une mémoire hors du commun, il était impossible pour Jude de se souvenir de tout instantanément.
Au bout de quelques minutes, Jude déchiffra l'écriture naine ancienne en s'appuyant sur ses souvenirs.
« Enclume de Givre. Rez-de-chaussée. Hall. »
« Oh, on est vraiment à l'intérieur. »
« Je crois que c'est la salle juste à côté de l'entrée. Quel soulagement. Parce que franchir l'entrée n'a rien de facile. »
L'Enclume de Givre était une cité souterraine bâtie par les nains de l'Antiquité.
Il n'y avait qu'une seule entrée, appelée la « Grande Porte ». L'entrée elle-même était vaste et solide, mais ce n'était pas un endroit facile à franchir, car toutes sortes de monstres se rassemblaient à proximité.
'Ça fait du bien, d'avoir de la chance.'
Grâce aux fées de l'hiver, ils avaient franchi sans peine l'un des obstacles pour arriver jusqu'ici.
« Il fait froid, même avec la protection de l'hiver activée. »
« Parce que cet endroit ne diffère en rien d'un congélateur. Remonte ton col, et partons tout de suite. On fera une pause une fois arrivés au salon du rez-de-chaussée. »
L'exploration proprement dite commençait à partir du deuxième sous-sol, infesté de monstres, de pièges, et ainsi de suite.
Cordelia acquiesça à la proposition de Jude et augmenta un peu l'éclat de la lumière magique. Puis tous deux se mirent en marche ensemble.
Et au même moment, dans un tout autre lieu.
Les dirigeants de la Main du Diable s'étaient réunis.
