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Chapitre 46

Chapitre 45 — Promu onmyōji de rang A

8 octobre 2026 ~10 min · 1 896 mots

« Ce shikigami vaisseau fantôme est imprégné d'énergie divine. »

Celle qui fit cette remarque était la très auguste personne, venue établir le classement de Kazuki.

La très auguste personne était une femme aux cheveux noirs relevés, vêtue d'un kimono à motifs floraux éclatants ; les autres onmyōji de rang A l'appelaient « Princesse ».

Elle paraissait plus âgée que Kazuki, mais, en voyant large, elle n'atteignait pas la fin de la vingtaine. Son âge réel, en revanche, restait inconnu.

Car parmi ceux qui l'appelaient « Princesse » figurait le numéro 3 des rangs A, un renard du ki.

Un renard du ki est un renard de plus de cinq cents ans qui s'exerce aux arts des immortels. Un renard du ki vénérable de plus de cinq siècles n'aurait jamais appelé « Princesse » une simple humaine.

Kazuki était donc à peu près certain que la très auguste personne n'était pas humaine.

« La nourriture qu'il produit devient une offrande consacrée aux dieux, puis elle revient sous forme de naorai, le repas partagé avec les dieux. C'est pourquoi elle est imprégnée d'énergie divine, et qu'en manger augmente, très légèrement, la puissance occulte. »

Ayant identifié l'énergie divine, la très auguste personne mangea elle-même, pour l'exemple, le cheesecake cru servi par un marin fantôme.

« Il est plutôt bon, il me semble. »

À ces mots, les onmyōji de rang A se mirent à manger leur cheesecake.

Ils ne devaient guère se soucier, à ce stade, d'un infime gain de puissance occulte, et ils mangeaient sans doute de bonnes choses au quotidien. Mais, soit par égard pour la très auguste personne, soit parce que c'était vraiment bon, aucun n'eut l'air mécontent.

« Je vais en reprendre. Trois assiettes, disons. »

Uga, le numéro 2 des rangs A, réclama sans complexe à Kazuki.

En réalité, elle avait apparemment beaucoup aimé.

Uga passait, aux yeux du public, pour la fille, ou la petite-fille, d'un dieu serpent. Elle était fine, mais elle aimait visiblement les desserts.

« Servez-la tout de suite. »

Quand Kazuki donna l'ordre au marin fantôme qui faisait le service, celui-ci acquiesça et partit vers la cuisine.

Le PL200 avait viré de bord et rentrait au port ; seules neuf personnes se trouvaient dans le premier carré : la très auguste personne, les six onmyōji de rang A, le directeur de l'Agence de l'onmyō et Kazuki.

Une fois les étrangers à l'affaire écartés, la très auguste personne finit par livrer son évaluation.

« Le rang A est acquis ; sa puissance occulte est élevée, mais son corps est celui d'un humain ordinaire. »

Ayant fini son cheesecake, la très auguste personne parut réfléchir un moment.

Puis elle compara Kazuki avec Yoshiichirō, numéro 4, le président de l'Association, numéro 5, et Hanasaki, numéro 6.

Ceux sur qui son regard se posa comprirent qu'elle comparait leur force à celle de Kazuki. Autrement dit, la force de Kazuki pouvait les égaler, voire les dépasser.

Yoshiichirō, le numéro 4, était évalué rang A moyen ; Hanasaki, le numéro 6, rang A inférieur.

Le cas de Kazuki n'était apparemment pas simple à évaluer, et la très auguste personne prit son temps pour comparer.

Même si les onmyōji de rang A l'avaient évalué eux-mêmes, Kazuki se serait situé entre le rang A moyen et le rang A inférieur.

Son shikigami, le PL200, possédait une puissance démoniaque de rang A moyen, et une puissance de feu, une précision, des capacités de détection et une vitesse à l'avenant.

Les onmyōji de rang A considéraient donc que Kazuki valait « un rang A moyen sur l'eau ».

Et la force de Kazuki ne se limitait pas au PL200.

Il avait d'autres shikigami, et pouvait apporter son soutien en lâchant notamment des shikigami-pigeons. Dans les monts Shirakami, cela avait même été décisif pour abattre une jorōgumo de rang A.

Comme il pouvait se battre honorablement sur terre aussi, on pouvait le considérer comme « un rang A inférieur sur terre ».

Si Kazuki avait été un yōkai, l'évaluation se serait arrêtée à « rang A moyen sur l'eau ».

Mais Kazuki était un onmyōji, qui devait exorciser des yōkai.

« Le classer rang A moyen, et qu'il ne puisse pas se montrer à la hauteur d'un rang A moyen sur terre, ce serait ennuyeux. »

Voilà pourquoi son classement n'était pas chose aisée.

Ayant contribué à abattre une jorōgumo de rang A, il n'était pas inutile, loin de là. Les shikigami-pigeons pouvaient voler et attaquer au sol : sur terre comme dans les airs, on pouvait attendre de lui des prestations équivalentes à un rang A inférieur.

Mais son soutien passait par les shikigami qu'il lâchait, et au corps à corps, il était d'une fragilité extrême.

Que la très auguste personne hésite à classer un Kazuki aussi déséquilibré n'avait rien d'étonnant.

'Ce n'est pas moi qui demande à être classé rang A moyen, cela dit.'

Kazuki lui-même ne réclamait pas une évaluation au-dessus de ses moyens.

Ce qu'il voulait, cette fois, c'était que le gouvernement reconnaisse officiellement qu'il commandait le patrouilleur fantôme.

Le patrouilleur fantôme offrait un cadre où quarante-deux personnes pouvaient vivre des mois durant.

Plusieurs carrés servant aussi de salles de réunion et de réfectoires, une cuisine capable de nourrir tout l'équipage, une office, une salle de repos, des dortoirs, une infirmerie où l'on pouvait même opérer, des cabines individuelles, des salles de bains, des vestiaires, des toilettes, une salle de préparation aux secours, un local à équipement… Les pièces qui ne servaient pas à la conduite du navire étaient nombreuses.

À fond de cale, quatre groupes électrogènes répartis dans des compartiments séparés alimentaient tout le navire en électricité : on pouvait y utiliser des appareils électriques. Il était équipé d'une cuisine professionnelle, de télévisions, de réfrigérateurs, de lave-linge, de sèche-linge et du reste.

À l'intérieur, il était peut-être mieux équipé qu'un hôtel de trente étages.

Coût de construction : environ quatorze milliards quatre cents millions de yens par navire.

Ce que Kazuki attendait d'un tel navire, c'était qu'il serve de refuge.

« Et si le monde tombait aux mains des zombies ? »

Kazuki, qui allait bientôt entrer au lycée, avait déjà eu ce genre de lubie.

Si le monde des humains tombait aux mains des zombies, où chacun fuirait-il ?

Dans un centre commercial ou un magasin de bricolage, où les provisions abondent et où l'on ne manque de rien.

Dans les étages élevés d'une tour d'habitation, où les zombies ne peuvent pas monter.

Dans un lycée privé, vaste, au portail solide, où un groupe peut se retrancher.

Dans une région de montagne, avec des rivières, des puits, et des champs et des rizières à perte de vue pour se nourrir.

Tous ces paradis finissaient par s'effondrer quand d'autres y arrivaient.

Si on pouvait y parvenir par voie de terre, quelqu'un finirait forcément par y parvenir.

Quelqu'un mordu par un zombie arrivait, et tout s'effondrait directement. Ou bien éclataient des luttes pour le pouvoir ou pour le partage des ressources, et tout s'effondrait de l'intérieur.

Aux États-Unis, en guise de parade, les abris antiatomiques inviolables de l'extérieur avaient eu la cote.

Mais au Japon, on n'obtenait pas de permis de construire pour ce genre d'installation.

Comment, alors, survivre au Japon ? La réponse s'était présentée sous les yeux de Kazuki : le patrouilleur fantôme.

'Le patrouilleur fantôme a même tout son équipement à bord.'

Quand le patrouilleur fantôme se matérialisait, les objets qu'il contenait se matérialisaient aussi grâce à la puissance occulte.

Du moment que Kazuki avait de la puissance occulte, vivres, carburant, munitions et consommables du bord pouvaient être réapprovisionnés. La nourriture devenait apparemment une offrande consacrée aux dieux, mais elle se mangeait tout à fait normalement.

Avec un patrouilleur fantôme qui se remettait en état en échange de puissance occulte, on pouvait rester longtemps en mer. Autrement dit, on n'avait pas besoin de se ravitailler sur une terre ferme envahie par les zombies.

Ni zombies, ni bandes armées pour s'introduire à bord.

Et quand on aurait éliminé les zombies à terre, on débarquerait de nouveau ; s'ils continuaient à pulluler, on installerait une base sur une petite île dotée des infrastructures nécessaires.

Parfait pour un tel plan de survie, le patrouilleur fantôme était irrésistible aux yeux de Kazuki.

'Je ne pense pas qu'il y ait de grandes chances qu'un virus zombie se répande dans le monde, mais je le voulais vraiment. Je ne regrette absolument rien.'

Commander le patrouilleur fantôme, c'était pour Kazuki une satisfaction personnelle, un rêve d'homme.

Pour Kazuki, qui avait soumis le PL200 pour des raisons que personne n'aurait pu imaginer, le classement d'onmyōji de rang A qu'il lui valait passait au second plan.

Sans soupçonner le moins du monde de telles pensées, la très auguste personne, après avoir hésité, rendit son verdict.

« Kamo sera rang A moyen, numéro 6. Hanasaki passe numéro 7. Si les deux se battaient sur terre, Hanasaki gagnerait, pour l'instant, mais face aux yōkai, c'est Kamo. Sa puissance occulte est grande : ses shikigami vont encore gagner en force ou en nombre, alors autant le classer moyen dès le départ. »

Quand la très auguste personne eut rendu son avis, le président de l'Association des onmyōji, numéro 5 des rangs A, acquiesça respectueusement.

« Bien. Je notifierai la reconnaissance de l'onmyōji Kamo au rang A, et sa place de numéro 6. »

Prenant conscience qu'il était apparemment devenu le numéro 6 des rangs A, Kazuki comprit aussi qu'au moment même de sa promotion, l'onmyōji de rang A qui était numéro 8 prenait sa retraite.

Se réjouir ouvertement aussi bien que refuser blesserait la dignité de l'autre.

Alors que Kazuki prenait un air grave, l'ancien numéro 8 s'inclina devant la très auguste personne et la remercia.

« Je vous suis infiniment reconnaissant de l'honneur, bien au-dessus de mes mérites, que vous m'avez fait jusqu'ici. À compter de ce jour, je souhaiterais céder ma place à la génération suivante et mettre fin à mes fonctions. »

« Oui, vous avez été utile, vous aussi. Merci pour tout. »

« C'est un très grand honneur. »

L'échange entre la très auguste personne et l'ancien numéro 8 s'arrêta là.

Une fois rentré au port, Kazuki reçut du président de l'Association des explications sur le travail d'un rang A.

La promotion au rang A d'onmyōji ne donnait lieu à aucune annonce tapageuse, conférence de presse ou autre.

L'examen d'État, lui, était retransmis exprès, afin de montrer que seuls ceux capables de confectionner des talismans d'une efficacité suffisante étaient reçus.

Mais les onmyōji sont des armes contre les yōkai. Il n'y avait aucune raison de dévoiler son jeu en conférence de presse.

Fort heureusement, l'Association des onmyōji n'était pas une administration publique ; elle ne recevait pas d'argent du contribuable et s'autofinançait. Elle n'avait donc aucune obligation de rendre publics ses critères de promotion.

Si des journalistes sollicitaient Kazuki, il lui suffirait de répondre « Adressez-vous à l'Association », puis de laisser faire la police. Les médias qui insisteraient seraient interdits de reportage auprès de l'Association.

« Les membres permanents du conseil de la direction centrale sont uniquement les vrais rangs A. Un conseil permanent extraordinaire vient de se tenir, et votre promotion a ainsi été officiellement arrêtée. Les conseils permanents ordinaires ont lieu chaque année en mai et en novembre. En cas d'absence, envoyez une procuration. »

C'est ainsi que Kazuki fut promu onmyōji de rang A.

Fin du chapitre 46
Fiche de l'œuvre

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