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Chapitre 5

Chapitre 5 — Pourquoi est-elle ici ? (2)

9 octobre 2026 ~14 min · 2 638 mots

Un jour, dans ma vie précédente, je m'étais réveillé d'une humeur particulièrement exécrable et j'avais fait quelque chose de mal.

Quelque chose de si grave que, même aujourd'hui, quand j'y repense, je ne peux m'empêcher de me demander ce qui avait bien pu me pousser aussi loin.

Si grave que mon père, d'ordinaire impassible, avait laissé paraître une fureur pure ; si grave qu'il avait jugé nécessaire de me réprimander en personne.

À cause de cet épisode, on m'avait envoyé à la 5e Armée, où était stationnée ma sœur Gu Huibi, et j'avais dû y rester six mois en guise de punition.

Bien sûr, cela n'avait strictement rien changé à mon caractère de merde.

C'était aussi à cause de cette punition que j'avais rencontré Wi Seol-ah pour la deuxième fois.

Cela dit, cette rencontre n'avait sans doute pas été, non, certainement pas été un bon moment pour elle.

Tout ce long souvenir pour en venir à ceci : je devais éviter Wi Seol-ah encore au moins six mois.

Alors pourquoi Wi Seol-ah se tenait-elle devant moi, chez moi ?

La première chose que j'avais vue en ouvrant ma porte, c'était le visage de quelqu'un que je n'étais pas censé croiser avant six mois au moins ; mon air ahuri était donc parfaitement justifié.

C'est un rêve… Ce ne peut être qu'un rêve.

« Je me suis couché tard, hier soir… »

La fatigue me faisait voir des choses. Voilà pourquoi il faut dormir correctement.

Je soupirai et secouai la tête.

Mais au moment où je me retournais pour refermer la porte, je sentis qu'on tirait sur mes vêtements.

Baissant les yeux, je vis de petites mains agrippées à l'ourlet de mon haut ; en remontant du regard le long du bras, je retombai sur le visage de Wi Seol-ah.

'… Ce n'est pas un rêve ?'

Tandis que la confusion se mêlait peu à peu à la prise de conscience, je remarquai qu'elle semblait vouloir dire quelque chose…

« Je… Je… »

C'est à cet instant que quelqu'un apparut et, d'un geste vif et fluide, tapa sur les mains qui tenaient ma chemise.

« Aïe ! »

Elle lâcha aussitôt ma chemise et recula en poussant un petit cri de douleur et de surprise.

Mes yeux, eux, s'écarquillèrent malgré moi quand je compris qui venait d'apparaître devant moi.

La présence de Wi Seol-ah était déjà une chose, mais l'Empereur de l'Épée Wi Hyogun était là, lui aussi… ?

'Bordel de…'

Je jurai malgré moi en pensée et, une seconde plus tard, remerciai tous les dieux que le juron soit resté dans ma tête sans franchir mes lèvres.

S'il m'avait échappé, j'en serais sans doute mort d'une crise cardiaque sur-le-champ.

La colère clairement peinte sur le visage, Wi Hyogun se mit à sermonner Wi Seol-ah.

« Seol-ah, petite peste ! Comment t'ai-je dit de te tenir devant le jeune maître ? »

… Hein, quoi ?

'Le jeune maître ?'

« Excuse-toi tout de suite ! »

« Pardon, papi… »

« C'est au jeune maître qu'il faut demander pardon, petite peste ! »

« P-Pardon, jeune maître ! »

« … »

Qu'est-ce… Qu'est-ce qui est en train de se passer, au juste ?

Pendant que je peinais à comprendre la situation, Wi Hyogun inclina la tête devant moi.

Non… Pourquoi l'Empereur de l'Épée s'incline-t-il devant moi ?

Quelqu'un pourrait-il m'expliquer ce qui se passe, bon sang ?

« À compter d'aujourd'hui, moi, Wi Moon, je serai à votre service, car nous avons une dette. J'ignore si un vieillard aussi faible que moi saura vous satisfaire, mais je ferai de mon mieux. »

Wi Moon ? Pas Wi Hyogun ?

« Wi Moon » jeta un coup d'œil à Wi Seol-ah, qui s'empressa aussitôt d'adopter une posture plutôt humble.

« À-À compter d'aujourd'hui, moi, W-Wi Seol-ah, je servirai le jeune maître avec mon papi. Je c-compte sur votre bienveillance. »

Servir ? Qui ?

« Moi… ? »

Un vertige soudain m'assaillit et, l'espace d'une seconde, ma vue se brouilla. Portant la main à ma tête, je m'efforçai de saisir la situation qui se présentait à moi…

On ne saurait comprendre l'embarras où je me trouvais sans savoir précisément qui est Wi Hyogun.

C'est l'un des « Vénérables Célestes ».

Les Vénérables Célestes, ce sont les trois plus grands artistes martiaux de notre temps, parmi les innombrables pratiquants qui peuplent le monde du Murim.

Les exploits de l'Empereur de l'Épée sont trop nombreux pour être énumérés.

Le Dragon Noir, qu'on appelle désormais le roi vaincu, l'a été par l'Empereur de l'Épée. Et peu après cette victoire, l'Empereur de l'Épée a pris la tête de l'Alliance du Murim.

On lui a décerné le titre de « Première Épée » pour sa seule force personnelle.

À ce moment-ci, avant l'apparition du Démon Céleste, il est très probablement l'être le plus fort qui existe.

'Et un tel homme veut me servir ?'

Pourquoi ?

Pour quelle raison l'être peut-être le plus puissant au monde cachait-il son identité sous un faux nom ?

En tant qu'Empereur de l'Épée, même les Quatre Clans Nobles l'accueilleraient à bras ouverts et en grande pompe.

Je ne voyais aucune raison concevable à sa présence ici, sans parler du fait qu'il dissimulait son identité.

S'il avait une dette envers mon père, Gu Cheolun, cela voulait dire que c'était mon père qui l'avait fait venir. Donc…

'Mon père est au courant ?'

Rien de tel ne s'était produit dans ma vie précédente.

La seule fois où j'avais vu l'Empereur de l'Épée dans ma vie précédente, il ne s'était rien passé entre nous.

Je ne lui avais sans doute pas laissé une impression très favorable à l'époque, vu tous les ennuis que je causais.

'J'ai mal au crâne…'

Mon plan, c'était de laisser les choses suivre leur cours tout en rassemblant lentement mes propres forces, en attendant la fin de la Guerre entre l'Orthodoxie et les Démons.

Mais à présent, l'avenir avait bel et bien changé.

Je laissai retomber ma main et examinai attentivement Wi Hyogun.

Au premier regard, ce n'était qu'un vieillard sans prétention au sourire bienveillant. Si je n'avais pas su, grâce à ma vie précédente, à quoi il ressemblait vraiment, je n'aurais sans doute vu en lui qu'un vieil homme ordinaire.

Et même ainsi, sans Wi Seol-ah à ses côtés, j'aurais sans doute rejeté inconsciemment l'idée que ce vieillard puisse être Wi Hyogun.

'Mais… qu'est-ce que je suis censé faire ?'

Qu'est-ce que je suis censé demander ?

Lui demander pourquoi il est vraiment là ? Ce serait étrange : le moi actuel n'a aucune raison d'avoir le moindre soupçon sur la véritable identité de Wi Hyogun.

Alors, je fais semblant de ne pas savoir qui il est, et j'accepte tout simplement que l'Empereur de l'Épée et son élève se mettent à mon service ?

Ce qui m'effrayait le plus, c'était que leur présence signifiait que bien des choses allaient changer.

'Putain, où est-ce que ça a déraillé ?'

Le seul changement « important » que j'avais apporté, c'était de traiter Wi Seol-ah autrement que par le passé.

Et ce seul geste aurait suffi à faire bifurquer l'histoire aussi brutalement ?

'Ou alors… je ressors mon personnage arrogant et je les mets dehors en disant que je n'ai pas besoin d'un vieillard et d'une gamine ?'

Tandis que d'innombrables pensées se bousculaient dans mon esprit indécis,

« Ma petite-fille, reprit Wi Hyogun. Ma petite-fille ne connaît pas encore grand-chose du monde, et son travail risque de vous décevoir, mais je puis assurer au jeune maître qu'elle apprend vite. Je veillerai à l'instruire correctement et rapidement pour qu'elle réponde à toutes vos attentes. »

Pendant qu'il parlait, je jetai un œil à la fillette en question : elle se cachait derrière lui et semblait s'accrocher à ses vêtements.

Et entre ses mèches en bataille, j'aperçus ses yeux qui tremblaient.

'Pourquoi est-elle si nerveuse ? J'ai l'air si terrible que ça ?'

Dès que nos regards se croisèrent, Wi Seol-ah parla : « Je ferai de mon mieux… Je ferai vraiment de mon mieux… »

Mais enfin, si elle est si nerveuse, pourquoi est-elle, pourquoi sont-ils même là ? Pourquoi ne pas travailler pour Gu Cheolun ou pour Gu Yeonseo ?

Qu'est-ce que ces deux-là cherchent au juste en venant travailler pour moi ?

Les secondes s'égrenaient ; je compris que Wi Hyogun et Wi Seol-ah attendaient ma réponse et m'arrachai à mes pensées.

« Euh… Oui, ce sera un plaisir. »

Je ne trouvais aucune solution et, en prononçant ces mots, je ne pus m'empêcher d'avoir le sentiment que cette seconde chance était fichue dès le départ…

'Pourquoi… pourquoi une chose pareille arrive-t-elle si soudainement ?'

***

La nuit où Gu Yangcheon s'était entraîné à son Qi de feu…

« En êtes-vous certain ? »

Gu Cheolun s'entretenait dans sa résidence, une bougie devant lui.

« Je ne vois pas pourquoi ce serait un problème. Je ne suis pas en position de faire le difficile. »

« Mais, Grand Ancien, vous savez vous-même que, si vous le désiriez, les Quatre Clans Nobles vous accueilleraient sans peine. Au lieu de quoi vous êtes ici à vous donner tout ce mal… »

« Je ne trouve pas cela pénible le moins du monde, seigneur Gu. »

Wi Hyogun but lentement une gorgée de thé refroidi.

« Et puis, je n'appellerais pas cela un mal. Pour ma petite-fille, je suis prêt à bien davantage. »

« Monsieur… »

« C'est plutôt moi qui regrette de vous avoir contraint à accéder à une requête aussi lourde, au nom de vos liens avec un vieillard inutile comme moi. J'en suis désolé pour vous. »

« Ancien, je… »

« J'ai appris que les moines de Shaolin et ceux du Wudang recherchent Seol-ah. Ma dette envers vous n'en est que plus grande. »

Gu Cheolun ne trouva rien à répondre.

« À vrai dire, seigneur Gu, je n'avais pas l'intention de venir vous demander de l'aide au départ. Quoi que fassent Shaolin et le Wudang, ils n'auraient sans doute pas pu me retrouver si je m'étais simplement caché pour vivre dans les montagnes. »

« … Alors pourquoi ? »

« Appelez cela l'avidité d'un vieillard mourant. Vivre avec un vieux comme moi n'apporterait sans doute pas le bonheur à Seol-ah ; je voulais qu'elle découvre un peu le monde. »

« Dans ce cas, raison de plus pour rester chez moi. Gu Yangcheon a beau être mon enfant, c'est un enfant à qui il manque beaucoup de choses. »

Gu Cheolun ne comprenait pas pourquoi Wi Hyogun tenait à s'installer chez son fils.

Contrairement à ses filles, Gu Yangcheon était encore un enfant arrogant et immature. Gu Cheolun désirait de tout son cœur, en tant que père, le changer et le remettre dans le droit chemin, mais certaines choses l'en empêchaient.

Il avait appris que les deux s'étaient croisés dans la rue ; aussi la première chose qu'il avait faite en retrouvant Wi Hyogun avait-elle été de s'excuser abondamment pour le tort que son fils, il en était sûr, avait commis.

On ne peut imaginer son choc quand il apprit comment Gu Yangcheon s'était comporté lors de cette rencontre.

Wi Hyogun, lui, rit doucement aux paroles de Gu Cheolun.

« Moi aussi, j'étais inquiet au début, à cause de toutes ces rumeurs, mais je crois vous avoir déjà dit que c'est un enfant mûr. Le seigneur Gu, lui, semble vouloir garder tous ses enfants pour lui seul. »

Après son arrivée au Shanxi, Wi Hyogun avait obtenu très facilement, et sans même le chercher, des informations sur le troisième enfant du clan Gu par la rumeur. Il s'était demandé à quel point ce troisième enfant pouvait être mauvais pour que les rumeurs soient si répandues qu'un nouveau venu comme lui puisse en apprendre autant avec une telle facilité.

Il s'était d'abord demandé pourquoi la chance avait souri aux filles et pas au fils.

Leur rencontre avec Gu Yangcheon dans la rue, à sa petite-fille et à lui, relevait du pur hasard.

Wi Hyogun secoua la tête en se remémorant ce qui s'était passé…

Tout était venu de ce qu'il n'avait pas su retenir sa petite-fille, qui semblait si excitée pour la première fois depuis longtemps. Il l'avait donc laissée filer.

C'est alors qu'il l'avait vue parler à un garçon de son âge.

On voyait sans peine que le garçon appartenait au clan Gu. Le Qi qui circulait dans son corps était celui de son père et, s'il paraissait faible comparé à celui du seigneur lui-même, c'était sans conteste le Qi des arts de la flamme.

Rien qu'à ses yeux perçants, le visage de Gu Yangcheon trahissait déjà un caractère rugueux.

Sa petite-fille lui avait offert une pomme de terre avec un sourire radieux.

Et que ferait-il, si le garçon se conduisait comme le disaient les rumeurs ? Eh bien, il n'avait aucune intention d'intervenir, sauf si la vie de la petite était menacée.

Il voulait qu'elle apprenne que tout le monde n'était pas bon en ce monde.

Pourtant, contre toute attente, le garçon n'avait rien dit ni rien fait de mal. Au contraire, il avait empêché son escorte de malmener la fillette et lui avait donné un yakgwa.

Il avait même traité Wi Hyogun avec respect quand celui-ci s'était approché. Le vieil homme s'attendait à ce qu'il ne voie en lui qu'un simple roturier, avec ses vêtements sales et déchirés.

Le titre d'Empereur de l'Épée lui avait donné une fausse idée de lui-même, lui faisant croire qu'il était un homme parvenu à la perfection. Mais…

'Hyogun, ta formation n'est pas encore achevée.'

Il s'était fait des reproches.

Il avait été bien sot de juger un garçon sur sa mine et sur des rumeurs.

« Cet enfant me convient. J'espère plutôt qu'il sera satisfait de nous. »

Que se serait-il passé si tout s'était déroulé comme le voulaient les rumeurs ?

Si Gu Yangcheon avait traité Wi Seol-ah durement, aurait-il pris une autre décision ?

« … Bien, monsieur. Dites-moi s'il y a le moindre problème. »

Gu Cheolun ne comprenait pas pourquoi Wi Hyogun voyait en Gu Yangcheon un bon enfant, mais il décida de ne plus s'y opposer.

Alors que la conversation touchait à sa fin, Gu Cheolun demanda :

« Mais cela vous convient-il ? »

C'était une question sans rapport avec la première.

Wi Hyogun en saisissait le sens, lui aussi ; il ne put donc répondre facilement.

« Si le Maître l'a dit… »

Sa réponse s'accompagna d'un sourire amer.

On racontait que le Maître de Shaolin pouvait lire le cours de l'humanité grâce aux Yeux Célestes qu'il possédait.

« Oui, s'il l'a dit lui-même, quelque chose finira forcément par arriver. Mais vous comprenez sans peine… »

À cet instant, une légère brise souffla du dehors et éteignit la petite flamme de la bougie.

« … que Seol-ah se trouve au centre du désastre à venir, et qu'elle devra manier l'épée pour lui résister. »

Wi Hyogun eut un petit rire désabusé.

Les rides de son visage se creusèrent tandis qu'il parlait.

« C'est pour ça que je me suis enfui. Je sais que c'est égoïste, mais pourquoi fallait-il que ce soit Seol-ah ? N'est-ce pas cruel ? Il y a moi, à qui l'on a donné le nom d'Empereur de l'Épée, et il y en avait d'autres tout aussi capables. »

« Ancien… »

Wi Hyogun était las de cette réalité.

« Je ne peux pas lui faire manier l'épée à cause d'un désastre, alors que je n'ai même pas su lui offrir une fleur. »

Wi Hyogun posa ses mains ridées sur son visage.

« Jamais je ne lui ferai manier l'épée, dussé-je mourir et mon âme partir en cendres. »

Cette phrase, et l'histoire dont elle était née, aurait anéanti Gu Yangcheon s'il l'avait entendue.

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