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Chapitre 3

Chapitre 3 — Le guerrier de troisième ordre qui récolte les remèdes spirituels

4 octobre 2026 ~13 min · 2 448 mots

« Alors, tu me dis que tu n'iras pas au Hall Busaeng ? »

Cet incident avait mis la Secte Taeul en ébullition.

D'abord, Gye Yeon-seok, le père de Gye Cheol-yeong et maître de la Guilde marchande Gyeryong, avait fait un scandale à propos de la blessure de son fils. Puis, au cours de l'enquête, la négligence de Gye Yeon-seung pendant les leçons avait été mise au jour.

Gye Yeon-seung avait été renvoyé du Hall Busaeng pour cette affaire, et il n'avait plus le droit de mettre les pieds dans la Secte Taeul.

Gye Yeon-seok se lamentait d'avoir, en faisant des histoires pour rien, perdu le protecteur censé veiller sur Gye Cheol-yeong, mais l'affaire était déjà réglée.

« L'ancien Maître du Hall Busaeng a déjà reconnu que j'avais achevé le cursus. Je n'ai donc aucune raison d'y aller. »

Mon père fit la mine la plus terrible qu'il pouvait avec ce visage rugueux qui était le sien.

Aux yeux des autres, c'était peut-être un visage à inspirer la crainte, mais pour moi, c'était toujours un visage qui me faisait monter l'émotion à la gorge.

Je détournai vite le regard, de peur que les larmes ne me montent aux yeux.

« Je n'arrive toujours pas à y croire. Comment un vaurien comme toi a-t-il pu battre Gye Yeon-seung ? Tu as usé d'un stratagème, peut-être ?

— Ah, le Maître du Hall Gye a dit la même chose, et il s'est fait casser le bras. Vous voulez qu'on vous casse le bras à vous aussi, Père ?

— Qu'est-ce que tu as dit ?

— En tout cas, je suis libre jusqu'à ce que les autres cadets aient achevé le Hall Busaeng.

— De toutes les têtes que tu pouvais fendre, pourquoi a-t-il fallu que ce soit celle de Gye Cheol-yeong ? »

Mon père, Jin Tae-san, était le Maître du Hall extérieur, qui supervisait les affaires externes de la secte.

Comme la Guilde marchande Gyeryong était le plus grand mécène de la Secte Taeul, cet incident ne pouvait guère réjouir mon père.

« Le Maître de la Guilde n'a-t-il pas fini par reconnaître ses torts ? Alors ça devrait suffire.

— Imbécile ! Tu crois qu'un homme comme Gye Yeon-seok va s'en tenir à des paroles ? Si on réduit les repas de la Secte Taeul à deux par jour, tu crois que les autres disciples vont te laisser tranquille ?

— Parlez correctement, je vous prie. Pourquoi est-ce que ce serait ma faute ? Ce serait la faute de l'incompétent Maître du Hall extérieur.

— Espèce de petit… !

— Je prends congé.

— Où crois-tu aller comme ça ? Si tu ne vas pas au Hall Busaeng, aide donc aux travaux du Hall extérieur.

— J'ai beaucoup d'affaires personnelles à régler.

— Et lesquelles ?

— J'ai désormais l'âge où le poil pousse au menton. Respectez donc ma vie privée.

— Quoi ? »

La barbe de Jin Tae-san se mit à trembler, comme s'il venait d'entendre une absurdité sans nom.

Mais je ne pouvais pas lui dire en toute honnêteté : « Je dois me préparer à protéger la Secte Taeul contre le retour du Culte Démoniaque. »

Bientôt, la main de mon père se mit à glisser vers le gourdin posé dans un coin, et je me jetai prestement hors de portée.

« Bon, j'y vais…

— Petit vaurien ! Arrête-toi tout de suite !

— C'est toi, le malappris qu'on appelle Jin So-un ? »

J'avais échappé à mon père à la mine féroce, et voilà qu'un vieux porc aux bajoues pendantes me barrait le chemin.

« Qui êtes-vous ?

— Tu… ne me connais pas ? »

Bien sûr que je le connaissais.

Des robes de soie qui ne lui allaient pas. Une ceinture de cuir doré sertie de jade, et de grossières bagues en or, bien trop grosses.

Il n'y avait qu'une seule personne dans la Secte Taeul pour s'habiller avec une telle vulgarité.

Gye Yeon-seok, le père de Gye Cheol-yeong, l'homme qui venait jour après jour mettre la Secte Taeul sens dessus dessous, les pans de son pantalon flottant derrière lui.

« Que me voulez-vous ?

— Vaurien ! Surveille ta langue ! Cet homme est maître Gye Yeon-seok, le maître de la Guilde marchande Gyeryong. »

Un homme qui semblait être un garde armé le foudroyait du regard, le visage tordu par une grimace.

« Oui. Je vous ai entendu. C'est le maître de la Guilde marchande Gyeryong. C'est justement pour ça que je lui demande ce qu'il me veut. »

Gye Yeon-seok renifla bruyamment, comme s'il n'en revenait pas.

« À cause de toi, notre Cheol-yeong est blessé et ne peut plus quitter son lit. Tu croyais pouvoir faire une chose pareille à l'héritier légitime de la Guilde marchande Gyeryong et t'en tirer comme ça ? »

Il avait un peu saigné, mais c'était exagérer outrageusement pour un seul coup sur la tête.

Si c'était ça, le critère, que fallait-il faire des disciples de la Secte Taeul que Gye Cheol-yeong avait roués de coups d'innombrables fois sous prétexte d'assauts d'entraînement ?

« N'aviez-vous pas décidé de passer l'éponge ?

— Ça, c'était entre le Chef de secte et moi. Ce qu'il y a entre toi et moi reste à régler, non ? »

Une impudence de ce calibre, devait-on la compter parmi les arts martiaux ?

« Et si vous ne passez pas l'éponge ? »

À ces mots, le garde armé posa la main sur son épée, comme prêt à bondir d'un instant à l'autre.

« Si vous aviez peur qu'il prenne des coups, il fallait lui apprendre le commerce. Pourquoi lui apprendre les arts martiaux ?

— … Toi, toi, vaurien, comment oses-tu parler pendant qu'un aîné s'exprime… ! »

Les yeux de Gye Yeon-seok s'agitaient tandis qu'il réfléchissait, et j'enfonçai mes mots dans son oreille.

« Si l'Aîné Gye est sélectionné pour l'Académie du Murim, comptez-vous le suivre là-bas pour demander des comptes aussi aux descendants des Neuf Sectes et Une Bande et des Cinq Grands Clans ? »

Non seulement Gye Yeon-seok, mais même le garde armé eurent l'air un peu saisis.

Il n'y avait pas pensé ?

Ou bien était-il parti du principe que les Neuf Sectes et Une Bande et les Cinq Grands Clans n'imposeraient pas leur hiérarchie ?

« Puisque vous ne pouvez pas répondre, il semble que vous n'ayez pas ce courage-là. Pourtant, à vous voir venir à la Secte Taeul nous imposer des exigences aussi absurdes, vous devez considérer la Secte Taeul comme une proie bien facile.

— … Regardez-moi ça, ce vaurien… ! »

La voix de Gye Yeon-seok était si forte que les Maîtres des différents halls, et même le Chef de secte, depuis le Hall du Grand Mystère, commencèrent à sortir.

« Plus de dix cadets ont été frappés par l'Aîné Gye au point de ne pas pouvoir se lever pendant des jours. Si vous voulez m'en faire le reproche, reprochez d'abord à l'Aîné Gye ce qu'il leur a fait.

— Comment oses-tu… »

Gye Yeon-seok, qui ne faisait que crier « Vaurien… » et « Comment oses-tu… », sourit soudain d'un air triomphant.

« Si la Secte Taeul perd son mécène à cause de toi, tu en prendras la responsabilité ? »

Ça avait toujours été le problème.

La moitié des disciples de la génération actuelle étaient des enfants comme moi, nés et élevés dans la Secte Taeul.

L'autre moitié venait de familles qui n'étaient pas particulièrement aisées, même au village.

La plupart étaient entrés dans la secte pour réduire le nombre de bouches à nourrir de leur foyer.

Et comme les enfants élevés dans la misère grandissent vite, ils comprenaient mieux que personne que résister à Gye Cheol-yeong porterait tort aux autres.

« La responsabilité ? »

C'était précisément pour cela que Gye Cheol-yeong et Gye Yeon-seok avaient pu régner si aisément sur la Secte Taeul.

« Il y a bien d'autres endroits parmi les Cent Huit Pics qui veulent Cheol-yeong. Nous pouvons l'y transférer quand bon nous semble. Le jour où ça arrivera, tu en prendras la responsabilité ? »

L'entrée de Gye Cheol-yeong dans la secte représentait un mécénat considérable.

Et la Secte Taeul n'était pas la seule des Cent Huit Pics à se débattre avec ses finances.

Le fait que « beaucoup d'endroits voulaient Cheol-yeong » était la faiblesse qui obligeait les gens de la Secte Taeul à ravaler leurs griefs.

C'est pour ça que nous ne lui avions jamais tenu tête une seule fois, comme d'autres l'auraient fait.

« Alors faites-le.

— Quoi ?

— La responsabilité ? Je l'assumerai. Allez-y, faites ce que vous avez dit. »

Mon père, qui approchait de loin, entendit la conversation tout en parlant avec un autre Maître de hall. Son visage devint livide, et il fut sur le point d'accourir.

« Il reste moins d'un an avant l'examen d'admission spéciale. Croyez-vous vraiment que l'Aîné Gye recevra ailleurs un traitement aussi favorable qu'à la Secte Taeul ? Et quelle secte martiale accueillerait l'Aîné Gye, un nouveau venu tombé du ciel, pour une seule année de mécénat ?

— Tu… sais ça… »

Mon père, qui allait accourir, s'arrêta net.

« Les disciples de la Secte Taeul ne sont pas des imbéciles. Ils ont appris la vertu des gens de bien, voilà tout : ils ne veulent simplement pas frayer avec la bassesse. »

Gye Yeon-seok tremblait ; il dit en grinçant des dents :

« Je ferai en sorte que la Secte Taeul souffre énormément. À cause de ce que tu as fait, les disciples de la Secte Taeul vont bientôt devoir réduire leurs repas et ne porter que de vieux habits. »

C'était une menace évidente.

Je lui murmurai doucement à l'oreille :

« Vous croyez que je vais laisser faire ça ? »

Voyant mon père s'apprêter à accourir comme s'il n'en pouvait plus, je tournai vite les talons et quittai la Secte Taeul.

J'avais une montagne de travail.

Dans ma vie précédente, après l'entrée de Gye Cheol-yeong à l'Académie du Murim par la voie d'admission spéciale, le soutien accordé à la Secte Taeul avait nettement diminué.

Bien qu'il n'ait été qu'un disciple laïc, le mécénat s'était tari en quelques années, comme s'il voulait couper tout lien, et les disciples de la Secte Taeul avaient dû réduire leurs repas.

« Si ça doit arriver de toute façon, alors il faut que ce soit quelqu'un d'autre que Gye Cheol-yeong qui y aille. »

Sachant que la Secte Taeul serait inévitablement entraînée dans la Grande Guerre entre Orthodoxes et Démons, l'un des siens devait entrer à l'Académie du Murim. Celui qui entrait dans l'Alliance du Murim comme simple guerrier de bas rang ne servait que de mur de chair avant d'être jeté.

« Le problème, c'est que les arts martiaux de la Secte Taeul sont bien trop… »

Nul… non, truffés de gaspillage.

D'après Jegal Cheon-gi, les seuls arts martiaux utiles de la Secte Taeul étaient l'Art de l'Épée du Petit Ciel et la Méthode du Cœur de Taeul.

Les innombrables autres arts étaient totalement incompatibles avec la Méthode du Cœur de Taeul, la racine de la secte.

La racine et les branches ne s'accordant pas, il n'était pas étonnant qu'en plusieurs siècles d'histoire, pas un seul maître capable d'ébranler le monde des arts martiaux n'en soit sorti.

Les arts martiaux suprêmes des Neuf Sectes et Une Bande et des Cinq Grands Clans étaient tous dans ma tête.

« Si je pratique ça, il ne restera même pas un chien errant en vie dans la Secte Taeul avant le retour du Culte Divin du Démon Céleste. »

Au bout du compte, la seule façon pour moi de devenir fort maintenant, c'était d'écraser les autres par l'énergie interne.

« Les courants du Yangzi finissent par user les îlots rocheux. »

Seulement, avec la Méthode du Cœur de Taeul, il me faudrait cultiver environ deux cents ans pour amasser un seul gapja d'énergie interne.

Ce qui voulait dire que je devais consommer tous les remèdes spirituels que je trouverais. Mais si on les appelait remèdes spirituels, c'était justement parce qu'ils n'étaient pas courants.

« … Héhé. Mais il y a un moyen. »

Je me mis aussitôt à fouiller la bibliothèque construite dans mon esprit.

Pendant que mes cadets mouraient impuissants sous les coups du Culte Démoniaque, mon devoir à l'Alliance du Murim avait été de rester là et d'apprendre par cœur des rapports et des documents divers qui occupaient inutilement une place immense.

Mais lorsque les forces du Culte Démoniaque avaient déferlé comme un torrent, que la dernière ligne de défense avait cédé et qu'il ne restait plus de temps, j'avais dû mémoriser jusqu'aux documents du Mantongbu et du Sim Hyeon-gak.

Des documents classés secrets, plus complexes et bien plus volumineux que les dossiers divers.

J'avais renoncé à les comprendre et à les assimiler. À la place, uniquement pour les stocker, j'avais bâti une immense bibliothèque dans mon esprit.

Au plus profond de cette bibliothèque intérieure, je trouvai un livre.

Le Compendium des remèdes spirituels du Murim.

Un document secret qui recensait, d'après les archives anciennes, les lieux de découverte, les époques d'apparition et les itinéraires de déplacement des remèdes spirituels qui allaient apparaître dans le monde des arts martiaux au cours des vingt années suivantes.

On l'appelait document secret, mais à l'époque, ce n'était qu'un livre consignant des remèdes spirituels déjà tous découverts.

Pour mémoriser une chose aussi inutile, mon esprit avait été surchargé, et j'avais vécu des journées entières avec le sang qui me coulait du nez.

Pour prix de cette peine, on m'avait assassiné pour me faire taire.

« Rien que d'y repenser, la colère me monte. Cette Épée Divine de Taecheong, ce salaud… »

Il avait été l'idole de mon enfance.

À âge égal, il n'avait pas de rival ; c'était un ciel au-dessus des cieux.

Quand la Grande Guerre entre Orthodoxes et Démons avait éclaté, il avait été le sauveur de la Voie orthodoxe, celui qui avait repris en main d'un seul coup l'Alliance du Murim fracturée.

Il avait aussi été le héros qui avait préservé jusqu'au bout l'Alliance du Murim, alors qu'elle avait failli disparaître du monde des arts martiaux.

Mais pour préserver l'Alliance du Murim, l'Épée Divine de Taecheong avait sacrifié tout le monde, sauf une poignée d'élus.

Au bout du compte, l'Alliance du Murim relevée à Bukhae avait été rebâtie sur leur sang et sur leurs cadavres.

« Je ne te ferai plus jamais confiance, ni à toi, ni à ton Alliance du Murim. »

Grinçant des dents, je me dirigeai vers l'endroit où se trouvait le premier remède spirituel : le Heshouwu de dix mille ans.

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