Haut dans les airs, au-dessus d'un champ de bataille ensanglanté, d'innombrables flux d'énergie convergeaient lentement vers un même point.
Ils s'entrelaçaient les uns aux autres pour tisser un grand œil qui voyait tout et veillait sur l'ensemble du champ de bataille en contrebas.
Ainsi commença la chronique de la calamité.
***
Serrant de toutes ses forces une lance trempée de sang, vêtu d'une armure de cuir noir réduite en lambeaux, un homme faisait face à ses adversaires, un sourire moqueur aux lèvres.
Ses cheveux d'un noir de jais étaient en bataille, et son corps n'était que contusions et plaies. Pourtant, il ne prêtait aucune attention à ses blessures et laissait son regard errer sur la vaste étendue. Ses yeux vifs et farouches observaient les ennemis qui l'encerclaient de toutes parts.
Il n'y avait aucune issue.
L'homme savait qu'il mourrait ici.
Mais même face à une mort imminente, son expression ne vacilla pas. Elle était pleine de moquerie.
« Dire que les vieux croûtons ont quitté leurs cavernes puantes pour combattre aux côtés des jeunes prodiges de l'Étendue de l'Origine. Jamais je n'aurais cru être aussi populaire, chez les jeunes comme chez les vieux. » L'homme gloussa, un large sourire aux lèvres. « Je vois même des ennemis jurés mettre de côté leur fierté sans valeur pour s'allier contre moi. C'est trop mignon~ »
L'Impératrice des Elfes était présente, tout comme l'Empereur Asura, le Roi Démon, les Seigneurs Nains et bien d'autres figures illustres qui s'aventuraient rarement hors de leur territoire. Mais aujourd'hui était différent. Ce qu'ils faisaient aujourd'hui était une nécessité, pour assurer leur survie et en finir avec un cafard exaspérant.
Au lieu de s'affronter à la tête de leurs grandes armées pour mettre leurs ennemis en pièces, tous ces rivaux de toujours se tenaient unis, leurs lames pointées dans une seule direction.
L'homme entendait rugir certains des vieux, tandis que d'autres ricanaient, mais son sourire ne s'effaçait jamais. Ils avaient l'air sûrs d'eux ; pourtant, leurs yeux trahissaient ce qu'ils ressentaient vraiment au fond de leur cœur : une peur incontrôlable.
Malgré leur écrasante supériorité numérique, il ne bougeait pas. Tous se méfiaient de l'ultime attaque de l'homme, leurs armes prêtes à frapper le serpent lové à l'instant même où il montrerait ses crocs.
Le face-à-face dura plusieurs heures, jusqu'à ce que le soleil disparaisse derrière l'horizon. Les derniers rayons de lumière frappèrent le champ de bataille, et l'effet fut saisissant.
À cet instant, ce fut comme si le champ de bataille se changeait en une mer de flammes ardentes.
L'homme se retourna enfin.
Sur le qui-vive, les puissances qui l'encerclaient firent un grand pas en arrière.
À présent, le sol autour de l'homme était taché de son sang. Son visage était d'une pâleur mortelle et, dans la lueur du soleil déclinant, il brillait d'un éclat saisissant.
Contemplant le soleil couchant, il eut un petit rire.
« Mes Crocs vont… Hmm ? » L'homme s'interrompit et se raidit en prenant conscience de quelque chose.
« Ça… »
Il fixa un point précis dans les airs au-dessus de lui, et une colère incontrôlable l'envahit.
« Qui es-tu ? Comment oses-tu me jeter un sort ?! » Les yeux de l'homme se plissèrent, et il changea de posture en un instant.
Ses yeux, pareils à des abîmes, se mirent à briller, dévoilant quelque chose de caché au reste du monde.
D'une torsion du corps, il lança sa lance noire sans la moindre hésitation, fendant le vide qui s'ouvrait devant lui.
Et à l'instant où la lance entra en contact avec le vide, l'espace se tordit et la scène changea.
Il ne resta plus qu'un jeune homme horrifié, se tordant dans une douleur sans fin après avoir été transpercé par une lame affûtée comme un rasoir : une lame de lance.
La main plaquée sur la poitrine, le jeune homme se redressa d'un bond sur son siège, hébété.
Mais en baissant les yeux sur sa poitrine, il ne vit qu'un vieux livre en lambeaux qu'il connaissait bien.
'C'était quoi, ça, bordel ?'
