Aller au contenu principal

Chapitre 8

Chapitre 8

21 octobre 2026 ~12 min · 2 293 mots

À mesure que le combat se prolongeait, l'atmosphère qui enveloppait les spectateurs changea. Si, tout à l'heure, l'excitation et l'inquiétude s'étaient emparées du public, il ne restait plus à présent que la stupeur. Les visages, rouges d'excitation, avaient pâli. Quelques fonctionnaires peu habitués à la vue du sang eurent même des haut-le-cœur, comme s'ils allaient vomir.

Tchac !

Le sang gicla de nouveau sur l'arène, et le sol n'était plus qu'une mare sanglante. Difficile de dire si ce sang était frais ou s'il avait coulé plus tôt.

« Hah ! Hah ! Hah ! »

Byner respirait avec peine. Ses mains tremblaient et sa vue se brouillait.

« Alors ? Qu'est-ce que ça fait, un combat à la vie à la mort ? »

La voix de Zich lui parut lointaine, comme un écho qui résonnait.

« C'est grisant, non ? Quand on se dit que le sang qui coule dans nos veines est comme une créature vivante, chaque goutte devient si précieuse. D'une certaine façon, c'est quand on est sur le point de mourir qu'on se sent le plus vivant. »

L'épée de Zich fondit de nouveau sur lui, et Byner la para de ses mains tremblantes.

Clang !

Byner vacilla.

L'attaque n'avait rien de bien puissant, puisque Zich était aussi blessé que lui, mais Byner chancela pourtant sous le coup.

« C'est ce que j'aime dans notre famille. Personne ne va faire d'histoires pour arrêter un combat comme celui-ci. »

C'était vrai : si le comte et tous les autres ne demandaient pas qu'on mette fin au duel, c'était parce que telle était la coutume de la famille Steelwall.

« Finissons-en vite. J'ai encore un autre type à achever. »

Traînant son épée derrière lui, Zich s'approcha de Byner.

Byner n'avait même plus la force de bouger. Il regarda, hébété, Zich lever son épée au-dessus de lui. Un froid l'envahit.

« Tu t'es bien battu. Si tu surmontes cette épreuve, tu pourras passer au niveau supérieur. »

'Bien sûr, si tu échoues, tu finiras à te rouler dans la boue comme un vulgaire perdant.'

Bam !

Zich frappa durement la tête de Byner avec la garde de son épée, et Byner perdit connaissance.

Boum !

***

Byner s'effondra. Le vainqueur était désigné, mais au lieu d'acclamations, de cris de joie, de soupirs ou même de jurons, un silence de mort régnait dans le public.

« ... Le vainqueur est... messire Zich Steelwall ! »

Après l'annonce tonitruante de Tiner, les gens se mirent enfin à murmurer. C'était comme s'ils se rappelaient enfin comment respirer.

« Haaa ! »

Zich prit une profonde inspiration.

'J'ai gagné, tant bien que mal.'

Il devait l'admettre, Byner était un chevalier de génie. Zich avait lancé un combat à mort pour retourner contre lui son manque d'expérience, mais le chevalier avait tenu bon.

Voir couler le sang du fils aîné de la famille qu'il servait avait rendu Byner nerveux : il avait beau détester Zich, l'idée de lui ôter la vie par accident l'avait mis à cran. Ses blessures et la peur pour sa propre vie le tourmentaient et, plus que tout, Zich maniait son épée comme un immortel ruisselant de sang. Tout cela avait pesé sur Byner pendant tout le combat.

De plus, contrairement à Zich, rompu aux batailles sanglantes, Byner n'avait connu de vrais combats qu'une ou deux fois. Et pourtant, malgré tous ces handicaps, il avait tenu bon.

Les blessures étaient les mêmes de part et d'autre : c'était la différence d'expérience, de patience, de mouvements et d'autres choses encore qui avait offert la victoire à Zich. Tous les chevaliers, le comte compris, en avaient conscience.

« Dis-moi, Verden. »

« Oui, monsieur le comte ! »

« Comment a-t-il appris tout ça ? Où a-t-il acquis cette expérience ? Qui le lui a enseigné ? »

Si quelqu'un avait formé Zich, le majordome Trell, qui savait presque tout ce qui se passait dans la maison, aurait été le premier au courant. Trell secoua la tête.

« Je n'avais moi non plus aucune idée du niveau du jeune maître. D'après ce que je sais, il s'entraînait seul au fond d'un jardin. »

Si Trell en était aussi certain, il était impossible que Zich ait été l'élève de qui que ce soit.

« Alors comment peut-il se battre ainsi ? »

« Monsieur le comte. »

Trell murmura : « Ne connaissez-vous pas déjà la raison ? Je crois que vous ne voulez simplement pas l'admettre. »

Le comte se tut. Les paroles de Trell avaient fait mouche. Il fronça les sourcils et dit, comme on se lamente : « Tu veux dire que... c'est un talent inné. »

Trell acquiesça.

De temps à autre, un tel personnage apparaissait dans l'histoire. Comme élus par les dieux, ces êtres balayaient toute logique et triomphaient sans éducation ni expérience. Trell sous-entendait que Zich était de ceux-là.

'Ce n'est pas bon.'

Le comte voulait léguer Steelwall à Greig, pas à Zich. Par chance, les capacités de Greig étaient remarquables et, pour toute une série de raisons, les habitants de Steelwall détestaient Zich et appréciaient Greig.

'Le prochain comte, ce sera Greig.' C'était l'idée déjà admise à Steelwall. Mais si Zich faisait preuve d'un talent écrasant, cette certitude volerait en éclats.

'La tradition favorise Zich. Si je tente de confier Steelwall à Greig sans bonne raison, d'autres voudront s'en mêler. Et même s'ils détestent tous Zich, s'il fait preuve d'un talent hors du commun, leur cœur pourrait bien pencher en sa faveur.'

Steelwall se trouvait sur la ligne de front du royaume ; plus que tout, la maîtrise des arts martiaux était la qualité la plus importante qu'on puisse posséder. Les gens suivraient même quelqu'un qu'ils détestaient, s'il avait de bonnes chances de les protéger. Toutes sortes de pensées se bousculaient dans la tête du comte.

Alors que tous les regards étaient tournés vers lui, Zich se mit en mouvement.

***

Des prêtres s'avancèrent pour soigner Byner. Ils levèrent les bras et agitèrent largement les mains pour signaler que sa vie n'était pas en danger, et la foule soupira de soulagement.

Les prêtres s'approchèrent aussi de Zich.

« Monsieur ! Nous allons vous soigner tout de suite ! »

Leurs voix étaient pressantes : Zich était moins blessé que Byner, mais ses blessures n'en restaient pas moins graves.

« Attendez. »

« Pardon ? »

« J'ai encore quelque chose à régler. »

Zich repoussa les prêtres qui s'apprêtaient à user des miracles divins sur lui et marcha vers le bord de l'arène. Ce comportement inattendu attira de nouveau tous les regards. Les gens étaient aussi effrayés de le voir tituber en laissant une traînée de sang derrière lui.

Tiner, qui se tenait devant la tribune d'honneur, face au public, demanda : « Qu'y a-t-il, messire Zich ? »

« Ah, chevalier Tiner. Rien de bien important. J'ai juste quelque chose à dire à Greig. »

La voix de Zich retentit. Il l'avait chargée de mana pour que tout le stade l'entende distinctement.

'Ha, comment... ?'

Tiner fut surpris une fois de plus. Que Zich sache charger sa voix de mana ne l'étonnait pas, puisqu'il maîtrisait une technique comme l'Extension des sens ; mais qu'il manie le mana avec autant de netteté alors qu'il était grièvement blessé, voilà qui était impressionnant. Seule une poignée de chevaliers aguerris en étaient capables.

Zich interpella Greig d'une voix forte.

« Greig ! Descends ! C'est l'heure du duel ! »

« Quoi... ?! »

Greig fut si abasourdi qu'il en eut le souffle coupé. Tous les autres l'étaient aussi.

« ... Qu'est-ce que tu racontes ? » demanda le comte. Comme s'il était lui aussi sous le choc, sa réaction fut un peu lente.

« À votre avis ? Je le défie en duel. Père, ne l'avez-vous pas autorisé vous aussi ? Je sais que la rumeur s'est déjà bien répandue. »

'Un duel entre Zich et Greig', murmuraient les gens.

« Ce ne serait pas le duel officieux pour l'héritage de Steelwall ? »

« Surveille tes paroles ! Ça n'a aucun sens qu'un simple duel désigne l'héritier. »

« C'est pourtant ce que dit la rumeur. Même le comte semble décidé à favoriser le vainqueur du duel. C'est tellement évident qu'ils voulaient donner l'avantage à messire Greig dans la course à l'héritage, puisqu'ils pensaient que messire Zich n'avait aucune chance de gagner. »

Le combat sanglant, la victoire inattendue de Zich et son attitude poussaient le public à prononcer des mots qu'il avait jusque-là retenus.

« M-monsieur ! Laissez-nous d'abord soigner vos blessures... ! »

« Ça ira. »

Zich écarta les prêtres et cria de nouveau.

« Eh, Greig ! Descends vite ! Je me battrai dans mon état actuel ! Je me suis dit que je devais au moins m'imposer un handicap pour affronter mon petit frère ! »

La foule fut de nouveau stupéfaite, surtout les prêtres aux côtés de Zich. Ils avaient l'impression que le sol se dérobait sous leurs pieds et qu'ils étaient au bord de l'attaque.

« M-monsieur ! Vous ne pouvez pas ! Vous devez être soigné immédiatement ! »

Couvert du sang qui ruisselait sur lui, Zich ressemblait à un monstre écarlate. Il avait l'air sur le point de mourir d'une hémorragie, mais il restait calme.

« N'en faites pas trop. Je ne vais pas mourir pour si peu. »

« Non, c'est vraiment dangereux, monsieur ! »

Zich les chassa d'un geste de la main, comme des mouches importunes, et les prêtres crurent devenir fous.

« Qu'est-ce que tu fabriques, Greig ? Dépêche-toi ! »

« Q-qu'est-ce que c'est que ces absurdités ? Fais-toi d'abord soigner ! Comment veux-tu te battre en duel dans cet état ? »

Greig n'avait pas tort. N'importe qui pouvait voir qu'au lieu de se battre, Zich avait besoin de soins immédiats ; il aurait dû être allongé dans un lit.

« Ça, c'est mon affaire. Et puis, c'est ce qu'on s'était promis dès le départ. »

Zich eut un sourire narquois.

« C'est moi qui décide quand notre duel commence. »

Greig se tut. C'était lui qui avait proposé ce duel en posant ses conditions. Maintenant que Zich lui rappelait cette promesse, il n'avait d'autre choix que de s'y plier.

« Ça suffit ! Comment comptes-tu te battre avec de telles blessures ? Tu veux briser le cœur de ton frère d'inquiétude pour ton état ?! »

« Ah, vraiment, Père ? Je n'y avais pas pensé. Mais voyez-vous, je ne peux pas m'empêcher de mal interpréter. Regardez donc la tête de Greig en ce moment », dit Zich d'un air innocent. Mais, à l'inverse de cet air, il bloquait toutes les issues par lesquelles son adversaire aurait pu s'échapper.

« Il n'a pas l'air d'avoir peur ? »

« ... »

D'ordinaire, Greig aurait piqué une crise. Pour bien des raisons, rien ne lui faisait plus horreur que d'être jugé inférieur à Zich dans quelque domaine que ce soit ; mais à présent, il se taisait. Seules ses lèvres tressaillaient, comme s'il avait quelque chose à dire.

Greig était devenu blême, ses pupilles tremblaient et ses lèvres saignaient. Tout le monde voyait bien qu'il avait peur.

« Allons, petit frère. Détends-toi un peu. Sinon, les gens vont se méprendre. Comme moi, ils pourraient croire que tu n'es qu'un lâche, si effrayé que tu romprais une promesse pour échapper à un duel. »

Les gens dévisagèrent Greig. Leurs yeux, qui n'avaient jamais exprimé envers lui qu'assurance et confiance, commençaient à trahir le doute.

« Quand bien même, messire Greig manque encore d'expérience. Le traiter de lâche... »

« Parce que moi, j'en ai, de l'expérience ? »

Tiner tenta de défendre Greig, mais les mots de Zich le réduisirent au silence.

'Oui, c'est bien là le plus gros problème.'

Tous ceux qui avaient assisté au duel entre Zich et Byner comprenaient parfaitement ce que ressentait Greig : le comte avait beau fonder de grands espoirs sur lui, Greig n'était qu'un garçon d'une quinzaine d'années.

De plus, le spectacle de Zich avait tout gâché ; il avait montré qu'il pourrait être un héritier plus digne du titre de comte et, selon la tradition, il avait un net avantage.

« Je m'inquiète pour toi, petit frère. Même si je suis l'héritier selon la tradition, ça ne veut pas dire que tu n'as aucun droit à la succession. Que penseront les gens si tu t'enfuis d'ici comme un lâche ? Ils pourraient être très déçus de voir que tu n'as pas le courage du fils aîné. Ils pourraient même commencer à dire qu'ils ne veulent pas te voir succéder. »

« Qu'est-ce que c'est que ces absurdités ? »

« Ce ne sont pas des absurdités, Mère. »

En entendant Zich l'appeler « Mère », la comtesse se décomposa, et les murmures reprirent dans la foule.

Zich poursuivit : « Ce duel a beau être officieux, il est très important pour Greig et pour moi. Mais en tant que grand frère, j'essaie de rendre la situation plus favorable à Greig. Regardez mon corps. N'est-il pas dans un état lamentable ? S'il essaie de se dérober dans une situation pareille, il ne sera même pas capable de mener un troupeau, encore moins Steelwall. Et surtout, Mère, Greig m'a promis un duel dont je choisirais le jour et l'heure. »

Les yeux de Zich cherchèrent le comte. Quand il le trouva, il adressa un sourire à son père, qui le foudroyait d'un regard effrayant.

« Que comptez-vous faire, Père ? »

« ... Greig, descends dans l'arène. »

« Monsieur le comte ! »

« Père ! »

La comtesse et Greig s'écrièrent tous deux de surprise, mais le comte ne revint pas sur ses paroles.

« Descends. »

Fin du chapitre 8
PrécédentCh. 7
Vous êtes à jourLe prochain chapitre sortira à 18h00. Le planning indique les jours de sortie.Retour à la fiche
Fiche de l'œuvre

Commentaires

Code anti-spam :······
0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.