Le commandant des chevaliers de l'Empire.
Histania Rowen.
Dans le roman, il apparaissait comme le mentor de Michail. Son affection pour Michail débordait au point qu'il était impossible de l'imaginer en père indifférent, incapable de fêter ne serait-ce qu'un anniversaire, et il était présenté comme un personnage tendre, qui chérissait et adorait l'héroïne comme sa propre fille.
Taciturne, avare de paroles, il restait dans mon souvenir un solide soutien pour l'héroïne. Le roman disait qu'il la chérissait parce qu'elle lui rappelait sa fille cadette, morte.
C'était un personnage que j'aimais plutôt bien, moi aussi.
L'histoire du plus fort des chevaliers, qui avait perdu sa fille bien-aimée, était pitoyable, et elle faisait comprendre à quel point il tenait à l'héroïne.
Hanna n'était jamais mentionnée dans l'histoire. Il n'évoquait sa fille cadette qu'à l'occasion, en disant « C'était ma faute... » avant de recevoir le réconfort de l'héroïne.
Je l'avais pris pour un père plutôt aimant mais, avec le recul, ce n'était qu'un homme qui avait regretté bien trop tard.
Il était comme un alcoolique.
Ivre, il se conduisait comme un chien et, une fois dessoûlé, il demandait pardon en contemplant les dégâts qu'il avait causés, exactement comme un alcoolique. Je crois que tout le monde peut éprouver des remords, mais peut-être parce qu'il était directement responsable de la mort d'Hanna, sa conduite ne m'inspirait aucune indulgence.
Honnêtement, c'est un reproche futile.
Quel que soit le jugement que je porte sur lui, cela n'y changera rien.
Je ne peux pas vraiment aller piétiner le commandant des chevaliers en personne, ni lui dire : « Si vous continuez comme ça, votre fille cadette va mourir. »
Mais il manquait quelque chose.
Le père qui ignorait l'anniversaire de sa fille.
La fille qui était venue chez la méchante sous une pluie battante.
Après l'avoir vue pleurer devant une assiette de tteokbokki, impossible de voir le commandant des chevaliers d'un bon œil.
Que pouvais-je faire pour flanquer un bon coup de pied à ce vieux bonhomme ? En y réfléchissant, je me demandais quel serait le plus beau des cadeaux, celui qu'Hanna aimerait le plus.
« À partir de maintenant, dame Hanna s'entraînera dans notre domaine jusqu'à la rentrée. »
« Quoi ? »
« Il faut que vous battiez Michail. »
Faire des progrès assez fulgurants pour stupéfier le commandant des chevaliers.
Et repousser sèchement son père d'un « Je n'ai pas besoin de votre aide » : voilà qui serait peut-être le meilleur coup de pied en pleine poitrine. Hanna avait été une fille dévouée jusque-là ; on lui pardonnerait bien un peu de désobéissance. Si elle se faisait mettre à la porte de chez elle, nous pourrions l'employer comme servante dans notre domaine.
Le salaire serait évidemment plus salé que le sel lui-même.
C'était une conclusion extrême, mais j'étais certain qu'il ne pouvait y avoir de meilleur cadeau.
Une semaine passa vite.
Durant cette semaine au domaine, elle s'était beaucoup disputée avec Mademoiselle, chamaillée et bagarrée, mais elles s'étaient rapprochées, jusqu'à devenir amies.
« Mendiante ! »
« Qui tu traites de mendiante ! »
« Si t'es pas une mendiante, t'es quoi ? Tu rentres même pas chez toi ! »
« J'ai... J'ai une maison ! »
« Alors rentre chez toi ! »
« ... Snif. »
Malgré la farouche résistance de Mademoiselle, ce fut au bout du compte une période riche de sens.
D'ordinaire, Hanna aurait passé cette semaine à perfectionner seule son maniement de l'épée, mais une semaine avec nous lui avait offert le temps de grandir, aussi bien moralement que techniquement.
« Un cadeau d'anniversaire ? »
« Je ne savais pas ce qui vous ferait plaisir, alors pour l'instant, j'ai apporté ce qui m'est venu à l'esprit. »
[Élixir de force [A]]
- Consommé par une cible dont l'« attribut de force » est inférieur ou égal à « +30 », il augmente l'« attribut de force » de « +10 ».
« Une chose aussi précieuse... pour moi ? Ça ne s'achète même pas avec de l'argent. C'est un élixir introuvable, même au marché noir. »
« Voyez ça comme un investissement. »
« Je ne peux pas accepter. C'est trop pour moi. J'ai un peu de dignité. Comment suis-je censée vous rendre une telle gentillesse ? Je ne peux absolument pas l'accepter. »
« Prenez-le, je vous en prie. »
C'était une potion que j'avais fabriquée d'innombrables fois grâce à ce que je savais de l'œuvre originale. J'en avais fait boire à Mademoiselle et j'en avais bu moi-même : une sorte de tonique fortifiant.
Facile à fabriquer, mais, de peur que ma vie soit menacée si je me mettais à en vendre au marché noir, je ne l'avais jamais fait. Cette occasion me permettait de mener une expérience sur un être humain et de régler à peu de frais la question du cadeau d'anniversaire, ce qui m'arrangeait bien, en vérité.
Bien sûr, à ce moment-là, Hanna me prit la main et pleura toutes les larmes de son corps.
« Pourquoi êtes-vous si gentil avec moi ? J'ai toujours été méchante avec vous, majordome, et au fond de moi, je pensais du mal de vous. »
« Au fond de vous, vous pensiez du mal de moi ? »
« ... Non. »
« Remarquez, c'est normal. J'ai une aura qui porte la poisse. »
« Vous avez vraiment le don de casser l'ambiance, majordome. »
« C'est aussi l'un de mes talents. »
C'était agréable de voir un sourire teinté de bonheur, si différent de la mine désolée qu'elle avait affichée au domaine.
Hanna devint plus forte.
La potion l'aida beaucoup, mais les efforts et le temps qu'elle avait investis au domaine lui offrirent largement de quoi progresser par elle-même.
Et aujourd'hui, une semaine plus tard.
Hanna et moi nous préparions pour l'ultime étape.
'Quête.'
[Q. Le destin éphémère de la figurante malchanceuse « Hanna »]
Ignorée par son père et par les domestiques, elle ne cesse de se reprocher son talent médiocre.
Elle a soif de compliments.
...
...
1. Lui faire des compliments qui flattent son ego.
(9/10)
2. Atteindre une affinité de 40 ou plus.
[Affinité : 51]
3. Vaincre l'« Orc épéiste d'élite ».
(0/1)
Récompense : Maîtrise de l'épée Niv. 6, Force +3
Hanna : Maîtrise de l'épée Niv. 4, Aura débutante (C)
Échec : Histania Hanna meurt.
La quête en était à ses dernières étapes.
Je m'étais donné du mal pour flatter l'ego d'Hanna à coups de compliments et, en l'espace d'une semaine, j'avais gagné beaucoup d'affinité avec elle.
Une affinité de 51.
Ce n'est pas tout à fait une garantie, mais c'est comme pouvoir emprunter trois millions de wons dans le portefeuille d'une jeune recrue fraîchement entrée dans la vie active, sans qu'elle dise un mot.
Une affinité de 60, c'est comme être meilleurs amis.
Avec plus de 60 d'affinité, on pourrait peut-être emprunter dans les dix millions de wons ? Peu de gens ont dépassé les 60, alors je n'en sais trop rien.
Au-delà de 70... Personne n'y est jamais parvenu, alors je l'ignore. Ce qui est sûr, c'est que l'affinité de 51 entre Hanna et moi n'a rien de négligeable. Elle est même élevée.
Après avoir constaté cette affinité élevée, je m'inclinai devant Mademoiselle, qui me regardait en faisant la moue.
« J'y vais. »
« Je m'en vais. »
Nous nous inclinâmes tous deux poliment. Hanna et moi.
Et Mademoiselle, qui hochait la tête depuis son lit comme une reine, le menton relevé, déclara avec hauteur :
« Ne revenez pas. Joue avec moi. »
La voix ensorcelante de Mademoiselle, qui me tentait de devenir sans emploi comme elle. L'espace d'un instant, j'envisageai de jeter mon épée pour embrasser la voie du chômage, mais le poids de mes responsabilités de soutien de famille m'en retint.
Est-ce là le pouvoir d'une chômeuse professionnelle ? Cette voix enjôleuse était terrifiante.
En nous regardant, Hanna poussa un profond soupir.
« Arrêtez d'entrer dans son jeu, majordome, s'il vous plaît. Si vous continuez, Mademoiselle va continuer à vous faire des caprices. »
« J'en ai le droit. »
Olivia croisa les bras d'un air arrogant. Hanna serra le poing devant ce sourire provocateur de véritable méchante.
« Et pourquoi vous en avez le droit ? Il est votre propriété, peut-être ? »
« Exactement. Ricardo est à moi. »
« Quoi ? »
Hanna me regarda. J'acquiesçai légèrement à sa question.
« La vérité, c'est qu'il y a treize ans, j'ai signé un contrat d'esclave qui bafouait les droits de l'homme. Bien sûr, cela fait douze mois que je ne touche plus aucun salaire, mais bon, vous voyez. »
Je bluffais. Il n'existait même pas de contrat de travail, alors un contrat d'esclave... L'accord verbal, fondé sur la confiance entre Mademoiselle et moi, était tout ce qui nous liait. Mais je voyais bien que la fierté d'Olivia était blessée.
« Hiii... ! »
Comme prévu, un cri bizarre échappa à Mademoiselle.
« Pfff. »
Hanna eut un rire victorieux, se moquant d'Olivia.
« Une patronne qui ne peut même pas payer. »
« Une mendiante sans abri ! »
Elles étaient étrangement incompatibles, et pourtant elles s'entendaient bien, d'une drôle de façon. Elles semblaient peu faites pour se rapprocher mais, par moments, elles étaient étonnamment attachées l'une à l'autre. Peut-être parce qu'elles aimaient la même personne.
J'aimerais vraiment que nous devenions plus proches. Après tout, une occasion d'entrer à l'Académie pourrait se présenter...
À vrai dire, j'avais une requête un peu égoïste à adresser à Hanna.
Si l'héroïne obtenait son diplôme et qu'Hanna reprenait la présidence à l'Académie, j'espérais qu'elle nous ménagerait une chance de nous réinscrire. C'était aussi l'une des raisons pour lesquelles je voulais la traiter encore mieux.
Je m'en voulais un peu de lui faire une telle demande, mais une fois qu'elle aurait vaincu l'Orc épéiste d'élite et battu Michail, j'avais l'intention de le lui demander avec tact.
Ce serait dommage qu'elle refuse, mais je ne lui en voudrais pas. Il faudrait simplement chercher d'autres moyens.
Hanna et Mademoiselle se querellaient toujours avec ardeur. Leur capacité à s'insulter sans jamais franchir la limite était assez extraordinaire.
Surtout chez Olivia.
« Vous ne savez donc pas à quel point le majordome est formidable !? »
« Si, je sais ! Il fait des tteokbokki et du poulet frit ! »
« Pas ça !! »
« Alors qu'est-ce qu'il a d'autre de si formidable ? »
« Grrr... »
Hanna me jeta un coup d'œil.
« Il est gentil, il est fort, et il est juste... impressionnant de plein de façons ! »
« Je sais ! »
Que la bouche de Mademoiselle, qui n'aurait d'ordinaire craché que des injures, se soit adoucie en si peu de temps avait quelque chose d'émouvant. Sans quoi, il ne resterait sans doute plus un seul cheveu sur la tête d'Hanna.
Hanna avait beaucoup progressé, elle aussi.
Ces derniers temps, l'atmosphère du manoir s'était allégée. La longue saison des pluies avait pris fin, et nous nous trouvions à présent juste avant l'ultime obstacle.
Contemplant le duo bavard, je fis mes adieux.
« J'y vais. »
***
À l'intérieur d'un manoir grandiose.
Dans une salle à manger aux murs garnis d'épées d'apparat, un homme d'âge mûr assis à table demanda avec un sourire détendu :
« Où en est l'aîné dans la maîtrise de l'aura ? »
« D'ici environ trois mois, je pense pouvoir utiliser une aura débutante. »
« Hum... »
L'homme d'âge mûr au sourire satisfait, c'était Rowen.
Son nom était synonyme de l'épée de l'Empire.
Le fier chef de la famille Histania.
Histania Rowen.
Rowen, aux cheveux châtain clair, gardait une épée à la ceinture même pendant les repas, signe de son obsession pour la lame.
Rowen observa ses enfants de ses yeux sombres. C'étaient des enfants comme il faut, qui avaient hérité de la beauté de leurs parents et de traits adorables.
Ils possédaient des talents enviés même parmi leurs pairs, et Rowen n'aurait pas eu honte de les appeler ses enfants.
Ils avaient encore beaucoup de chemin à faire avant de satisfaire son regard exigeant, mais ce n'était pas comme s'ils étaient incapables de marcher dans ses pas.
Son fils lui succéderait sans nul doute et deviendrait commandant des chevaliers royaux, jusqu'à mériter un jour le titre d'épée de l'Empire.
Et sa fille reprendrait l'ordre de chevaliers de la famille et exalterait le nom des Histania. C'était le seul avenir qu'il avait envisagé pour elle.
Pourtant, un unique souci le tenaillait : sa fille cadette, absente de cette réunion. De ses trois enfants, c'était la moins douée.
Hanna, la seule tache dans une famille vouée à l'épée, qui refusait d'y renoncer, était la plus grande inquiétude de Rowen.
Rowen avait toujours vu d'un mauvais œil sa fille cadette manier l'épée, craignant qu'elle ne finisse un jour par ternir le nom des Histania avec son talent insuffisant.
L'image qu'elle lui avait laissée une semaine plus tôt le hantait.
« C'est mon anniversaire aujourd'hui, Père. Si ce n'est pas trop vous demander, pourrais-je solliciter un combat d'entraînement avec vous ? »
« Je suis occupé. »
« Ça ne prendra qu'un instant. »
« Tu ne m'as pas entendu dire que j'étais occupé ? »
Rowen souhaitait qu'Hanna pose l'épée.
Ce n'était pas un tendre amour paternel : manier l'épée, c'était affronter le danger. Il voulait simplement que sa fille, dépourvue de talent pour l'épée, en prenne conscience, et c'est pourquoi il s'était montré dur avec elle.
Il l'avait ridiculisée devant ses amis et ignorée en famille.
D'autres auraient qualifié cela de cruauté, mais Rowen était convaincu de ne pas avoir tort.
Ses propres frères et sœurs avaient été négligés et comparés par leur père, et pourtant ils s'étaient ressaisis et avaient réussi par eux-mêmes. Puisque Rowen lui-même avait réussi grâce aux leçons de son père, il était sûr qu'Hanna réussirait si on l'éduquait de la même manière.
Il croyait que les blessures rendaient plus fort.
Mais, étrangement, la dernière image d'Hanna restait gravée dans son esprit.
« Pourquoi seulement moi ! Est-ce que j'ai jamais dit que je voulais devenir chef de famille ? Ou est-ce que je vous ai demandé de m'enseigner l'escrime de la famille ? Ce n'est pas une faveur déraisonnable... je vous en prie, rien qu'une fois, une seule fois, vous ne pourriez pas me traiter comme vous traitez ma sœur et mon frère ? »
Sa voix désespérée, exaspérée, résonnait dans son esprit.
'Je devrais la faire chercher.'
Un domestique lui avait appris qu'elle avait quitté la maison ; il envisageait donc d'envoyer quelqu'un à sa recherche, d'autant que cette fois, elle était partie depuis une semaine entière.
'Quand elle reviendra, il faudra que je lui parle sévèrement.'
C'est alors que cela se produisit.
« Père, êtes-vous venu pour l'anniversaire d'Hanna ? »
Le fils aîné rompit le silence par cette question prudente. Son fils fier et talentueux.
Son arrogance était inquiétante, mais Rowen pensait qu'une telle assurance valait mieux que la timidité de sa fille cadette.
Rowen secoua la tête.
« Non. »
« Alors qu'est-ce qui vous amène ? »
« J'ai reçu un rapport signalant des disparitions dans les monts Hamel. La Cour royale m'a chargé d'enquêter, puis de lui faire mon rapport. »
« Les monts Hamel ? »
À ces mots, le visage d'ordinaire impassible du fils aîné se fissura. Rowen n'aimait pas cette réaction. Un chevalier devait savoir maîtriser son expression. La nouvelle d'une disparition lui faisait-elle peur ? Un tel manque de sang-froid élémentaire était inacceptable.
'Il a encore beaucoup de chemin à faire.'
Rowen claqua intérieurement la langue et continua de répondre à la question de son premier-né.
« Des gens disparaissent dans les monts Hamel, y compris des aventuriers de classe A. L'Empereur m'a dit de profiter de mes congés et d'y passer sur le chemin du retour. »
« Je vois. »
« En particulier, les corps d'aventuriers retrouvés près des territoires des orcs étaient affreusement... Qu'y a-t-il ? »
À la mention des cadavres d'aventuriers, l'expression de l'aîné se tordit, et Rowen reposa un instant sa fourchette.
Des plis se creusèrent sur son front.
C'était la deuxième fois. Ce manque de discipline affiché l'agaçait profondément. Mais les mots que prononça son fils aîné laissèrent Rowen sans voix.
« Le fait est que, d'après des rapports récents, la cadette travaille comme aventurière, et plus précisément... certains rapports indiquent qu'elle est active dans les environs des monts Hamel... »
Ding.
Soudain, un son clair et cristallin transperça les pensées de Rowen.
Il n'arrivait plus à rassembler ses esprits.
L'étrange écran bleu qui se dressait devant lui annonçait des choses qu'il ne pouvait pas, qu'il ne devait pas croire, et le corps de Rowen se raidit tout entier.
[Aujourd'hui marque l'anniversaire de la mort d'Histania « Hanna ».]
[Quête « Pécheur » accomplie.]
- Vous avez obtenu le droit d'accéder à « certaines parties » de l'œuvre originale.
- Vous pouvez désormais voir la mort d'« Histania Hanna ».
Un frisson glacé parcourut l'échine de Rowen.
[Voulez-vous la voir ?]
