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Chapitre 10

Chapitre 10 - Monsieur Brume (5)

29 octobre 2026 ~5 min · 968 mots

L'opération bous... pardon, l'opération « rouler monsieur Brume en boule et m'en débarrasser en douce » a échoué.

Si je continue à jouer les apprenties alchimistes en créant à partir de rien un truc plus précieux qu'une pierre précieuse, je risque de finir capturée comme animal rare.

Mais j'en ai tiré un autre enseignement.

Si je garde monsieur Brume tassé à l'intérieur de mon corps au lieu de le laisser sortir, je me ménage de la marge pour en absorber davantage.

Sauf que ça ne fait que repousser le problème.

Si j'atteins la limite avec tout ça comprimé en moi, ça va sûrement jaillir avec la force d'une fontaine noire. Avant qu'une catastrophe digne d'un numéro de cirque ne se produise, il faut que je trouve un moyen de l'évacuer.

J'ai bien une idée qui pourrait marcher.

Refiler à quelqu'un d'autre ce qui menace de déborder.

À mon avis, je ne suis pas la seule à pouvoir absorber monsieur Brume.

Pendant la grande crise de larmes, les nattes de Fran avaient balayé une partie de la flaque de brume et l'avaient fait disparaître, et en y repensant bien, là où la servante qui inspectait ma couverture avait posé la main, il était resté une empreinte blanche.

D'ailleurs, même quand les vêtements étaient sales, je n'ai jamais vu monsieur Brume collé sur la peau nue des mains ou du visage. Les servantes couvertes de monsieur Brume pendant la grande crise de larmes avaient toutes gardé la peau propre.

Monsieur Brume se colle à peu près partout. Même sans le voir, tout le monde doit en absorber sans s'en rendre compte, je pense.

Donc, en tenant quelqu'un par la main, je devrais pouvoir transférer monsieur Brume... sauf que ça ne m'enchante pas.

Pour moi, c'est un peu comme refiler mes ordures à quelqu'un.

Je m'en voulais déjà de les avoir toutes couvertes de brume pendant la grande crise de larmes, alors embarquer là-dedans les servantes qui s'occupent si bien de moi, ce n'est pas correct.

J'ai fini par me dire que c'est sans doute inoffensif, mais ça ne suffit pas à lever mes réticences.

Du coup, j'ai décidé d'essayer de le transférer dans des objets.

D'abord, j'ai pris un jouet : une petite balle de jonglage. Il y a un grelot dedans qui tinte quand on la secoue.

Je n'ai jamais vu monsieur Brume être absorbé par autre chose que des humains. Mais s'il est collé un peu partout, c'est qu'il doit bien suinter et pénétrer, non ?

En plus, une fois tassé, monsieur Brume s'est transformé en une sorte de bille. Ça ignore complètement les lois de la physique de ma vie précédente, mais quand on comprime monsieur Brume, il devient de la matière. Alors il doit bien pouvoir interagir avec la matière, non ?

Il y a un peu de vœu pieux là-dedans, mais essayer ne coûte rien.

Je serre fort ma main droite, celle qui tient le jouet.

Je ne comprime pas trop. Si je tasse trop, j'ai peur que ça devienne une bille avant le transfert.

J'imagine que je pousse dans la balle le monsieur Brume rassemblé dans ma main droite.

... Je crois que ça a marché. Enfin, je pense.

Seulement, très vite, monsieur Brume n'a plus voulu rentrer.

C'est parce que le jouet était trop petit ?

Je n'ai pas vraiment l'impression que le monsieur Brume dans mon corps ait diminué.

Dans ces moments-là, le grand classique des light novels, la compétence d'identification, serait bien pratique.

La balle n'a pas durci. Rien n'a changé à l'œil nu non plus, alors je n'arrive pas à y croire.

Essayons avec quelque chose de plus gros.

Je file à quatre pattes à toute vitesse jusqu'à l'armoire, j'y pose les deux mains et j'y pousse monsieur Brume de la même façon.

Ah, cette fois, je sens que ça a un peu baissé.

À mon avis, c'est la taille de l'objet qui détermine combien de monsieur Brume il peut contenir.

Malheureusement, je n'ai pas l'impression d'en avoir vidé autant que quand j'ai fabriqué la bille, mais en échange, les objets où le transférer, ce n'est pas ce qui manque.

La commode, le lit, la table, les rideaux, le canapé, la fenêtre, et même les murs et le sol : j'en ai aussitôt bourré toute la pièce.

Les meubles fourrés au monsieur Brume n'ont pas noirci. Comme je le pensais, monsieur Brume tassé hors de mon corps n'a pas de couleur.

Pas de vitres embuées de noir, ouf, je suis soulagée.

Après avoir transféré monsieur Brume dans presque toute la pièce, je me suis sentie toute légère.

Oui, satisfaite.

Le lendemain, j'ai fait une heureuse découverte inattendue.

Les dépôts de monsieur Brume, qui réapparaissent légèrement chaque jour même après le ménage, sont presque invisibles aujourd'hui.

En cherchant ce qui différenciait les endroits où il restait un peu de monsieur Brume de ceux qui étaient propres aujourd'hui, j'ai compris : c'est selon que j'y ai transféré monsieur Brume ou non.

En observant ceux où je l'ai poussé, je vois que, comme pour ma combinaison en latex, monsieur Brume ne suinte plus. Il a cristallisé à l'intérieur ? On dirait que sa nature a changé.

Les objets aspirent la saleté de monsieur Brume, puis la poussent tout autour et la tassent. Et ainsi, tout reste propre.

Génial.

Dans ce cas, j'aimerais bien en mettre partout où je vis... sauf que je viens d'utiliser tout mon monsieur Brume.

Il m'en faut d'autre ! Je dois refaire le plein !

« Fwan-nee, ménaze, on y va ! »

Tout excitée, j'ai crié ça en oubliant que j'étais privée de sortie. Fran, qui s'ennuyait, a montré de l'intérêt et s'est levée.

Mais le regard glacial de la gouvernante l'a arrêtée.

Avec la surveillance renforcée depuis l'affaire de la bille, mes caprices ne passent plus. Dommage.

Fin du chapitre 10
Fiche de l'œuvre

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