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Chapitre 3

Chapitre 3 — Je suis bel et bien dans une comédie romantique

2 octobre 2026 ~7 min · 1 292 mots

Les bavardages de la classe s'éteignirent aussitôt quand la porte s'ouvrit de nouveau sur un homme aux larges épaules, aux cheveux noirs soigneusement peignés et aux lunettes à monture carrée.

Son expression était tranchante, sans fantaisie, et dégageait le genre d'autorité qui pousse les élèves à se redresser d'instinct. Il portait un épais livre sous le bras et gagna l'avant de la salle d'un pas mesuré.

Tout chez lui — de son uniforme impeccable à la façon posée dont il remontait ses lunettes — respirait la discipline la plus stricte.

Le protagoniste, encore un peu étourdi par l'attention de tout à l'heure, se reprit quand le professeur atteignit l'estrade. Emilia, toujours aussi composée, croisa les mains sur son bureau, prête à écouter.

Je tournai moi aussi mon attention vers l'avant.

Il balaya la classe du regard un bref instant avant de prendre enfin la parole, sa voix grave et posée portant sans effort à travers la salle.

« Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis le professeur Calder et j'enseigne l'histoire impériale. Notre programme portera sur l'essor et l'évolution de l'Empire d'Ardentis, ses grands conflits et les figures qui ont façonné son destin. »

Il posa le lourd volume sur le pupitre dans un bruit sourd, puis remonta une fois de plus ses lunettes.

« Bien. Ouvrez à la page 27. Le thème du jour : la Guerre des Trônes d'Argent. »

Un empire, hein. Je suis coincé dans une sorte de comédie romantique médiévale ?

***

« La Guerre des Trônes d'Argent fut un conflit déterminant de l'histoire de l'Empire d'Ardentis. Guerre de plusieurs décennies, marquée par les trahisons, les bouleversements politiques et les effusions de sang entre factions rivales, elle aboutit finalement à l'unification des royaumes épars sous une seule bannière… »

Je clignai des yeux.

… Quoi ?

Je fixai les lignes du manuel : des paragraphes denses, des noms inconnus et une chronologie compliquée qui aurait eu sa place dans une thèse universitaire. Mes yeux suivaient les mots, mais mon cerveau refusait de les assimiler.

Qui ? Où ? Quand ?

Je relus le même paragraphe, en espérant qu'à force, ça finirait par faire tilt, que je me souviendrais peut-être de quelque chose.

Non. Toujours du charabia.

C'était mauvais.

Ne rien comprendre à des théories magiques avancées ou à de drôles de concepts de fantasy, passe encore, mais l'histoire ? C'était censé être simple. Des récits du passé, des dates, des figures clés, des guerres : exactement comme un pavé de lore dans un jeu. Mais le problème, c'était que…

Je n'en avais aucun souvenir.

Mes doigts se crispèrent sur le manuel tandis que je réprimais un soupir. Si ç'avait été un vrai univers de fantasy — plein d'épées, de magie, de donjons et d'aventures —, j'aurais au moins eu quelque chose de cool à attendre. Mais non, j'étais coincé dans un univers d'académie et, à en juger par les clichés qui se déchaînaient, avec une forte dose de comédie romantique en prime.

Qu'est-ce que j'étais censé faire dans un endroit pareil ? Étudier ? Décrocher mon diplôme ? Me retrouver embarqué dans des drames inutiles ?

Je jetai un coup d'œil sur ma droite.

Comme prévu, les personnages principaux remettaient ça.

Emilia et le protagoniste — dont je ne connaissais toujours pas le nom — étaient assis côte à côte.

Elle avait discrètement rapproché sa chaise, juste un peu, tandis que le protagoniste, le pauvre, restait béatement inconscient de la chose, ou faisait semblant. De temps à autre, leurs épaules se frôlaient presque, et elle lui lançait un regard furtif.

Le cliché de la romance à combustion lente.

Je faillis lever les yeux au ciel.

Reportant mon regard devant moi, j'essayai de me concentrer sur le cours. Je n'y comprendrais peut-être rien, mais apprendre au moins une chose valait mieux que rien.

Le professeur Calder poursuivit.

« Le tournant de la guerre survint lorsque le plus jeune prince, trahi par son propre demi-frère, rassembla les restes de ses forces et lança une ultime contre-attaque lors de la bataille du Val Creux… »

D'accord. Donc, quelqu'un a trahi quelqu'un. Un prince a mené une armée.

Super.

Ce que je comprenais, en revanche, c'est que cet empire — l'Empire d'Ardentis — était quelque chose d'important. L'académie où nous nous trouvions était directement soutenue par l'empire, ce qui signifiait prestige, influence et sans doute un programme exigeant.

Je soupirai intérieurement.

Voilà donc où j'étais coincé.

Pour l'instant.

Je finirai par partir d'ici.

En attendant, le cours s'éternisait. J'avais depuis longtemps renoncé à y trouver un sens, me contentant d'en écouter des bribes et de mettre de côté ce qui avait l'air vaguement important.

Puis, enfin…

« Ce sera tout pour aujourd'hui. »

Le professeur Calder referma son livre d'un coup sec.

Un bref instant, le soulagement m'envahit.

Mais alors…

« Avant de partir, votre devoir : une dissertation détaillée sur l'impact de la Guerre des Trônes d'Argent sur le gouvernement actuel. À rendre d'ici la fin de la semaine. Cinq pages minimum. »

Un grognement collectif parcourut la classe.

Moi aussi, j'avais failli m'étrangler.

Cinq pages ? Sur une guerre à laquelle je ne comprenais presque rien ?

Cette école était impitoyable. Non, c'était le professeur qui l'était.

Tandis que les élèves râlaient en refermant leurs livres, je pris un moment pour écouter.

« … Pff, pourquoi on doit écrire autant ?

— Cinq pages ? Je n'écris même pas autant en littérature !

— On a d'autres cours aussi ! Il croit que l'histoire, c'est la seule chose qui compte ? »

Bon, c'était fini.

Les cours étaient terminés.

J'expirai lentement. Bien. J'avais survécu à la journée. À une partie, du moins.

Je rangeai vite mes affaires, pressé de partir avant qu'il se passe quoi que ce soit.

Mais au même moment…

« Mademoiselle Emilia, voudriez-vous visiter l'académie avec nous ? »

Je m'interrompis, les doigts crispés sur la bandoulière de mon sac.

Pas besoin de me retourner pour savoir que c'était un groupe de filles — les mêmes qui s'étaient agglutinées autour d'elle un peu plus tôt.

« Merci pour votre proposition, répondit Emilia avec grâce, mais j'ai déjà promis à Aeron qu'il me ferait visiter. »

Je levai les yeux.

Pour la première fois, j'avais enfin le nom du protagoniste.

Aeron.

Tiens.

À cet instant précis, je tournai la tête, juste à temps pour surprendre l'expression abasourdie d'Aeron.

Son visage criait : « Depuis quand j'ai fait ça, moi ? »

Je faillis pouffer.

Puis nos regards se croisèrent.

Je lui adressai un léger hochement de tête, compatissant à sa souffrance, avant de détourner les yeux et de boucler mon rangement en vitesse record.

Un mauvais pressentiment me remonta le long de l'échine.

Il fallait que je parte. Tout de suite.

La classe se vidait peu à peu, les élèves déçus sortant un par un. Bientôt, l'embrasure de la porte fut dégagée.

Je me levai, prêt à filer…

Mais une main se posa sur mon épaule.

« Hé… »

Oh non.

***

[Événement déclenché…]

***

Mince.

Je me retournai vers Aeron en réprimant l'envie de soupirer.

« … Qu'est-ce qu'il y a ? » demandai-je.

Aeron hésita une seconde avant d'afficher un sourire décontracté.

« Pourquoi tu ne viendrais pas avec nous ? »

Je clignai des yeux.

Un silence.

Mon sourcil tressaillit légèrement.

Aeron poursuivit.

« Toi aussi, tu as été transféré cette année, non ? Tu n'as pas eu le temps de visiter l'académie correctement, toi non plus. Pourquoi ne pas en profiter ? Allez, faisons-le ensemble. »

Il me regardait avec une expression discrète qui disait « aide-moi ».

Je le fixai, le cerveau en plein redémarrage.

Mais attends une seconde !

Transféré ?

Moi aussi, je suis un élève transféré ?!

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