Dans la chambre de l'auberge, Dorothy était assise sur une chaise et lisait avec application le livret qu'elle tenait entre ses mains, l'esprit en ébullition tandis qu'elle digérait les informations qu'il contenait.
« Six types de spiritualité... c'est donc ça ? »
Lumière, Ombre, Pierre, Calice, Silence, Révélation... D'après le livret, toute chose en ce monde possédait une spiritualité, et cette spiritualité se divisait en six attributs. Les notions que représentaient ces six types de spiritualité étaient assez abstraites, et leurs noms manquaient de cohérence. Le livret se contentait d'une brève présentation de chacun.
Selon le livret, s'engager sur la voie du Transcendant exigeait d'accumuler de la spiritualité. Puisqu'il existait six types de spiritualité, cela voulait-il dire qu'il y avait six voies correspondantes ?
Le livret débordait d'éloges pour la spiritualité du « Calice ». Fallait-il en conclure que l'organisation dont il parlait avait choisi la voie du « Calice » ?
En réalité, Dorothy avait déjà croisé des termes comme « Calice de Sang » et « Calice » dans les lettres d'Edrick, sans en saisir la portée à l'époque. Elle avait cru à une sorte de devise propre à l'organisation. C'est pourquoi, en rédigeant la fausse lettre destinée au Bureau de la Sérénité, Dorothy y avait délibérément glissé des allusions au « Calice », dans l'espoir d'attirer l'attention du Bureau.
À présent, il semblait que ce « Calice » revêtait une importance capitale pour l'organisation, et qu'il était peut-être même la source de ses pouvoirs mystiques.
Avec cette idée en tête, Dorothy poursuivit la lecture du livret posé sur la table. Après l'explication sur la spiritualité, elle continua.
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Pour entrer dans le royaume de l'au-delà, il faut d'abord choisir parmi les six types de spiritualité. Absorber un seul type de spiritualité est le premier pas de quiconque aspire à l'ascension. Bien entendu, n'allez pas croire que les voies du Transcendant, dans le royaume de l'au-delà, se limitent à six. C'est simplement qu'au commencement, il n'existe que six possibilités. Ce qui vient ensuite n'est pas une question à vous poser à ce stade.
Sans le moindre doute, notre société est enracinée dans le « Calice ». En nous rejoignant, vous devrez vous aussi absorber la spiritualité du « Calice ». Vous vous demandez peut-être où trouver la spiritualité du « Calice ». Mais comme je l'ai dit plus haut, la spiritualité existe en toute chose : tout ce qui est visible et invisible, chaque « objet » et même chaque « événement » contient de la spiritualité, seule son abondance varie.
La spiritualité du « Calice » ne fait pas exception. Le « Calice » réside dans la vie même, en vous et moi, dans les oiseaux, les bêtes et les poissons. Il est dans le sang ! Il est dans la chair ! Voyez, le « Calice » est partout ! Il est tout autour de vous !
Arrivé là, vous pensez peut-être que la spiritualité du « Calice » est facile à obtenir, abondante et à portée de main. Mais je dois vous mettre en garde : la spiritualité du « Calice » que renferment le sang et la chair des animaux ordinaires est rare, grossière et difficile à digérer. Son absorption est extrêmement peu efficace. Seuls nous, le sommet de toutes les créatures vivantes, les êtres humains, possédons dans notre sang et notre chair une spiritualité du « Calice » riche, pure et raffinée ! Une saveur à la fois inoubliable et sans égale !
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À ce passage, Dorothy referma brusquement le livret, la respiration un peu laborieuse. Son regard tomba sur la faible empreinte en forme de calice qui marquait la couverture, et son expression se fit extrêmement grave.
Dorothy était encore en train de digérer ce qu'elle venait de lire. Au bout d'un moment, elle rouvrit le livret et l'examina de nouveau. Il ne contenait aucune méthode détaillée pour atteindre l'au-delà. Chaque page était couverte de mots penchés, griffonnés, qui répétaient la formule « Gloire au Calice de Sang ».
Dorothy n'y comprenait rien. Après l'avoir scruté un long moment, elle finit par discerner le véritable sens caché entre les lignes : le livret tout entier parlait de « manger des gens ».
Oui, au sens le plus biologique du terme : du cannibalisme.
Après la préface, le reste du livret expliquait en détail comment extraire la spiritualité du « Calice » du sang et de la chair humains. Pour faire simple, c'était un guide du cannibalisme.
Comment tuer ? Comment préparer le corps ? Comment manger ? Comment vider le sang ? Comment découper la chair ? Comment désosser ? Quelles parties du corps sont les plus riches en spiritualité ? Lesquelles en sont pauvres ? Il comprenait même des annexes sur la préparation...
Malgré sa petite taille, le livret regorgeait d'informations. Il contenait même de nombreuses illustrations, qui donnèrent à Dorothy une nausée violente au fil de sa lecture.
C'était, sans le moindre doute, une secte cannibale.
À ce stade, Dorothy comprenait enfin dans les grandes lignes cette mystérieuse organisation et la prétendue spiritualité du « Calice ». Elle ne put s'empêcher d'éprouver un immense soulagement à l'idée de ne pas avoir été capturée par Edrick à l'époque.
Elle ignorait toujours à quoi l'organisation la destinait, mais il était clair que tomber entre les mains d'une telle secte cannibale lui aurait assuré un sort sinistre.
« Pfiou... On dirait que ce monde est bien plus dangereux que je ne l'imaginais... », murmura Dorothy dans un soupir. Elle commençait à comprendre pourquoi le gouvernement de ce monde avait besoin d'une institution comme le Bureau de la Sérénité. Ces sectes cannibales étaient de véritables organisations terroristes anti-humaines !
La prétendue spiritualité du « Calice » était bel et bien sanglante et horrible. Dorothy se demanda s'il existait en ce monde d'autres groupes qui poursuivaient le « Calice », et si oui, s'ils recouraient eux aussi au cannibalisme. Y avait-il aussi des gens ou des organisations qui poursuivaient les autres types de spiritualité ?
Réprimant son dégoût, Dorothy se mit à feuilleter le livret cannibale. Vers la fin, elle tomba sur quelques passages écrits spécialement à l'intention d'Edrick.
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À présent... vous devriez avoir une idée générale de notre grande voie, n'est-ce pas ? Vous devez déjà brûler de nous rejoindre, mais ne vous précipitez pas. Pour quelqu'un comme vous, qui possède un artefact mystique, jouit d'un certain rang social et a mené à bien une épreuve importante pour l'organisation, nous avons une récompense supplémentaire, comme promis.
Ouvrez la petite boîte qui se trouve dans le coffre ; la récompense est à l'intérieur.
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Dorothy se figea un instant en lisant ces lignes, puis tourna le regard vers la boîte en bois toujours posée dans le coffre. Après un temps de réflexion, elle la posa devant elle et l'ouvrit.
Ce qu'elle vit à l'intérieur lui coupa le souffle.
Dans la boîte se trouvait une petite fiole de verre scellée. Elle était remplie d'un liquide rouge sombre, dans lequel flottaient trois doigts humains d'adulte, sectionnés net.
« Bon sang... »
Dorothy avait chuchoté. Son regard glissa vers une note posée à côté de la fiole. Elle la prit et se mit à lire. La note expliquait le contenu de la fiole.
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Ces trois doigts sont le fruit d'un rituel profond. Chacun contient la spiritualité concentrée du « Calice » extraite de trois humains adultes. C'est une ressource spirituelle rare, à haute densité.
Consommez-les tous, et la spiritualité du « Calice » en vous atteindra le niveau requis. Venez ensuite nous trouver à Igwynt. Nous procéderons pour vous au rituel de promotion, qui vous permettra d'accéder au premier stade de la voie du « Calice », l'« Assoiffé ». Ce sera votre entrée dans l'au-delà, votre transformation en « Apprenti » et votre initiation officielle parmi nous...
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Sa lecture achevée, Dorothy resta silencieuse. Puis elle tourna le regard vers la fiole de verre dans la boîte et fixa les doigts humains baignant dans le liquide rouge sombre.
« Si je mange les trois... je peux entrer dans l'au-delà ? »
Dorothy réfléchissait, et son reflet la fixait à la surface de la fiole de verre.
