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Chapitre 1

Chapitre 1 — Réincarnation

26 septembre 2026 ~6 min · 1 142 mots

Cet été-là, mon père mourut.

Né paysan, il s'était hissé par sa seule bravoure jusqu'à la noblesse, certes au plus bas rang, et sa vie s'acheva au bout de trente-neuf courtes années.

Mon père souffrait depuis longtemps de la maladie.

Lui qui avait un corps robuste s'était peu à peu décharné au point de devenir méconnaissable, et il finit par rendre son dernier souffle comme on s'endort.

Lui qui avait tant souffert avait le visage apaisé au moment de mourir.

Il paraît qu'avant la mort, la souffrance s'efface.

Le jour des funérailles, la dépouille de mon père fut incinérée.

Il existait dans l'Empire de Summerforth des régions où la crémation était interdite, mais par ici, c'était la coutume la plus répandue.

En regardant le feu crépiter et la fumée monter, je pris enfin la mesure de la mort de mon père.

Pour une certaine raison, je ne l'avais jamais considéré, du fond du cœur, comme mon père.

Mais il n'en restait pas moins, sans aucun doute, l'homme en qui j'avais le plus confiance et que je respectais le plus en ce monde.

Les larmes me montaient aux yeux, mais je les retins de toutes mes forces.

Je ne devais pas pleurer.

Vu ce que j'avais à accomplir désormais, je ne devais surtout pas pleurer ici.

Une fois les funérailles terminées, je réunis ceux qui avaient servi sous les ordres de mon père.

Vêtu d'habits de belle facture, veillant à paraître autant que possible un homme fait, je me présentai devant eux.

Puis, bombant fièrement le torse, je déclarai :

« À compter de ce jour, moi, Ars Louvent, je succède à mon père Raven et deviens le chef de la maison Louvent ! »

Cela se passait la douzième année après que je fus mort une première fois au Japon et que je me fus réincarné dans ce monde.

***

Ce jour-là, la mort m'était tombée dessus de façon terriblement banale.

J'étais un homme qui avait mené trente-cinq ans d'une vie parfaitement ordinaire, dans un pays appelé le Japon.

Né dans une famille tout ce qu'il y a de plus normale, j'étais allé à l'école primaire, au collège, au lycée, à l'université, j'étais entré dans une entreprise correcte, avec un salaire annuel tout aussi ordinaire de quatre millions et demi de yens.

La seule chose qui sortait de l'ordinaire, c'est que je n'étais pas marié ; mais à l'heure où la natalité s'effondre, cela pouvait sans doute passer pour normal aussi.

… Bon, n'avoir jamais vraiment eu de petite amie, ce n'était peut-être pas si normal.

Je trouvais mon visage ordinaire, alors c'était peut-être mon caractère qui posait problème.

« Tu manques d'initiative » : on me l'avait répété de tous côtés. On m'avait aussi dit que j'étais toujours dans la lune.

Ce n'était pas faux. Il est vrai que, sauf pour ce que j'aimais sincèrement, je n'étais pas du genre à me passionner ou à prendre les devants.

Si je n'avais jamais eu de petite amie, c'était peut-être parce que je n'étais encore jamais tombé sincèrement amoureux d'une femme.

Bref, ce jour-là était un lundi.

Comme j'étais en congé jusqu'à la veille, j'avais le moral dans les chaussettes, mais il fallait aller travailler.

Ma sacoche préférée dans la main droite, je tournai la poignée de la main gauche, ouvris la porte et sortis.

Au moment où je sortais ma clé pour fermer à double tour…

Boum !!

« !!? »

Une douleur hors du commun m'assaillit la poitrine.

Mes mains se mirent à trembler violemment, et je lâchai clé et sacoche par terre. Puis je me pris la poitrine à deux mains.

La douleur était telle que je ne pouvais plus respirer, plus tenir debout. Je m'effondrai au sol.

Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce qui m'arrive ?

La douleur m'empêchait de réfléchir normalement. Je ne pouvais plus penser à rien.

Puis ma vue s'obscurcit, et ma conscience s'éloigna.

Sans rien comprendre à ce qui se passait, dans une souffrance effroyable, ma conscience sombra dans les ténèbres.

***

À mon réveil, la première chose que je vis fut un visage de femme.

Je ne comprenais absolument rien à la situation.

Reprenons depuis le début.

D'abord, je m'apprêtais à partir au travail, comme d'habitude.

Ensuite, en sortant de chez moi, au moment de fermer à clé, une violente douleur à la poitrine m'avait assailli.

Et quand j'avais repris mes esprits, un visage de femme se trouvait devant moi.

Un visage un peu rond, plein de charme.

Pas une Japonaise. Une femme blanche.

Si je m'étais effondré à cause de ma douleur à la poitrine, j'étais à l'hôpital ?

Pourtant, elle ne portait pas de tenue d'infirmière.

Ce n'était pas non plus une connaissance. Je n'avais aucune amie blanche.

D'ailleurs, son expression était douce, comme celle d'une maîtresse qui câline son chien.

Ce n'était sûrement pas l'expression qu'on réserve à quelqu'un qui s'est effondré et qu'on a transporté à l'hôpital.

La femme ouvrit la bouche et me dit quelque chose.

Je ne comprenais absolument rien.

Une langue étrangère, mais que je n'avais vraiment jamais entendue.

Sans les parler, je savais au moins reconnaître à l'oreille les grandes langues.

Elle devait venir d'un petit pays.

J'essayai à mon tour de remuer les lèvres. Elles bougeaient, mais aucun mot ne sortait.

Je n'arrivais visiblement à prononcer que des « aaah » et des « euuh ».

J'essayai de bouger, mais mon corps ne m'obéissait pas vraiment.

Il remuait, apparemment, mais bon.

Hm ?

C'est alors que ma main entra dans mon champ de vision.

Petite. Incroyablement petite.

Une vraie main de bébé.

Ma tête se remplit de points d'interrogation.

La conclusion à laquelle j'étais laborieusement parvenu, que j'avais mal vu, vola en éclats quand je regardai de nouveau ma main. Elle était toujours aussi petite.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

C'est une blague ?

Ou alors…

Je suis mort à ce moment-là et j'ai été réincarné, dans le cycle des renaissances ?

Le cycle des renaissances est l'une des idées du bouddhisme : l'âme du défunt part dans l'au-delà, puis renaît en ce monde encore et encore.

Le Bouddha, fondateur du bouddhisme, enseignait que vivre, c'est souffrir.

L'âme humaine, prise dans ce cycle, meurt et renaît, meurt et renaît sans fin, et ne cesserait donc jamais de souffrir.

Seuls l'ascèse et l'Éveil permettent de s'affranchir de la roue des renaissances.

Comme je n'avais pas atteint l'Éveil, je m'étais donc réincarné ?

Même si c'était le cas, je trouvais bizarre d'avoir gardé mes souvenirs.

Quoi qu'il en soit, je compris au moins une chose : quelque chose d'extraordinaire m'arrivait.

Je l'avais compris, mais sans pouvoir parler ni bouger, je ne pouvais rien y faire.

Pour l'instant, il ne me restait qu'à attendre.

Soudain, je me sentis très fatigué.

Parce que j'avais un corps de bébé ?

Incapable de résister à cette violente envie de dormir, je m'endormis.

Fin du chapitre 1
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