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The Forgotten FieldChapitre 1 · 1/1

Chapitre 1

Chapitre 1 — Prologue

26 septembre 2026 ~11 min · 2 037 mots

Des pas cadencés résonnaient dans l'obscurité. Depuis le banc du Jardin où je contemplais l'étang, je tournai la tête, le regard glissant vers le couloir.

Barcas surgit de la longue Galerie à arcades reliée au Jardin, dans son uniforme de l'Ordre des chevaliers impériaux, impeccable et précis. Ses mouvements me faisaient penser à un serpent glissant lentement dans des eaux profondes et sombres.

Je m'étais souvent demandé pourquoi.

Des cheveux d'un blond pâle couleur de lin défraîchi, des yeux bleus teintés d'argent, une peau de plâtre...

Comment un homme composé entièrement de ces teintes sourdes de vieux parchemin pouvait-il dégager une présence aussi sinistre ?

Chaque fois que je me trouvais face à lui, un froid inexplicable me descendait le long de l'échine.

« Votre Altesse le prince héritier. »

L'homme posa la main sur sa poitrine et s'inclina. Je l'arrêtai d'un geste grossier et agacé.

« Épargne-moi les formalités inutiles. »

Tout membre de la Garde impériale qu'il était, cet homme hériterait bientôt du gouvernement de la Région de l'Est, que détenait le grand-duc Sierkan. Ce n'était guère quelqu'un que je pouvais traiter à la légère. Pourtant, je lui fis signe du menton comme à un simple subordonné.

« Combien de temps comptes-tu m'obliger à lever les yeux vers toi ? Assieds-toi. »

Malgré ma grossièreté, son expression ne changea pas : ni mécontente, ni servilement soumise, simplement indifférente, tandis qu'il prenait place sur la chaise de marbre.

J'examinai ses traits finement ciselés, dépourvus de toute chaleur humaine. Au premier abord, il ne laissait rien paraître, mais il était facile de deviner que son humeur était loin d'être bonne.

Quelque chose avait-il mal tourné ? Je plissai les yeux et le pressai d'une question.

« Comment s'est passé l'interrogatoire ? Ne me dis pas que tu n'as pas réussi à découvrir le commanditaire ?

— J'ai découvert tout ce qui pouvait l'être. »

L'homme tira d'une main sur le col de son manteau parfaitement ajusté, la voix monocorde.

« Mais ce n'est sans doute pas la réponse qu'espérait Votre Altesse. »

Je haussai un sourcil.

« Explique-toi en détail.

— La substance présente dans la coupe de vin de la Seconde princesse ne provenait pas du Palais de l'impératrice.

— Alors ?

— Il s'agissait d'une prescription délivrée par le médecin impérial à une servante travaillant au Palais principal. Ce n'était même pas classé comme poison : un simple médicament qui provoque nausées et douleurs abdominales lorsqu'il est pris en grande quantité d'un coup. Apparemment, il n'est pas strictement contrôlé.

— Tu es en train de me dire qu'une servante du Palais principal a soudain perdu la tête et empoisonné la coupe de ma sœur ? »

Je laissai échapper un rire incrédule. Pourtant, les tendons de mon cou épais saillaient : signe que ma fureur atteignait son comble.

Mais le regard de Barcas resta parfaitement détaché tandis qu'il observait mon visage rougir de colère.

« Ce n'est pas la servante qui a administré la substance.

— Alors qui est le coupable ! »

À bout de patience, j'élevai la voix.

« Arrête de faire traîner les choses et donne-moi ta conclusion ! Si ce n'est pas une machination de l'impératrice ni une maladresse de la servante, qui a osé toucher à la coupe de ma sœur ?

— C'est la Seconde princesse qui a commis l'acte. »

Devant sa réponse abrupte, mon indignation vacilla.

« Cette femme ? »

Mon visage se tordit sauvagement. Quand je parlais de l'impératrice, je bouillais comme du magma en fusion. Mais quand j'évoquais la fille bâtarde de cette femme, j'étais comme quelqu'un qui aurait en bouche la chose la plus immonde qui soit. Ma mâchoire crispée produisit un grincement de dents audible.

« C'est tout à fait le genre de cette démente. Dès qu'il s'agit de ma sœur, cette misérable jalouse perd toute raison et tout bon sens... »

Barcas ne réagit nullement à mes jurons vulgaires, dignes d'un voyou des rues. Je le fixai intensément, refusant de lâcher l'affaire, et insistai au sujet de l'impératrice.

« Même ainsi, peut-on vraiment être certains que l'influence de Senevir n'y est pour rien ? Il est tout à fait possible que cette femme ait poussé sa fille...

— Si c'était le cas, elle aurait employé un vrai poison mortel, pas cette drogue insignifiante. »

Barcas parlait d'un ton mesuré. Ses yeux pâles luisaient faiblement dans l'obscurité.

« S'il s'était agi de l'impératrice, elle n'aurait jamais bâclé le nettoyage au point de s'exposer. »

Je ne trouvai rien à lui opposer et me tus. Même s'il m'agaçait de m'avoir coupé en pleine phrase, le mépris qui imprégnait sa voix me satisfaisait étrangement.

Ce jeune homme, indifférent à tout le reste, ne sortait les griffes que lorsqu'il s'agissait de Talia Roem Guerta, la tache de la maison impériale. Le voir afficher un tel dédain était on ne peut plus gratifiant. Cela me confirmait que cet homme était de mon côté... de notre côté.

« C'est vrai. Senevir n'aurait jamais été assez sotte pour compromettre sa propre position de cette manière. »

Mon humeur quelque peu apaisée, je repris avec une vigueur nouvelle.

« Talia s'est tiré une balle dans le pied. J'ai toujours su qu'elle finirait par faire un faux pas. »

Je souris comme le jeune garnement que j'étais lorsque je régnais sur l'Académie.

« Elle a dû perdre la tête quand on t'a retiré à elle pour te donner à ma sœur. Combien de temps cette bâtarde a-t-elle fait peser sa position sur l'héritier du grand-duc, en traitant son chevalier de garde comme son jouet ? Maintenant que son jouet va devenir l'époux de la véritable princesse, son caractère a fini par craquer. »

L'homme ne répondit rien. Barcas Laedgo Sierkan n'était pas du genre à parler au-delà du nécessaire. Son silence n'avait rien d'inhabituel.

Pourtant, il y avait des moments où son mutisme m'agaçait au plus haut point. C'en était un. Je le fixai sans ciller, exigeant une réponse.

« Quoi qu'il en soit, cette fois, elle n'échappera pas à la punition. Si on joue bien, on pourrait même lui coller une accusation de tentative d'empoisonnement...

— Les choses ne se dérouleront pas comme vous le souhaitez. »

Il me coupait la parole pour la deuxième fois. Mes yeux se plissèrent dangereusement. Pourtant, le regard qu'il posait sur le futur empereur du royaume demeurait parfaitement serein.

« Premièrement, il n'y a que des présomptions, aucune preuve concrète. Si cette femme choisit de nier toute implication, il sera difficile d'établir sa culpabilité.

— Il suffit de faire témoigner la servante qui a fourni le poison !

— Croyez-vous vraiment que le témoignage d'une seule servante suffira à mener la fille aînée de Senevir sur le banc des accusés ? »

Tandis que je cherchais maladroitement une réplique, il poursuivit calmement.

« Deuxièmement, même s'il était prouvé sans l'ombre d'un doute que la Seconde princesse a tout orchestré, un simple mal de ventre ne justifie guère une punition sévère. Si elle soutient qu'il ne s'agissait que d'une farce, elle n'écopera sans doute que d'un confinement.

— Une farce ? »

Moi qui écoutais en silence, j'explosai enfin. Je me levai d'un bond et le saisis par le col.

« Tu sais quelle humiliation ta future femme a subie devant tous ces gens ? La jeune fille qui n'a jamais montré le moindre instant de faiblesse s'est effondrée et a vomi dans la Salle des banquets ! Comment peux-tu appeler ça une petite farce, quand Aila a tant souffert ? »

En revivant le souvenir de ce jour-là, mon visage cuivré vira au cramoisi, même dans l'obscurité. Je grinçai des dents.

« C'est ça : sur le moment, j'étais trop affolé pour agir, mais je l'ai vu clairement. Talia, cette garce, qui riait à distance pendant qu'Aila s'effondrait ! Je pourrais mettre cette sale bâtarde en pièces que ça ne suffirait toujours pas. Comment ose-t-elle lever la main sur ma sœur !

— Votre Altesse. »

Je tressaillis et le lâchai. Il n'avait même pas haussé la voix, et pourtant une sueur froide me coulait le long du dos. Je reculai en guettant sa réaction.

L'homme rajusta ses vêtements froissés, sans se presser.

« Cette femme n'est pas digne de l'attention du prince héritier. »

Sa voix était monocorde, comme s'il énonçait une évidence : que la nuit succède au jour.

« Tout son répertoire se résume à ce genre de petites cruautés pour tourmenter les autres. Le futur souverain de l'Empire devrait-il gaspiller son énergie pour des farces aussi insignifiantes ? »

Il parlait comme on apaise un enfant.

D'ordinaire, j'aurais explosé d'indignation devant une telle présomption, mais sachant que j'avais dépassé les bornes le premier, je tins ma langue.

L'homme se leva lentement. Malgré l'impolitesse qu'il y avait à partir sans ma permission, ses mouvements coulaient avec une grâce naturelle.

« J'ai fait porter à la princesse des herbes médicinales apaisantes. En outre, j'ai l'intention de surveiller de près tout ce qui arrivera désormais sur votre table, boissons comme nourriture.

— Tu es en train de me dire de laisser passer ça ?

— Si Votre Altesse tient à établir la vérité sur cette affaire et à punir la Seconde princesse, je ne m'y opposerai pas. Toutefois, je souhaite m'abstenir d'y prendre part. »

Sa réponse indifférente me fit monter le rouge au visage. Barcas semblait décidé à réduire toute cette affaire à la farce malveillante d'une jeune fille jalouse.

Il avait raison : le prince héritier et l'héritier du grand-duc n'avaient rien à gagner à gaspiller leur énergie pour une affaire aussi insignifiante. Seule notre dignité en pâtirait.

Pourtant, je ressentais une vive résistance face à sa froideur. Ce n'était pas seulement son dédain insensible envers ma sœur. Je lui lançai un regard soupçonneux.

« Tu n'es pas... en train de la protéger, quand même ? »

L'homme, qui s'était retourné pour repartir par où il était venu, s'arrêta, puis me jeta par-dessus l'épaule un regard glacial.

À cet instant précis, une brise monta de la rive du lac et ébouriffa doucement ses cheveux d'un blond cendré. Pourtant, son expression resta parfaitement impassible. Un sourire tranchant comme une lame affûtée s'étira sur ses lèvres : la première expression à affleurer sur un visage qui portait l'immobilité comme un masque.

« Moi ? Mêlé à cette femme ? »

Barcas laissa échapper un petit rire grave, comme s'il venait d'entendre quelque chose d'amusant. Mais dans ses yeux bleus vacillait, avec une intensité indéniable, une fureur affûtée comme un rasoir.

Gareth resta un instant sans voix. Il savait que cet homme méprisait Talia Roem Guerta. Mais il n'avait jamais soupçonné qu'il nourrissait une animosité aussi véhémente.

N'était-ce pas cet homme que les prêtres avaient méticuleusement dépouillé de toute émotion, joie, tristesse, colère et plaisir confondus ? De fait, en plus de dix ans, Gareth ne l'avait jamais vu trahir le moindre sentiment.

Qu'avait-elle donc bien pu faire pour pousser cet homme au visage de pierre à montrer ainsi les dents ?

Gareth l'observa attentivement, les yeux brillants de curiosité.

À l'époque où il était le chevalier de garde de Talia Roem Guerta, on racontait que cet homme avait subi d'innombrables humiliations de sa part. Mais il ne lui était jamais venu à l'esprit que Barcas puisse être sensible à ce genre d'influence.

C'était une figure bien trop noble pour se laisser ébranler par l'hystérie d'une sotte. Gareth avait cru que Talia Roem Guerta n'était pour lui qu'une gêne lassante et contrariante, rien de plus. Mais il semblait qu'il en allait autrement.

Les yeux bleus de Barcas luisaient d'une froideur désolée, dénuée de chaleur, tandis qu'il parlait entre ses dents serrées.

« Je n'ai aucune envie d'être de nouveau mêlé à cette femme. »

Sur ce, comme s'il n'y avait plus rien à dire, il se détourna et repartit par où il était venu.

Gareth le regarda s'éloigner en silence, glissant comme un serpent d'eau à la surface du lac, et un sourire amer joua au coin de ses lèvres.

'Talia... quoi qu'elle ait fait, ça joue en ma faveur.'

L'homme qui devait devenir son puissant allié haïssait son ennemie ; leur alliance n'en serait que plus solide.

Gareth se leva, l'air satisfait.

Fin du chapitre 1
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