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Chapitre 6

Chapitre 6 — Madame Brume (1)

15 octobre 2026 ~5 min · 980 mots

Depuis que j'ai mon balai à moi, ma vie de petite fée du logis est encore plus remplie.

Au début, je me disais juste qu'avec lui j'atteindrais des endroits un peu plus hauts… mais en fait, c'est un objet incroyable.

« Madame Bume, en gade ! »

J'agite mon balai sans y penser en direction de Madame Brume, et la saleté qui se trouvait au bout de la trajectoire des poils disparaît.

Comme dans un logiciel de retouche photo quand on passe une gomme ultra-épaisse sur l'image : d'un coup, tout part, sans effort.

Un bout du plafond, auquel je n'avais jamais pu toucher jusqu'ici, est désormais impeccable.

« Hein, pouquoi… ? »

Je n'y comprends rien.

Je suis tellement sidérée que j'en reste bouche bée.

Hein ?

C'est un balai magique ?

Ou c'est moi qui ai lancé un sort ?

Je sais lancer un sort de ménage à grande échelle ?

Je suis une magicienne !?

« Madame Bume, pu là, pu là ! Patie ! Pouquoi ? »

J'aurais voulu que quelqu'un, n'importe qui, m'explique ce qui venait de se passer, mais avec mes bribes de mots, ma question n'est pas passée.

J'ai bien essayé de me faire comprendre, mais on m'a seulement regardée en penchant la tête.

C'est surtout « Madame Brume » qui ne passe pas. Et je ne sais pas du tout comment le dire autrement. Faute de mieux, je l'ai montrée du bout de mon balai… et, évidemment, elle a disparu. Pour l'explication, c'est raté.

Qu'elles ne remarquent pas la saleté de Madame Brume, passe encore, mais qu'elle s'évapore d'un coup sans que personne ne trouve ça bizarre ? Je ne comprends rien au bon sens de ce monde.

Finalement, on a dû croire que je m'excitais toute seule en jouant avec mon balai. On m'a regardée faire avec des sourires tout attendris.

Le mur de la perception et du langage est vraiment trop épais…

Une chose est sûre : j'essaierai de comprendre le mécanisme de tout ça quand je serai plus grande. En attendant, chasser Madame Brume est devenu beaucoup plus facile. Youpi.

J'étais toute contente, quand Fran, l'apprentie femme de chambre, m'a grondée.

« Mais enfin, ce n'est pas comme ça ! Un balai, ça sert à faire le ménage. On ne l'agite pas pour jouer ! »

Elle qui joue les grandes sœurs m'a offert ce balai pour que je puisse « aider », et elle n'apprécie pas que j'aie l'air de m'amuser avec.

Seulement, ce que les femmes de chambre, sa mère comprise, ont en tête, c'est un jeu de dînette version ménage. Je doute qu'elles aient la moindre intention de faire faire le ménage à la demoiselle de la maison.

D'ailleurs, le ménage ne fait même pas partie du travail des femmes de chambre attachées à ma personne, Fran comprise. Pour s'occuper de moi, elles lavent mes couches ou refont mon lit, mais il y a des femmes de chambre dont c'est le métier, le ménage. Pendant que je joue dans une autre pièce, elles astiquent toute la chambre à la perfection.

Il ne me reste donc, à la base, rien à nettoyer. Sauf Madame Brume.

Au passage, la mère de Fran, la gouvernante, ne s'occupe pas de moi : elle est souvent là uniquement pour former sa fille.

Comme elle s'est absentée pour une autre affaire, personne n'est là pour freiner Fran dans son élan.

C'est peut-être pour ça que j'ai senti monter en moi une petite envie de faire des bêtises.

« Mais la chamb', elle est toute p'ope, hein ? »

« Ah, euh… oui… quelqu'un d'autre vient de faire le ménage… »

Dès que je la contredis, Fran se dégonfle en un instant. Quand ses émotions s'emballent, elle a tendance à l'oublier, mais je crois qu'on lui a bien inculqué qui est au-dessus de qui entre nous deux.

« Ici, ménaze, faut ? »

« Pour aujourd'hui, c'est… déjà fini… je crois. »

À Fran, qui veut m'apprendre à faire le ménage, je fais comprendre que ma chambre est déjà propre et qu'on ne peut plus rien nettoyer ici.

Bien. La première phase du plan est un succès.

Le plan est simple. Tout se joue maintenant.

« Alors, ménaze, on va là où c'est pas fini ? »

« Oui ! »

Elle a mordu à l'hameçon sans résistance.

« Je te porte sur mon dos. Allez, on y va ! »

« Gande sœu, mèci ! »

En tant que demoiselle de la maison, on ne m'emmène jamais dans les endroits où le ménage n'est pas encore fait.

Alors j'ai eu l'idée de me servir de Fran pour qu'elle me transporte là où je veux aller. Parfait, réussite totale.

« Gande sœu Fan, là-bas ! »

« Bon, d'accord. Mais c'est exceptionnel, hein. »

À partir de là, plus personne ne peut m'arrêter. Jusqu'à ce que la gouvernante, appelée à la rescousse, arrive, ma liberté est garantie !

À partir de ce jour-là, mon terrain d'action s'est considérablement élargi.

Bien sûr, je n'ai pas la force de marcher bien loin, alors ce sont les femmes de chambre qui me transportent. Fran, surtout.

À vrai dire, à part le premier jour, on m'a apparemment conduite en douce, à l'insu de Fran, vers des pièces déjà nettoyées. Mais comme moi, mon but, c'est de chasser Madame Brume, ça m'est égal. J'ai fait semblant de ne rien remarquer.

Je suis une enfant pleine d'égards, voyez-vous.

Une fois sur place, je joue à faire le ménage et, discrètement, je donne quelques coups de balai. Madame Brume s'efface alors à vue d'œil.

Je me sens un peu magical girl.

De bonne humeur, je me mets même à fredonner.

« Hum, hum-hum, hum-hum-hum-hum… ♪ »

L'air, c'est Connec〇… Ah, mais dans cette série-là, il n'y avait pas de balai.

Avec ça, je vais pouvoir nettoyer tout le manoir !

Fin du chapitre 6
Fiche de l'œuvre

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