Aller au contenu principal

Chapitre 1

Prologue

26 septembre 2026 ~35 min · 6 837 mots

La justice et le mal peuvent changer selon le point de vue.

J'étais si fatigué que des réflexions philosophiques, qui ne me viendraient normalement jamais à l'esprit, surgissaient dans ma tête.

Ma volonté a été rabotée au point que... je garde une expression vide depuis deux bonnes heures.

Je veux m'allonger sur mon lit et passer mon temps libre sur les mangas et les animés que j'aime tant. Ou alors, j'aimerais jouer à des jeux pensés pour un public masculin.

Avec des yeux de poisson mort, moi, un adulte actif, je joue... à un otome game.

C'est un de ces jeux de simulation amoureuse, qui se jouent comme les galge destinés aux hommes, mais à l'autre bout du spectre.

L'héroïne est une fille. C'est un otome game, donc les cibles à conquérir sont des hommes. À l'inverse, si le héros est un garçon et que les cibles sont des filles, c'est un galge.

Eh oui, pendant mon temps libre, je ne joue pas à un jeu destiné aux hommes.

Ce n'est pas que j'aime les otome games : je préfère les galge.

« Pourquoi est-ce que je dois passer ma matinée à séduire un beau gosse ? »

Voir le personnage masculin rougir de l'autre côté de l'écran ne me réjouit pas.

En gros, chaque personnage conquérable qui apparaît dans le jeu est magnifique.

Ils sont dessinés par des illustrateurs populaires et doublés par des comédiens célèbres. Si c'était un galge... je serais ravi d'entendre les personnages féminins, mais la voix suave d'un mec ne me rend pas heureux !

L'expression vide, je restais concentré sur l'écran d'un smartphone.

Comme je n'ai aucune motivation, je dois m'en remettre entièrement aux soluces pour jouer.

Une fois un choix sélectionné sur l'écran scintillant, on sait si la jauge d'affection monte, grâce à un effet sonore et à une pose que prend le personnage en 3D.

Le personnage masculin prenait la pose, une main passée dans les cheveux, les joues légèrement rosies.

'Tu n'es pas comme les autres filles. Dis-moi ton nom.'

Ce type, c'est le prince héritier : un personnage à conquérir du jeu, présenté comme un garçon très populaire sur le campus. C'est la scène où l'héroïne tombe sur lui par hasard et, ignorant qu'il est le prince héritier, se comporte normalement avec lui.

J'en suis bien au-delà de ma deuxième partie. Je ne pouvais que râler devant ces scènes de première rencontre que j'ai vues un nombre incalculable de fois.

« Tu te fous de moi. C'est impossible de ne pas savoir qui est le prince héritier de son propre pays. Quelle fourbe. Qu'est-ce qu'elle est fourbe, cette héroïne. »

Le prince héritier ne semble pas remarquer le comportement fourbe de l'héroïne.

« ... Il rougit de plaisir. Il n'a vraiment aucun discernement. »

Je passe mon week-end tant attendu à jouer à un otome game.

Il est actuellement midi, un dimanche. Je joue à cet otome game sans m'arrêter depuis samedi. J'ai été débordé ces derniers temps et je n'avais pas eu de week-end depuis longtemps.

À ce moment-là, j'entendis un son électronique provenant de mon smartphone.

En vérifiant, je vis que c'était un message avec une photo, de la part de ma petite sœur.

'Je m'éclate à l'étranger avec mes amies~'

... Voir le sourire de ma sœur me fit bouillir le sang.

Ma sœur s'amusait à la plage et à l'hôtel avec ses amies.

Je répondis immédiatement.

'Arrête de te foutre de moi ! C'est pas toi qui m'as refilé ce jeu en disant que tu étais occupée ?!'

En ce moment, je joue à l'otome game de ma sœur.

Samedi matin, ma sœur, une étudiante qui vit chez nos parents, contrairement à moi qui vis seul, a débarqué dans mon appartement.

J'ai trouvé ça inhabituel, avant qu'elle ne me force à prendre un jeu.

Avec un sourire, elle m'a dit : « Puisque tu as du temps libre, finis ce jeu pour moi, grand frère. »

Et finir, ça veut dire vraiment le finir. Une fois qu'on a vu une image, une vidéo ou une scène du jeu au moins une fois, on peut la revoir autant qu'on veut. Elle m'a dit de tout débloquer.

« Arrête tes conneries, fais-le toi-même ! », c'est ce que je lui ai répondu, moi aussi.

Je reçus une réponse de ma sœur.

'Hein ? T'es sûr que tu peux te permettre de dire ça ? Dans ce cas, je ne dissiperai pas le malentendu avec maman et les autres. Je te rapporterai un souvenir, alors finis-le s'il te plaît~. PS : si tu ne l'as pas fini quand je rentre, je ferai des choses encore plus cruelles qui te cloueront dans cet appartement. Signé, ta mignonne petite sœur.'

En lisant le message, je hurlai en luttant contre l'envie d'écraser mon téléphone par terre.

« Bon sang de bon sang !! »

Je voulais refuser.

Seulement, ma sœur, qui vit chez nos parents, avait caché une grande quantité de ses livres personnels dans mon ancienne chambre. Des livres qu'elle aimait, destinés aux fujoshis. Ma mère était tombée dessus par hasard en faisant le ménage, et cela avait provoqué un malentendu : j'étais censé avoir ce genre de préférences.

J'ai essayé de dissiper le malentendu, mais plus je tentais d'expliquer, plus elle pensait que j'essayais de la tromper.

... C'est un cauchemar.

C'est aussi à la suite de ce malentendu que j'ai appris que ma sœur était une fujoshi.

Et, on peut peut-être appeler ça de la malchance, mais... les gens font plus confiance à ma sœur qu'à moi. Même du point de vue de son frère, elle joue dans une autre catégorie côté physique, et ses notes sont excellentes. On dit aussi qu'elle a un caractère doux et aimable.

En vérité, elle est simplement douée pour feindre la gentillesse, et elle me met toujours dans le pétrin.

À en juger par cette histoire d'otome game, je peux aussi affirmer qu'elle a le pire caractère qui soit.

Elle cache ses passe-temps, et j'ai beau m'expliquer auprès de mes parents, ils accordent plus de crédit aux paroles de ma sœur.

Quand ma mère, inquiète, m'a téléphoné, j'ai failli pleurer. C'est aussi à ce moment-là que j'ai gravé profondément dans mon esprit le désir de me venger de ma sœur.

Retenant l'envie de tout casser, je reportai mon regard sur l'écran.

En reprenant la manette, je ne pensais plus qu'à finir le jeu pour que ce malentendu soit dissipé. C'est agaçant, mais mes parents font confiance à ma sœur.

Ma sœur a promis de dissiper le malentendu si je finis le jeu.

... Il ne me reste rien d'autre à faire que de finir cet otome game.

C'est frustrant, mais ma sœur excelle à se sortir de n'importe quelle situation par la parole. Samedi matin, elle a réfuté mes objections quand elle a prétendu avoir besoin d'argent pour son voyage, et elle a exigé que je lui donne de l'argent de poche. C'est assez pathétique de m'être laissé intimider au point de lui donner de l'argent.

Cependant, je me vengerai, c'est certain. Je vais continuer à ourdir mes plans tout en remplissant la jauge d'affection de ce type de l'autre côté de l'écran.

« Tu vas regretter d'avoir provoqué ma colère. »

Depuis toujours, ma sœur est maligne quand il s'agit d'obtenir ce qu'elle veut.

Elle sait qu'elle est mignonne ; c'est tout mon contraire. Son seul point faible, c'est sans doute qu'elle cache son passe-temps à son entourage.

Je fronçai les sourcils et continuai à jouer, rongé par la frustration.

« ... Je ne peux pas me laisser marcher dessus à chaque fois. »

Ma sœur m'a forcé à jouer à un otome game.

Conçu comme un otome game d'envergure, il a pas mal d'atouts. Ma petite sœur fait partie de ceux qui ont acheté l'édition limitée dès sa sortie, pour les illustrations et les comédiens de doublage.

Le problème, c'est que tout otome game qu'il est, il contient des éléments de RPG et même des éléments de simulation stratégique.

Comme on pouvait s'y attendre, c'est un étrange changement de rythme par rapport aux jeux conçus par des studios pour un public masculin.

L'univers du jeu est un monde de fantasy, d'épée et de magie.

Les gens y vivent dans un monde magique qui n'a rien à voir avec la Terre.

Il me semble que c'est un monde avec une famille royale et des nobles, où la société n'est pas très avancée, mais c'est aussi un monde où des dirigeables sillonnent le ciel et où les chevaliers font la guerre en portant des armures qui ressemblent à des exosquelettes motorisés.

Dans ce monde, l'héroïne fréquente une académie pour nobles.

L'héroïne elle-même semble être une simple fille de la campagne. Ce n'est pas une noble mais une roturière, et pourtant on lui accorde une autorisation spéciale pour s'inscrire à l'académie.

Comme sa position est particulière, elle se fait harceler par les filles de la haute noblesse. Dans cette académie, elle fait la connaissance du prince et de quelques fils de nobles, mais en même temps, elle se retrouve mêlée à diverses affaires et même à une guerre.

Bref, c'est un jeu qui jette de l'aventure et de la guerre dans un jeu d'amour scolaire.

En plus, c'est « un monde très commode pour les femmes ».

Au début, ma sœur a aussi essayé de le finir elle-même, mais au bout du compte, il semble qu'elle n'était pas très à l'aise avec les éléments pour garçons, et elle a abandonné.

Grâce à ça, je me suis retrouvé coincé avec une corvée fastidieuse. Elle m'a dit : « Tu n'as qu'à faire ce petit jeu tout simple. Facile, non ? »

Bon, j'aime les jeux, c'est certain, mais même moi, je trouve ça difficile.

« Personne ne voudrait de ces passages dans un otome game, de toute façon. »

J'avais beau me plaindre, je fixais l'écran en maniant la manette.

À l'écran, une flotte de dirigeables était alignée.

Le dirigeable ressemblait à un ballon de rugby. Divers autres dirigeables lui faisaient face.

Il y avait une grille hexagonale. C'était un combat au tour par tour où l'on déplace les vaisseaux alliés pour qu'ils attaquent avec leurs canons latéraux, tandis que des chevaliers en armure fondent sur l'ennemi, mais...

« Bon sang ! C'est quoi, cette compétence ennemie qui se déclenche là ! C'est bizarrement dur. J'essaie de le finir plus efficacement, moi. »

Les compétences et les techniques spéciales de l'ennemi se déclenchent, et les alliés qui attaquaient encaissent de lourds dégâts.

Une fois attaqué, l'allié encaisse de plein fouet l'offensive adverse et sombre... la compétence et le talent peuvent aider à vaincre l'adversaire, mais il y a un facteur aléatoire qui rend les choses très difficiles.

C'est là que ma sœur aurait abandonné.

« Ah, merde. »

Le dirigeable qu'il ne fallait surtout pas laisser couler, celui qui transportait le prince, sombra en un instant.

Je vis s'afficher les lettres « Game Over » à l'écran.

« Encore ! C'est impossible de jouer en suivant la soluce ! »

J'avais tellement envie de dire à ma sœur de laisser tomber. Je voudrais dire que je n'ai qu'à télécharger une sauvegarde complète sur internet, mais... ce jeu permet de donner un nom à l'héroïne. Ma sœur y a mis le sien.

Elle veut que les comédiens célèbres lui murmurent son nom, un truc du genre...

À cause de ça, je ne peux pas régler le problème en chargeant une sauvegarde complète.

Je dois le finir moi-même.

« Je l'ai déjà fait des tas de fois ! Le prince coule beaucoup trop ! C'est ça ? Il veut que je craque pour les microtransactions ? C'est comme ça qu'il veut me faire dépenser de l'argent en microtransactions ?! »

Bien que ce soit un jeu hors ligne, il y a du contenu payant pour s'améliorer. Était-ce une réponse aux joueurs qui se plaignaient de ne pas pouvoir finir le jeu, ou bien était-ce calculé... ? Ils proposent une foule d'objets qui rendent la partie guerre facile.

Je n'ai pas envie de cracher encore plus d'argent pour ma sœur, mais ce qui me vole mon temps, ce sont clairement les passages de combat et de guerre.

À part ça, c'est comme un galge. Aucun problème ne survient tant qu'on ne choisit pas la mauvaise option. Je mis le jeu en pause pour chercher le contenu payant.

Une grande quantité d'objets apparut à l'écran.

Ils coûtaient autour de cent yens, mais les choses utiles pour les combats, comme les dirigeables et les armures, étaient bizarrement chères.

Trois cents ou cinq cents yens. Il y a même du contenu payant à huit cents yens.

« ... C'est ce genre de système qui plombe sa réputation. »

Au départ, cette œuvre à très grand spectacle tant attendue avait été critiquée sur internet parce qu'on ne pouvait pas la finir sans microtransactions.

Comme les coûts étaient élevés, les prix avaient été revus à la baisse en moins d'un mois.

Et pourtant, je trouve toujours ça cher. Avec ces pensées en tête, je jetais un œil aux maillots de bain pour hommes en vente.

« Je ne suis pas fan des maillots de bain pour hommes. »

Ce qui est en vente, c'est un objet spécial qui fait apparaître les personnages masculins en maillot de bain.

Rien que de le voir, ça me dégoûtait.

Remarque, si c'était un galge et que cet objet mettait les personnages féminins en maillot de bain, ce serait exactement le genre de truc que j'achèterais.

« Ça ne doit sans doute pas marcher pareil chez les femmes que chez les hommes. »

J'eus un faible sourire, épuisé émotionnellement.

Imaginer une joueuse s'exciter sur ces types en maillot de bain me déplaît.

« Je me demande si les femmes ressentent la même chose face aux harems ? Bah, peu importe. »

Un homme entouré de femmes, c'est un harem ; une femme entourée d'hommes, c'est un harem inversé. Un homme qui voit un harem inversé se sent mal à l'aise, et une femme qui voit un harem se sentirait sûrement tout aussi dubitative.

Je commence à me lasser de réfléchir à ce genre de choses. Bref, je vais penser uniquement à finir le jeu.

« Bon, qu'est-ce que j'achète pour finir le jeu rapidement ? »

Puisque c'est du contenu payant, ça doit être puissant.

Des armes spéciales pour les personnages masculins, de l'équipement spécial pour l'héroïne et d'autres choses de ce genre étaient aussi en vente.

Tant qu'à faire, j'aimerais trouver quelque chose d'utile pour la partie guerre et l'acheter. N'importe quoi qui m'aide à progresser dans le jeu.

« ... Celui-là ? »

Ce qui attira mon regard, c'était un vaisseau de guerre, l'objet payant le plus cher.

Il ignore les altérations d'état gênantes et n'a pas besoin de ravitaillement ; en tout cas, ça a l'air d'être un dirigeable puissant.

« Plutôt qu'un dirigeable, ça ressemble plus à un vaisseau spatial. »

Il a un aspect métallique et ne ressemble à aucun des autres dirigeables du jeu. Son design évoquerait pour n'importe qui un cuirassé spatial.

Pour mille yens, je n'avais rien à redire sur ses performances.

En lisant sa description, il date des temps anciens ou un truc du genre... en tout cas, il était présenté comme un vaisseau spatial terrifiant.

« ... C'est vraiment un vaisseau spatial ! Ou alors c'est juste une coquille ? »

Ont-ils écrit « vaisseau spatial » dans la description par erreur ? J'y réfléchissais, mais peu m'importe tant que je peux finir le jeu.

Ce qui compte, c'est que cet achat pourrait rendre le jeu plus facile.

Ensuite, il faut regarder les armures.

Des exosquelettes motorisés... ils ont la forme d'armures, mais ils n'ont absolument rien de réaliste. Leur apparence ressemble à ce qu'on appellerait des robots.

Les types qui portent ces armures au cœur de la guerre, ce sont... les chevaliers.

Du point de vue d'une femme, peut-être qu'elles trouvent ça classe, un homme capable de se battre pour elles ?

En tout cas, avec un achat aussi gros, on dirait que je peux compter dessus.

Si ça rend la conquête plus facile, je considérerai que c'est une dépense modique.

L'armure noire lui donne un petit air de méchant, mais ce n'est pas un problème. Les héros sombres, c'est classe... À bien y réfléchir, c'était un plutôt bon design pour un truc sorti d'un otome game.

Les lames sont puissantes, mais les maîtres d'armes n'ont pas d'arme à distance. Leur faiblesse, c'est leur dépendance à leurs armes, et si un type a un équipement médiocre... c'est un pauvre abruti qui ne connaît rien à la magie et qui va se faire frapper.

À cause de ces personnages à conquérir qui ne servent à rien, j'ai eu un nombre incalculable de game over...

« Il faut que je le finisse... et en tout cas, je veux le finir facilement. »

Je vais perdre mon précieux temps libre à jouer à un otome game.

Je n'ai pas de patience pour ça, alors grâce au contenu payant que j'achète, je peux continuer à avancer dans cet otome game.

L'après-midi passa, le soir tomba, et je réussis à débloquer plus de 90 % des événements et des illustrations.

Il ne reste plus que la fin harem inversé.

La fin restante, c'est celle où tous les personnages masculins épousent l'héroïne.

C'est ce qu'on appelle la vraie fin du jeu, la fin officielle, mais qu'elle soit vraie ou non, ça m'est égal.

Je ne joue pas à ça dans l'idée de les conquérir.

Dans la partie vie quotidienne... je prenais les objets offerts par les mecs quand leur jauge d'affection atteignait un certain niveau, et je les revendais le lendemain dans une boutique d'occasion.

Pourtant, l'héroïne est une compagne des personnes concernées.

Ce serait diabolique de les revendre sous leurs yeux, mais c'est un jeu, donc ça ne compte pas.

Si c'était un galge, je serais incapable d'agir ainsi. Même si c'est un jeu, je ne peux pas être aussi diabolique.

Bref, c'est l'otome game de ma sœur. Rien ne compte tant que je peux le finir.

Je continuai à jouer en pensant ainsi... et je m'aperçus alors que la nuit était tombée.

J'atteignis enfin la fin harem inversé, et la joie de la libération s'accompagna d'un sentiment de vide.

« ... Il m'a fallu deux jours entiers pour en venir à bout. »

En voyant la fin, la rage, puis la tristesse, montèrent en moi.

Pourquoi est-ce que j'ai dû faire ça ?

Je sauvegardai et, ayant tenu ma promesse envers ma sœur, je m'effondrai sur mon lit.

En regardant mon réveil, je vis qu'il était un peu tôt pour dormir.

Je n'ai pas envie de bouger tellement je suis épuisé, mais le soulagement d'en avoir fini s'est traduit par un estomac vide.

La main posée sur le ventre, je me rappelai que j'avais peu mangé le matin, et rien du tout ensuite.

« Il n'y avait rien dans le frigo. »

Je comptais faire quelques courses pendant mon temps libre, mais j'avais donné la priorité au jeu, si bien que je n'étais pas sorti.

« Et si j'allais au restaurant ? »

En regardant l'heure sur mon smartphone, je vis un message de ma sœur.

'Je suis crevée à force de m'amuser~. Je rentre dans quelques jours, alors t'as intérêt à l'avoir fini d'ici là. Si tu ne prends pas ça au sérieux, tu resteras à jamais un grand frère pervers et idiot 😂.'

« Cette fille est la pire. »

Elle me donne des ordres tout en s'amusant et me dit de travailler sérieusement. En plus, elle m'extorque de l'argent...

Cependant, une petite question me vint.

« Elle a un petit boulot ou quoi ? D'où vient l'argent de son voyage ? »

L'argent de poche que je lui ai donné ne suffirait pas à le couvrir.

Peut-être qu'elle essaie de ne pas le révéler à cause de sa fierté démesurée. Si elle travaillait jusqu'à la fermeture, elle n'aurait aucun temps libre avant tard le soir.

En plus, elle a dit qu'elle ne prendrait pas de petit boulot parce qu'elle ne veut pas travailler.

Maintenant que j'y pense, je me souviens que ma mère a dit quelque chose peu avant.

« Elle a dit qu'elle avait besoin d'argent pour passer son permis, ou un truc du genre. »

Il semble que mes parents aient pensé qu'elle voulait passer le permis de conduire et aient préparé de l'argent pour ça, mais qu'une partie ait servi à voyager.

Je fis une capture d'écran du message de ma sœur.

Je vais tout rassembler sur mon PC pour pouvoir l'envoyer à ma mère.

Bien entendu, avec les captures de ses commentaires.

« ... Quelle idiote. Elle prend son grand frère de haut, alors voilà ce que je vais faire. »

Elle m'a menacé et elle est partie en voyage.

Si je montre ça à nos parents, qu'est-ce qu'ils vont penser ?

Évidemment, face à des preuves irréfutables, elle ne pourra pas trouver d'excuse. Et enfin, le masque qui cache sa vraie nature tombera.

Je m'aperçus que je souriais de toutes mes dents en y pensant. Puis je compris quelque chose.

« Hein ? Si j'avais fait ça dès le départ, je n'aurais pas eu à finir ce jeu pour rien... argh, inutile de pleurer sur le lait renversé. »

Tout en prenant conscience de ma bêtise, je me levai et pris mon portefeuille, puisque j'avais faim.

Je vais mettre l'affaire de ma sœur de côté pour l'instant et aller manger.

Je ne vais plus me creuser la tête sur cet otome game.

Sur cette pensée, mes pas se firent plus légers.

C'était une sensation étrangement cotonneuse, un peu comme la joie d'être libéré du travail.

« Bon, aujourd'hui, je vais faire une folie et même prendre quelque chose de plus cher sur la carte... »

« ... Ah, ça sent mauvais. »

Mon corps perdit toute force, comme une marionnette dont on aurait coupé les fils, et s'effondra sur place.

Mon corps ne m'obéissait plus, et c'était la pire des malchances que ça arrive juste au moment où j'allais descendre l'escalier.

Le paysage dans mon champ de vision changeait rapidement à mesure que mon corps se rapprochait des marches.

Je ne ressentais rien qui ressemble à de la douleur, mais je compris que dégringoler ainsi avec violence était dangereux.

« Je ne peux pas... mourir... comme ça. »

Ma petite sœur avait massacré mon week-end tant attendu, et juste au moment où je me crois libre, voilà que je vais me blesser gravement. En fait, il est tout à fait possible que ma vie soit en danger.

À cette pensée, je fus étrangement... pris de rage.

Tandis que le paysage autour de moi s'assombrissait et que je perdais peu à peu mes sens, une pensée me vint dans mes derniers souffles : j'avais vu une scène qui n'arriverait normalement pas, même à l'article de la mort.

Il y avait une terre qui s'élevait au-dessus de la mer.

Un dirigeable volait dans les airs.

Tandis que je tendais la main vers le soleil, dans le ciel bleu parsemé de nuages blancs, ma conscience s'évanouit.

***

Quand je repris mes esprits, j'étais sur un talus en pente, couvert d'herbe drue.

Il y avait le bruit des herbes qui se frottaient les unes aux autres, et l'odeur des cultures.

Allongé dans un tel endroit, la main tendue vers le soleil, moi, « Leon Fou Baltfault », je fus saisi d'une violente palpitation.

Ce n'était pas la chaleur du soleil qui me faisait transpirer, c'était une sueur froide qui refusait de s'arrêter.

Une douleur pulsait au plus profond de moi, et je transpirais avec une sensation désagréable.

« Qu'est-ce... qu'est-ce que c'était que ça ? »

Comme je m'étais redressé en panique, un peu de l'herbe accrochée à mes vêtements tomba au sol. Le vent souffla, et les brins d'herbe s'envolèrent.

Alors que je me disais que le vent était fort, un gigantesque dirigeable passa au-dessus de moi, masquant le soleil de sa grande ombre.

Ce dirigeable, en bois, en forme de boîte, arrive régulièrement sur ce domaine.

D'habitude, je le regarde avec indifférence, mais aujourd'hui, je ne pouvais cacher mes yeux écarquillés de stupeur.

C'est comme si je le voyais pour la première fois.

Je me tenais la poitrine ; mon cœur battait toujours à tout rompre. Ma respiration refusait elle aussi de se calmer.

En me relevant, je regardai dans la direction où se dirigeait le dirigeable : une mer s'étendait au-delà.

J'ai l'impression que quelque chose cloche : la mer n'a pas l'air comme d'habitude.

« Qu'est-ce que c'est ? Pourquoi est-ce que... »

J'avançai lentement, puis tombai.

En regardant mon corps, je vis que mes mains et mes pieds étaient étrangement petits.

Je suis sûr que c'est mon propre corps, et pourtant j'ai étrangement l'impression d'être petit.

Plutôt que de m'en inquiéter, je dois d'abord vérifier la situation.

Je me relevai et marchai, puis passai peu à peu à la course en direction de la mer.

J'ai un mauvais pressentiment.

J'ai l'impression que ça m'a pris pas mal de temps avec ces jambes d'enfant, mais j'arrivai à destination.

L'endroit, bordé d'une clôture pour empêcher les gens de tomber, ressemblait au paysage habituel.

« C'est ça. C'est comme d'habitude... une île flottante. »

C'était une île qui flottait au-dessus de la mer.

L'île flotte toujours, mais je ne sais pas si je dois m'en réjouir ou m'en attrister. L'image d'une île posée sur l'eau de mer m'était venue à l'esprit.

Même si je n'aurais pas dû en avoir besoin, je voulais quand même le vérifier.

Quelque chose cloche depuis tout à l'heure.

Quand j'ai tendu la main vers le soleil, une image a surgi dans ma tête, comme la vie de quelqu'un d'autre. C'était la vie entière d'un homme qui ne vivait pas ici.

Elle n'avait rien de remarquable, mais elle semblait tout de même agréable. On pourrait la balayer comme un rêve ou une illusion, mais elle paraissait vivante et étrangement réelle.

J'ai beau avoir vu la vie entière de cet homme, je ne me souviens pas de son nom.

Je me pris la tête à deux mains.

C'était un souvenir si vivant, et pourtant, pourquoi est-ce que je n'arrive pas à me rappeler son nom ?

J'ai l'impression de m'être soudain souvenu des expériences de quelqu'un bien au-delà de mes cinq ans.

Je m'assis, incapable de comprendre ce qui se passait. J'ai l'impression que mes souvenirs actuels et ceux qui me sont revenus se fondent en un mélange.

Je levai les yeux vers le ciel, derrière la clôture.

« ... Qu'est-ce... qu'est-ce qui m'est arrivé ? »

Même moi, je ne sais pas à qui s'adressait cette question.

***

Comme le soleil se couchait, je rentrai à la maison.

Je n'avais pas envie de rentrer, et je me souvenais être venu sur ce talus pour fuir, mais je voulais être de retour avant la nuit.

Je me préparai au pire en rentrant, et mon père m'y attendait.

Il se tenait devant l'entrée, dans une posture intimidante.

« Espèce d'idiot ! »

Il m'asséna son gros poing sur la tête, et j'ouvris la porte d'entrée en retenant mes larmes.

Il y avait aussi ma mère.

« Te voilà enfin. Pourquoi t'être enfui le jour même où Madame est enfin venue ? »

Mon père, « Barcus », est un seigneur féodal : un baron.

Il n'y a pas longtemps, une image des nobles m'était soudain venue à l'esprit : des gens aux vêtements soignés, qui laissaient plutôt une impression de pingrerie. Sauf que dans cette image, ils étaient gros, alors que mon père était un géant musclé qui s'était laissé pousser la barbe. Il portait une chemise, un pantalon beige et des bottes, ce qui ne faisait pas vraiment noble.

Ma mère était une maîtresse nommée « Luce », une femme issue d'une famille de chevaliers au service de la maison Baltfault.

Elle ne portait pas de robe, mais des vêtements comme en porterait une fille de la ville ou du village.

« Madame », dont parlait ma mère, c'était l'épouse légitime de mon père.

« Je... je suis... désolé. »

Sentant peut-être que l'aura qui m'entourait n'était pas comme d'habitude, mes parents, l'air perplexe, me conduisirent là où je logeais : non pas au manoir, mais dans une remise.

À ce moment-là, une femme en robe nous observait depuis la porte d'entrée ouverte.

Des regards froids m'étaient adressés, puisque je n'étais pas censé quitter la résidence.

Vêtus d'habits brodés de pierreries, le fils aîné, « Lutart », et la fille aînée, « Merce », se tenaient en retrait.

Seuls ces deux-là sont les enfants de Madame, les enfants légitimes de l'épouse légitime.

Derrière eux se tenaient des hommes grands et soignés, en costume. Ils avaient de longues oreilles : c'étaient des elfes mâles, qui nous toisaient avec un rictus.

« Seigneur, cet enfant sans éducation ne vaut pas mieux qu'une bête. »

Cette femme, les yeux mi-clos et les cheveux relevés, correspondait exactement à l'image d'une jeune fille noble. Mon frère et ma sœur portaient des vêtements de prix, contrairement à moi.

Ma mère s'excuse, et mon père m'emmène à la remise.

Mon père garda un visage résigné jusqu'à la remise.

« ... Réfléchis à ce que tu as fait, dans la remise. Tu mangeras après. »

Quand j'acquiesçai, il s'avéra qu'il y avait déjà quelqu'un dans la remise.

Le deuxième fils, « Nicks ».

C'était mon grand frère, vêtu comme moi, qui lisait un livre à la lueur d'une lanterne. Mon père et moi le regardâmes avec surprise.

« T'es bête, toi aussi. Il suffit de prendre sur soi, et ces gens-là finiront par partir. »

Quand mon père vit mon frère reporter les yeux sur son livre, il lui donna un coup sur la tête.

« Nicks, aide Leon à étudier. »

Mon frère fit une tête qui disait clairement à quel point il était contre, mais il fit un peu de place sur le bureau.

Une fois que je fus assis, il me mit en garde.

« Si tu t'endors, je te frappe. »

Voyant que j'acquiesçais, mon père repartit vers la résidence.

Maintenant que nous n'étions plus que tous les deux, mon frère me tend un livre à lire.

J'ouvris le livre, lu tant de fois qu'il en était tout abîmé et couvert de gribouillis çà et là.

J'étais dans la remise.

Tout en chassant les insectes qui s'agglutinaient autour de la lumière, je lisais.

J'avais une sensation assez étrange.

Ma tête était pleine d'une langue que je ne reconnaissais pas. De toute évidence, cette langue était différente de celle dans laquelle était écrit mon livre. En fait, j'ai l'impression que cette langue-là est plus facile.

Tandis que je m'inquiétais de ces choses, mon frère sembla croire que je butais sur des mots difficiles à lire.

« Réfléchis un peu par toi-même. Si tu ne sais vraiment pas, je te dirai ce que c'est. »

Le temps passa tranquillement.

Les insectes, tenaces et agaçants, s'agglutinaient autour de la lumière.

« ... Dis, frangin ? »

Mon frère fut légèrement surpris que je lui adresse la parole.

« Frangin ? Ce matin, tu m'appelais encore grand frère, non ? »

J'essayai de me reprendre en vitesse, mais mon frère semblait avoir vu clair dans mon jeu.

« T'en es à l'âge où on essaie de faire le grand ? Bah, moi, ça m'est égal. Laisse ça de côté : il y a quelque chose que tu ne comprends pas ? »

Je secouai la tête.

Ce qui m'intriguait davantage, c'était la façon dont on nous traitait.

Jusqu'ici, ça ne me dérangeait pas, mais à présent les doutes surgissaient un à un.

Je comprends qu'on chouchoute le fils aîné, mais pourquoi sommes-nous les seuls à être relégués dans une remise ? Il y a aussi des sœurs, plus âgées et plus jeunes que nous.

Pourtant, ces sœurs-là ne sont pas dans la remise, alors qu'elles sont des enfants illégitimes, comme nous.

« Pourquoi est-ce qu'on est les seuls dans la remise ? »

Mon frère marmonna pour lui-même : « Ils m'avaient dit que ce ne serait que jusqu'à hier... », puis il posa son livre et leva les yeux vers le plafond.

« Parce que Madame nous déteste.

— Parce qu'on est les enfants de notre mère ? »

Mon frère croisa les mains derrière la tête et s'adossa à sa chaise.

« Tu vois une autre raison ? Même si ce sont les filles d'une maîtresse, on dirait qu'elle hésite à envoyer les filles dans la remise, mais nous, les garçons, c'est comme ça qu'on nous traite. »

À partir de là, mon frère m'expliqua la situation de la maisonnée d'un ton désintéressé.

Plutôt que de m'en parler, il semblait surtout s'en plaindre auprès de moi, le plus jeune des trois frères.

Visiblement, mon frère, qui a sept ans, avait beaucoup de choses à reprocher.

La famille Baltfault est une maison qui possède une île flottante pour domaine.

Mais auparavant, c'était une maison de chevaliers classée au rang de semi-baronnie. Pas de vrais nobles, mais un statut plus ou moins équivalent à celui de seigneur féodal.

Il semble que ce fût une famille qui vivait assez paisiblement, pour une maison de chevaliers.

Au fil des mois et des années, ils s'étaient aperçus qu'ils étaient devenus une maison ayant des guerriers pour vassaux. Des chevaliers s'étaient présentés, désireux de les servir, et l'envergure de leur situation avait grandi.

À mesure que le domaine se développait, les champs et les besoins en main-d'œuvre augmentaient, ce qui voulait dire que la population à nourrir augmentait aussi. L'étendue de leur domaine avait fini par atteindre tout juste l'envergure d'une famille de barons.

... Et voilà comment on en est arrivé là.

Des inspecteurs du « Royaume de Holfault » viennent sur notre domaine.

Apparemment, cela remonte à l'époque de mon grand-père, mais des inspecteurs étaient déjà venus juger si l'envergure de notre domaine était digne d'une famille de barons. Ils avaient ensuite abordé la procédure d'élévation dans la noblesse, mais mon grand-père l'avait expédiée à la va-vite, semble-t-il. Bref, devenir barons n'avait rien de voulu.

À ce moment-là, quelques connaissances issues des souvenirs qui m'étaient revenus affluèrent dans ma tête.

Monter en rang, ce n'est pas censé être une bonne chose ? En plus, est-ce vraiment si simple d'en décider selon l'étendue du domaine ? Pour s'élever en statut, ne faut-il pas accomplir davantage d'exploits, des hauts faits militaires ou quelque chose du genre ? Voilà les questions que je me posais.

« C'est mal, de monter en rang ? »

Mon frère ne semble pas le savoir, mais je devinais à son expression que père n'en était pas content.

« Il y a eu des plaintes, comme quoi c'était bien embêtant d'être prévenu si tard, et que certains auraient voulu devenir une maison de barons par des contributions qui leur conviennent. C'est pour ça qu'on n'a pas beaucoup d'argent. »

Le royaume veut des revenus à la hauteur du statut de notre famille.

Un fragment des souvenirs revenus me vient à l'esprit.

Une maison qui atteignait tout juste l'envergure d'une famille noble, et une maison noble qui avait de la marge.

La maison qui a de la marge n'a aucun problème, mais celle qui n'en a pas peine à payer ses contributions. Ainsi, bien que l'étendue de notre domaine suffise pour une maison de barons, on semble nous appeler en silence une famille de quasi-barons.

Quoi qu'il en soit, nous sommes devenus une maison de barons, seigneurs campagnards d'une île isolée.

Voulant se comporter d'une manière digne du statut de sa famille, père avait épousé une femme de haut rang.

Mais la femme qu'il appelle son épouse n'est normalement pas sur ce domaine.

Le fils aîné et la fille aînée ne viennent eux aussi qu'occasionnellement.

« ... Pè... Papa et sa femme sont mariés, non ? Pourquoi est-ce qu'elle n'est pas là d'habitude ?

— C'est normal pour les femmes des maisons de barons et au-dessus. Plutôt antipathique. Si je prends une femme, je veux absolument qu'elle soit d'une semi-baronnie ou en dessous. Bah, une femme de haut rang ne penserait rien de nous de toute façon.

— C'est normal ?

— Toi aussi, tu devrais te mettre à étudier tout de suite. Sinon, tu ne te marieras pas plus tard, même à vingt ans. Si tu n'arrives pas à te marier pendant l'académie, tu finiras sans doute comme mari de rebut d'une femme sur le retour. Ce n'est pas terrible, hein ? »

... Je ne pus cacher ma surprise.

Il y a plein de choses que je voudrais demander, sur l'académie et le reste, mais... avant tout, je veux lui demander ce que veut dire ce mot, mari de rebut. D'habitude, ce ne sont pas les femmes qui doivent se marier avant un certain âge ?

« D-dis, frangin ?

— Tu peux m'appeler grand frère, ça ira. Bref, qu'est-ce qu'il y a ?

— ... D'habitude, ce sont les hommes qui sont au centre du foyer, non ? Ou plutôt, qu'est-ce que tu veux dire par être forcé de se mettre avec une femme plus âgée ? »

Mon frère pencha la tête.

« C'est exactement ce que j'ai dit. Il y a des femmes qui ne sont pas mariées, dont l'homme s'est enfui, ou qui n'ont pas de mari pour une autre raison. Elles prennent un amant de pure forme pour ne pas perdre la face. Du coup, il y a plein de vieilles femmes et de femmes sur le retour qui prennent de jeunes hommes comme maris de rebut. »

Mon frère répondit à ma question avec une fermeté terrible.

« D'habitude, ce sont les hommes qui sont en position dominante, non ? »

D'après les connaissances qui m'étaient revenues, je me rappelle vaguement que c'étaient d'habitude les hommes qui commandaient dans ce genre de situation. Mais apparemment, ce n'est pas le cas ici.

« Si tu regardes papa, tu verras que ce sont les femmes qui commandent. Tu verras aussi qu'il ne peut pas s'opposer à cette mé... à sa femme. »

À la façon dont il s'était repris en disant « sa femme » au lieu de « mégère », mon frère semblait la trouver détestable.

Je venais d'entendre quelque chose d'invraisemblable.

« T'es bizarre, aujourd'hui. »

J'adressai un sourire gêné aux soupçons de mon frère en reportant mon regard sur le livre, même si je transpirais étrangement.

C'est bizarre... ce monde est bizarre.

À cause de ces connaissances étranges que j'avais acquises, je ressens un malaise.

Je lus mon livre en silence un moment. Puis les paroles de mon frère me revinrent.

Ces souvenirs revenus, d'où qu'ils viennent, m'avaient laissé une impression très forte.

« L'académie... le Royaume de Holfault ? Et puis les serviteurs de Madame, qui étaient des elfes ? Hein ? Ne me dites pas que... ? »

Tandis que je marmonnais tout seul, mon frère se plaignit du bruit.

« Qu'est-ce qui t'arrive ?

— Euh, dis, ces types en costume. Ces elfes, c'étaient les amants de Madame, c'est ça ? »

Mon frère prit un air indifférent, mais il était choqué.

« Ne demande pas ce genre de choses. Allez, étudie. »

Ces elfes, qui appartiennent à une sous-race, sont les amants de Madame, ou plus exactement des serviteurs attitrés qui s'occupent d'elle... Ça, je le comprends. Ou plutôt, je m'en souviens très clairement.

Je m'affalai sur mon bureau.

« ... C'est le monde de cet otome game. »

Les souvenirs brumeux se précisaient peu à peu.

Et dans le même temps, j'avais compris que cet univers terriblement frivole était celui de cet otome game.

Mon frère me donna une claque sur la tête.

« Ne t'endors pas ! Qu'est-ce qui t'arrive, sérieux, aujourd'hui ? Tu t'es cogné la tête ? »

Je relevai la tête et regardai mon frère.

J'esquissai un sourire crispé, ce qui le fit reculer un peu, surpris.

« Q-quoi ?

— ... Grand frère, ce monde est invraisemblable, hein ?

— ... A-ah, oui. »

Mon frère, embarrassé par sa réponse, reporta les yeux sur son livre, comme s'il voulait m'échapper.

Je n'aurais jamais imaginé me réincarner dans un autre monde.

En plus, un monde d'épée et de magie... mais personne ne m'avait dit que le monde de cet otome game était un monde où les femmes sont placées au-dessus des hommes, ou un truc du genre.

Je me pris la tête à deux mains.

« C'est le piiiiire ! »

Mon frère se plaignit de moi qui venais de hurler.

« Qu'est-ce qui te prend ! Que quelqu'un le fasse taire ! »

Moi, Leon Fou Baltfault, je suis un ancien Japonais réincarné dans le monde d'un otome game.

... J'aurais voulu me réincarner dans un monde plus normal.

N'importe quoi aurait mieux valu qu'un otome game... laissez-moi tranquille.

Fin du chapitre 1
Premier chapitre
Vous êtes à jourLe prochain chapitre sortira à 18h00. Le planning indique les jours de sortie.Retour à la fiche
Fiche de l'œuvre

Commentaires

Code anti-spam :······
0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.