Prologue
'Survivre.'
Debout, le corps couvert de sang, le sien comme celui de toutes sortes de bêtes, il n'avait qu'une seule pensée en tête.
'Je dois survivre.'
Il resserra sa prise sur ses armes et chargea. Il surgit devant la bête et abattit sa lame, lui ouvrant une entaille dans le cou, tandis que la bête balançait sa patte vers sa tête. Il se téléporta derrière elle et, tout en crachant encore du sang, il continua de frapper d'estoc et de taille.
'Survivre. Survivre. Survivre.'
Tandis que ce seul mot tournait en boucle sans fin, il sauta sur le dos de la bête, déjà alourdie par l'hémorragie. Il frappa une nouvelle fois vers le bas ; mais son arme se brisa au contact.
'Survivre. Survivre. Survivre.'
Alors même qu'il perdait ses repères à force de perdre son sang, il n'entendait qu'un seul mot. Il plongea les mains dans la plaie du cou de la bête, l'arracha pour l'ouvrir en grand et enfonça les dents dans sa chair crue.
'Survivre. Survivre. Survivre.'
Il griffa, mordit, dévora, et avec la dernière once de raison qui lui restait, il planta son arme brisée dans la plaie béante du cou de la bête. Celle-ci s'effondra au sol, sans vie.
Alors qu'il commençait à perdre connaissance, il vit un écran holographique apparaître devant ses yeux.
[Niveau supérieur !]
[1re classe obtenue !]
'J'ai… survécu.'
Tandis qu'il sombrait dans l'inconscience, un sourire se dessina sur ses lèvres.
***
Quelques jours plus tôt
Dans un hôpital quelque part à Los Angeles, un jeune homme était assis patiemment au chevet d'un lit. Il avait dix-sept ans, des cheveux noirs en bataille et des yeux améthyste qui paraissaient presque vides. Avec sa silhouette maigre, il aurait pu être extrêmement beau s'il n'avait pas été si négligé.
Sur le lit reposait une femme d'âge mûr aux traits semblables : de toute évidence, un membre de sa famille.
« Maman, ça fait six ans que le monde a changé, mais je m'en sors toujours. Tu n'as à t'inquiéter de rien : ton fils fera en sorte que tu te réveilles et que tu profites toi aussi de ce nouveau monde. Je t'en prie, continue de te battre et reste en vie. » Il espérait obtenir en réponse le moindre tressaillement, tout en sachant que c'était impossible.
Le jeune homme continua de bavarder de choses et d'autres avec sa mère, tout en repensant à l'événement qu'on avait baptisé « l'Éveil du Monde ».
À l'époque, alors qu'il venait tout juste d'entrer au lycée, le monde avait complètement changé. Comme s'ils vivaient dans un certain roman coréen, le mana s'était éveillé dans le monde, des portails avaient commencé à s'ouvrir, et un écran holographique était apparu devant les yeux de chaque être humain pour lui présenter son « statut ».
Chacun avait reçu un talent de départ, allant de capacités simples comme une vue améliorée à des délires de fantasy comme la pyrokinésie ; bon sang, on avait même vu aux infos l'histoire d'un type qui avait obtenu la manipulation des raisins secs.
Et dans cette myriade de capacités, lui avait éveillé une affinité spatiale, avec la compétence « Téléportation à courte distance ». Au début, il était tout excité, rêvant de combats acharnés et d'un grand pouvoir, mais la réalité l'avait vite rattrapé.
Sa capacité ne fonctionnait que dans un rayon de dix mètres autour de lui, et ses statistiques physiques étaient d'une faiblesse effarante : il était épuisé après l'avoir utilisée deux ou trois fois. De ce fait, il n'avait jamais pu combattre de bêtes et monter de niveau ; il n'était arrivé au niveau 5 que par pur hasard et en volant des éliminations.
À vrai dire, une fois consciente sa propre faiblesse, il n'avait jamais voulu devenir chasseur et explorer les mystérieux portails. Mais il n'avait pas eu le choix. Il n'avait aucune compétence utile dans ce monde en mutation, et il avait désespérément besoin d'argent.
Quand le mana s'était éveillé, tout n'avait pas été fantastique et génial : beaucoup de gens dont le corps n'avait pas pu s'adapter au nouvel environnement s'étaient retrouvés hospitalisés et plongés dans le coma. Sa mère en faisait partie. Il n'existait encore aucun remède à ce mal, et rien que pour maintenir le patient en vie, l'hôpital facturait des milliers de dollars.
Alors il avait persévéré. Il avait rejoint l'Association des Guildes, qui gérait les chasseurs, et était devenu membre d'une équipe de collecte pour la guilde dont faisait partie son meilleur ami, ce qui le tenait relativement à l'abri des attaques.
Il lui arrivait de jouer les porteurs et de voler une élimination ou deux, mais une fois son manège découvert, même cela lui avait été interdit. Et six ans s'étaient écoulés ainsi. Il n'avait jamais progressé et gagnait à peine de quoi subvenir aux besoins de sa mère.
« Monsieur Damien ? Monsieur Damien Void ? » L'appel d'une infirmière le tira brusquement de ses pensées. « Monsieur, nous devons nous occuper de la patiente, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir patienter dehors quelques instants. »
Comme il connaissait la routine après ses innombrables visites de ces six dernières années, il hocha la tête et quitta la chambre.
'Merde. Depuis ce dernier raid, je n'ai pas réussi à trouver de boulot.' pensa-t-il.
'Si je n'arrive pas à rejoindre un autre raid dans la semaine, je ne pourrai sans doute plus payer les frais médicaux de maman. Non, il le faut… Quoi qu'il arrive, je n'arrêterai pas de les payer. Même si je dois quitter mon appartement et vivre dans la rue un moment, je dois payer ses factures.'
« Qu'est-ce que je suis censé faire avec des stats aussi minables ? » pensa Damien à voix haute, avant de décider de consulter son statut.
'Statut.'
À peine eut-il pensé le mot qu'un écran holographique apparut juste devant ses yeux.
[Statut]
[Damien Void]
Humain
Homme – 17 ans
Niveau 5 – [Sans classe]
Expérience : 0/100
Titres [•••••••, Porteur du Physique du Vide]
Affinités : Espace
Physique : Physique du Vide
Puissance magique : 20
FOR : 3
AGI : 5
DÉF : 2
INT : 3
DEX : 5
Compétences : [Téléportation à courte distance niv. 1], [Télékinésie mineure niv. 1], [Régénération mineure niv. 1]
Damien poussa un soupir exaspéré. 'Tous mes problèmes pourraient se régler facilement si seulement je devenais plus fort, mais mon physique a l'air coincé à ce niveau pathétique, peu importe mes efforts pour progresser.'
Il repensa à l'époque où il s'entraînait de toutes ses forces, allant jusqu'à suivre les programmes de One Punch Man et de Solo Leveling pour améliorer son corps, en vain.
Quand il avait éveillé le système, il possédait déjà deux titres. En repensant à quel point il s'en était vanté au lycée, il avait envie de se terrer dans un trou tellement il avait honte.
Il s'était avéré que son premier titre, représenté par une simple série de points, ne servait absolument à rien. Au début, il avait cru que ce serait comme dans ces clichés de romans où le titre est trop puissant et donc scellé, mais au bout de six ans, il avait renoncé à ce mince espoir.
Son second titre était encore pire. Il n'était pas seulement inutile : il était nuisible. Au lieu d'être une sorte de pouvoir cheaté qui lui aurait permis de maîtriser facilement son affinité spatiale, le Physique du Vide absorbait l'essentiel des nutriments et de la force destinés à son corps, tel un trou noir, et les convertissait en puissance magique.
De ce fait, il possédait une bonne quantité de puissance magique pour quelqu'un de son niveau, mais cela ne servait à rien quand son corps ne supportait même pas l'effort de se téléporter trop souvent.
'Même mon affinité spatiale est l'une des plus rares et des plus difficiles à entraîner. Après toutes ces années d'efforts constants, la seule chose que j'ai réussi à faire, c'est faire léviter des tasses jusqu'à moi.' pensa-t-il en soupirant de nouveau.
'Franchement, ce serait bien d'avoir une armure scénaristique ou un truc du genre, qui me donnerait au hasard un moyen de guérir maman. Après ça, pourquoi est-ce que je m'embêterais à être chasseur ? Je pourrais vivre la vie paisible que devrait mener un citoyen ordinaire avec une chance pourrie comme la mienne.'
Tandis que ses pensées devenaient de plus en plus autodépréciatives, les infirmières terminèrent leurs soins auprès de sa mère. Il retourna dans la chambre pour lui dire au revoir avant de partir.
« Ne t'inquiète pas pour ton bon à rien de fils, maman. Tout ce que tu as à faire, c'est continuer à vivre. Je suis désolé de ne pas pouvoir faire plus pour toi, et je suis désolé que ton fils soit si maigre qu'il n'arrivera sans doute pas à se trouver une copine avant ton réveil. » Il gloussa légèrement à sa propre blague avant de poursuivre :
« Je vais y aller. Je te promets de te rapporter d'autres histoires sur les portails et les trucs de dingue qui se passent dans le monde la prochaine fois que je viendrai. Il paraît que même le type à la manipulation des raisins secs est devenu célèbre. Un jour, ton fils se tiendra au sommet du monde et fera en sorte que tu puisses vivre la vie que tu désires. »
Sur ces mots, il quitta l'hôpital. Mais au moment de franchir la porte, il fut brusquement plaqué au sol.
« Damien ! »
