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Chapitre 9

Chapitre 9

24 octobre 2026 ~13 min · 2 410 mots

Je suis tombé sur une île flottante.

Rien de bien remarquable sur ce petit îlot.

Une petite montagne, une forêt, et une rivière qui coulait sur la partie plane, plutôt spacieuse.

Quand je l'ai découverte, c'était une île flottante d'une banalité affligeante, mais c'est ici que j'ai décidé d'établir mon domaine indépendant.

L'une des raisons de ce choix, c'est que même développée au maximum, elle ne dépassera jamais l'échelle d'une semi-baronnie ; mais surtout, c'est une île déserte où personne ne vivait, alors je l'ai faite mienne.

N'est-ce pas ce qu'il y a de mieux pour mon avenir, ou plutôt, pour le reste de ma vie ?

Je sortirai diplômé de l'académie, je deviendrai seigneur féodal, puis je vivrai en reclus sous prétexte de mettre la terre en valeur.

Je pourrai laisser les serviteurs s'occuper de ma famille pendant que je me prélasse ici.

Dans la partie basse de l'île se trouve un dock où je peux cacher mon dirigeable.

C'est là que je range Luxon.

On avait plâtré une épaisse couche de papier mâché sur Luxon, qui servirait de base au modelage pour la construction d'un nouveau dirigeable.

Ceux qui s'en chargeaient étaient des robots conçus pour la fabrication.

Une sphère rouge à l'œil unique et au corps métallique flottait près de moi.

Elle avait à peu près la taille d'une balle de softball.

« C'est vraiment nécessaire d'en fabriquer un faux ? »

[Tous ces préparatifs sont nécessaires. Par ailleurs, je ne peux écarter la possibilité que la femme nommée Zola tente quelque chose.]

Luxon avait annoncé qu'il allait s'autodétruire, mais quand il s'est rendu compte que je parlais japonais, il s'est mis à me suivre par curiosité.

Un sacré naïf.

« À part ça, où en est l'île ? »

[Cette île flottante renferme un minerai chargé de chaleur. Il est possible d'aménager une source chaude en y faisant circuler de l'eau. Il semble qu'on pourrait en tirer un revenu en en faisant une attraction touristique à l'avenir.]

« Les attractions touristiques ne m'intéressent pas, mais une source chaude, c'est bien. »

Mes parents ont paru surpris quand je leur ai dit que j'allais vivre seul sur une île vide. Mettre une terre en valeur, c'est un travail ingrat et difficile.

Ils m'ont demandé je ne sais combien de fois si je savais ce que je faisais, mais je n'ai pas renoncé à mon indépendance. Ils ont fini par céder en me disant de les prévenir au moindre souci, mais… de toute façon, avec Luxon ici, la mise en valeur ne pose aucun problème.

Ce truc est vraiment un type polyvalent et compétent.

Le plus fou, c'est que dans les réglages frivoles du jeu, c'était un objet censé « rendre le ravitaillement inutile » : maintenant qu'il est devenu réel, Luxon peut préparer n'importe quelle ressource.

Il ne peut pas créer quelque chose à partir de rien, mais il paraît qu'il est même capable de changer les rochers alentour en or.

Avec une capacité aussi triche, je n'arrive pas à concevoir comment ils ont pu perdre contre les nouveaux humains.

Cela dit, d'après son récit, Luxon s'est réveillé alors que les fonctions de la base étaient presque entièrement éteintes. Il attendait des ordres, en veille, mais il semble qu'il essayait de recueillir des informations chaque fois que des descendants des nouveaux humains, les aventuriers, débarquaient de temps à autre.

Voilà pourquoi il comprenait notre langue.

Peu importe, maintenant.

Grâce aux talents de Luxon, je file tout droit vers l'indépendance sans être vendu à de vieilles perverses. Seul le résultat compte.

[Nous avons commencé la construction du manoir et avancé l'aménagement d'un port. La surface devrait elle aussi être confortable d'ici un an environ.]

Laisser ce domaine à l'abandon serait une catastrophe. Le sol est inégal, la végétation a tout envahi, et je ne qualifierais pas ça de confortable.

Le rendre habitable en un an fait partie des nombreuses capacités de Luxon.

Ses performances sont inimaginables pour quelque chose qui ne m'a coûté que mille yens dans ma vie précédente.

Je regrette de ne pas avoir dépensé davantage dans le jeu, mais rien qu'avoir Luxon me satisfait pleinement.

« J'ai une requête. Je garde un mauvais souvenir de l'aventure. J'ai dû sauver ma peau un nombre incalculable de fois rien qu'en te cherchant, moi, un figurant. Maintenant, je veux juste une vie paisible, sans hauts ni bas. »

[Je respecterai mon maître qui, ayant obtenu mes capacités, décide de tout son cœur de vivre en reclus. Aucune ambition, et égoïste. Un humain admirable.]

« C'était du sarcasme ? »

[Du cynisme.]

J'ai donné une pichenette à Luxon.

Sa coque dure semble recouverte d'un matériau relativement souple, car ça ne m'a pas fait très mal. Il est revenu flotter à sa place.

[Cela mis à part, avez-vous pu préparer votre entrée à l'académie ?]

J'ai haussé les épaules en répondant à la question de Luxon.

« C'est fait. Les marchands m'ont couvert de cadeaux pour fêter mon entrée, alors je n'ai rien eu à préparer. Mon père n'en revenait pas de les voir devenir si aimables. »

[C'est parce que l'activité économique du domaine a augmenté. Peut-être les nouveaux humains sont-ils ainsi faits que les marchands sont honnêtes envers l'argent…]

J'ai réparti les fonds tirés du trésor entre l'aménagement d'un port et le développement du domaine familial.

J'ai commencé par rembourser les dettes de la maison, et l'île s'est animée dès que j'ai investi dans ce domaine qui stagnait. L'économie tournait bien, alors les marchands ont afflué et offert des présents à ma famille.

En quelques mois, le domaine était devenu plutôt prospère.

« Tout bien considéré, est-ce que ça a un sens d'aller à l'académie ? »

[En apparence, l'idée est que les qualités des jeunes nobles s'améliorent grâce à l'éducation. Il y a partout beaucoup de jeunes nobles qui ne peuvent pas vivre en reclus sur leur domaine comme vous, maître. Par conséquent, il y a dans le monde comme dans la société aristocratique de nombreux nobles qui manquent globalement de bon sens. On veut les rassembler tous au même endroit et les éduquer. De plus, les nobles orgueilleux veulent afficher la grandeur du royaume et réduire l'esprit de rébellion. Cela désavantage aussi les nobles de province, mais s'ils envoient leurs enfants à la capitale royale, cela flattera leur fierté, les poussera à rechercher le savoir et leur permettra de nouer de nouvelles relations. Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients, mais je pense que son existence a une portée considérable.]

« … C'était plutôt long. »

[Je pense que la principale raison d'être de l'académie est de créer un sentiment d'appartenance à un même pays. Une forte unité en cas d'urgence. D'après ce que vous m'avez dit, maître, il semble exister d'autres nations sur d'autres continents.]

Si c'est le sens qu'il donne à l'académie, est-ce que c'est tout ce qu'il y a à en dire ?

Moi, je ne peux expliquer l'existence de l'académie que par le fait qu'il y en avait une dans l'otome game. Ce que dit Luxon est peut-être juste, d'une certaine façon.

[J'ai aussi entendu dire qu'on cherche un partenaire de mariage à l'académie. C'est un lieu de sociabilité pour la jeune noblesse. Soyez prudent, maître. Si vous êtes imprudent, vous vous couvrirez de honte.]

Pour qui il me prend, ce truc ?

« Comme si les figurants pouvaient se faire remarquer à ce point. On les traite comme un élément du décor. En tout cas, l'académie ne va pas changer ma vie en mieux. »

[Des figurants, dites-vous ? Je comprends ce que vous voulez dire, mais ce jugement est…]

Je coupe Luxon.

« Bref, je trouverai une partenaire convenable. Plutôt que de viser l'inaccessible fille de noble, je trouverai une fille de maison de chevalier qui deviendra indépendante. Ce serait bien. »

Juste une vie qui file droit.

Je ne vais pas bêtement courir après une femme de haut rang : rien qu'en regardant Zola, j'en ai la nausée.

Ma vie ne va sans doute pas s'améliorer à partir de maintenant… mais même ainsi, je pense qu'une vie heureuse m'attend.

***

« … Hein ? »

Mon père m'avait convoqué dans son bureau, mais ce qui m'y attendait dépassait l'imagination.

« Enfin, pourquoi tu es surpris ? Tu as découvert et conquis un donjon inexploré. En plus d'avoir trouvé un objet perdu, tu as découvert une nouvelle île flottante. »

Il y avait une lettre du palais royal à mon nom.

On y lisait qu'au vu de mes exploits d'aventurier, on m'accordait provisoirement le rang de baron.

Au lieu de devenir indépendant en simple chevalier, on m'avait donné le statut de baron.

« P-pourquoi ?! »

« Ce n'est qu'une supposition, mais tu deviendras chef d'une maison de baron après ton diplôme, pour ne pas être placé sous tutelle. »

Ma famille est une maison de baron. Une maison de baron ne peut être tutrice que de maisons de chevalier ou de semi-baron ; les règles du royaume de Holfault disent donc que moi, désormais de rang égal, je ne peux pas être sous tutelle.

« Mon domaine n'a pas l'envergure d'une baronnie ! »

« Tu crois que je ne le sais pas ?! »

Mon père aussi semblait abasourdi.

Au mieux, je pensais qu'on reconnaîtrait mon indépendance et que j'aurais le rang de chevalier, ou de semi-baron avec de la chance.

« Ce serait à cause de l'académie… »

« Peut-être pour que tu entres dans la classe des héritiers des maisons de baron et au-dessus. »

La majorité des nobles qui fréquentent l'académie sont des jeunes de maisons de chevalier. Les rangs de chevalier et de semi-baron sont considérés comme des maisons de chevalier ; ceux qu'on considère comme des nobles sont issus des maisons de baron et au-dessus.

À l'académie, deux types de classes sont prévus : une pour les futurs héritiers des nobles, et une pour tous les autres.

Les maisons de chevalier vont en classe ordinaire, les nobles en classe supérieure.

Mon grand frère est en classe ordinaire.

Normalement, comme les deuxièmes et troisièmes fils ne sont pas appelés à hériter de la maison, ils suivent la classe ordinaire. Les maisons de haut rang ou aux gros revenus envoient leurs cadets en classe supérieure, mais les nobles de province n'ont pas cette marge, alors ils vont généralement en classe ordinaire.

Les filles, en revanche, font exception. Si elles viennent d'une maison de baron ou plus, elles peuvent entrer en classe supérieure, que leur maison soit aisée ou modeste.

… Comme j'avais prévu de devenir indépendant, je pensais entrer en classe ordinaire à l'académie.

Mais maintenant qu'il est décidé que je serai baron… je vais être placé en classe supérieure.

« La classe ordinaire me convenait très bien. »

« Impossible. Tu vas être chef de maison. Il te faut une éducation adaptée, alors même si ça ne te plaît pas, tu iras en classe supérieure. »

« Et mon épouse, alors ?! »

« … Il faudra évidemment que tu sois avec une jeune fille de bonne naissance. »

Je me suis effondré à genoux, désespéré.

« Je ne veux paaas ! »

« Imbécile, arrête de pleurer ! Il y a peu de femmes comme Zola. Et puis, il y aura bien à l'académie une femme qui pensera du bien de toi… sans doute. »

Mon père a dit « sans doute ». Il semble que lui-même n'y croie pas, hein ?

« Une fille de maison de baron à comte, c'est le pire piège qui soit, non ? Je n'en veux pas. Je n'en veux absolument pas ! »

Mon père a paniqué.

« Toi, arrête de traiter les filles de nobles de pièges ! Si quelqu'un t'entend, ça va tourner à l'incident grave. Enfin, tes sœurs aînée et cadette aussi sont filles d'une maison noble. Tu les vois comme des personnes aussi cruelles ? »

« C'est bien ce que je dis ! Elles sont vraiment les pires ! Si tu les regardes en te disant que ce sont de bonnes femmes, va donc faire un tour à l'hôpital ! »

« Toi, dire ça de tes sœurs… »

Si possible, je préférerais une fille de maison de chevalier.

« Je refuse ! Je préfère une femme douce et gentille. Une fille de maison de baron ou plus, c'est impossible ! »

Mon père s'est couvert le visage des deux mains. Je suppose qu'une partie de lui était d'accord.

À vrai dire, même si ce sont des nobles de province, rien qu'en regardant mes sœurs aînée et cadette, j'ai cette impression qui me fait faire : « Hein ?! »

J'ai pris mes distances avec elles quand elles ont déclaré d'un air tranquille : « Les hommes, ça se trouve, pas vrai ? Je m'en chercherai un autre avec une jolie figure. Ou peut-être un esclave ! Dis, papa~, moi aussi je veux un amant elfe… non, attends, un serviteur attitré. Je veux un esclave. »

Il semble qu'avec mon argent, la deuxième fille s'est acheté un esclave, qu'elle s'en est vantée et qu'elle est devenue l'objet de toutes les jalousies.

Ma mère a paniqué en voyant ses filles ainsi, tandis que mon père, mon grand frère tout juste rentré et moi contemplions la scène avec calme.

Sœur aînée ou cadette, elles ne savent faire que du mal.

« En tout cas, tu iras en classe supérieure. »

J'avais l'impression qu'on m'avait arraché mes projets de bonheur, et je me suis assis là, les genoux serrés entre les bras.

Mon père m'a regardé, l'air choqué, puis il a semblé vouloir me remonter le moral.

« C-ce ne sera pas si terrible. À l'académie, tu seras avec les héritiers de nobles prestigieux, y compris Son Altesse le prince héritier. Si tu arrives à te faire des relations, ton avenir sera paisible. »

« Non, ils ne vont pas faire attention à des gens comme nous. »

Le prince de l'otome game aimait les gens d'apparence simple et détestait sans doute les nobles qui s'agglutinaient autour de lui. Je vois le prince et les autres cibles à conquérir avec ce genre de regard étroit.

« … Je comprends, mais je crois que je me suis mal exprimé. Grâce à toi, le domaine va un peu mieux. Encore deux mois, et nous serons plus riches. »

Tandis que mon père s'excusait, abattu, je me sentais déprimé de devoir penser à ce qui m'attendait.

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