Ça ne peut pas être la réalité.
Quand on frôle la mort, on rêve de toutes sortes de choses.
Je fis de mon mieux pour calmer mon esprit et refermai les yeux.
'Quel rêve de rêve.'
Moi, fille de chaebol ? C'est tout simplement ridicule.
C'est le genre de chose qu'on n'imagine que quand les temps sont durs.
Quand on est fauchée et qu'on quémande partout, ou qu'on se bat avec son agence pour avoir le droit de faire des lives perso, ou même des petits boulots…
C'est le fantasme dont on rêve dans ces situations pourries.
Quand je rouvrirai les yeux, je serai sûrement allongée dans une chambre d'hôpital, dans mon vrai corps, toute cabossée.
Pas dans cette grande chambre luxueuse, mais dans une chambre ordinaire de six lits, ou peut-être en soins intensifs ? Peu importe, je retrouverai ma vraie réalité.
Mais est-ce vraiment un rêve ? Pourquoi est-ce que ça paraît si réel ?
Je fermai fort les yeux, puis les rouvris aussi lentement que possible.
Pourtant, ce qui apparut devant moi n'était pas la morne réalité, mais quelque chose d'un bleu éclatant.
« … Hmm. »
Quelque chose de translucide qui flottait dans les airs.
C'est peut-être parce que c'est tellement irréel que j'arrive à rester aussi calme ?
C'était typiquement le genre de situation où j'aurais dû m'évanouir, mais je lus le texte avec un calme assez remarquable.
Non, comme ce gros machin me bouchait complètement la vue alors que je pouvais à peine bouger à cause de la douleur, je n'aurais pas pu l'ignorer même en le voulant.
Puisque je n'y comprends rien, autant le lire attentivement pour l'instant.
Mon rêve.
Si le « moi » dont parle cette fenêtre de texte désigne Hong Yeo-eun et non Ryu Ji-ye, la réponse est simple.
Depuis dix ans, mon rêve n'a jamais été qu'une seule chose.
Remonter sur scène, et chanter de nouveau.
N'avais-je pas couru si longtemps dans ce seul but ?
Tandis que je mettais de l'ordre dans mes pensées, étape par étape, Ryu Jae-geum, sorti prendre un appel, revint dans la chambre avec un médecin et me désigna d'un geste.
« Ryu Ji-ye, j'ai dit à maman que tu t'étais réveillée. Elle passera plus tard, et elle demande s'il y a quelque chose que tu veux manger ? »
Je changeai vite d'expression et répondis du ton sec qu'aurait employé Ryu Ji-ye.
« Pas vraiment ? »
Ryu Jae-geum pencha aussitôt la tête.
« … Qu'est-ce qui te prend, franchement ? Tu dois être vraiment malade. Jamais Ryu Ji-ye ne laisserait passer une occasion pareille. »
C'est vrai. La vraie Ryu Ji-ye, dans une situation pareille, aurait dressé une liste de choses qu'elle voulait, et pas de nourriture.
Mais en ce moment, je ne suis pas Ryu Ji-ye.
Je me contentai de hausser les épaules devant Ryu Jae-geum, qui me regardait avec une réelle inquiétude, et laissai le personnel médical s'occuper de moi.
Le médecin me posa diverses questions, vérifia mon état et parla d'une voix extrêmement prudente.
« Eh bien… Que diriez-vous de rester hospitalisée quelque temps pour vous soigner ? »
Je le fixai.
C'était un médecin d'âge mûr, qui paraissait avoir au moins vingt ans de plus que Ryu Ji-ye, et pourtant il se montrait d'une déférence extrême.
Je me demandais pourquoi il hésitait autant quand son regard glissa vers le bas.
« Il vaudrait mieux que vous restiez à l'hôpital, pour que nous puissions répondre en permanence au moindre inconfort. Nous vous offrirons un confort maximal, alors rester hospitalisée serait… »
En y repensant, le médecin avait une bonne raison d'être si anxieux face à Ryu Ji-ye.
C'était quelqu'un qui veillait sur sa santé depuis qu'elle était petite.
Autrement dit, il supportait son caractère depuis au moins quinze ans.
Faisant partie de ceux qui s'étaient habitués au tempérament de Ryu Ji-ye, il savait aussi à quel point elle détestait être enfermée à l'hôpital, et à quel point ça l'exaspérait.
'Elle avait un caractère si épouvantable que ça…'
Je fixai le médecin traitant, qui semblait prêt à essuyer la mauvaise humeur de Ryu Ji-ye, puis hochai la tête.
« Je comprends. Alors je vais rester hospitalisée. »
« Je suis désolé, mademoiselle, … pardon ? »
« Quoi ? »
« Vous avez dit que vous compreniez ? »
J'acquiesçai devant le médecin qui me reposait la question, l'air surpris.
Pourquoi pas ? Je trouve ça très bien.
Ici, c'est l'hôpital Hongjin de Séoul, géré par la fondation du groupe Hongjin.
Je peux séjourner dans une chambre VIP digne d'un hôtel en tant que benjamine des petits-enfants du groupe Hongjin ?
De toute façon, mon état physique exige une hospitalisation, et je peux clairement bénéficier d'un traitement d'exception ; c'est parfait pour moi.
Mais le médecin traitant ne pouvait cacher son air désemparé.
Elle ? Elle accepte l'hospitalisation sans broncher ?
Je levai le menton avec assurance, imitant Ryu Ji-ye, face au médecin qui semblait toujours incrédule.
« Quoi ? »
« Oh, non ! Merci. Je ferai de mon mieux pour prendre soin de vous ! »
« Oh, docteur, qu'est-ce qu'il y a à la remercier ! Il y a d'autres choses dont on peut être reconnaissant, ne faites pas ça devant une gamine. Pourquoi vous vous inclinez autant devant elle ? Elle ne fait que causer des ennuis. »
« Oh, non ! Alors, je vous laisse vous reposer tranquillement ! »
Quelqu'un qui n'aurait jamais eu à baisser la tête nulle part s'inclinait profondément devant moi, bien plus jeune que lui.
Puis il disparut rapidement de la chambre.
'Je croyais que ce genre de choses n'arrivait que dans les dramas.'
C'est donc ça qui se passe dans ce monde connu d'eux seuls, dont je n'avais qu'entendu parler ?
C'est tellement irréel que je ne peux pas m'empêcher de rire. Sans cacher les rires creux qui m'échappaient sans arrêt, je m'efforçai de m'asseoir.
« Hé, hé ! »
Ryu Jae-geum se précipita pour me soutenir.
On dirait qu'il prend quand même pas mal soin de sa sœur.
Dans mes souvenirs, il avait toujours l'air de ronchonner et de regarder Ryu Ji-ye avec mépris.
Adossée à la tête de lit, je regardai tour à tour Ryu Jae-geum et la fenêtre de mission qui flottait à côté de lui.
S'il me suffit de le déclarer, c'est d'une facilité déconcertante. J'ai de la famille juste à côté de moi, je n'ai qu'à le dire.
Bon, du point de vue de Ryu Jae-geum, ce serait une déclaration soudaine, mais Ryu Ji-ye avait de toute façon un caractère qui changeait comme de la bouillie en ébullition, alors peu importe.
« Il y a une chose que je veux faire. »
Je le dis d'un ton détaché à Ryu Jae-geum.
« Quoi ? Comme ça, d'un coup ? »
Les yeux de Ryu Jae-geum s'écarquillèrent, puis il eut aussitôt un petit rire et répondit d'un ton sarcastique :
« C'est quoi, cette fois ? Me dis pas que tu veux arrêter les études ? Un tour du monde en jet privé ? Une nouvelle voiture ? Je te préviens d'avance, tout ce que tu veux finit d'habitude chez grand-père. »
« Écoute-moi, c'est tout. Cette fois, je suis sérieuse. »
Je le regardai d'un air grave, sans la moindre trace de rire.
Alors Ryu Jae-geum sembla enfin remarquer que Ryu Ji-ye n'était pas comme d'habitude, et s'assit sur la chaise avec une moue réticente.
« … Comment ça, sérieuse. Dis-le d'abord. »
Je pris une petite inspiration et dis :
« Je veux être chanteuse. »
« Arrête tes conneries. »
« … »
« Franchement, arrête tes conneries. »
Je m'y attendais, mais il était si catégorique que j'en restai sans voix.
J'hésitai un instant avant de reprendre :
« Je suis sérieuse. »
« Tu crois que n'importe qui peut devenir chanteur ? Ji-ye, il y a des choses dans ce monde que l'argent ne peut pas régler. Le talent naturel en fait partie. J'aimerais encore mieux que tu me dises que tu vas en boîte. Ça, au moins, je pourrais essayer d'en convaincre tes parents. »
Ah, laisse tomber, mec.
Je me détournai de Ryu Jae-geum et regardai la fenêtre de mission.
'Bref, je l'ai dit, non ?'
Que ça soit passé ou non, j'ai fait la déclaration ; ça devrait suffire, non ?
Alors, comme si elle lisait dans mes pensées, le texte devant moi changea dans un son joyeux.
Ding !
'Oui, évidemment.'
Ding !
