L'aube se leva.
Je rassemblai les bagages préparés à l'avance et quittai l'annexe. Sylvia et ses suivantes m'attendaient, alignées devant le Jardin.
« Je reviens vite. »
J'agitai la main vers ces gens qui me regardaient d'un air inquiet. Les yeux de Sylvia brillaient de larmes retenues.
'Heureusement que j'y vais seul.'
Seuls les stagiaires avaient le droit d'entrer sur le terrain d'entraînement, et c'était une bénédiction. Si j'y étais allé avec Sylvia, nous ne serions jamais arrivés aujourd'hui.
« Madame Sylvia, comptez-vous laisser partir le jeune maître avec un tel visage ? »
« Hmm... »
Au doux reproche d'Helen, l'expression figée de Sylvia s'adoucit imperceptiblement.
« Raon. »
Sylvia s'avança, les mains jointes et légèrement tremblantes. L'inquiétude habitait encore son cœur, mais elle ne pouvait plus se résoudre à prononcer le mot « abandonner ».
'Parce que j'ai vu quel genre d'enfant il est.'
Durant le mois écoulé, j'avais enduré l'aura glaciale qui se répandait de mes circuits de mana sans manquer un seul jour d'entraînement.
Je courais jour après jour, soufflant de douleur, traversant la souffrance. Elle ne pouvait pas laisser partir avec une mine sombre un enfant qui avait tant enduré et tant lutté.
« Raon. Fais de ton mieux, là-bas. »
Sylvia apaisa l'inquiétude qui lui serrait la poitrine et lui offrit un sourire.
« D'accord. »
Raon hocha fermement la tête et tourna les talons. Il marcha droit en direction du 5e terrain d'entraînement.
« Est-ce qu'il s'en sortira ? »
« Il a fait d'énormes progrès. Si tout se passe bien, il pourrait même réussir la formation et revenir. »
« Ce n'est pas ce que j'espère. Je prie seulement pour qu'il ne se blesse pas. »
« Ce serait le mieux, en effet. »
Sylvia et Helen suivirent des yeux la silhouette de Raon jusqu'à ce qu'elle disparaisse, priant seulement pour qu'il revienne sain et sauf : réussir la formation n'avait aucune importance.
***
Le 5e terrain d'entraînement était ceint de hautes murailles disposées en rectangle, si hautes qu'on ne voyait rien de l'extérieur, comme une longue boîte.
À droite de l'entrée s'étendait un terrain en plein air couvert d'une terre finement ratissée ; à gauche se dressait une salle d'entraînement couverte.
J'inspectai soigneusement les lieux, puis balayai du regard les enfants rassemblés au centre.
'Comme prévu, ils sont nombreux.'
Plus d'une centaine d'enfants s'échauffaient déjà aux quatre coins du 5e terrain, alors que la session n'avait pas officiellement commencé.
J'avais entendu dire qu'à chaque fois, le terrain se remplissait non seulement des membres de la lignée directe et des branches collatérales des Zigheart, mais aussi de candidats recommandés venus des familles vassales et de l'extérieur.
'Helen disait qu'il y en aurait encore plus cette année.'
D'après Helen, les effectifs étant plus importants cette année, le 6e terrain d'entraînement serait lui aussi ouvert.
Crac.
Je tournai la tête au bruit de quelque chose qui se brisait. Un garçon au visage rond et aux cheveux verts tirait des friandises d'une bourse à sa ceinture et les mangeait.
« Tu en veux ? »
Comme je le fixais d'un air absent, il sortit une autre friandise de sa bourse et me la tendit.
« Non, ça ira. »
« Compris. »
Il hocha la tête et replongea la main dans sa bourse. Cette fois, il en sortit un pain carré.
Tandis que je méditais sur cette bizarrerie en commençant à m'assouplir, une voix froide me parvint dans mon dos.
« C'est lui, non ? Regarde-moi ces membres maigrichons. Une pichenette et ils cassent. Il peut seulement s'entraîner ? »
« S'il est malade, il va faire semblant de bosser et filer. Je ne vois pas pourquoi il nous complique la vie. »
« Je l'ai vu discuter d'égal à égal avec le patriarche, et j'ai fermé les yeux. Il ne connaît pas sa place. Il se prend pour un descendant direct. »
Les enfants des branches collatérales veillaient à ce que leurs critiques soient assez fortes pour que tout le monde les entende. Les rumeurs avaient déjà fait le tour : bon nombre des plus jeunes me fusillaient du regard.
« C'est quoi, ce bracelet ? »
« Un bracelet de fleurs ? »
« Ça ne va même pas avec son âge. »
Les membres des branches collatérales ricanèrent en voyant Colère à mon poignet. Apparemment, ce bracelet était visible aux yeux des autres aussi.
- Me traitent-ils vraiment de simple bracelet ?
Colère, resté silencieux comme s'il dormait, se mit à trembler violemment.
'C'est justement pour ça que je t'ai dit de changer la forme du bracelet.'
- Ces vers ignorent tout de la noblesse. Qu'attends-tu ? Fracasse-leur le crâne sur-le-champ.
La voix de Colère bouillonnait comme de l'eau sur le feu.
'Pour quoi faire ?'
- Ils ne m'ont pas seulement touché, ils t'ont provoqué toi aussi, et tu comptes le tolérer ?
'Tu ne sais même pas de quoi il s'agit.'
- Peu m'importe ! Rien que pour avoir osé me regarder en face, je devrais leur arracher les yeux...
'Je ne suis pas aussi fou que toi.'
J'étais sincèrement reconnaissant de ne pas avoir abandonné mon corps à ce dément.
« Hmm. »
Je tournai la tête vers les enfants des branches collatérales qui venaient de jacasser. Ils tressaillirent un instant, puis pointèrent le menton en avant comme pour dire : qu'est-ce que tu vas y faire ?
'Dans ma vie passée, je les aurais ignorés.'
Le moi de ma vie passée se serait détourné en faisant mine de ne rien entendre. Un assassin n'a aucun intérêt à attirer l'attention.
Mais dans cette vie, j'avais résolu de vivre non pas en assassin, mais en Raon Zigheart. Je n'avais aucune raison de les ignorer.
« Qu'est-ce que vous venez de dire ? »
Je m'approchai des enfants qui avaient jacassé, le regard froid et perçant. La surprise passa sur leurs visages : ils ne s'attendaient pas à ce que je vienne les trouver en face.
« Hein ? »
« Q-qu'est-ce que tu veux dire... »
« Arrêtez de bourdonner comme des moustiques et parlez clairement. »
« Hmm. »
« B-bah, c'est que... »
Les enfants des branches collatérales échangèrent des regards hésitants, ne sachant que répondre.
'Comme prévu.'
Ces gamins n'avaient fait qu'imiter leurs parents. Ils n'avaient aucune stratégie pour faire face à ce genre de situation.
« Personne ne vous a appris à ne pas dire derrière le dos des gens ce que vous n'oseriez pas leur dire en face ? »
« T-tais-toi ! »
« C'est toi qui croupis dans l'annexe depuis que ta famille est tombée en ruine ! »
« Tu n'es même pas de la lignée directe, tu es d'une branche collatérale ! »
« Vous aussi, vous êtes d'une branche collatérale. Et le mot "oser" ne s'emploie qu'envers quelqu'un qui vous est inférieur. Vous n'avez pas le rang pour me parler sur ce ton. »
Ma voix ne monta ni ne baissa : j'énonçai simplement les faits, avec une clarté mesurée.
« Grrr ! »
Les trois enfants des branches collatérales écartèrent les jambes et serrèrent les poings, prêts à bondir à tout instant.
Crac.
Je dégourdis mes doigts. S'échauffer avant le début de l'entraînement tout en attirant leur attention, ce n'était pas du temps perdu.
« Toi... »
« Ça suffit ! »
Au moment où les trois se jetaient en avant, une voix tranchante comme le givre retentit sur la droite. Elle appartenait à un beau garçon aux cheveux verts qui semblait avoir à peine passé dix ans.
- Pourquoi ce bâtard s'en mêle-t-il ? Écrase-lui la tête.
'Il s'appelait Buren, c'est ça ?'
Un descendant direct, celui qui avait montré le plus grand talent lors du test d'aptitude.
« L'entraînement va bientôt commencer. Qu'est-ce que vous croyez faire ? Vous voulez salir le nom des Zigheart devant des étrangers ? »
Contre toute attente, il ne prit pas la défense des trois : il les réprimanda tous.
« M-monsieur Buren ! »
« Nous vous demandons pardon ! »
Les membres des branches collatérales qui fonçaient sur Raon baissèrent la tête comme des souris devant un chat, sur un seul mot de Buren.
« Tu ne comprends toujours pas quelle est ta place. »
Après avoir accepté les excuses des trois, Buren s'approcha de Raon.
« Tu n'es qu'une poussière que je peux balayer quand bon me semble. Si tu ne veux pas être chassé de l'annexe, tais-toi et vis discrètement. »
Le visage de Buren se tordit d'un mépris qu'il ne cherchait même pas à cacher.
'Ce rat pitoyable.'
L'incapable qui se tenait devant lui avait accaparé l'attention du patriarche un mois plus tôt, non pas par un véritable talent, mais en profitant des circonstances.
Ce que Buren méprisait le plus, c'était les gens sans talent ; et juste après, ceux qui ne connaissaient pas leur place et se montraient arrogants.
Raon Zigheart incarnait les deux.
Le simple fait qu'un raté incapable de s'entraîner correctement ait attiré l'œil du patriarche le mettait hors de lui.
« Si tu n'as pas l'intention de participer à l'entraînement, sors d'ici tout de suite. Non, en fait, va-t'en tout court. Tu n'as aucune chance de réussir, de toute façon. »
Les enfants des branches collatérales ricanèrent sous les moqueries de Buren. Au moment où ils s'éloignaient, l'air satisfait, Raon fit un pas en avant.
« Tu sais vraiment débiter des âneries sans queue ni tête. »
Raon inclina le menton et soutint le regard de Buren avec un sourire en coin.
« Tu te prends pour qui ? »
« Quoi ? »
« Tu n'es qu'un descendant direct sans la moindre autorité. Me chasser de l'annexe ? Tu n'as même pas le statut de stagiaire, et tu crois vraiment pouvoir le faire ? La seule façon d'y arriver, ce serait de courir le raconter à ton père. »
« Un membre d'une branche collatérale qui ose... »
Un vent vert s'enroula autour du poing de Buren. Alors qu'il s'avançait, animé d'une intention meurtrière, la porte du terrain d'entraînement s'ouvrit à la volée comme si on l'arrachait de ses gonds.
Fracas !
Un homme aux cheveux pourpres franchit l'encadrement qui tremblait encore. Des oreilles pointues ornaient son visage d'une beauté surnaturelle, et une aura de mystère accompagnait son allure vive et assurée.
« Déjà en train de vous battre ? Quelle audace. La jeunesse et l'inexpérience, voilà un mélange bien téméraire. »
Il s'avança d'un air narquois vers le centre du terrain.
'Il était là depuis le début ?'
Je plissai les yeux. Un homme dont la renommée était impossible à ignorer : le maître d'épée elfe que l'on surnommait la Lame Radieuse des Zigheart, Rimer.
'J'avais entendu dire qu'il s'était retiré...'
J'avais appris qu'il s'était mis en retrait après une blessure au noyau, et je ne m'attendais pas du tout à le croiser ici.
« Hmph ! »
Rimer jeta un coup d'œil à Buren et à moi, puis monta sur l'estrade qui dominait tout le terrain d'entraînement.
« Tch... »
Buren se mordit légèrement la lèvre et se détourna. Son expression trahissait une résignation contrariée, et l'avertissement muet d'avoir à faire attention à l'avenir.
« Ravi de vous voir tous. »
Rimer se tenait au centre de l'estrade, un sourire narquois aux lèvres.
« Je suis Rimer, l'instructeur en chef qui supervisera votre entraînement. »
Sa voix avait quelque chose de léger : pas frivole, mais aérien et rafraîchissant, comme le vent lui-même. Rimer poursuivit avec un sourire détendu.
« Nous avons cent soixante stagiaires et huit instructeurs. Ça fait beaucoup de monde à former, vous ne trouvez pas ? Alors je pense qu'il faut réduire les effectifs. Au quart exactement. »
Une malice concentrée vacilla dans le sourire jusque-là décontracté de Rimer.
« R-réduire les effectifs ? »
« Au quart ? »
« Qu'est-ce que ça veut dire... »
Les enfants blêmirent. Écrémer les participants à la formation de base, c'était du jamais vu.
« Exactement ce que j'ai dit : séparer le bon grain de l'ivraie. Je préfère former une poignée de vrais épéistes plutôt que de perdre mon temps avec la médiocrité. »
Rimer passa les enfants en revue comme un marchand inspectant sa marchandise, avec un geste dédaigneux des doigts.
« M-mais on m'a dit de venir... »
Le garçon aux cheveux verts qui m'avait offert des friandises tout à l'heure laissa tomber le pain qu'il tenait.
« Je suis membre d'une branche des Zigheart ! C'est absurde de nous trier avant même qu'on devienne stagiaires ! »
« C'est vrai ! On est tous venus parce que nos familles nous ont dit de participer ! »
« Ah, moi je suis un ignorant, je ne fais pas la différence entre lignée principale et branches, ni rien de tout ça. »
Rimer fit la grimace en se curant l'oreille du petit doigt.
« Sur ce terrain d'entraînement, c'est moi qui fais les règles. Si vous avez à vous plaindre, allez voir le patriarche qui m'a confié cette autorité. »
Il avait moins l'air d'un instructeur chevronné que d'un voyou de ruelle, et pourtant ses traits splendides rendaient même cela digne.
'Nous trier, hein...'
Je me grattai le menton. Rimer possédait, disait-on, un talent exceptionnel pour percevoir le tempérament et le potentiel des autres. Il comptait apparemment s'en servir pour choisir les enfants.
- Qu'est-ce que c'est que ce misérable insolent ?
'Quoi encore ?'
- Comment ose-t-il regarder de haut ce Roi ! Cela me déplaît au plus haut point. Arrache les oreilles de cet elfe.
'Il y a seulement quelqu'un qui te plaise ?'
Colère était furieux contre tout, comme son nom l'indiquait. Rien ne semblait trouver grâce à ses yeux.
- Quand je régnais sur le Monde Démoniaque, nul n'osait croiser mon regard. Un véritable souverain que vénérait le peuple démoniaque... toi, espèce d'insolent !
'Silence.'
La langue de Colère se mit à s'allonger, et il en donna une chiquenaude au bracelet.
« Alors commençons le test tout de suite. »
Rimer souffla le cérumen collé à son petit doigt.
« À votre avis, qu'est-ce qui compte le plus quand on apprend les arts martiaux ? »
« Le talent ! »
« Un corps fort et souple ! »
« Un dantian solide ! »
« Les techniques d'épée et de culture de l'aura, c'est le plus important ! »
Les enfants, persuadés que le test avait déjà commencé, levèrent la main et crièrent les éléments qu'ils jugeaient essentiels.
« Le talent, le corps, le dantian, l'escrime : tout ça est juste. Mais ce ne sont que les murs et le toit. Dessous, il faut des fondations solidement posées : l'endurance et la force mentale. »
« Ah... »
« Hmm... »
Convaincus qu'il avait raison, les enfants baissèrent la main en hochant la tête.
« Comme certains d'entre vous ont appris les arts martiaux et d'autres non, je vais faire passer le test avec la méthode la plus simple et la plus sûre. »
Le doigt de Rimer, jusque-là pointé sur les enfants, glissa doucement vers le terrain en plein air.
« Courez autour du terrain jusqu'à ce que je vous dise d'arrêter. À fond ! »
À l'instant où ces mots franchirent ses lèvres, deux silhouettes s'élancèrent : Buren, le descendant direct qui avait passé le test d'aptitude avec moi, et Lunan, de la maison vassale Slion.
« Hah ! »
« A-allons-y ! »
« Courez ! »
Dans le sillage de ces deux-là, les autres enfants se mirent à sprinter autour du terrain.
- Ne bouge pas. Rien en ce monde ne peut donner d'ordre au Roi de...
J'ignorai les protestations de Colère, remplis mes poumons d'air frais et poussai sur le sol pour suivre les enfants devant moi.
'Ils sont vraiment d'un autre niveau.'
Lunan et Buren étaient déjà loin devant. Leur allure paraissait sans effort, et pourtant ils allaient à une vitesse que les autres ne pouvaient égaler.
Pas parce que leur aura était de meilleure qualité ou qu'ils possédaient des attributs particuliers, mais parce qu'ils avaient entraîné leur corps et leur esprit depuis l'enfance.
- Tss, tant qu'à courir, prends la tête. Pourquoi traînes-tu à l'arrière ?
'Je ne comprends pas ce que tu cherches.'
- Je refuse tout simplement de perdre.
'Ce n'est pas une compétition.'
J'observai Rimer qui sifflotait, perché sur son estrade. Un observateur ne regarde pas seulement ce que voient les yeux : le potentiel et le tempérament des autres vont bien plus loin que les apparences.
« Haaah... »
J'expirai le souffle qui montait et mes yeux s'embrasèrent.
'C'est un test que gagne celui qui tient le coup.'
Et sur ce point, j'avais plus confiance en moi que quiconque sur le Continent.
***
« Buren et Lunan sont vraiment dans une catégorie à part. »
« Ce n'est pas qu'une question de vitesse. Ils sont stables, aussi. Même à ce rythme, ils ne donnent pas tout : ils pourraient courir comme ça pendant des heures. Atteindre ce niveau à douze ans... leur avenir fait peur. Vraiment peur. »
Les deux instructeurs postés au pied de l'estrade bavardaient en observant les enfants qui couraient.
« Les candidats des branches collatérales sont impressionnants cette année aussi. On dirait qu'ils ont été correctement entraînés avant de venir. »
« Pareil pour les candidats recommandés. Ils ont été bien choisis : il y a beaucoup d'enfants exceptionnels. »
Ils évaluaient non seulement Buren et Lunan, mais aussi, un par un, chacun des enfants qui couraient derrière eux.
« Hmm... »
Les instructeurs qui surveillaient l'ensemble des enfants froncèrent les sourcils en voyant Raon courir dans le groupe de queue.
« Comme prévu, il n'arrive pas à suivre. »
« C'est un malade, après tout. C'est déjà impressionnant qu'il coure. »
« Hmm, il a déjà l'air épuisé. Il va bientôt abandonner. »
Les instructeurs reportèrent leur regard sur un autre enfant, l'air aussi indifférent que leurs attentes.
Pourtant, derrière eux, les yeux de Rimer, qui fredonnait un air, ne quittaient pas Raon.
'Comme c'est intrigant.'
Les yeux émeraude de Rimer brillaient d'un éclat intense.
'Je n'ai jamais vu personne comme lui.'
Il avait reçu de la nature une bénédiction plus généreuse que ceux de sa race, qui lui conférait une capacité exceptionnelle à discerner l'état et le potentiel des autres.
Il avait cru que seuls les plus puissants guerriers du Continent échappaient à sa perception.
'Mais...'
Aujourd'hui, pour la première fois, cette conviction vacillait.
Lunan et Buren qui couraient en tête, les membres des branches collatérales et les candidats recommandés qui serraient les dents derrière eux : aucun n'échappait à son regard.
Il voyait comment ils grandiraient, comment ils deviendraient plus forts.
Une seule exception. Raon Zigheart, et lui seul, restait caché à ses yeux.
'Pourquoi est-ce que je ne le vois pas ?'
Son avenir, son potentiel : tout était voilé comme par des nuages d'orage, entièrement dérobé à sa perception.
Un manque de talent ? Non, ce n'était pas ça. Cela signifiait que sa présence dépassait sa capacité de compréhension, comme s'il contemplait quelqu'un de bien plus fort que lui.
« Fascinant. »
Rimer eut un léger sourire. En cette époque fastidieuse, un humain vraiment captivant était enfin apparu.
***
« Regardez-moi ça. »
« Si arrogant, et pourtant bon dernier ? »
« Bon dernier, c'est généreux. Il va bientôt abandonner. »
Les enfants des branches collatérales retroussèrent les lèvres en regardant Raon courir dans le groupe de queue.
« Un gamin élevé dans du coton à l'annexe ne pourra jamais courir correctement. »
« Regardez-moi cette tête paniquée. »
« Il ne tiendra même pas dix minutes. »
Les autres enfants, au-delà des trois, éclatèrent de rire.
Pourtant, l'air sérieux de Raon ne venait ni de l'épuisement ni de la fatigue.
'Un entraînement, et on nous fait juste courir ? C'est tout ?'
Dans ma vie passée, quand on m'entraînait à l'endurance, on lâchait une bête affamée derrière moi.
Courir jusqu'à l'épuisement complet de mes forces : comparé à cette époque, ceci, c'était du gâteau.
C'est beaucoup trop facile.
