En principe, une demoiselle de la noblesse ne se déplace jamais seule.
Pour une fille de duc, à plus forte raison, sortir en ville sans dame de compagnie ni garde du corps est tout simplement impensable.
Pourtant, cette fois-ci, il me serait bien embarrassant que Mary m'accompagne.
En un sens, c'est peut-être une chance que mon garde du corps soit quelqu'un qui ne jure que par l'argent.
C'est ce que je me dis tandis que, descendue de la voiture, je m'avance dans les ruelles de la ville en compagnie de mon garde.
J'ai réussi, tant bien que mal, à embobiner Mary, et me voici seule avec lui.
Le garde du corps d'Elena est, en réalité, une cible de conquête cachée.
Avec ses cheveux noirs et ses yeux noirs, il a tout à fait le physique qui plaît au public japonais, et puisqu'il s'agit d'une cible de conquête, il va de soi qu'il a un beau visage.
Mais sa route de conquête ne se débloque qu'après avoir conquis les autres cibles.
Pour l'instant, je ne cours donc aucun risque, mais...
La vie ne se joue qu'une fois. Si sa route ne s'ouvre qu'après avoir conquis toutes les autres cibles, autant dire qu'elle n'existe pas, non ?
Voilà ce que j'en pense.
C'est un système qui ne tient debout que parce qu'il s'agit d'un jeu.
Comme les autres, mon garde du corps, Douglas, traîne un passé douloureux.
C'est pour cela qu'il pense que tout est une affaire d'argent.
Et s'il peut servir de garde du corps à une fille de duc, c'est tout simplement parce qu'il est très doué pour protéger les gens.
Les parents d'Elena ont pris toutes les précautions pour assurer sa sécurité physique.
Physique, et rien de plus, bien entendu.
Ça se comprend.
Elle est la future épouse du prince héritier, après tout.
S'il arrivait quoi que ce soit à Elena et qu'elle perdait sa place de future princesse, ses parents seraient fous de rage.
Une rage qui retomberait d'ailleurs sur Elena elle-même.
Quelle injustice.
Elena remplit pourtant à la perfection le rôle de fille que ses parents attendent d'elle.
Et malgré cela, si le prince héritier rompt un jour leurs fiançailles, ses parents l'abandonneront.
Une jeune fille seule, sans le moindre pouvoir.
Ce sont des déchets humains, l'un comme l'autre.
Tout en ronchonnant intérieurement, je poursuis mon chemin, et la boutique que je cherche apparaît bientôt.
En façade, un simple café ; en coulisse, une boutique de la guilde de l'information, qui fait commerce de renseignements.
L'air de rien, j'en ouvre la porte.
Ah.
C'est Douglas qui l'ouvre, en fait.
Une demoiselle de la noblesse n'ouvre même pas les portes elle-même, après tout.
