« Haa… je peux me détendre un peu, maintenant… »
Installée dans la tente montée par Gaël, Adélia étendit les jambes en soupirant de soulagement.
Elle venait de subir les assauts d'un vent glacial ; une tente qui arrêtait le vent valait de l'or.
« Ne vous surmenez pas. Nous allons faire une pause ici pour aujourd'hui. »
« Oui, sire Gaël. Venez par ici, vous aussi, sire Gaël. Je vais lancer un sort. »
« Merci. Grâce à dame Adélia, nous serons bien installés. »
« Vous installer confortablement, c'est un jeu d'enfant, aucun problème. »
Gaël sourit à son tour quand Adélia lui répondit avec un doux sourire.
C'était un sourire éclatant, que les gens du comte Bayer connaissaient bien.
« Alors, je me permets. »
« Oui. »
Adélia avait répondu doucement et attendit sagement que Gaël s'asseye à côté d'elle.
Si le comte Chase… non, si ses subordonnés de la capitale royale avaient vu l'Adélia d'aujourd'hui, si loin de son habitude, ils en auraient cligné des yeux à n'en plus finir. Mais il n'y avait personne ici pour s'en soucier.
« <Vague de Chaleur>. »
Dès qu'Adélia eut prononcé le sort, une vague de chaleur se mit à réchauffer l'intérieur de la tente.
Le bout de ses doigts et de ses orteils, gelés au point de sembler de pierre, se réchauffa, et le sang se remit à circuler en picotant.
« Haaa… »
Adélia laissa échapper un son par réflexe en sentant ces picotements ; Gaël eut un petit sourire, se déplaça légèrement et dit :
« Mieux vaudrait retirer vos chaussures, vous risquez des engelures. Je vais vous les enlever. »
« Hein ? Euh… oui. Je vous… en prie. »
Adélia avait de nouveau répondu doucement.
Si ses subordonnés de la capitale royale… non, si ses collègues commandants du Corps magique de la Garde royale l'avaient vue, ils se seraient écriés : « C'est un sosie maléfique ! Où est la vraie Adélia ! » Mais elle n'était pas une copie. C'était bien la vraie Adélia qui se trouvait là.
'Il est gentil.'
Adélia pensait cela en regardant Gaël lui retirer soigneusement ses chaussures.
En réalité, au début de leur voyage, Adélia aurait sèchement repoussé la gentillesse de Gaël en lançant quelque chose comme : « J'ai des mains, moi aussi. Allez-vous-en. » Mais plus maintenant.
'Rien, il n'y a rien entre nous, nous ne sommes pas ensemble.'
Ce jour-là.
Les mots que Gaël avait prononcés en la regardant, les yeux humides de larmes.
'Il n'y a… rien entre nous ?'
Cette voix d'agneau blessé avait tout changé.
Elle avait ouvert le dernier verrou de son cœur, celui qui avait résisté jusqu'au bout.
« Oh, je m'en doutais, ils sont gelés. Je vais vous masser, alors ne vous étonnez pas trop. »
Gaël avait de nouveau parlé avec douceur en commençant à lui masser délicatement les pieds, et Adélia rougit, les lèvres frémissantes.
« Euh… ça ne sent pas ? »
Ses chaussures étaient restées mouillées longtemps.
« Ce n'est rien. »
Né et élevé parmi les chevaliers, Gaël n'était pas très doué avec les mots.
Mais dans cette situation, ce n'étaient pas vraiment les mots qui comptaient.
Le pouvoir de l'amour était immense.
'Il est gentil…'
Elle aimait qu'il parle avec sincérité plutôt que d'aligner les belles paroles.
Et puis elle voyait son regard et sentait ses mains qui lui massaient les pieds.
N'était-il pas évident que Gaël s'inquiétait sincèrement pour Adélia, sans la moindre arrière-pensée ?
'Ça ne me dérangerait pas qu'il ait un peu ce genre d'arrière-pensées.'
Adélia sursauta en prenant conscience de cette pensée involontaire, et Gaël, se méprenant sur sa soudaine raideur, demanda avec précaution :
« Je vous ai fait mal, peut-être ? »
« N-non. Ça va. Merci, ça m'a fait du bien. »
Adélia feignit le calme en retirant vivement ses deux pieds, et Gaël sourit de nouveau en s'asseyant à côté d'elle.
Et Adélia pensa :
'Je devrais lui faire un massage aussi ?'
Non, ce serait un peu bizarre, non ?
Je devrais plutôt lui faire de l'eau chaude pour qu'il se lave les mains ?
Il y avait de la neige tout autour : elle pouvait faire de l'eau en la chauffant par magie.
Tandis que l'esprit d'Adélia tournait à toute vitesse, Gaël retira lui-même ses chaussures et se mit à se masser les pieds.
« Il faut aérer un peu. Excusez-moi. »
Gaël avait dit cela d'un air gêné avant d'entrouvrir l'entrée de la tente, hermétiquement fermée ; l'air froid et frais qui s'engouffra ramena Adélia à la raison.
'Fiou, fiou. Calme-toi, calme-toi. Adélia.'
Ils n'étaient pas en couple, mais leur relation n'était pas non plus clairement définie.
'C'est ça, calme-toi. Détends-toi, Adélia.'
Adélia prit une profonde inspiration et retrouva son sang-froid. Entre-temps, Gaël avait sorti la couverture de leurs bagages, refermé l'entrée de la tente, et lui tendait la couverture.
« Couvrez-vous. Je vais me reposer un peu, puis je préparerai le repas. »
« Vous devriez vous réchauffer aussi, sire Gaël. »
Adélia s'était couverte de la couverture en disant cela ; Gaël hésita un instant, puis s'assit à côté d'elle, et elle le couvrit lui aussi.
« Je me demande comment vont Jude et Cordelia. »
« Ils doivent aller bien. Cela ne fait que deux mois… mais on dirait qu'ils ont tous les deux beaucoup grandi pendant leur voyage. »
Il ne parlait pas seulement de leur puissance physique.
Ils avaient aussi beaucoup mûri.
« Quand sont-ils devenus adultes ? »
« Je suis d'accord. Je croyais que c'étaient des enfants immatures, amoureux… »
Gaël laissa sa phrase en suspens et sourit en regardant Adélia, qui le regardait aussi.
Et tous deux s'en rendirent compte.
Leurs visages étaient trop proches.
Si proches qu'ils sentaient le souffle l'un de l'autre.
Adélia entrouvrit les lèvres sans s'en rendre compte. Gaël fixa les lèvres d'Adélia, et à un moment, leurs regards se croisèrent de nouveau.
Ils réduisirent la distance en même temps.
Adélia laissa échapper un souffle brûlant et serra la couverture, le cœur tremblant de peur et d'attente, puis ferma lentement les yeux.
Et juste après…
Baaaang !
La tente vola en éclats dans un grand fracas. Au même instant, non, un peu avant, Gaël la plaqua au sol pour esquiver l'attaque qui fonçait droit sur eux.
Touk !
La tente avait été détruite, et un carreau vibrait, planté dans la paroi rocheuse.
Se retrouvant sous Gaël, Adélia ouvrit les yeux d'un coup, et l'ambiance rose qui régnait entre eux se brisa net.
Bang !
Une deuxième déflagration retentit. Cette fois, c'était Adélia. La tente fut balayée par une puissante onde magique, qui emporta même le carreau sur le point d'exploser.
Gaël se releva. Il dégaina vivement son épée et foudroya du regard la direction d'où venait le trait.
« Neuf. »
Il compta les ennemis d'un coup.
Il les avait dénombrés non seulement à la vue, mais aussi au ressenti.
« Des adorateurs de démons. »
Peut-être même un homme-démon.
Un géant qui tenait une petite baliste à la main souriait au loin.
Autour de lui se tenaient des monstres horriblement difformes, comme ceux du Karaval, qui portaient des colliers de chien et bavaient en fixant les deux jeunes gens d'un regard perçant.
Gaël réfléchit.
Il comprit d'un coup pourquoi ils apparaissaient si loin au sud.
'Ils ont eu la même idée que Jude.'
Jude était parti ravager les arrières de l'Ouest.
L'Ouest avait fait de même. Ayant eu une idée semblable, ils avaient eux aussi envoyé des troupes vers l'est.
'La chaîne du Toit du Ciel.'
Une terre de mort où même les dieux sauvages ne vivaient pas.
C'est pourquoi, au lieu de franchir la chaîne du Toit du Ciel, ils avaient fait un grand détour par le sud pour s'infiltrer à l'Est.
Et ils étaient tombés sur ces individus en plein mouvement.
« J'ai de la chance. »
Garad, l'homme-démon de rang intermédiaire qui avait attaqué Gaël, éclata de rire. Dès qu'il avait vu Gaël et Adélia, lui aussi avait réfléchi.
'Ce sont eux, forcément.'
Les monstres au sang froid qui tuaient et détruisaient sans hésiter, un par un, les hommes-démons de l'Œil du Diable opérant à l'Est.
C'était un sacré malentendu, une erreur de personnes complète, mais le malentendu de Garad avait ses raisons.
On voyait mal pourquoi un couple d'une beauté saisissante venu du royaume de Sölen se trouverait ici, sur les Terres Sauvages.
« Haraken sera content. »
Il n'avait pas besoin de leur ôter la vie ; il pensait donc pouvoir les violenter tout son soûl.
Les coins de la bouche de Garad se relevèrent, et il entama sa transformation.
Ses yeux, luisants d'ambition et de désirs vulgaires, se fragmentèrent en dizaines de facettes et devinrent des yeux composés, et son corps gigantesque enfla jusqu'à grossir encore.
Une carapace noire et luisante, semblable à celle d'un lucane, l'enveloppa tout entier comme une armure.
Des cornes poussèrent sur son front, et ses mâchoires se fendirent pour devenir une bouche d'insecte.
« Je vais faire de vous mes marionnettes. »
Garad songeait déjà à ce qu'il ferait après sa victoire.
La petite baliste de son bras droit trembla tandis qu'il se mettait à courir à son tour.
« Allez ! »
Gaël avait crié à pleine voix au même instant. Il fila au ras du sol vers Garad qui accourait, tandis qu'Adélia commençait à réciter un sort.
Les hommes-démons de rang inférieur qui accompagnaient les monstres hurlèrent et se ruèrent eux aussi sur eux.
Baaaang !
Au moment où Garad et Gaël se heurtèrent, un grand fracas retentit.
Plus exactement, c'était le bruit de l'énorme poing de Garad brisant le sol.
Twaaaaac !
Tel le vent, Gaël esquiva l'attaque de Garad, et son épée, brillant d'un éclat bleu, frappa violemment.
Sa lame acérée fendit la carapace qui couvrait le flanc de Garad.
« Gaah ! »
Garad fut décontenancé par l'attaque de Gaël, plus puissante qu'il ne l'avait cru. Mais il était déjà trop près pour reculer. Il frappa donc de nouveau du poing et lança un ordre à ses subordonnés :
« Tuez la femme ! »
C'était pour distraire Gaël.
Un ordre sensé.
Mais même au moment où Garad cria, Gaël ne se retourna pas vers Adélia.
Parce qu'il croyait en elle.
Non, il savait, tout simplement.
La puissance d'Adélia.
Sa force.
Boum ! Boum ! Boum !
La foudre s'abattit. La foudre puissante, née de la spécialité d'Adélia, l'Incantation Rapide, frappa les hommes-démons de rang inférieur qui chargeaient. Et elle ne s'arrêta pas à un seul coup : elle se propagea tout autour, comme par rebonds.
<Chaîne d'Éclairs>.
Au sein même du Corps magique de la Garde royale, on la surnommait « l'Éclair », car elle incantait trois fois plus vite que la normale. Et malgré cette rapidité, la structure de sa magie et sa précision ne baissaient guère.
« Aaaaaah ! »
Tandis que la foudre rebondissait, les hommes-démons de rang inférieur, prisonniers de cette chaîne d'éclairs infernale, hurlaient et se roulaient par terre, mais ce n'était qu'un début.
« Bande d'ordures ! »
Adélia jura et récita un nouveau sort. Les yeux étincelants, lâchant ses sorts offensifs sur fond de neige blanche, elle ressemblait à Solari, l'ange guerrier descendu en ce monde.
Boum ! Boum ! Boum !
Adélia ne leur fit aucune grâce. Ou plutôt, elle accula ses ennemis avec une puissance excessive, bien supérieure à celle qu'elle employait d'ordinaire.
Car elle était en colère.
'Juste à ce moment-là ! Juste à ce moment-là ! Juste à ce moment-là !'
Pile à ce moment-là !
'C'était ma première fois !'
Non, ça allait être ma première fois !
La scène survenue une dizaine de secondes plus tôt lui revint à l'esprit.
Non, et même les quelques secondes d'avant, les connaissances dont elle se souvenait et les innombrables histoires qu'elle avait écoutées en feignant de ne pas s'y intéresser…
« Brûlez ! Soyez déchiquetés ! Effondrez-vous ! »
Adélia lança trois sorts différents à la suite.
<Flammes de l'Enfer>.
<Lame de vent>.
<Effondrement Matériel>.
Au sein même du Corps magique de la Garde royale, fier de son histoire et de ses traditions, on qualifiait Adélia de génie : son talent pour l'incantation enchaînée avait fait d'elle la plus jeune commandante de son histoire.
« Kaaaaaah ! »
« Aaack ! »
Les hommes-démons de rang inférieur furent massacrés un à un avant d'avoir pu faire quoi que ce soit, et Garad fut pris de panique.
'Ils sont trop forts !'
Il s'était douté qu'ils seraient forts, puisque tous les hommes-démons envoyés à l'Est étaient au moins de rang intermédiaire, mais ces deux-là étaient trop forts.
Et ce n'était pas seulement la magicienne. L'homme devant lui n'avait rien d'un chevalier ordinaire non plus.
Tchaaac !
Un vent tranchant souffla.
Gaël était devenu le vent, et en même temps, il le maîtrisait.
Les attaques sauvages et grossières de Garad ne pouvaient même pas effleurer Gaël.
« Gaaa ! »
Pour finir, Garad rugit et prit appui sur le sol de toutes ses forces. Tout en mettant de force de la distance entre Gaël et lui, il lança en l'air la fusée de détresse qu'il portait à la ceinture.
Boum ! Boum !
Des lueurs rouges explosèrent dans le ciel.
C'était un geste qui risquait de dévoiler toutes les troupes engagées dans le détour, mais il n'avait pas le choix.
'De toute façon, on devait se regrouper !'
L'Ouest avait envoyé sept détachements pour s'infiltrer à l'Est.
Comme leurs points de départ étaient différents, ils avaient prévu de finir par se regrouper dans ce secteur.
'Autrement dit, les autres doivent être dans les parages, eux aussi !'
Garad l'admettait franchement.
Le couple devant lui n'était pas d'un niveau qu'il pouvait affronter seul. Il comprenait maintenant pourquoi les hommes-démons envoyés à l'Ouest étaient morts sans rien accomplir de notable.
Il ne devait donc pas se montrer bêtement avide.
Il devait se concentrer pour tenir jusqu'à l'arrivée des autres hommes-démons !
« Ouuuuuuh !! »
Garad libéra sa puissance. Il se concentra sur la résistance aux attaques de Gaël.
Son jugement était juste.
Le plan de Garad n'avait rien de faux.
Et pourtant.
'Pourquoi ils ne viennent pas !'
Il lui semblait que pas mal de temps s'était écoulé depuis le tir de la fusée, mais personne ne s'était montré.
Ils auraient au moins dû le contacter en voyant le signal, mais ils ne venaient même pas.
Pourquoi ?
Pourquoi, bon sang, ils ne viennent pas ?
Ce n'est pas possible, ils veulent se débarrasser de moi ?
Ils ont vu le signal mais ont choisi de l'ignorer ?
'Non ! Impossible !'
Ça n'a pas de sens.
Comment les autres détachements auraient-ils pu connaître ma situation et faire une chose pareille !
'Allez ! Je vous en prie ! Vite !'
Priant désespérément, Garad tenait tête à Gaël.
Mais c'était déjà sans espoir.
Après avoir éliminé tous les hommes-démons de rang inférieur, Adélia s'approchait avec une puissance déchaînée, et l'épée de Gaël se faisait de plus en plus tranchante.
Et cela prit enfin fin.
« Gnnnh… »
Les bras du fier géant furent tranchés, et l'épée de Gaël lui transperça la poitrine.
La pointe de la lame rapide provoqua une explosion en brisant la dure carapace de sa poitrine, et réduisit le corps de Garad en bouillie.
Boum… !
Garad recula sous le choc de l'explosion, puis s'effondra en vomissant du sang. Il finit par ne plus bouger.
En commençant par les orteils, son corps se changea en cendre noire, puis il disparut enfin.
« Haa. »
Gaël expira en serrant son épée et leva les yeux vers le ciel.
La lueur de la fusée tirée par Garad s'était éteinte, mais ils restèrent sur leurs gardes.
'Il doit y avoir des renforts.'
Sinon, il n'aurait même pas tiré de fusée.
Mais pour une raison inconnue, les renforts n'apparurent pas.
Adélia, inquiète elle aussi, ferma les yeux et utilisa la magie <Détection>. Mais elle ne trouva personne.
« Je crois que ça va. Il n'y a aucun ennemi dans un rayon d'au moins deux cents mètres. »
Aux paroles d'Adélia, Gaël expira de nouveau et rengaina son épée. Puis il demanda soudain à Adélia :
« Vous êtes blessée… ? »
« Comment ce serait possible ? »
Adélia haussa les épaules et rit, et Gaël rit aussi.
Elle avait beau avoir vaincu huit hommes-démons de rang inférieur qui se déchaînaient comme des bêtes, pas même le bout d'un de ses doigts n'avait été touché.
« La tente… je crois que nous ne pourrons plus l'utiliser. »
« Euh-euh-euh… »
Adélia était visiblement déçue par les paroles de Gaël.
Mais ils avaient plutôt de la chance. D'ici un à deux jours, ils pourraient atteindre la forteresse de Thunder Doom, le nid des Choucas.
« Heureusement que vous n'êtes pas blessée. »
« Oui. »
Adélia avait les épaules basses mais souriait tout de même, et Gaël s'approcha vivement d'elle.
« Sire Gaël ? »
Adélia avait posé la question en clignant des yeux ; Gaël sourit de nouveau et dit :
« Vous permettez un instant ? »
« Oui ? »
À la question d'Adélia, Gaël baissa les yeux, et elle comprit alors.
Ils étaient tous les deux pieds nus.
« Euh… »
« Oui. »
Quand Adélia lui eut donné sa permission, Gaël agit en vrai membre de la maison Bayer, ou plus exactement, comme son frère Jude.
Il prit Adélia dans ses bras le plus naturellement du monde.
En réalité, il n'avait pas besoin de faire cela.
Adélia aurait très bien pu rester debout pendant qu'il ramassait ses chaussures.
Non, d'ailleurs, Adélia pouvait utiliser la magie <Vol>.
Mais Gaël ne fit rien de tout cela, et Adélia en fut ravie. Elle avait envie de se pelotonner dans les bras de Gaël, mais elle bougea bientôt et croisa de nouveau son regard.
Dans cette position.
Son cœur battait à tout rompre.
L'adrénaline libérée par le combat provoquait de nouvelles réactions chimiques.
En ces quelques secondes.
Tandis que leurs souffles se mêlaient.
Bang !
Un grondement retentit dans les airs.
Gaël et Adélia levèrent les yeux par réflexe, et ils le virent aussitôt.
Un homme se tenait dans les airs, sa cape rouge flottant au vent.
Celui qui avait massacré tous les hommes-démons de rang intermédiaire envoyés de l'Ouest vers l'Est, à l'exception de Garad.
En voyant la fusée, il avait volé en hâte jusque-là, et avait aperçu Gaël et Adélia.
En voyant ces deux-là enlacés, il tressaillit et se détourna un instant. Puis il regarda maladroitement autour de lui, comme s'il ne les avait pas vus, et s'envola vers un autre endroit.
Quelques secondes plus tard.
Les voix de Gaël et d'Adélia s'élevèrent en même temps.
« Mon… sieur le comte ? »
« Papa ? »
Le comte Chase, l'un des Quatre Fleuves du Nord (Sagang), maître de la Tour de l'Aube Rouge.
Pourquoi était-il reparti si brusquement après les avoir vus ?
Gaël et Adélia le comprirent en même temps.
Ils rougirent tous deux, et Gaël s'éclaircit la gorge.
« Hum, hum, allons d'abord chercher nos chaussures. »
Il se sentait un peu coupable (?) envers le comte Chase, qui s'était éclipsé, puisque l'ambiance était déjà retombée.
Adélia fronça les sourcils à ces mots, et prit bientôt une décision.
Car elle se disait qu'un moment pareil ne se représenterait pas forcément.
« Sire Gaël. »
« Oui ? »
Ce fut tout.
Adélia lui passa les bras autour du cou et se redressa. Elle approcha son visage de celui de Gaël et fit preuve, une fois encore, de courage.
Les lèvres d'Adélia se posèrent sur la joue de Gaël.
'Euh-euh-euh.'
Ce n'était pas ce qu'elle avait prévu, mais il lui était impossible d'aller plus loin.
L'ambiance était déjà retombée.
Elle avait l'impression qu'elle allait mourir de honte.
Adélia rougissait, les yeux toujours fermés, et paradoxalement, son geste et son air recréèrent une ambiance particulière.
Une ambiance bien différente de celle de la tente, un peu drôle à sa façon, mais suffisante pour émouvoir Gaël.
« Adélia. »
Il l'avait appelée d'une voix grave, puis il bougea.
Sur la plaine de neige blanche, leurs deux silhouettes ne firent plus qu'une.
Et au loin…
Non, pas si loin, mais à la bonne distance.
Le comte Chase, caché derrière un gros rocher, retenait son souffle. Il ouvrit son sac extensible par magie, le regarda et réfléchit en le caressant lentement.
'J'ai bien fait de prendre mes précautions.'
Pour une situation qui pouvait se présenter.
Sinon, ce serait plutôt délicat pour lui, à présent.
Le comte Chase se félicita de sa prévoyance et ferma un instant les yeux en attendant.
En réalité, il avait beaucoup de questions.
Pourquoi ces deux-là avaient passé la frontière.
Où se trouvaient Jude et Cordelia.
Mais pour l'heure, il fallait être patient.
'Il faut aussi que j'écrive une lettre à mon ami, le comte Bayer.'
Le comte Chase se caressa légèrement le menton et sourit doucement.
Il songeait aux nouvelles choses qu'il allait devoir préparer.
***
Au même moment, dans la chaîne du Toit du Ciel.
Jude et Cordelia sursautèrent et ouvrirent les yeux en même temps.
