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Chapitre 158

Chapitre 158

6 novembre 2026 ~13 min · 2 414 mots

« Tadaa ! Remplie des plus beaux souvenirs de la Terre… »

La voix du Bibliothécaire, qui s'était exclamé avec enthousiasme dès notre arrivée dans la Salle d'attente, faiblit peu à peu tandis qu'il parcourait la pièce du regard.

« Remplie… ? Mais c'est une Salle d'attente… ? »

« Pff, pfouhouhou ! »

Voyant les yeux du Bibliothécaire errer si pitoyablement, comme s'il ne savait pas où diable trouver du bonheur ici, j'éclatai de rire sans m'en rendre compte.

« Pouhahaha ! Ça, c'est vraiment épique ! »

J'avais des doutes depuis qu'on m'avait dit que la Salle d'attente était un espace renfermant les moments les plus heureux de ma vie sur Terre.

Parce que j'avais beau y réfléchir, choisir mon moment le plus heureux n'était pas facile.

'Le jour où j'ai eu deux morceaux d'algue dans mes ramen ? Celui où l'œuf que j'ai cassé avait deux jaunes ? Celui où un coca de 50 cl m'a été livré en bouteille d'un litre vingt-cinq à cause d'une erreur du vendeur ?'

C'étaient des candidats difficiles à départager, retrouvés après mûre réflexion, mais malheureusement, le vainqueur ne figurait pas parmi eux.

« Vraiment, c'est l'espace où tu as été le plus heureux ? »

« Ah, c'est exact. S'il fallait choisir, c'est l'espace le plus heureux. »

Après avoir répondu d'une voix légère au Bibliothécaire, qui semblait n'en rien croire, j'inspirai l'air à pleins poumons.

Une odeur familière imprégnée de dégoût de soi et d'espoir, l'odeur humide et confinée propre aux studios, moitié moisi, moitié transpiration.

« C'est où, ici… ? Une prison ? Un cachot souterrain ? »

Ricanant devant la voix toujours tremblante du Bibliothécaire, je l'accueillis avec de grands gestes exagérés.

« Bienvenue dans ma chambre. »

« Ça, humain, c'est ta chambre ? »

Dans les yeux du Bibliothécaire, qui vacillaient sans but, se reflétait la chambre d'Ian.

Un bureau et deux écrans posés dans une petite pièce où l'on ne pouvait pas faire cinq pas, et un micro bon marché acheté pour le plaisir, après qu'on m'avait dit de communiquer un peu.

Et tout autour, les traces de toutes sortes de plats livrés, avec la vaisselle que je n'avais pas encore réussi à ranger.

La queue raide et dressée, le Bibliothécaire secoua farouchement la tête.

« Non, non, attends une minute. Il y a quelque chose qui cloche. Impossible qu'un humain se sente heureux dans un espace qui consternerait même un orc. »

Ce n'est qu'après avoir lâché avec désinvolture une remarque qui attaquait à la fois les orcs et Ian que le regard du Bibliothécaire se tourna vers lui, comprenant à qui appartenait cette chambre.

« Vous êtes en train de dire que ma chambre est au même niveau que celle de types qui accrochent des têtes coupées en guise de décoration ? »

À cet instant, les yeux du Bibliothécaire se posèrent sur le lit pitoyablement petit, placé dans un coin de la pièce.

Des boîtes de pizza empilées dessus comme une tour, une pizza à moitié mangée, et des morceaux de poulet frit et des os de poulet qui envahissaient le bureau.

Même avec l'œil d'un dragon qui avait vécu des milliers d'années, répondre à la question « qu'est-ce qui est le plus barbare comme décoration : des os de poulet ou des têtes d'orcs ? » ne devait pas être facile, car le Bibliothécaire resta un moment silencieux avant de s'écrier, avec un temps de retard :

« Ce n'est pas ce que je voulais dire ! La Salle d'attente est censée être un endroit où tu ressens le plus grand bonheur que ta mémoire puisse imaginer ! »

Voilà ce qu'était la Salle d'attente.

Un espace conçu pour nourrir chez un humain d'une autre dimension la volonté de rentrer.

Littéralement, un endroit où la Terre vous manque rien qu'en respirant.

Balayant la chambre d'Ian de ses yeux perçants de reptile, le Bibliothécaire s'écria comme s'il faisait une déclaration :

« Aucun humain ne voudrait rentrer après avoir vu un repaire de gobelins pareil ! »

« … »

Ce n'est qu'alors qu'Ian comprit les paroles du Bibliothécaire.

'Il a dit que le miroir, unique entrée de la Communauté, et la Salle d'attente servaient tous deux à éveiller la nostalgie de la Terre.'

Je ressentais bien un peu de confort et de nostalgie, mais malheureusement, c'était tout ce que cette chambre m'inspirait.

À moins qu'il ne s'agisse d'un dispositif destiné à montrer quelle vie solitaire avait menée le Roi de la Stratégie sur Terre, au regard du but premier de la Salle d'attente, c'était un échec retentissant.

'Ne me dites pas que c'est encore à cause du Système ?'

La seule chose qu'Ian pouvait soupçonner, c'était le Système, actuellement hors service.

Car le fait que le miroir censé montrer la Terre lui renvoie le reflet d'Ian semblait bien être un problème du Système.

'Hmm… Mais j'ai beau y réfléchir, même si le Système est rétabli, je ne crois pas qu'il existe un espace meilleur que celui-ci.'

C'était à moitié une conviction.

La conviction que chaque moment de bonheur que j'avais connu en tant que Roi de la Stratégie s'était déroulé dans cette chambre.

Ce studio exigu était un sanctuaire, trouvé par hasard après une suite de fuites, par un humain vaincu et laissé pour compte dans tous les domaines de la vie.

Un espace qui m'avait permis d'échapper à la famille, au travail, aux petites amies et à toutes les relations humaines pour vivre une nouvelle vie de « Roi de la Stratégie », et le lieu où, pour la première fois, j'avais été reconnu.

Pivotant sur sa chaise en se demandant quoi faire, Ian ricana et dit :

« Bon… Cette chambre ne me dérange pas. »

« Non ! Moi, ça me dérange ! Je vais aller vérifier, alors attends ici un instant ! »

« Non, je vous ai dit que ça allait… »

Avant qu'Ian ait pu ajouter quoi que ce soit, le Bibliothécaire, enveloppé d'une éclatante lumière dorée semblable à sa propre peau, disparut sous mes yeux.

***

Après la disparition du Bibliothécaire, Ian resta planté là, l'air hébété, face à cet espace à la fois familier et étrange.

J'avais beau vouloir m'allonger un peu tant j'étais fatigué, il n'y avait pas de place pour s'allonger.

« Mais quand est-ce que j'ai commandé ça ? »

Car une gigantesque tour de boîtes de pizza, commandées à un moment indéterminé, occupait le lit.

En plus, impossible de s'asseoir, avec toutes sortes d'en-cas et de canettes vides de boisson énergisante éparpillés par terre.

« J'ai vécu dans une saleté pareille ? »

Je le jure, je n'avais jamais vécu dans une telle saleté.

Si on avait été sur Terre, j'aurais au moins porté plainte pour cambriolage.

« Attends, est-ce que des cambrioleurs entrent par effraction dans des dimensions créées dans un monde mental ? »

Tandis qu'Ian, marmonnant des absurdités devant ce spectacle incroyable, s'approchait du bureau en évitant les déchets éparpillés comme des pièges, une fenêtre de message familière apparut à l'écran.

***

【Voulez-vous commencer une nouvelle partie ?】

【OUI / NON】

***

Le dernier écran de jeu que j'avais vu avant de venir dans ce monde.

« Ah, je me demandais de quand ça datait ; c'était pendant le Dernier Essai ? »

C'est vrai, s'il fallait choisir le moment le plus heureux, c'était celui-là.

Le moment où, sur le point d'abandonner proprement après avoir enfin trouvé la dernière Mauvaise fin, une chance m'avait été donnée une fois de plus.

Car l'excitation que j'avais ressentie devant les mots « nouvelle partie » était encore vive.

« Je me demandais pourquoi c'était aussi en désordre, mais à l'époque, je n'avais vraiment pas l'énergie de faire le ménage. »

Pour me trouver une excuse : pendant le Dernier Essai, je dormais à peine, déterminé à en venir à bout coûte que coûte.

Mes diffusions dépassaient en moyenne 19 heures.

« Alors, d'abord, le ménage… »

Se disant qu'il devrait faire le ménage, puisqu'il viendrait ici tous les mois, Ian regarda autour de lui, puis s'arrêta soudain.

« Non. Je devrais demander au Bibliothécaire avant de faire le ménage. »

Si l'espace changeait, est-ce que je ne serais pas le seul perdant ?

D'ailleurs, même si je faisais le ménage, « mon moment le plus heureux » ne changerait pas ; j'avais beau ranger, je risquais d'être convoqué chaque mois dans une Salle d'attente sale.

En plus, puisqu'il avait dit qu'il fallait des PC pour rester dans la Salle d'attente, je ne savais pas quand j'en serais expulsé.

Pivotant sur sa chaise en se demandant quoi faire, Ian posa les yeux sur un fichier bloc-notes sur le bureau de l'ordinateur.

« Oh ? Ça aussi, c'est là ? »

Le bloc-notes où j'avais consigné toutes les informations obtenues en jouant à 『Lost Chronicle』.

« Ils ont vraiment ramené mon ordinateur tel quel ? Même le guide de stratégie que j'ai écrit ? »

Me disant que je n'avais rien de mieux à faire, je déplaçai la souris et ouvris le bloc-notes intitulé 《Stratégie.txt》, parcourant le texte des yeux à toute vitesse.

***

Défilement, défilement.

À mesure que je descendais dans le guide de stratégie, la molette tournait de plus en plus vite.

C'était naturel, si l'on peut dire.

« Comme je m'y attendais, il n'y a que des informations que je connais. »

Parce que je connaissais par cœur tout le contenu du guide.

Les rares détails peu familiers étaient pour la plupart inutiles, ou des informations que je ne pouvais pas exploiter pour l'instant.

Défilement, défilement.

Ian, qui faisait tourner la molette par habitude, s'arrêta en découvrant un passage inconnu.

- Mort par empoisonnement, poison supposé dans le biscuit donné par Sara.

« Hmm… ? J'ai écrit un truc pareil ? »

J'avais beau remonter dans mes souvenirs, je ne me rappelais pas avoir écrit une chose pareille.

La forme différait de celle du guide au-dessus, qui ne consignait que des informations précises, et je ne savais même pas qui était Sara, le seul indice.

'Ça ne précise même pas qui est mort, ni comment ?'

Si c'était assez important pour figurer dans le guide de stratégie, je l'aurais découvert par tous les moyens.

Ce n'est vraiment pas mon style.

« Hmm… »

Défilement.

Le visage d'Ian devenait de plus en plus grave à mesure qu'il lisait les phrases.

***

- Mort par empoisonnement, poison supposé dans le biscuit donné par Sara.

- Mort suspecte. Interrogée, Sara a dit que sa famille avait disparu. Mort suspecte le jour où les chevaliers gardiens ont été envoyés traquer le coupable. Vu que je n'ai rien senti, c'est peut-être un assassin.

- Mort accidentelle, accident dû à une défaillance de la calèche. Mieux vaut éviter les calèches facilement accessibles à d'autres.

- Mort accidentelle, chute de cheval. Cause supposée : un stimulant.

***

Assassinats par des tueurs, empoisonnements par des inconnus, morts accidentelles aux causes inconnues. La liste des morts se poursuivait sans fin.

« Mais qu'est-ce que j'ai écrit ? »

Ce qui était sûr, c'est que c'étaient des morts qui étaient consignées.

Au premier coup d'œil, des milliers de morts.

« Vu qu'on y emploie des noms de lieux de l'Empire, on dirait que ça s'est passé quelque part dans l'Empire… »

Même avec des poisons secrets et des techniques d'assassinat, si le nombre de morts dépassait les trois chiffres, l'affaire aurait forcément été découverte, et pourtant le contenu du bloc-notes se poursuivait indéfiniment.

Défilement, défilement.

Tandis qu'Ian épluchait le bloc-notes pour trouver ne serait-ce qu'un petit indice sur le coupable qui avait trafiqué son guide de stratégie…

« … Désolé pour le retard. »

Le Bibliothécaire, revenu d'une voix abattue, interpella Ian.

« Hein ? Qu'est-ce que tu fais là ? »

Sans se rendre compte qu'un regard perçant de reptile était fixé sur lui, Ian continua de lire le bloc-notes.

'Cette Sara est une servante, et c'était elle la coupable ? Le coupable change à chaque affaire ?'

'Un assassinat impliquant un chevalier impérial ? Qui pouvait bien être la cible ? L'Empereur s'accommode vraiment d'une force souterraine de cette ampleur ?'

Les informations qu'il ignorait se succédaient sans fin.

Même si c'étaient des informations écrites par un intrus non identifié, elles n'avaient pas de prix.

Mais le plus important, c'était le sentiment d'étrangeté que me laissait ce qui était écrit.

'C'est étrange. Plus je lis, plus j'ai l'impression que c'est quelqu'un qui consigne ses propres morts.'

Tout en sachant que personne ne pouvait mourir des milliers de fois, je n'arrivais pas à me défaire de cette impression.

Que la personne qui avait consigné toutes ces morts luttait simplement, désespérément, pour survivre.

« Tu comptes m'ignorer encore combien de temps ! »

Ce n'est qu'après que le Bibliothécaire eut crié, n'y tenant plus devant l'absence de réaction d'Ian malgré ses appels répétés, qu'Ian lui répondit distraitement, sans même le regarder.

« Ah, désolé. Encore un instant… »

« Pas d'instant qui tienne, non ! C'est l'heure d'aller à la réunion ! »

« Hein ? Et si on sautait celle d'aujourd'hui… »

« Si tu n'y vas pas, tu ne pourras plus venir ici, tu sais ? Et je ne t'aiderai pas non plus la prochaine fois ! »

Arrêté net par la voix tranchante du Bibliothécaire, Ian tourna enfin la tête pour s'excuser.

« Je suis désolé. Je dois y aller avant quand ? Je vais juste lire jusque-là. »

« Hmm… Dans 10… »

Pensant que dix minutes suffiraient, Ian s'apprêtait à se replonger dans le bloc-notes.

« 9, 8, 7… »

'Ce n'étaient pas des minutes, mais des secondes ?!'

Saisissant la souris en catastrophe, Ian fit défiler le texte à une vitesse folle.

'Autre chose ? Il y a forcément des informations utiles parmi celles que cette personne a laissées !'

Alors que je faisais défiler frénétiquement, une phrase du bloc-notes attira mon regard.

***

- Meurtre. Maintenant, c'est certain. Il n'y a aucun allié parmi les joueurs.

- Rangé dans le placard le chapeau à utiliser dans la Communauté.

***

« 5, 4, 3… »

À la voix malicieuse du Bibliothécaire, je repoussai la chaise d'un coup de pied, me levai et ouvris le placard à la volée, à le briser.

'N'importe quoi qui puisse cacher mon visage !'

Et à l'instant où je saisis le premier masque venu et l'enfilai sur mon visage, le Bibliothécaire s'écria :

« 0 ! Bon voyage ! »

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