Aller au contenu principal

Chapitre 5

Chapitre 5

10 octobre 2026 ~13 min · 2 511 mots

[Trouve le Héros !]

[Objectif] : Localiser le Héros.

[Récompense] : ???

[Pénalité en cas d'échec] : La fin du Continent

Un texte semi-transparent se matérialisa dans tout mon champ de vision.

Grâce à mon expérience des quêtes, j'en saisis aussitôt le sens.

Et si la pénalité en cas d'échec, la fin du Continent, avait de quoi stupéfier, elle ne me surprit guère.

Après tout, c'était logique.

« Je me suis enfui il y a une quinzaine d'années… »

Autrement dit, j'avais remonté quinze ans dans le temps.

Ce qui signifiait que dans dix ans environ, l'Empereur lancerait sa véritable campagne.

Puis, en l'espace d'un an…

Tous les royaumes et toutes les cités du Continent seraient rayés de la carte.

Un seul être était capable d'arrêter un tel Empereur.

Ian, et lui seul.

Seul Ian pouvait tenir tête à l'Empereur.

Sans Ian, le Continent n'avait aucun avenir.

Je devais retrouver Ian à tout prix.

C'était une quête qui méritait vraiment le nom de [quête principale].

« Mais c'est vraiment tout ? »

Les détails étaient pourtant d'une maigreur exaspérante.

Comme si la quête posait des questions puis fermait les yeux sur les réponses.

Aucune instruction concrète sur ce que je devais faire.

Aucune indication sur l'endroit où je pourrais trouver Ian.

Pas même un indice, une piste.

« Les quêtes ne donnent donc qu'une direction, rien de plus. »

À repenser à la [quête tutorielle], cela semblait être le cas.

La [quête tutorielle] m'avait seulement fixé pour objectif de « survivre » face au troll des glaces.

Survivre en « combattant » le troll des glaces ?

Ou en « fuyant » le troll des glaces ?

La manière d'atteindre l'objectif n'était absolument pas fixée.

Le choix des moyens ne revenait qu'à moi.

Et la responsabilité des conséquences reposait entièrement sur mes épaules.

Dans ce cas, mon objectif était clair.

« Je dois retrouver Ian. »

Et avec lui, arrêter l'Empereur.

Je devais retrouver Ian avant que l'Empereur ne lance sa véritable campagne.

Autrement dit, j'avais dix ans devant moi.

Un délai plutôt confortable.

Mais ce sursis était loin d'être une période de loisir.

J'avais beau être revenu dans le passé, l'Empire dominait toujours le Continent en puissance suprême.

Même à cette époque lointaine, l'Empereur restait sans égal.

Toutefois, comme il n'était pas encore assez fort pour transcender le Continent lui-même, il restait dans l'ombre.

À l'heure qu'il était, l'Empereur devait préparer le terrain pour sa conquête du Continent.

Autrement dit, il complotait en secret quelque part au fond du Palais impérial.

Il n'y avait pas de crise imminente, mais je ne pouvais pas me permettre de perdre mon temps.

Je devais retrouver Ian au plus vite.

Avec lui, il me fallait bâtir la force et l'influence nécessaires pour m'opposer à l'Empereur.

Le problème, c'était comment le retrouver…

« Hmm… »

Je mis méthodiquement mes idées en ordre.

Dans ma situation, deux choix s'offraient à moi.

Le premier : partir immédiatement à la recherche d'Ian.

Si la régression était le pouvoir d'Ian, alors il était revenu dans le passé avec moi. D'après la quête, il devait se trouver quelque part sur le Continent.

Je le chercherais à travers l'immensité du Continent et bâtirais la force et l'influence nécessaires pour affronter l'Empereur.

Voilà la première option.

« Mais le problème, c'est que je ne sais pas où se trouve Ian à cette époque. »

Et c'était pareil pour lui.

Ian n'avait aucun moyen de savoir où j'étais en ce moment.

Nous n'avions jamais parlé en détail de ce qui s'était passé quinze ans plus tôt.

Ian pouvait cependant faire une supposition éclairée.

Il savait que j'étais le fils aîné de la famille Whitewolf.

S'il était revenu dans le passé avec moi ?

Alors il me chercherait forcément lui aussi.

Autrefois, dans ma vie précédente, j'avais fui le domaine Whitewolf.

Mais puisque Ian savait que j'étais revenu dans le passé, il pouvait en déduire que j'agirais autrement.

Peut-être était-il même déjà en route vers le domaine Whitewolf.

Et si je partais à sa recherche et que nous nous croisions sans le savoir ?

« Il n'y aurait rien de plus rageant. »

D'où la seconde option : rester au domaine Whitewolf et attendre qu'Ian me trouve.

Voilà mon deuxième choix.

« Moi qui n'aurais jamais imaginé envisager une chose pareille… »

À vrai dire, je n'avais eu aucune intention de retourner dans ma famille.

Dans ma jeunesse insouciante, je l'avais désiré.

C'était pour cela que ma rage envers Seraphia, qui avait pris tout ce qui appartenait à la famille, avait été si dévorante.

Mais à présent, il n'en était plus rien.

Ces choses-là n'avaient plus aucun sens pour moi.

Les états d'âme d'un héritier vaurien s'étaient estompés puis évanouis après que j'étais devenu un Prédateur des Forces alliées, arpentant d'innombrables champs de bataille.

Désormais, mes camarades des Forces alliées m'étaient bien plus chers que les gens de ma famille.

Il ne me restait donc que de la rage, non envers Seraphia qui avait dépouillé la famille de tout, mais envers le Seigneur du Givre, qui avait massacré mes camarades des Forces alliées.

« Au fait, je n'ai même pas réussi à tuer le Seigneur du Givre. »

À bien y penser, j'avais échoué à tuer le Seigneur du Givre : Seraphia.

On ne pouvait tout simplement pas laisser Seraphia en vie.

Même si je partais tout de suite à la recherche d'Ian, je devais tuer Seraphia avant de m'en aller.

Sœur ou pas, les liens familiaux ne signifiaient rien.

Ils n'avaient plus le moindre sens pour moi.

Il s'agissait simplement d'éliminer l'un des six Seigneurs, considérés comme les plus grandes forces de l'Empereur, avant qu'il ne puisse agir.

Mais quand il s'agissait de la tuer pour de bon ?

Les dernières paroles d'Ian me pesaient.

« … Je vais vraiment devenir fou. »

Ian, à quoi ce salaud pensait-il en débitant de pareilles âneries ?

« Rencontre-la, c'est tout. »

Je lui dirais ma façon de penser, et pas qu'un peu.

Quoi qu'il en soit, je ne pouvais pas tuer Seraphia à la légère pour l'instant.

Il devait y avoir une raison pour qu'Ian regrette cela plus encore que d'avoir déclaré sa flamme à la Sainte et d'avoir été éconduit.

Tant que je ne comprendrais pas cette raison, le sort de Seraphia devait rester… en suspens.

« C'est donc décidé. »

Mes deux options se réduisaient à une seule.

« Je retourne au domaine familial. »

Si Ian était revenu dans le passé avec moi, il me chercherait lui aussi.

Mieux valait l'attendre au domaine plutôt que de m'agiter inconsidérément.

Et puis, je n'avais même pas encore décidé quoi faire de Seraphia.

« Seulement jusqu'à l'arrivée d'Ian. »

Je garderais Seraphia en vie jusqu'à ce moment-là.

« Rentrons. »

Ma décision prise, je fis demi-tour.

Mais alors…

« … Où se trouve le domaine familial, déjà ? »

J'avais oublié où se trouvait le domaine.

Je n'avais fui la famille qu'une semaine plus tôt, mais en réalité, cela remontait à plus de quinze ans.

Je ne me rappelais ni l'emplacement du domaine, ni aucune des personnes qui y vivaient.

La seule dont je me souvenais, c'était ma sœur, le Seigneur du Givre : Seraphia.

Et…

« Ah, maintenant que j'y pense… Kai. Ce fou-là aussi est en vie. »

Puisque j'étais revenu dans le passé.

Autrement dit, il y avait au domaine une autre personne que je devais absolument tuer, en plus de Seraphia.

Mais d'un autre côté…

« Dans mon état actuel, je ne peux pas le battre. »

… Je n'avais aucune confiance en ma capacité à vaincre Kai.

Seraphia ne s'était pas encore éveillée en tant que Seigneur du Givre.

Mais Kai, c'était différent.

Le chevalier en chef de la famille Whitewolf.

Même à cette époque, il était d'une force monstrueuse, ce Kai.

« Je devrais peut-être dévorer un peu plus avant de rentrer. »

En vérité, la dévoration n'était pas un pouvoir que je pouvais utiliser à tort et à travers.

La Régénération [C+] du troll des glaces.

Comme elle le démontrait, dans la plupart des cas, consommer un seul cœur ne débloquait pas toute l'étendue d'un pouvoir.

Il fallait plusieurs fois au minimum.

Des centaines de fois au maximum.

Je devais répéter la dévoration, et à chaque fois, la folie me consumait.

C'est pourquoi le moi d'autrefois…

Autrement dit, mon ancien moi n'avait pas pu absorber beaucoup de pouvoirs.

Mais…

« À présent, j'ai la Volonté du Joueur. »

Je possédais le pouvoir d'Ian, [Volonté du Joueur [EX]].

Je pouvais utiliser librement la dévoration sans être consumé par la folie.

Cela signifiait qu'avec suffisamment de spécimens, je pourrais devenir infiniment plus fort.

Et à cette époque, l'Empereur n'avait pas encore commencé ses activités.

D'innombrables monstres rares, trolls des glaces compris, vivaient à l'état sauvage.

Et au-delà de ça…

« D'ailleurs, je n'ai pas encore vraiment testé le pouvoir "Progression en solo". »

L'autre pouvoir d'Ian, Progression en solo [EX].

Je ne savais toujours pas en quoi il consistait.

« Si c'est un pouvoir d'Ian, comme la Volonté du Joueur… »

La force absurde d'Ian.

Son secret résidait peut-être dans Progression en solo [EX].

***

Un domaine niché au cœur de l'interminable Plaine neigeuse.

Derrière lui, des collines et des chaînes de montagnes enneigées l'encerclaient, comme coiffées de bonnets blancs.

Pour résister au gel impitoyable, les remparts étaient épais et imposants, la glace et la neige comblant les interstices.

De petits villages se blottissaient autour du grand château, au centre du domaine, faits de toits chargés de neige et de maisons basses en bois.

Le paysage du domaine respirait la chaleur et la vitalité au cœur même de l'hiver rigoureux, comme s'il affichait la farouche volonté d'endurer un froid aussi rude.

« Mm. »

Un homme, dans ce paysage, laissa échapper un léger souffle.

Des contours de visage et une mâchoire acérés.

Des yeux d'un bleu profond et froid, aussi vifs et perçants que le regard d'un loup.

De longs cheveux dorés, éclatants comme s'ils retenaient la lumière du soleil.

Un corps musclé, parfaitement affûté.

Une armure d'argent ajustée à la perfection à ce corps.

Il dégageait une atmosphère aussi glaciale et dépourvue d'émotion que le froid mordant du domaine du Seigneur du Givre.

Son nom, qui évoquait l'image d'un noble loup, était Kai : le chevalier en chef de la famille Whitewolf.

Kai examinait avec minutie le cadavre du troll des glaces que les soldats avaient rapporté.

Le corps du troll des glaces était remarquablement intact.

Comme s'il était encore vivant et simplement incapable de bouger.

Autrement dit, le tuer n'avait demandé aucun procédé élaboré.

'Un estoc en plein cœur, donc.'

Le cœur du troll des glaces n'était pas visible.

Mais à en juger par la position du cuir percé, il était clair que la lame avait transpercé le cœur directement.

'Aucune blessure défensive.'

Cela signifiait que l'attaquant avait saisi une unique ouverture et enfoncé sa lame dans le cœur du troll des glaces.

Mais à en juger par la plaie elle-même…

C'était un coup dépourvu même d'aura.

Un simple estoc. Rien de plus.

Pour qu'un tel exploit soit possible, il fallait une vision dynamique exceptionnelle, capable de lire les mouvements du troll des glaces avec une précision absolue.

Et ce n'était qu'un début.

L'agilité pour esquiver les attaques du troll des glaces.

L'audace de réduire la distance pour frapper au cœur.

Le timing et le rythme parfaits de l'estoc.

Chaque élément devait s'accorder à la perfection, sans le moindre écart.

Or une telle perfection était extraordinairement rare.

Atteindre une telle maîtrise était difficile, même au prix d'innombrables heures d'entraînement acharné et de discipline.

La simple audace nécessaire pour s'approcher d'un troll des glaces constituait en soi un obstacle redoutable.

Même les mercenaires chevronnés qui avaient roulé leur bosse sur d'innombrables champs de bataille avaient rarement un tel cran.

Autrement dit, c'était un estoc que même des mercenaires aguerris n'auraient pas osé tenter.

Le coup était à ce point parfait.

Un troll des glaces affaibli n'était pas de taille face à un tel adversaire.

Même face à un spécimen en pleine santé, l'issue aurait sans doute été la même.

'Aurais-je pu arrêter un tel coup ?'

Kai reconstitua mentalement l'image de son adversaire et, après avoir déroulé plusieurs échanges dans sa tête, parvint rapidement à une conclusion.

Il aurait choisi d'esquiver plutôt que de tenter de bloquer.

L'idée même d'arrêter un estoc aussi parfait était insensée.

Et pourtant, cela restait incroyable.

« … »

Il ne pouvait tout simplement pas admettre que « l'écervelé du domaine Whitewolf » ait fait ça.

Son examen du cadavre terminé, Kai tourna lentement la tête.

Seraphia : la dame qu'il avait juré de protéger au prix de sa vie.

Kai observa avec attention les ecchymoses sombres qui marquaient son long cou pâle.

Elle avait bien tenté de les dissimuler sous une écharpe, mais ces marques foncées sur sa peau immaculée ne se cachaient pas aisément.

La force avec laquelle on l'avait saisie sautait aux yeux.

Kai discernait sans erreur possible l'intention de tuer gravée dans ces empreintes de mains.

Il avait voulu l'assassiner.

Pour de bon, jusqu'au bout.

Adrian avait tenté de tuer Seraphia.

Kai n'eut donc d'autre choix que de demander :

« Pourquoi l'avez-vous épargné, ma dame ? »

Pourquoi Seraphia avait-elle laissé Adrian en vie ?

D'après les soldats, Seraphia était intervenue.

Les soldats avaient relâché Adrian à contrecœur, sur son ordre.

Si Kai avait été présent, il n'aurait jamais permis une telle clémence.

Non seulement Seraphia n'aurait jamais couru un tel danger, mais Adrian aurait péri sur-le-champ.

Il fallait éliminer Adrian.

C'était la seule voie possible, pour le bien de Seraphia, de la famille Whitewolf et de tous les sujets du comté.

« Surveillez vos paroles, Kai. »

Les convictions de Seraphia s'opposaient pourtant frontalement aux siennes.

« Mon frère est le fils aîné et l'héritier de la famille Whitewolf, quoi qu'on en dise. »

Appelant toujours Adrian « mon frère », Seraphia s'accrochait à lui comme à sa seule famille restante.

Mais Kai ne pouvait partager ce sentiment.

« Il n'en est pas moins l'homme qui a menacé la vie même de la dame des lieux. En tant que chevalier ayant juré de vous protéger, je ne fais que mon devoir.

— Raison de plus pour tenir votre langue. Le seigneur des lieux, ce n'est pas moi, c'est mon frère. »

Comme il s'y attendait.

Adrian aurait dû être abattu sur-le-champ.

La résolution de Kai se durcit encore.

Si ce misérable revenait dans la famille en réclamant ses droits de fils aîné et héritier…

C'est à cet instant précis.

Dong ! Dong ! Dong !

La cloche du château sonna depuis la tour qui s'élevait haut au-dessus des terres environnantes.

Les soldats sur les remparts s'agitèrent d'un même mouvement : quelque chose s'était produit.

« C'est terrible !! »

Comme prévu, un soldat accourut, hors d'haleine, affolé.

L'urgence se lisait sur son visage.

« Adrian vient de rentrer au comté !! »

Une intention meurtrière froide et perçante flamboya dans les yeux d'un bleu profond de Kai.

Fin du chapitre 5
PrécédentCh. 4
Vous êtes à jourLe prochain chapitre sortira à 18h00. Le planning indique les jours de sortie.Retour à la fiche
Fiche de l'œuvre

Commentaires

Code anti-spam :······
0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.