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Chapitre 8

Chapitre 8

7 novembre 2026 ~12 min · 2 334 mots

« Désolée, seonbae. Je voulais te laisser te reposer avec les enfants. »

Anne avait l'air navrée.

Harold secoua la tête. Non qu'il n'ait pas éprouvé un certain soulagement à être arraché à ce silence gêné avec les enfants. Il devrait peut-être même lire un livre sur l'éducation, ou quelque chose du genre.

Il aimait être avec eux, et il savait qu'il devait se rapprocher d'eux, mais élever des enfants, c'était une tout autre paire de manches.

« Ce n'est rien. »

Savoir les enfants en lieu sûr, au moins, le réconfortait un peu.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

Anne ne l'aurait pas fait venir pour rien.

Il y avait à peine quelques heures qu'il lui avait dit qu'il ne participerait pas à l'enquête. D'expérience, être rappelé avec une telle urgence n'avait jamais annoncé de bonnes nouvelles.

« Bref, Adrien Renard était bien le majordome de ta famille, non ? Il a même gardé sa plaque pendant un mois après la mort du comte. »

Harold sentit passer un frisson de mauvais augure.

« Alors, dès qu'on a ouvert l'enquête, j'ai fait circuler un avis officiel. »

« On en a parlé. Pour qu'Adrien Renard ne puisse rien tenter sous le nom de Bertholdt... »

« Mateus dit qu'il a contacté les banques dès la mort de ton frère. Et de toute façon, un majordome ne pouvait pas toucher aux comptes. »

« En fait, même pour un majordome, le pouvoir d'agir seul est assez limité, non ? »

« ... Anne. »

L'Anne Archibald qu'il connaissait n'était pas du genre à énoncer ainsi des évidences.

Gagner du temps comme ça, ressasser une histoire qu'elle lui avait déjà racontée avant d'en venir au fait, cela voulait dire que ce qu'elle avait à lui dire allait le mettre hors de lui.

« Dis-le. »

« ... »

Non. Si elle avait encore assez de présence d'esprit pour tourner autour du pot, ce n'était peut-être pas aussi grave qu'il le pensait.

« Adrien Renard a été aperçu la nuit dernière. »

« La nuit dernière ? »

« L'officier de permanence est arrivé cet après-midi et m'a prévenue après avoir vu la note. »

Anne tendit une lettre à Harold. Elle avait été décachetée, mais Harold reconnut aussitôt le sceau apposé sur l'enveloppe.

C'était un emblème réservé aux institutions de l'État.

En revanche, il ne reconnut pas la signature au bas de la lettre. Il haussa un sourcil et regarda Anne.

« La situation est un peu... compliquée, alors l'organisme de tutelle aussi... non. Ce n'est pas ça l'important. »

Harold lut la lettre.

Pendant ce temps, Anne expliquait :

« Tu as dit qu'à la mort du comte, la Sûreté et le Bureau du renseignement avaient tous les deux enquêté sur l'accident, c'est ça ? »

« Mm. »

À sa surprise, la lettre mentionnait le nom d'Albrecht Bertholdt.

« On ne pouvait pas faire avancer l'enquête avant ton retour. Mais on ne pouvait pas non plus laisser le corps du comte tel quel... Il fallait un endroit où le garder. »

« ... »

« La morgue de la Sûreté a été jugée inadaptée, alors le Bureau du renseignement est intervenu. Et Sa Majesté le roi nous a accordé l'usage d'une pièce réservée à la famille royale. C'est pratiquement le plus haut niveau de sécurité qui existe. »

Comme il s'agissait d'une institution royale, la lettre regorgeait de tournures alambiquées. Mais ce qu'elle disait était simple.

« Vers minuit, un homme se présentant comme le majordome de la famille Bertholdt est venu vérifier le corps du comte, affirmant agir sur ordre de Lord Bertholdt. »

« ... Ils n'ont pas ouvert, hein ? »

S'ils avaient ouvert, l'affaire ne se serait pas terminée par une simple lettre. Mais il fallait qu'il en soit sûr.

« Non. Les instructions du comte étaient formelles. C'était à toi de le vérifier en personne. Ils l'ont renvoyé en disant qu'ils ne pouvaient ouvrir que si tu venais toi-même. »

« ... »

Il avait la tête en vrac.

Il pensait avoir encore un peu de temps. Même après avoir vu le manoir vide et ses neveux, la réalité de la mort de son frère n'avait pas vraiment fait son chemin en lui.

Peut-être qu'il ne voulait tout simplement pas qu'elle le fasse.

Ce salaud de chevalier lui aurait sans doute reproché de faire tant d'histoires pour un seul mort. Harold non plus ne s'attendait pas à être aussi ébranlé.

Il avait encore l'impression que son frère était dans le bureau, à le sermonner avec un visage froid, à le harceler pour qu'il rentre au moins une fois par an.

« Seonbae ? Ça va ? »

Mais son frère était mort.

Ce frère qui semblait ne jamais devoir mourir était mort.

Albrecht Bertholdt, salué comme un génie sans précédent dans l'histoire du royaume, n'était plus.

Accident ou non, tout dans cette mort était suspect au-delà de toute mesure.

Et même sans cela, Harold n'avait aucune intention de pardonner à Adrien Renard.

Alors, qu'est-ce qui avait vraiment changé ?

Quelques chefs d'accusation de plus ne transformaient pas la culpabilité en innocence.

Il fallait donc simplement qu'il se remette les idées en place. Son frère le lui avait demandé.

« Je t'en prie, veille sur Edgar et Edwin. »

Le titre de chevalier de Harold Bertholdt n'était pas un titre creux.

« Anne. »

« Oui ? »

« Où est mon frère ? Tu as dit que la famille royale avait aidé ? »

« Ah, oui. Comme le comte travaillait pour le Bureau... Tu pars tout de suite ? »

« C'était l'aube. Il aurait eu le temps d'apprendre que les autres avaient été arrêtés. S'il a quand même pris ce risque, il doit y avoir une raison. »

Harold sortit à grandes enjambées brusques du bureau d'Anne. Il ne savait même pas exactement où aller, mais s'il ne bougeait pas tout de suite, il avait l'impression qu'il allait s'effondrer.

Anne attrapa son manteau et se précipita derrière lui.

« A-attends un instant, seonbae ! Je fais appeler une calèche ! »

C'est alors que deux minuscules épis de cheveux attirèrent le regard de Harold.

Tout au bout du couloir, par la porte entrouverte de la chambre d'amis, deux paires d'yeux bleus étaient braquées sur lui.

À l'instant où il croisa ces regards, la rage qui lui emplissait la poitrine disparut sans laisser de trace, ne laissant qu'un chagrin profond et douloureux.

« Edgar. Edwin. »

« Tonton ! »

Presque malgré lui, Harold tendit la main, et le petit garçon au sourire éclatant courut se jeter dans ses bras. Contrairement à Edwin, Edgar hésita un instant avant de s'approcher.

Ces enfants comprenaient-ils ce qu'était la mort ?

Comment avaient-ils accepté la perte de leur père ?

« Tonton, tu vas où ? »

« Mm. J'ai quelque chose à régler. »

« Encore ? »

« Je reviens tout de suite. Tu peux rester ici avec Edgar et être sage ? »

« Ça va être long ? »

« Non. Je t'ai dit que je revenais tout de suite. »

Allez savoir ce qui l'amusa tant dans les mots de Harold : Edwin éclata de rire, en cascades claires et aiguës.

« ... »

« Edgar ? »

Debout à côté de lui, Edgar faisait la moue, les lèvres frémissantes.

On aurait dit qu'il voulait dire quelque chose, alors Harold s'agenouilla. Edgar prit une grande inspiration, puis ouvrit la bouche.

« Fais bon voyage, Tonton. »

Harold savait qu'il devait avoir l'air d'un idiot à cet instant. Mais on ne commande pas les muscles de son visage par la seule volonté.

Il entendait Anne étouffer un rire derrière lui. Heureusement, elle le suivait toujours, ce qui lui permit de sauver un peu de sa dignité de seonbae.

À vrai dire, il se serait bien moqué qu'elle le voie.

« Tonton ? »

Edgar regardait Harold, perplexe.

« ... Non, rien. Tonton va revenir. »

***

Harold.

Je n'avais pas envie de te laisser une lettre aussi convenue.

Mais si cette lettre t'a été remise avec mon testament, alors je suis bel et bien mort. Ce n'est pas l'une des farces que nous nous faisions quand nous étions enfants. Abandonne donc tout espoir que je sois encore en vie quelque part.

Mes funérailles n'auront pas lieu sans toi. Quoi qu'il arrive, vérifie mon corps de tes propres yeux. J'ai pris des dispositions pour que tu le puisses.

Harold. Tu as toujours détesté les complications. Tu détestais te servir de ta tête, et tu n'avais aucune envie d'honneurs compliqués ni de pouvoir. Je sais que c'est pour cela que tu n'es jamais revenu à la capitale.

C'est pourquoi je ne voulais pas te demander cela. Mais tu es tout ce qu'il me reste.

Je t'en prie, veille sur Edgar et Edwin.

Tu n'as rien d'autre à faire. Quelle que soit ta décision, je ne t'en voudrai pas. Mais pour ces enfants, tu es désormais la seule famille qu'ils aient.

Je t'en supplie, Harold. Prends soin d'eux.

***

« Je ne savais pas que tu étais aussi père de famille, seonbae. »

« Moi non plus. »

« À l'époque où on faisait du bénévolat, tu n'osais même pas approcher les enfants tellement ils te faisaient peur. »

« J'étais jeune, moi aussi. »

Anne ricana.

Autrefois, elle aurait lancé qu'il ne connaissait pas le sens du mot peur, mais elle n'avait pas le cœur à ça. À vrai dire, même quand elle disait ce genre de choses, Anne ne s'était jamais laissé décourager.

Malgré tout, il avait le cœur un peu plus léger. Il redoutait toujours autant de voir le corps de son frère. Mais c'était quelque chose qu'il devait faire.

Quoi qu'il découvre, son frère l'avait demandé, et c'était directement lié à la sécurité des enfants.

La calèche filait sur la route sans encombre.

« ... Tu as dit que la famille royale avait fourni cet endroit, mais c'est où, exactement ? »

Le paysage derrière la vitre lui était étrangement familier. Les yeux de Harold vacillèrent tandis qu'il regardait la route droite et dégagée, et il demanda à Anne :

« Ce n'est pas le Palais royal, quand même ? »

« Si c'était le cas, Adrien Renard, ce salaud, n'aurait pas osé essayer. Il n'y aurait même pas pensé. »

« Pas vrai ? »

« Remarque, il a quand même un sacré culot. »

Heureusement, ce n'était pas le palais.

Mais son malaise ne se dissipa pas tandis que la calèche continuait sur une route qu'il reconnaissait.

« C'est le manoir du Lys. »

Et, comme il s'en doutait, l'endroit qu'Anne nomma n'avait rien d'ordinaire.

« ... Là-bas ? »

« C'est d'habitude une résidence pour les aînés de la famille royale. Quand ils ont pris le comte au Bureau... mm. J'ai eu l'impression que c'était une sorte de courtoisie ? Une marque de respect. »

Anne jeta un coup d'œil à Harold.

« Tu sais quel genre de travail faisait le comte ? »

« Non. Mais venant de mon frère, il rendait impressionnant tout ce qu'il faisait. »

« Ahaha, Albrecht-oppa était vraiment comme ça. »

Ce surnom d'autrefois éveilla chez Harold une émotion étrange.

Voisins et à peu près du même âge, Harold et Anne se connaissaient avant même d'entrer à l'académie. Quand ils s'y étaient inscrits, Albrecht travaillait déjà au Bureau du renseignement.

Mais il avait une certaine affection pour la petite fille d'à côté.

« Anne, elle, ne casse pas les livres comme toi. »

« Mais comment on casse un livre, Albrecht-oppa ? »

« Je n'en sais rien. Harold, lui, y est arrivé. »

Mm. Un vieux souvenir.

La mort de son frère avait dû être un choc pour Anne aussi. Pendant ce mois où Harold était injoignable, à quoi avait-elle pensé en enquêtant sur le meurtre de son frère ?

La belle-sœur qu'elle suivait comme une grande sœur avait disparu, et l'homme qu'elle suivait comme un grand frère était mort.

« ... Merci. »

« Hein ? Pourquoi, tout d'un coup ? »

« Rien, comme ça. Je sais que tu t'es donné du mal. »

Anne eut un petit rire bref.

« Tu crois que je l'ai fait pour toi ? Je voulais juste... faire quelque chose, moi aussi. »

« C'est bien ce que je dis. »

Cette fois, Anne ne répliqua pas.

Pendant ce temps, la calèche ralentit peu à peu. Les somptueux manoirs disparurent, remplacés par des arbres serrés, comme s'ils étaient soudain entrés dans une forêt.

Le manoir du Lys n'était pas à proprement parler un palais. Il n'était même pas assez grand pour mériter vraiment le nom de manoir. C'était une petite maison à un étage avec un jardin. Sa seule particularité était d'être entourée par la dernière forêt de la capitale.

C'était une sorte de villa dont la famille royale se servait de temps à autre. Comme l'avait dit Anne, les membres de la famille royale y venaient en vacances ou quand ils avaient besoin de se rétablir. Et même ainsi, elle n'avait plus servi depuis le règne du feu roi.

La dernière fois que le manoir du Lys avait été utilisé remontait à plus de trente ans. Le seul fait qu'on lui ait accordé cet endroit faisait douter Harold du lieu de travail de son frère. Il n'arrivait toujours pas à chasser de son esprit l'image du journal de son frère.

Ce journal pouvait-il être un secret d'État ? Vu que son frère avait travaillé pour le Bureau du renseignement, c'était très probable.

« Nous sommes arrivés. »

Harold descendit de la calèche.

Peut-être avait-il vu de loin approcher la calèche : l'intendant du manoir du Lys les attendait déjà dehors pour les accueillir.

L'homme d'âge mûr, qui avait l'air inexplicablement las, s'inclina poliment.

« Inspectrice Archibald. »

« Nous avons reçu votre message, vicomte Manfred. Voici Lord Bertholdt. Il est venu voir le comte. »

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