Je m'y attendais un peu, mais...
En ce moment, je suis la risée de la moitié de la classe.
Pendant que je m'exerçais au premier mouvement du [style Keiki], je ne pouvais pas m'empêcher de remarquer que certains de mes camarades me montraient ouvertement du doigt en se moquant de moi.
Allô ? Que vous disiez du mal de moi, ça me va, mais faites-le au moins dans mon dos, là où je ne peux ni vous entendre ni vous voir.
Tandis que je faisais de mon mieux pour me concentrer en ignorant les regards moqueurs, je ne pus m'empêcher de remarquer un grand homme aux cheveux blond cendré debout à côté de Donna.
Aussitôt, une sueur froide me coula dans le dos.
'Gilbert von Dexteroi.'
L'un des premiers antagonistes que rencontre le protagoniste.
Son père, « le Dieu de la Foudre, Maximus von Dexteroi », était l'un des rares guerriers de rang SS du territoire humain et occupait actuellement la troisième place du classement des Héros. De plus, il était l'un des sept dirigeants de l'Union !
Avec de telles origines, Gilbert pouvait faire à peu près tout ce qu'il voulait.
On le voyait déjà au fait qu'il était parvenu à devenir tuteur adjoint à l'académie au jeune âge de 22 ans.
Mais ce qui distinguait surtout Gilbert, ce n'étaient pas les origines de son père. Non, même si elles étaient effectivement terrifiantes, ce n'était pas à cela que les gens prêtaient attention en le côtoyant. Ce qui le distinguait, c'était qu'il était un suprémaciste du sang.
Il croyait que seuls ceux qui possédaient une lignée particulière avaient le droit de se tenir au sommet.
Pour lui, Kevin était une plaie.
Les parents de Kevin n'étaient que des gens ordinaires, avec tout au plus un talent de rang D.
Après leur mort, tués par un démon, il avait été envoyé dans un orphelinat où il avait vécu 5 ans.
Puis il avait disparu, pour réapparaître en prodige dont le talent aurait fait saliver n'importe quelle guilde.
Comment Gilbert aurait-il pu laisser Kevin, avec son sang impur, voler la vedette ?
Il était fermement convaincu que seuls ceux qui héritaient d'une lignée puissante étaient destinés à atteindre le sommet.
Il voyait le monde à la manière d'un aristocrate.
Il était persuadé que les roturiers n'avaient pas leur place en ce monde, et que seuls les nobles pouvaient le gouverner.
Alors, dès qu'il avait entendu parler de Kevin, son premier réflexe avait été de vouloir extirper ce cancer qui se cachait au sein de l'académie.
En réalité, Gilbert n'avait pas toujours été ainsi.
Mais chaque fois qu'il regardait Kevin, des sentiments profondément enfouis, qu'il essayait d'oublier, refaisaient surface dans son esprit, et il se mettait à le mépriser de toutes ses forces.
En vérité, sa haine venait d'un traumatisme qu'il avait vécu par le passé.
À son arrivée à la Lock, il était sûr de lui, gentil et bien élevé.
Mais un jour, un élève transféré était arrivé dans la classe.
Contrairement à Gilbert, fils du Dieu de la Foudre Maximus, ce n'était qu'un élève ordinaire, sans origines notables.
Au début, Gilbert n'y avait pas trop prêté attention, mais peu à peu, l'élève transféré avait grimpé dans le classement.
Surpris, Gilbert s'était mis à lui prêter de plus en plus d'attention.
En voyant sa progression stupéfiante, il avait été extrêmement enthousiaste.
'Enfin quelqu'un digne de rivaliser avec moi.'
Voilà ce qu'il pensait, tout en s'entraînant et en étudiant plus qu'avant.
Peu à peu, les deux s'étaient mis à rivaliser dans presque toutes les matières, et une amitié avait lentement éclos entre eux.
Au début, Gilbert sortait toujours vainqueur, mais avec le temps, l'écart s'était réduit de plus en plus, jusqu'à ce que l'élève transféré se mette à remporter toutes leurs compétitions.
Choqué par ses progrès, Gilbert avait étudié et s'était entraîné encore plus dur.
Mais...
Les résultats restaient les mêmes.
L'écart ne cessait de se creuser, et une graine d'infériorité s'était plantée dans son cœur.
'Comment moi, le fils du Dieu de la Foudre, je peux perdre contre lui, qui n'a rien depuis sa naissance ?'
Chaque jour, il se posait la même question, tout en faisant de son mieux pour combler l'écart.
Au début, il voulait obtenir de meilleurs résultats que lui ; plus tard, il voulait seulement ne pas être trop loin derrière.
Les attentes de Gilbert envers lui-même avaient commencé à baisser, encore et encore.
Pendant tout ce temps, il avait gardé ses sentiments enfouis en lui, et était resté l'ami de l'élève transféré.
Puis un jour, lors d'une sortie, un démon de haut rang les avait attaqués.
Tout le monde avait fui pour sauver sa peau, Gilbert compris.
Dans le chaos, personne n'avait remarqué qu'une personne était restée en arrière.
L'élève transféré.
Sans hésiter, il avait choisi d'affronter le démon pour faire gagner le plus de temps possible à ses camarades.
En fuyant, Gilbert avait vite remarqué l'absence de son ami.
Quand il s'était retourné, il n'avait vu que son ami qui repoussait désespérément le démon.
Sans hésiter, il avait voulu l'aider, mais un professeur l'avait retenu et forcé à abandonner son meilleur ami et rival.
Quand les renforts étaient arrivés, il était déjà trop tard.
Son meilleur ami et rival était mort en protégeant tout le monde.
En apprenant la nouvelle, la première chose qu'il avait ressentie était du soulagement.
Mais très vite, en prenant conscience de ce qu'il ressentait devant la mort de son ami, il avait été submergé par un profond regret et une grande angoisse.
Comment pouvait-il ressentir du soulagement alors que son meilleur ami était mort en le sauvant, lui et toute la classe ?
Même s'il s'était senti inférieur à lui, il était comme un frère. Il l'admirait. Il le chérissait profondément. C'était le premier véritable ami qu'il s'était jamais fait.
Il s'était enfermé dans sa chambre pendant un mois.
Il mangeait de moins en moins et refusait toujours de sortir.
La situation était devenue si grave que son père avait dû accourir auprès de son fils.
'Tout dépend du destin. Peu importe le talent qu'on a, seuls les élus continuent de vivre.'
Telles étaient les paroles que son père lui avait froidement adressées en le sermonnant.
Tandis que les mots de son père résonnaient dans ses oreilles, Gilbert avait peu à peu repensé à son passé.
Son ami était bien plus talentueux que lui.
Mais au bout du compte, celui qui avait survécu, c'était lui.
Au bout du compte, le vainqueur était celui qui restait en vie.
Peu à peu, des idées étranges et tordues avaient commencé à germer dans son esprit, comme une graine qui pousse.
'Peu importe le talent qu'on a, si on n'est pas destiné à la grandeur, on n'atteindra jamais le sommet.'
'C'est ça. Et alors, s'il avait du talent ? C'est moi qui suis resté en vie, au bout du compte.'
'Tu ne peux t'en prendre qu'à ta naissance misérable pour ta mort. Toi qui n'es pas né élu, tu ne pouvais pas espérer atteindre le sommet.'
Bientôt, ses pensées s'étaient tordues de plus en plus, jusqu'à ce qu'il devienne un suprémaciste du sang.
On aurait pu croire qu'il cherchait à se bercer d'illusions pour fuir la réalité, mais en vérité, tout avait été planifié à l'avance par les démons.
Son soi-disant « meilleur ami » était en réalité une taupe placée là par les démons.
Tout, jusque-là, avait été une machination soigneusement ourdie par les démons, qui cherchaient à faire de Gilbert leur pion.
Ils avaient d'abord infiltré ses émotions par l'intermédiaire de son « meilleur ami ».
Une fois ce « meilleur ami » mort dans un tragique accident et les émotions de Gilbert devenues instables, les démons comptaient lui faire absorber une graine démoniaque, qui rongeait l'esprit d'une personne et en faisait une marionnette.
Tel était leur plan, mais malheureusement pour eux, leur machination avait été démasquée par le père de Gilbert, qui avait réduit à néant des années de préparatifs.
Mais... le mal était fait, car depuis, Gilbert était devenu un suprémaciste du sang.
En le regardant de loin, je ne pouvais m'empêcher d'avoir pitié de lui.
Mais ça ne veut pas dire que j'ai envie de lui parler.
Certainement pas !
C'est sans doute la personne que je crains le plus à la Lock.
Si je le crains, ce n'est pas parce que c'est une sorte de boss secret surpuissant.
Non.
Au mieux, c'est un boss de niveau moyen : il n'est même pas si fort que ça.
Ce qui est vraiment effrayant chez lui, c'est que c'est un méchant en chaîne !
Un méchant en chaîne, qu'est-ce que c'est ?
Les méchants en chaîne sont sans doute les méchants les plus effrayants qu'on puisse créer.
Ce sont ces méchants qui n'apportent que plus d'ennuis à mesure qu'on les bat.
Prenons un exemple.
Prenons un roman chinois de cultivation.
Imaginez qu'un type essaie de vous détrousser, et que vous le tuiez.
C'est fini, non ?
Non !
Il s'avère que c'est un disciple de bas niveau d'une secte prestigieuse.
Son frère aîné, furieux de sa mort, vous traque.
Que faites-vous ?
Vous le battez.
Et ensuite ?
Le frère aîné du frère aîné vous traque à son tour !
Et ainsi de suite, jusqu'à ce que la situation devienne si grave qu'un ancien vient vous chercher.
Bientôt, vous affrontez l'ancien et, faute d'autre choix, vous le battez.
Et ainsi de suite jusqu'à ce que, pour finir, vous tuiez le chef de la secte et anéantissiez la secte tout entière.
Au bout du compte, parce que vous avez tué un inconnu qui voulait vous faire du mal, vous vous retrouvez à combattre une secte entière !
Voilà ce qu'est un méchant en chaîne !
Le plus redoutable de tous les méchants de roman.
Et c'est exactement ce qu'était Gilbert.
Et ce qui le rend particulièrement redoutable, c'est que la secte prestigieuse dont on parle, c'est l'Union.
La foutue Union !
Vous voulez vous battre contre eux ? La plus puissante organisation du territoire humain ?
Je vous en prie, mais sans moi.
Je ne suis pas suicidaire.
Dans le roman, Gilbert commence par se servir de larbins pour tourmenter le protagoniste. Quand ça ne marche pas, il essaie d'autres méthodes. Comme engager des assassins, ou recourir au poison.
Peu à peu, Kevin se retrouve à affronter Gilbert, et dès qu'il le bat, il se retrouve plongé dans un océan d'ennuis, car les proches de Gilbert qui travaillent à l'Union se mettent eux aussi à le prendre pour cible.
Peu à peu, Kevin se retrouve à combattre des membres de plus en plus haut placés de l'Union, jusqu'à devoir affronter d'égal à égal le Dieu de la Foudre Maximus.
À un moment, la situation devient si grave qu'il doit quitter le territoire humain pour gagner en force et prendre sa revanche.
Secouant la tête, je m'éloigne lentement de Gilbert.
Au final, je passai 2 heures à répéter le même mouvement, encore et encore.
« Votre attention, s'il vous plaît ! Je vous ai observés, chacun d'entre vous, aujourd'hui. La plupart d'entre vous m'ont satisfaite, mais bien sûr, pas tous : certains ont gaspillé leur temps précieux à s'amuser, ou se sont contentés de frapper au hasard sans but. J'attends mieux la prochaine fois. »
Donna prononça ces mots en me jetant un bref coup d'œil.
Et c'est ainsi que se termina la première séance d'entraînement.
***
« Hé, tu m'apprends tes mouvements ? »
« Je ne comprends pas. Pourquoi tu répètes sans arrêt la même chose ? Tu cherches à attirer l'attention, ou quoi ? »
Sur le chemin du dortoir, un groupe de garçons vint m'importuner en engageant la conversation.
Je continuai de les ignorer, mais cela ne fit apparemment qu'attiser leur intérêt.
Ce n'est qu'après cinq bonnes minutes d'indifférence qu'ils me laissèrent tranquille. En fait, s'ils s'arrêtèrent, c'est surtout parce que les personnages principaux venaient de passer.
Kevin, Jin, Amanda, Emma et Melissa.
Si Jin n'avait pas été en train de percer l'arrière du crâne de Kevin du regard, la scène aurait pu sortir tout droit d'un tableau.
Deux garçons incroyablement beaux marchant aux côtés de trois beautés renversantes, souriant et bavardant ensemble.
Même moi, je ne m'attendais pas à ce qu'ils soient aussi beaux.
Sur leur passage, tous les regards se tournaient vers eux, et les gens s'écartaient pour les laisser passer.
Comme je ne voulais pas me faire remarquer, j'imitai tout le monde et me rangeai sur le côté.
Dès qu'ils furent partis, le couloir retrouva son animation habituelle, et j'arrivai devant ma chambre.
Clic !
Je passai ma carte, et la porte s'ouvrit automatiquement.
J'enlevai mes chaussures, pris une douche rapide et me mis au lit.
Je n'avais pas dormi depuis 24 heures et j'étais complètement épuisé.
À peine mon corps eut-il touché le lit que je sombrai.
***
« Hé, hé, vous avez vu comme tout le monde s'écartait pour nous ? On aurait dit le passage d'une grosse pointure. »
lança gaiement Emma en regardant les gens devant elle.
Kevin hocha la tête en souriant.
« Oui, j'ai vu. Je ne m'attendais vraiment pas à ce que les gens fassent ça. »
Jin regarda Kevin avec un rictus.
« Hmph, évidemment que tu ne t'y attendais pas. S'ils se sont écartés, c'est uniquement parce que j'étais là. »
En entendant la réponse de Jin, Melissa secoua la tête et s'écarta de deux pas.
Elle détestait fréquenter les imbéciles.
Amanda, elle, avait l'habitude du comportement de Jin, si bien qu'elle ne réagit pas. Comme ils venaient respectivement de la première et de la deuxième guilde, ils s'étaient côtoyés à de nombreuses reprises, d'où son habitude.
En fait, plutôt que de ne pas réagir, elle s'en moquait.
Et Emma ?
Elle trouvait sa réponse drôle et s'efforçait de retenir son rire.
Avec un sourire contraint, Kevin essaya de changer de sujet.
« Au fait, vous avez remarqué le gars au milieu qui s'entraînait au katana ? »
« ... Au katana ? Ah, ce type bizarre qui dégainait et rengainait son katana sans arrêt ? »
Aussitôt, Emma se porta à côté de Kevin et se mit à parler avec animation.
Tout comme Amanda, Emma n'était pas devenue une jeune héritière arrogante à la manière de Jin. Elle était plutôt autoritaire, mais la plupart du temps, elle était joyeuse et adorait la compétition.
Aussi, chaque fois qu'elle voyait Kevin, son esprit de compétition s'enflammait et la poussait à lui parler davantage.
« Euh, oui, lui... »
Décontenancé par l'enthousiasme d'Emma, Kevin hocha la tête, gêné.
« Comment il s'appelait, déjà ? »
Emma inclina la tête et regarda autour d'elle.
Amanda lisait son livre et ne répondit pas, tandis que Melissa semblait s'en moquer.
Kevin ne connaissait pas son nom non plus, alors il haussa les épaules, impuissant.
« Oublie ce raté, et allons à la cantine. Je meurs de faim. »
dit Jin en pressant le pas.
« Hé, attends-moi ! »
cria Emma en courant pour le rattraper.
Secouant la tête, impuissant, Kevin pressa lui aussi le pas en direction de la cantine.
S'il avait posé la question sur le garçon au katana, c'était uniquement parce que son instinct lui disait qu'il n'était pas aussi simple qu'il en avait l'air.
« Laisse tomber, je me fais sûrement des idées. »
C'est ainsi que Ren parvint à éviter une situation fâcheuse où il aurait attiré l'attention du protagoniste.
