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Eldritch ExorcistChapitre 2 · 2/2

Chapitre 2

Chapitre 2 — Préparatifs pour une vraie affaire

30 septembre 2026 ~11 min · 2 033 mots

« Une vraie hantise ? »

Voilà qui était intéressant. La dernière fois que j'avais vraiment pu me servir de magie, c'était trois mois plus tôt, contre un esprit à peine solidifié.

« Tu es sûr ? »

« Tu as vraiment besoin de demander ? » répondit une voix pleine d'assurance à l'autre bout du fil.

« D'accord, d'accord, attends. Ne dis rien. Laisse-moi deviner. »

J'étais maintenant aussi fébrile qu'un enfant la veille de Noël.

« Une famille a emménagé dans une vieille maison bizarrement bon marché, et il s'est avéré qu'elle était hantée. »

« Non. »

« D'accord. Une bande d'étudiants a essayé d'invoquer des fantômes et s'est servie sans le savoir d'un vrai médium. »

Ce cas-là était en fait assez rare, de nos jours.

« Même pas proche. »

Un grimoire serait excitant, mais la voix à l'autre bout gloussa et répondit :

« Tu refroidis. »

« Mais il y a eu un rituel ? » tentai-je pour obtenir un indice.

« Pas de rituel. »

« Hmmm… »

Il me fallut un moment de réflexion, cette fois.

« Une vieille légende locale s'est révélée vraie, et quelqu'un qui ignorait avoir de la magie en lui a fait une bêtise. »

« Oh là, c'est tiré par les cheveux. Tu donnes ta langue au chat ? »

Je sentais à sa voix que mon courtier s'amusait un peu trop : ce n'était donc pas quelque chose que je devinerais facilement.

« Pas encore. Il y a un artefact là-dedans ? »

« Pas d'artefact. »

« La famille a une lignée cachée ? »

Une lignée, c'était peu probable. Il était presque impossible qu'une lignée se manifeste dans ce monde depuis que la magie avait disparu. Mais ça valait le coup d'essayer.

« Aucune lignée particulière. »

« Il y a quelque chose qui remonte à au moins mille ans quelque part dans cette histoire. Mais ce n'est pas un grimoire, ni… » commençai-je à me demander à voix haute.

« Non, rien d'ancien. »

Mon cerveau pila net.

« Attends… attends, attends, comment ça, "rien d'ancien" ? dis-je, l'agacement perçant désormais dans ma voix. Tu t'es mis à gober la version officielle du Vatican ? Ou bien le mana ambiant a fait son retour pendant que j'avais le dos tourné ? Parce que sinon, soit la famille compte des mages, soit ce n'est pas une vraie hantise. »

Mon excitation se changea vite en déception.

« Bon, dis-moi que ce n'était pas une blague foireuse ? »

« On a vérifié la famille, rien de spécial. La maison, rien non plus. On a cherché des artefacts, on n'en a pas trouvé. Aucune des sources classiques de hantise. Pas de cryptide en fuite ni de mage dans les parages. Mais… »

Il avait laissé la phrase en suspens.

« Oh, arrête ton cinéma et dis-moi. »

« Maaaais… »

Je commençais à envisager de changer d'associé. Celui-ci me tapait sur les nerfs.

« La femme l'a décrit comme ça : il y a deux semaines, elle a tué un cambrioleur. Un sale type rencontré en ligne. Elle lui avait laissé sa chance, et ça n'a pas marché. Et avant que tu demandes, rien de spécial chez le type non plus, à part peut-être les messages qu'il lui envoyait. »

« J'imagine. »

« Bref, il se transforme en harceleur et finit par avoir la brillante idée de lui déclarer sa flamme en entrant par effraction au beau milieu de la nuit. Elle lui colle deux ou trois balles, et c'est là que ça commence. Des cauchemars, l'impression d'une présence, des bruits la nuit, des objets déplacés quand elle rentre chez elle. »

Je fronçai les sourcils.

« D'accord, ça ressemble à une hantise, mais tu sais que ça s'explique facilement par le fait qu'elle a tué quelqu'un il y a deux semaines et que sa conscience la travaille ? »

« Oui, je sais : tout le monde n'est pas la machine à tuer sans cœur que tu es. »

« Merci », dis-je d'un ton plat.

« Je t'en prie », répondit-il gaiement. « Bref, on pensait la même chose jusqu'à ce qu'elle ajoute un nouveau détail. Chaque soir, une fois le soleil couché, elle sent une odeur de cheveux brûlés. »

« Oh », dis-je en haussant les sourcils.

Ça changeait tout.

« Ouais, "oh", comme tu dis. Et puis, dans ses rêves, l'homme lui parle dans une langue étrange. Les rêves sont si nets qu'elle a pu nous citer certaines phrases. C'est le Langage noir. »

Il avait conclu d'un ton théâtral.

« Tu es sûr ? »

J'étais de nouveau tout excité.

« Oui, d'après ce qu'on a pu traduire, ce serait quelque chose comme "tu seras mienne dans l'autre vie", répété encore et encore. »

Contrairement à tout le reste, ce passage-là ressemblait à une vraie hantise, et une très puissante, qui plus est.

« Ça t'intéresse ? »

« Beaucoup. Trois mille dollars, plus le montant standard selon le rang de l'esprit. Payés en oboles d'or. »

« Marché conclu. »

L'affaire était conclue : mon courtier raccrocha.

À présent, j'étais excité au point d'en éclater. Non seulement une hantise, mais une hantise sans la moindre explication. Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait, mais il y avait une vraie chance que ce soit un défi. Pas juste une empoignade avec des fantômes à peine solidifiés, dotés de la terrifiante capacité de déplacer quelques chaises et de gémir la nuit. Non, cette fois, ce serait peut-être un vrai combat.

Je voulais aller dormir et commencer les préparatifs à la première heure, mais au bout d'un moment, il devint évident que je n'allais pas trouver le sommeil de sitôt. Alors, tel un écolier excité la veille d'une sortie scolaire, je décidai de préparer tout le matériel nécessaire.

J'enfilai des vêtements et rejoignis ma vieille voiture. Les routes étant désertes au milieu de la nuit, il me fallut à peine vingt minutes pour atteindre le complexe d'entrepôts où était conservée la fortune de ma famille.

Je saluai d'un signe de tête l'agent de sécurité de garde vingt-quatre heures sur vingt-quatre et entrai. Une fois dans mon box, je tapotai la tête des deux gargouilles comme celle de gros chiens. C'étaient de grosses choses en pierre, noires et laides, qui ressemblaient à de vieilles décorations d'Halloween. Des décorations qui s'animeraient pour mettre en pièces n'importe quel intrus, juste pour se repaître de ce qui resterait du corps.

Le reste du box tenait à la fois de l'antique bibliothèque et du laboratoire de savant fou. Des livres empilés sur de vieux meubles. Des coffres fermés par d'étranges serrures sans trou de serrure. Et de vieilles statues représentant des choses qui n'avaient rien à faire en géométrie tridimensionnelle, et qui semblaient livrer une bataille permanente contre les règles qui les liaient à notre espace euclidien.

Il y avait beaucoup de choses. La plupart des trésors de ma famille s'étaient perdus au fil du temps, à l'époque de l'Inquisition, mais l'essentiel se trouvait ici, protégé par des enchantements et des gargouilles.

Je m'installai près du seul objet de la pièce qui n'avait pas l'air maudit, un vieux et lourd bureau de travail, et me mis à l'ouvrage.

« Qu'est-ce que je prends ? » me dis-je en balayant du regard l'espace encombré.

Ce devait être un esprit. Les cheveux brûlés suggéraient une apparition, et le Langage noir, une intelligence au moins partielle. Dressant rapidement une liste mentale du nécessaire, je commençai les préparatifs.

D'abord, l'alchimie. Je passai un moment à mélanger des réactifs dans une installation de laboratoire qui aurait pu sortir tout droit d'un plateau de cinéma. Une fois les éléments du sceau et les potions essentielles prêts, venait la partie offensive.

Ma dague, mon bâton et ma propre magie devraient normalement suffire pour attaquer, mais je ne pouvais pas en être tout à fait sûr, surtout vu la nature énigmatique de la hantise. Alors, après une hésitation, je décidai de préparer une mixture de plus.

Je m'étirai le dos en marchant jusqu'à une étagère et en sortis une bouteille d'eau bénite. De l'authentique, bien sûr, pas les conneries qu'on utilisait dans les églises de nos jours. Puis, après avoir un peu fouillé dans le fouillis des affaires de ma famille, je finis par trouver le bon coffre.

Je posai le doigt sur la serrure runique et murmurai la bonne formule pour l'ouvrir. À l'intérieur se trouvaient deux ou trois os blancs qui auraient pu rapporter quelques dollars comme décorations de maison hantée. Un spécialiste qui en aurait examiné un aurait sans doute dit que c'était l'os de l'aile d'un oiseau gigantesque, n'eût été cet étrange trou au milieu, qui ressemblait furieusement à une orbite.

Venait maintenant la partie difficile. Muni d'un couteau à graver spécial, j'insufflai un peu de ma magie dans la lame, et des runes jusque-là invisibles s'illuminèrent. Les muscles bandés, je passai l'heure suivante à tenter de gratter assez de poudre sur l'os, sentant ma magie s'écouler hors de moi à chaque passage sur cette matière dure.

Comment quelqu'un avait-il pu tuer le propriétaire de cet os, ça me dépassait.

Une fois assez de poudre obtenue, je remis l'os à sa place et mélangeai le fruit de mon travail à l'eau bénite. Peu d'esprits devraient survivre à un contact avec ça.

Mes préparatifs de base étaient terminés, mais la dernière partie avait été étonnamment épuisante. Je voulais me reposer un peu avant de rentrer, mais la sensation de vide ne tarda pas à se manifester. C'était comme une différence de pression qui voulait désespérément se corriger, sans y parvenir, pour une raison ou une autre. L'impression qu'il me manquait quelque chose, que je voulais récupérer sans pouvoir le localiser. Le fâcheux revers de l'usage de la magie dans un monde dépourvu de mana naturel.

Avec un profond soupir, j'ouvris l'un des coffres les mieux protégés de la pièce. Il était à moitié rempli de cristaux bleus, triés par taille dans des compartiments. Certains avaient la taille d'un caillou, d'autres étaient un peu plus gros que mon poing.

J'en pris un de la taille d'un caillou. Disposant désormais d'une source de mana, j'en aspirai instinctivement l'énergie et sentis peu à peu la sensation de succion disparaître.

Cette sensation de vide était la cause de nombreuses maladies mentales. Des gens non formés, dotés d'un potentiel magique, utilisaient leur mana dans un accès de rage ou de chagrin, pour passer le reste de leur vie avec l'impression qu'il leur manquait quelque chose.

Grâce soit rendue à l'Abîme, j'avais les cristaux.

Tout étant prêt, je rentrai à l'appartement me reposer. Avant d'aller au lit, je vérifiai que mon courtier m'avait bien envoyé les détails du rendez-vous avec la cliente. C'était prévu pour le lendemain. Et ensuite, avec un peu de chance, il serait temps de passer à l'action.

Le lendemain matin, après avoir enfin remporté la bataille contre le sommeil, je me réveillai avec l'exorcisme tellement en tête que j'en oubliai presque que c'était un jour de semaine et que je devais encore aller à la fac.

Le boulot d'exorciste, c'était bien, mais il me fallait un métier pour l'avenir. Avec des hantises et des sources de mana de plus en plus rares chaque année, un emploi normal, c'était appréciable. Une sécurité.

Je suivais deux cursus. L'archéologie, car il y avait toujours une chance de tomber sur une ruine remontant à l'âge des mythes, et, en second, la physique en ligne. C'était mon père qui l'avait choisie : avoir quelque chose de logique, qui décrive le monde en termes précis, pour ancrer l'esprit quand on se plonge dans des choses qu'on ne peut ni vraiment comprendre ni vraiment percevoir.

J'arrivai sur le campus pour être accueilli de la pire des manières.

« Ayyyyy, l'exorciste. Tu as combattu des fantômes, récemment ? » lança l'abruti de ma promo.

Depuis que la grand-mère de quelqu'un était devenue ma cliente et avait montré les photos de l'exorcisme à l'un de mes camarades de groupe, il ne me lâchait plus. Seule la raréfaction mondiale du mana m'empêchait de lui jeter une malédiction.

Je poussai un nouveau soupir las.

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